Philippe Tassart : « On est un festival atypique ! »

 

Philippe Tassart est fier de faire jouer les Insus dans le cadre du festival Rétro C Trop.

Les Beach Boys.

Patron de la société Ginger, créateur du festival Rétro C Trop (24 et 25 juin, au château de Tilloloy), Philippe Tassart explique comment il s’y prend pour faire jouer les plus grands.

Philippe Tassart, quels seront les artistes programmés à cette deuxième édition de Rétro C Trop ?

Nous sommes parvenus à convaincre Les Insus que nous voulions déjà inviter l’an passé car le titre du festival est issu d’un morceau de Téléphone : « Métro, c’est trop ! ». Les Stranglers seront là également ; il s’agit de la formation de Jean-Jacques Burnell, bassiste français. Il y aura aussi Sarah Olivier, une fille avec qui on a déjà travaillé et qui était en première partie des Insus au Zénith d’Amiens. C’est une Parisienne qui fait une musique assez barrée ; être la chanson contemporaine, le jazz et le reggae. C’est une bête de scène. Elle sera accompagnée par Steven Harrison qui était le contrebassiste de Sons of the Desert. C’est un peu ma famille. On a aussi Blue Öyster Cult,  qui est toujours en activité et qui ne donnera que deux dates en France. A la programmation du samedi également : Wilko Johnson, célèbre guitariste de Dr. Feelgood. Ceci c’est juste pour le samedi.

Comment vous y prenez-vous pour parvenir à réunir à la même affiche les Beach Boys et tous des grands groupes mythiques ?

C’est un travail de très longue haleine. Ca prend environ six à sept mois, surtout pour un festival naissant comme le nôtre car c’est seulement notre deuxième édition. Nous parvenons à proposer cette programmation grâce à notre tissu relationnel bâti depuis de nombreuses années en Picardie avec des groupes internationaux. Nous avons bon nombre de contact avec des groupes en direct ; nous traitons directement avec les artistes. Il nous arrive de travailler avec des sociétés françaises qui nous aident bien. C’est important de se positionner à l’échelon international car on est un festival atypique. On ne fait pas la même chose que les autres. Les Stranglers, personne ne les a. J’ai envie de faire plaisir à des gens qui ont une culture musicale ; des gens qui aiment la musique avec passion. C’est mon cas. C’est mon cas ; c’est pour ça que j’ai fondé ce festival. Il n’est pas destiné à des gens qui ont forcément 20 ans, bien que… On s’aperçoit que la jeunesse aime les groupes qui ont 50 ou 60 balais parce qu’ils représentent l’histoire de la musique. Un gamin qui joue de la musique aujourd’hui s’est forcément inspiré un jour ou l’autre de ces groupes-là. Nous avons accueilli énormément de jeunes au cours de la première édition du festival.

Parmi les groupes qui constituent cette belle affiche, quel est celui ou ceux qui vous font le plus rêver ?

