Le conteur Jean Mareska

Ancien critique rock à Best, biographe passionnant, écrivain, Jean Mareska passe à la fiction avec des nouvelles. Pas de frime. Juste des histoires.

 

Jean Mareska, connu comme biographe des plus grands, passe aujourd'hui avec talent à la fiction.

La nouvelle est un genre difficile; la nouvelle rock l’est encore plus. Dans ce dernier - et dans celui de la littérature dite rock en général - il y a plusieurs manières de s’y adonner. Celle qui, volontairement, se distancie de son sujet, le toise un peu de haut, prend quasiment le parti de ne pas parler de rock (Bayon, Chalumeau, Adrien, etc.).Celle qui n’y pense même pas pour évoluer - avec un beau talent et inspiration - vers là le polar énergique, là vers la littérature dite blanche, assez classique, voire la poésie pure (Patrick Eudeline, Michel Embareck, François Gorin, Pierre Mikaïloff, Jean-Luc Manet).Celle qui reste passionnée par le journalisme, la chronique, l’essai, la biographie (Philippe Manœuvre, Philippe Garnier, Francis Dordor, François Ducray, etc.). Les écrivains cités sont tous des critiques de rock ou d’anciens rock critics. Jean Mareska, un ex de la rédaction de Best, qui œuvra longtemps - et avec succès - dans des maisons de disques n’échappe pas à la règle. Lui, choisit le parti de rendre hommage à la musique qu’il aime. La musique de son cœur: le rock. Il nous donne à lire six excellentes nouvelles, écrites avec efficacité et, souvent, avec élégance. On y croise Mick Jagger (qui vient se divertir dans une boîte parisienne, créant la panique parmi le personnel de l’établissement, notamment auprès du narrateur, un DJ talentueux et très esprit seventies), Led Zeppelin (avec une intrigante affaire de magie noire autour de Jimmy Page), Neil Young (plus vrai que nature; belle trouvaille de cimetière d’Indiens au fond d’une cave!), Eagles, Grateful Dead…

Jean Mareska nous entraîne également dans une belle virée au mythique studio du Château d’Hérouville. Tout cela est bigrement bien vu, vif, amusant ou émouvant. On se sent bien dans les nouvelles Mareska car l’homme ne prend pas la pose; il n’en rajoute pas, ne frime pas. (Certains rock critics ou anciens rock critics devraient en prendre de la graine.) Il raconte des histoires, point barre. En cela, c’est un vrai écrivain. On attend maintenant un roman.

PHILIPPE LACOCHE

Contes et légendes du rock, Neil Young, Led Zeppelin, Mick Jagger et les autres…, Jean Mareska, Camion Blanc, 173p., 28 euros.

Miossec, au comble de sa forme artistique, est à l’eau

    Il évoque son dernier album, ses changements de cap, et ses relations avec la littérature et l’alcool.

Valeur sûre de la chanson-rock française, Christophe Miossec a sorti, il y a peu, Chanson ordinaires, son album le plus «brut» et le plus énergique de sa brillante carrière.
Chansons ordinaires est un sacré bon album. Comment est-il né et pourquoi?
Christophe Miossec : Il est né en réaction au précédent, Finistériens, sorti en 2009, qui était réalisé avec Yann Tiersen. C’était un disque très studio. J’ai voulu faire, cette fois, le contraire, c’est-à-dire enregistrer d’un jet, dans une ambiance «local de répétition». Avec un côté collectif pour renforcer le côté dynamique. J’ai voulu revenir à quelque chose de physique dans la musique.
On a l’impression que vous n’aimez pas l’étiquette «chanson française».
Effectivement, l’étiquette «chanson française» me semble trop réductrice. Ça représente quelque chose de gentil, de trop bien peigné.
Pourtant, ce que vous faites s’appuie sur les textes, comme dans la chanson. Même si votre expression reste très rock.
Sans les textes, je n’existerais pas. Mais la chanson est devenue variété à la fin des années soixante-dix. C’est devenu une histoire de radio.
Vos textes justement. Que vous le vouliez ou non, ils sont éminemment littéraires, au sens où ils transpirent l’émotion. Pour ce faire, vous n’avez pas besoin d’afféterie. Votre style sec assure; il porte des sacs de mots justes comme le charbonnier porte des sacs de charbon sur son dos.
C’est un vrai plaisir pour moi, l’écriture des textes. J’aime effectivement quand c’est ramassé, resserré au maximum.
Vous citez souvent l’écrivain Henri Calet et les Hussards. Ils vous ont marqué?
Oui, Henri Calet m’a beaucoup marqué. Quand je l’ai découvert, il n’y avait plus qu’un livre de lui disponible: Le tout sur le tout. J’ai trouvé ça fabuleux. Jean Paulhan (qui n’écrivait pas très bien mais qui était un excellent éditeur), l’a soutenu. Georges Perros, lui aussi, était souvenu par Jean Paulhan.Calet,  Perros: c’est réjouissant.
Quels sont vos Hussards préférés?
Antoine Blondin, Roger Nimier. Beaucoup de gens les rejettent car ils véhiculent une image de droite ou d’anars de droite. En fait, une méconnaissance absolue car ils ne les ont pas lus. Grâce à eux, ça fait du bien de sortir du moule post-soixante-huitard.
Quels sont les autres écrivains qui vous ont marqué?
Au cours de l’adolescence, Hubert Selby m’avait fracassé la tête, notamment grâce aux traductions de Philippe Garnier. Les écrivains américains ne sont pas passés par l’université.
Ceux de la Beat generation en particulier.
Il y en a même un qui est passé par Brest pour chercher un héritage: Jack Kerouac.
En matière de musique, qu’écoutez-vous actuellement?
Je ne peux m’empêcher de citer Talking Head qui n’est pas un groupe cérébral. J’écoute aussi beaucoup

Christophe Miossec : rock et littérature. (Photo : Léa Crespi.)

Howlin’Wolf, et des choses assez brutes. Très blues.
Vous serez demain soir, à Clermont, au festival des Zicophonies. S’agira-t-il d’un concert isolé ou s’inscrit-il dans une tournée?
Un concert isolé. La queue de la comète de la tournée en quelque sorte. Si je me plante, je ne serai pas pardonnable! Sur scène je serai en compagnie d’un clavier, d’un guitariste, d’un bassiste et d’un batteur.
Vous en êtes où avec l’alcool. Toujours à l’eau?
Oui, et pour la vie je crois bien car je souffre d’une sorte de maladie orpheline qui me contraint à ne plus boire. Je suis à la bière sans alcool.
Laquelle préférez-vous?
La Kronenbourg bien fraîche. Parfois, j’en sers à mes amis sans le leur dire. Ils n’y voient que du feu.
Propos recueillis par
PHILIPPE LACOCHE