« Qui fut l’agresseur en Bosnie ? Berlin… »

Patrick Besson : "Dans une chasse aux sorcières, on me trouvera du côté de la sorcière, surtout si elle est bien roulée."

 C’est notamment ce qu’affirme Patrick Besson dans un essai essentiel qui démonte un par un les arguments des calomniateurs de la Serbie. Des oreilles vont siffler.

 « Je déteste l’unanimité, surtout quand c’est l’unanimité contre quelqu’un. Quand la plupart des gens disent qu’une personne est infréquentable, c’est qu’elle est fréquentable, car la plupart des gens sont infréquentables. Mathématique. Dans une chasse aux sorcières, on me trouvera du côté de la sorcière, surtout si elle est bien roulée - car elle est innocente. De ce dont on l’accuse, en tout cas.»

Voilà qui est balancé. Drôle, piquant, inattendu. Et quand on comprend ici que la sorcière qu’il évoque est la Serbie, c’est totalement justifié. Et rédempteur. Du Besson tout craché. Comme il l’explique dans la préface écrite pour l’occasion, cette réédition comprend trois textes: Contre les calomniateurs de la Serbie (titre emprunté à Pouchkine et son Contre les calomniateurs de la Russie), Belgrade 99 un reportage écrit sur place pendant les bombardements de l’OTAN (publié en extraits dans le Figaro Magazine) et Haine de la Hollande. «Nul mieux que ces pages aujourd’hui rassemblées ne saurait expliquer les positions qui, sur le conflit en ex-Yougoslavie, furent les miennes à cette époque. Je n’ai pas grand-chose à y ajouter, sinon que de tous mes livres, c’est celui qui me tient le plus à cœur. Ça doit être parce qu’il y a mon cœur dedans», avoue-t-il.

«L’esprit de vengeance»

Et d’expliquer, de façon pertinente et limpide ce qui s’est réellement passé là-bas et que les médias européens, enfumés par nos bons amis d’outre-Rhin et les États-Unis, ont toujours refusé de faire savoir. «Qui est l’agresseur en Bosnie? Berlin […] Il est sot de croire que la défaite des Allemands en 1945 ne leur a laissé que des remords», écrit-il. «L’esprit de vengeance n’est pas réservé à certaines régions reculées de Corse ou du RPR. Dans l’action décisive et meurtrière qui consistait à reconnaître unilatéralement l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie - un peu comme si la Bretagne et la Normandie, se séparant de Paris, étaient aussitôt reconnues par le Royaume-Uni ou l’Espagne, puis par le reste de la CEE -, il ne faut pas voir seulement le désir, depuis longtemps affirmé, qu’ont les Allemands de transformer la côte dalmate en une Côte d’Azur germanique, mais aussi et surtout la volonté secrète et farouche de faire expier à l’Europe cinquante ans d’occupation militaire et de honte politique.»

Il explique aussi que cette guerre fut une guerre d’écrivains «tous les protagonistes croates, serbes, bosniaques avaient eu des prétentions littéraires (à commencer par Milosevic), qu’il n’y en a pas de pire, et qu’elle s’était prolongée par des guerres d’écrivains à Saint-Germain-des-Prés», souligne l’éditeur en quatrième de couverture de l’ouvrage. Difficile d’affirmer le contraire.

PHILIPPE LACOCHE

«Contre les calomniateurs de la Serbie», Patrick Besson, Fayard, 158p.,

16 euros.