Evidemment, ce sont les Beach Boys car, une fois encore, on touche ici à l’histoire de la musique. L’an dernier, j’ai produit le concert du cinquantième anniversaire de la carrière de Donovan, à l’Olympia, et j’ai rencontré à nouveau les Beach Boys la semaine dernière à l’Olympia. On a longtemps parlé de cette histoire de la musique au cours de laquelle les Beach Boys étaient les concurrents directs des Beatles. Les Beach Boys ont créé un certain style de musique qu’on écoute encore aujourd’hui et qui était tellement en vogue dans les années 1960. Les Beatles s’en sont inspirés pour écrire Sgt. Pepper’s. Ils se sont surtout inspirés de l’album Pet Sounds. Ma grande fierté, c’est donc de faire venir les Beach Boys. Et c’est derniers disent qu’ils ont été influencés par Revolver. Donc, la boucle est bouclée. Mon autre grande fierté, c’est d’être parvenu à faire jouer les Rabeats qui sont des artistes avec lesquels je travaille depuis vingt ans. Donc, je parviens ici à mélanger l’histoire des Beatles (à travers les Rabeats) et celle des Beach Boys. Sur scène, les Beach Boys expliquent bien, entre chaque morceau, l’histoire de leur groupe. Ils racontent notamment qu’ils sont tous partis en Inde, ce grâce à Donovan qui les a emmenés. Ils sont allés à la rencontre de la méditation transcendantale  et la rencontre du sitar, de Ravi Shankar. Mon autre fierté, c’est de faire venir les Insus, donc Téléphone, sur cet événement. On a tous démarré dans le métier avec Téléphone car on a le même âge. Ils sont, en fait, un poil plus vieux que nous. J’ai commencé par être DJ. Si je ne passais pas trois morceaux de Téléphone, ce n’était pas une bonne soirée. Je reviens au fameux Rex, de Roye, et à la boîte de Gury. Je suis très fier d’être parvenu à redynamiser ce coin du Santerre et du Trait vert, et à refaire de la musique dans ce coin.  Le Rex et la boîte de Gury n’existent plus. Il n’y avait donc plus de musique rock. Quand on y regarde d’un peu plus près, ce que je programme aujourd’hui ce sont les musiques que je passais quand j’avais 20 ans. Je n’ai pas tellement changé. Ce que je fais aujourd’hui c’est ce que je faisais quand j’étais DJ. Et pouvoir programmer les vrais groupes que je programmais sur mes platines de DJ, c’est juste un rêve. C’est génial !

Le château de Tilloloy est un lieu très historiquement ; c’est aussi le lieu de votre enfance.

Je suis issu du milieu agricole local. Maes grands-parents étaient des paysans qui allaient payer leur fermage à la comtesse d’Hinnisdal. Il y avait déjà un lien avec ma famille depuis très longtemps. J’ai toujours adoré cet endroit. J’y vais depuis que je suis tout petit. Il y a toujours un truc magique qui se produit quand on rentre dans le château. Il y a une grandeur, une architecture, une histoire. C’était le monument historique le plus proche du lieu où je suis né. Je regrette vraiment d’avoir mis autant de temps pour me lancer dans cette aventure. Si je m’y étais mis plus tôt, le festival aurait aujourd’hui plus d’années. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. C’est un retour à mes racines, en quelque sorte. Un retour vers les gens que j’aime. Des gens qui m’ont donné ma chance. Comme Jeannot et Marie, du Rex. Je suis content, aujourd’hui, de travailler juste en face d’où j’ai démarré car j’ai fait, cette année, la programmation du théâtre de Roye. La culture revient dans ce pays.

Blaise Cendrars, écrivain et poète, a combattu au château de Tilloloy (il en parle notamment dans son récit La Main coupée). Vous ne citez pas dans la promotion de ce festival. Pourtant, sa vie était très rock’n’roll, ce avant l’heure. Pourquoi ?

On n’est pas du tout dans cette esthétique littéraire. On est très loin de tout ça. Si j’organise d’autres événements dans ce château, pourquoi ne pas imaginer une thématique autour de Cendrars, avec ses influences, et les influences qu’il a eues sur les autres ?

Exemple : Bernard Lavilliers qui a toujours adoré Cendrars.

Exactement. Il y a effectivement quelque chose à faire mais ce n’est pas ce que j’ai voulu réaliser avec Rétro C Trop.

Les temps sont durs avec les attentats. Vous avez certainement dû renforcer la sécurité aux abords et à l’intérieur du festival.

J’ai envie de dire que j’en ai marre qu’on parle des attentats. Le lendemain de ceux de Manchester, il n’y a jamais eu autant de concerts donnés pour dire aux gens : « Allez-vous faire foutre, nous on aime la culture, et le reste on s’en fout. »

Cependant toute la population y pense.

C’est vrai, mais arrêtons d’y penser car ça pénalise nos métiers. Ca retire des gens des salles. La fatalité existe. Malgré tous les systèmes de sécurité qu’on pourra mettre en place, on ne pourra jamais arrêter un fou. Il aura toujours une idée pour détourner ces systèmes. Evidemment, nous avons mis en place des systèmes de sécurité renforcés depuis le 13 novembre ; cela fait partie d’une demande du ministère de la Culture et du ministère de l’Intérieur. A ce propos, j’ai participé aux premières réunions de sécurité. Dès le surlendemain des attentats, je faisais partie d’une équipe d’une centaine de personnes, ce sur le plan national. Il faut arrêter de parler de ça ; ça fait peur aux gens.

Comment vont les Beach Boys, malgré leur grand âge ?

Franchement, beaucoup de gens me disaient… enfin, me parlaient de Brian Wilson… J’ai eu l’occasion de voir les deux concerts. D’un côté, j’ai vu une oeuvre ; celle de Pet Sounds. C’est tellement bien joué, mais sans âme, sans cœur, sans vitalité. Ensuite, je suis allé à l’Olympia voir les Beach Boys, et j’ai passé deux heures debout, à danser avec les gens. Leur musique est très vivante ; ils enchaînent les tubes, reviennent sur des musiques plus difficiles. Ils font des petits hommages aux Beatles, à Chuck Berry. Il y a plein d’anecdotes sur leur passé. J’ai adoré ce concert à l’Olympia. Ils ont la niaque ; ils courent dans tous les sens. Ce n’est pas du tout le cas de Brian Wilson qui est derrière son clavier ; il ne se passe rien ; il est fatigué.

Avec une telle programmation, comment faites-vous pour vous en sortir financièrement ?

Non, je ne m’en sors pas. La première année a été un investissement. On savait qu’il nous faudrait plusieurs années pour rentabiliser un festival comme celui-là. On est dans une stratégie sur trois ans. La première année était déficitaire ; on espère que cette année ne le sera pas.  On espère recouvrer nos investissements sur trois ans.

Quel est le coût de l’investissement cette année ?

Un budget d’un million d’euros. Pour un privé, c’est énorme car nous ne bénéficions d’aucune aide publique. Il n’y a quasiment aucun festival en France de cette envergure qui soit supporté par une entreprise privée. Ma femme et moi, on met notre vie en jeu tous les jours.

L’investissement est-il plus important que celui de l’an dernier ?

Il est de 300 000 euros supérieur à celui de l’an dernier. Cette année il est d’un million ; l’an passé, il était de 700 000 euros.

Comment vous est venue l’idée de cette programmation 2017 ?

Je n’ai pas envie de dire que j’ai du talent, mais… je pars sur des gens disponibles, des gens qui me touchent.  Des gens qui aient été déclencheurs à un moment dans l’histoire de la musique.  Et j’essaie de les convaincre de venir.

Ce ne sont donc que des coups de cœurs. Vous n’avez, au fond, pas de stratégie.

Il n’y a pas de stratégie. En fait, les deux têtes d’affiche sont vecteurs d’un moment et d’une époque. Je n’allais pas faire baba cool autour des Insus et de Téléphone ; j’ai cherché un peu du côté du punk rock des Stranglers qui jouaient à la même époque que Téléphone. Wilko Johnson a été l’une des influences des Who, Who qui ont influencé Téléphone. Wilko Johnson est un ami de Roger Daltrey ; Téléphone sont fans des Who.

Dernière question : pourquoi vous êtes-vous laissé pousser la moustache ?

Dans le bus, quand on rentrait d’Arcachon, et on savait qu’on allait venir jouer Sgt. Pepper’s au Théâtre du Gymnase, j’ai lancé : « Bon, les gars, on se laisse tous pousser la moustache pour Sgt. Pepper’s. » Chacun des quatre musiciens et moi, avons laissé pousser la moustache pour Sgt. Pepper’s. Michel Orier, aujourd’hui directeur de la musique à la Radio France, nous a appelés pour qu’on joue Sgt. Peppers (qu’on a créé ici, au Théâtre du Gymnase), à FIP en direct, le 21 juin, ce dans le cadre d’une magnifique exposition sur Sgt. Pepper’s, exposition qui se trouve dans les locaux de la Maison de la radio. On a fait Affaire sensible qui est une belle émission. Michel Orier était présent et les Rabeats. Pour nous, c’est la consécration ; les gens qui pensaient que les Rabeats ne feraient qu’un feu de paille, que ça ne marcherait jamais, etc., Le nombre de journalistes, de médias, de radios, qui nous ont craché à la gueule, en nous disant : « Comment osez-vous reprendre les Beatles ? ». Aujourd’hui on va jouer à France Inter.  On est fier de ça.

Jacques Volcouve, spécialiste des Beatles, a un peu allumé les Rabeats, au cours de cette même émission.

J’ai envie de dire à Jacques Volcouve que les Rabeats font de la musique vivante, et que lui, il enterre les Beatles dans des cartons. Il a été méchant ; c’est ridicule. Il dit que sa collection, elle est dans des cartons. Quel intérêt ? L’intérêt de la musique, c’est d’être jouée. On vient de voir Rover – qui est artiste exceptionnel – va reprendre l’intégralité de Sgt. Pepper’s. Comment un monsieur comme Jacques Volcouve peut-il nous dire qu’on n’a pas le droit de jouer des morceaux des Beatles ? On en fait une interprétation qui est celle des Rabeats. On essaie de se rapprocher de l’original comme les faisaient Karajan et comme d’autres grands interprètes de la musique classique.

Propos recueillis par

                                         PHILIPPE LACOCHE

 

Une petite pluie tiède brumise les mélodies de Brahms

Tout se tient. La vie? Une manière de boucle qui tourne autour de votre tête, de vos hanches comme un hula-hoop. (Qui se souvient encore des hula-hoops? Je revois encore ma grande sœur en pleine action, un chaud mois d’août des sixties, à Tergnier. Le klaxon milanesque du marchand de glace. La couleur des cornets à la pistache, dans la ruelle à la Cité Roosevelt.) Je quitte quelques instants le journal et mon ordinateur pour faire une course en centre-ville. Petite pluie molle et tiède sur ce tout début de la Fête de la musique. Sur le parvis du magasin d’instruments Royez, un trio: une violoniste, une violoncelliste et un pianiste. Et une mélodie mélancolique et diaphane qui s’échoue comme une vague lasse sur la plage grise de ma mélancolie. Sur l’une des partitions, j’aperçois le nom de Brahms que je n’aurais pas reconnu, moi, bien plus familier aux harmonies de Chuck Berry. Je me mets à penser aux Fêtes de la musique d’antan. Celles que je suivais, en famille, dans une autre vie, à Abbeville. Ces petits temps incertains d’été mouillé, froissé comme une sonate de Brahms. Ces moules-frites que nous dégustions sous l’immense chapiteau dressé sur la place, près de la poste. Le rire de mon copain Raymond Défossé… Et déjà, mes lectures incessantes des livres de Blaise Cendrars. Quelques années plus tôt, j’avais découvert La Main coupée, roman autobiographique du Suisse le plus français du monde; je me délectais de ses récits, des portraits à cru qu’il dressait de ses copains légionnaires, des escapades qu’ils effectuaient sur un bachot dans les marais de la Somme, en plein milieu des lignes ennemies. (Un descendant du délicat Brahms portait-il le casque à pointe du côté de Curlu?) Souvent, je filais sur les lieux à la recherche d’indices, de vestiges, de traces de tranchées, d’un cri resté figé dans l’air glacé du temps immobile. Tout se tient, oui. Je rentrai au journal, retrouvai mon ordinateur et tapai l’article qu’on m’avait commandé sur le légionnaire Cendrars dans la Somme. A Frise, bien sûr, mais aussi à Tilloloy. Tout se tient, oui… Je venais d’écrire un article sur le Rétro C Trop Festival qui a lieu en ce moment même au château de Tilloloy où Cendrars cantonnait. Dans le parc du château, j’avais retrouvé, sous le poirier qui grimpe sur le mur de pierre blanche, la plaque marquant le lieu où celui qu’il nomme Rossi dans le roman (en fait ce légionnaire espagnol se nommait

Le début de la Fête de la musique, à Amiens, devant le magasin d'instruments Royez.

Le début de la Fête de la musique, à Amiens, devant le magasin d’instruments Royez.

, je crois) avait été enterré, éventré par une grenade alors qu’il se nourrissait, tel un ours, ours qu’il était physiquement, dans sa cagna-tanière. Les fêtes de la musique d’antan; Cendrars; Tilloloy, oui, tout se tient dans la vie quand une petite pluie molle et tiède brumise les mélodies de Brahms.

        Dimanche 26 juin 2016

Jean-Marie, Sabine et Johnny

Littérature et musiques. Beaucoup de plaisir dans ma besace de marquis des Dessous chics.  D’abord, quel bonheur d’aller accueillir Jean-Marie Rouart sur le quai de la gare SNCF d’Amiens, en compagnie d’Anne Martelle. Nous avons traversé le marché de Noël. Petite bruine d’hiver un peu grasse comme des gouttes nasales. Toit de guirlandes de neige. De loin, Anne montre à l’écrivain la cathédrale éclairée. Il nous parle de Ruskin, puis de sa joie de voyager seul, par le train. Il est sympathique, Jean-Marie Rouart. Nous fonçons vers la librairie où un public nombreux l’attend. Il y présente son remarquable livre Ces amis qui enchantent la vie (éd. Robert Laffont). Son ton est passionné. Gourmand ; gourmand de littérature, fasciné par l’écriture et les écrivains. Rien de trop dans ses propos. Qu’il nous parle de Romain Gary, ou du premier livre qu’il a lu, Le Rouge et le Noir, de Stendhal, tout sonne juste. « Je me suis identifié à Stendhal. Même timidité. Et je rêvais à l’amour. » Il dit de son dernier opus qu’il n’est pas rationnel, qu’il n’a rien d’universitaire. « C’est le livre d’un amoureux des livres. Je suis allé vers mes enchantements personnels. » Il reconnaît que le portrait est un art difficile : « Je suis issu d’une famille de peintres. J’ai tenté de faire en sorte que mes portraits ne soient pas académiques. Dire des choses justes mais dans une forme plaisante. » Il parle de Stendhal, encore, et de ses insuccès successifs auprès des dames. Tout le contraire des héros de ses romans : « La réalité est abolie et c’est une vie magique qui apparaît. » Et quel bonheur quand évoque le grand romancier Michel Déon qu’il connaît très bien. « Je l’ai rencontré en 1969, sur l’île de Spetsai, en Grèce. » La scène sur passe sur le port. Un homme l’aborde : « Il paraît que vous me cherchez ? » « Non, j’attends Michel Déon », répond Jean-Marie Rouart. « C’est moi. » Il s’attendait après lecture à voir arriver un demi-Dieu quasi inaccessible ; il se retrouve en face d’un homme modeste, affable, courtois. « Le Michel Déon comme on l’aime », eût pu dire Kléber Haedens comme il le disait à propos de la France. Musique maintenant ; autres plaisirs. Je me suis rendu au superbe Théâtre impérial de Compiègne pour assister au concert de Sabine Devieilhe et de l’ensemble Pygmalion. L’intitulé du concert ? Mozart, une académie pour les sœur Weber. Le fraternel compositeur fut amoureux d’

Jean-Marie Rouart interviewé par Anne Martelle.

Jean-Marie Rouart interviewé par Anne Martelle.

, épousa sa petite sœur, Konstanze ; pour l’aînée, Josepha, il écrivit le rôle de la Reine de la nuit dans La Flûte enchantée. Passions amoureuses de Mozart ; passions musicales. Le tout porté par l’étoile lyrique du chant lyrique français et un talentueux ensemble. Un régal. Enfin, je n’ai pas résisté à ma curiosité naturelle et suis allé au Zénith pour le concert de Johnny Hallyday. En première partie, Manu Lanvin que j’avais interviewé quelque temps plus tôt. Johnny : fabuleux showman ; musiciens exceptionnels et purs moments de bonheur quand ils s’adonnent sur le bord de la scène à un répertoire électro-acoustique constitué des grands standards du rockabilly, du rock’n’roll et du blues (Carl Perkins, Eddie Cochran, Chuck Berry, etc.) Et, surprise, il avait invité Paul Personne à faire le bœuf. Paul et moi, on se connaît depuis 1978. Revue Best. Suis allé le voir dans les loges. Chaleureuses retrouvailles. Emouvant.

Dimanche 20 décembre 2015.

La dernière course de Morand

Pauline Dreyfus évoque la dernière campagne de Paul Morand à l’Académie française. Un grand livre sur un couple désespérément détestable.

Évoquer la littérature, tenter de la comprendre, de l’aimer tout à fait, ou juste un peu, se révèle un art difficile. Car souvent, les plus talentueux, les meilleurs sont antipathiques, voire de fieffés salauds. Voyez Céline, le plus grand romancier du XXe, revenu cinglé de la Grande Guerre, mauvais comme une teigne, méchant camarade, bête comme une vieille poule dans ses délires antisémites. Mais quel talent! Quel souffle! Et Le Voyage au bout de la nuit, quel grand roman! Voyez Paul Morand, avec sa tête de gros gâté, sa facilité en tout, son hédonisme agaçant, son mépris détestable de la démocratie et de la République, son épouse indéfendable, cette princesse Soutzo, antisémite, raciste, méchante femme, si détestable dans ses propos et ses jugements. Morand, pétainiste, au sujet de la Résistance, osait affirmer qu’il s’agissait «d’une prodigieuse comédie, admirablement mise en scène par le parti communiste et jouée vingt-cinq ans, dans toutes les langues, par le meilleur acteur qu’on ait vu depuis Napoléon: De Gaulle.» Détestable Morand oui, mais, lui aussi, quel talent! Comment oublier ce styliste hors pair, pas un inventeur comme Céline, non, mais un musicien, un rythmicien des mots, un sprinteur du verbe. Un rapide, un vrai rock’n’roller. Une manière de Chuck Berry de la littérature française. Il faut lire Hécate et ses chiens ou Tendres stocks ou Fermé la nuit. L’excellente Pauline Dreyfus, petite-fille d’Alfred Fabre-Luce, un proche de Morand, vient d’écrire l’un des meilleurs premiers romans de cette rentrée littéraire. Elle y évoque les mois qui précèdent l’élection de Paulo à l’Académie française. Il a 80 ans. Il a déjà essayé plusieurs fois – en vain – de devenir immortel. Trop jeune d’abord, puis, à cause de sa mauvaise conduite pendant la guerre, le Général fit barrage. Il finira par être élu en 68, année symbolique. Il les a eus à l’usure! Pauline Dreyfus s’intéresse aux derniers jours, à leur tristesse, à leur mélancolie. Le vieux monde fiche le camp. Le couple Morand aussi. Le corps de Paul se délabre; Hélène, la princesse épouse, est presque aveugle et sourde, en fauteuil roulant. Ils disent des méchancetés sur le monde entier. Surtout sur le peuple et sur la République? C’en devient pathétique. Pauline Dreyfus a le sens des seconds rôles; elle nous donne à voir le jeune Modiano, Nathalie Baye (qui fait la lecture à Hélène), et quelques autres. C’est vif, très bien écrit; on dirait du Morand.

PHILIPPE LACOCHE

Immortel enfin», Pauline Dreyfus, Grasset, 229 p.17 euros.