Un bain dans le fleuve Limonov

                          

Limonov : un dandy punk.

Limonov : un dandy punk.

    Il est parfois surnommé Edward le terrible. C’est un euphémisme. Edward Limonov, grand écrivain russe, à la fois voyou et dandy, ne donne pas dans le tiède. Né en 1943, cet Ukrainien, manière de punk élégant et provocateur, a vécu aux quatre coins du monde : Moscou, New York, ex-Yougoslavie, Paris. Il a fondé son propre parti nationaliste en Russie ; Poutine l’a mis en prison. Certains de ses textes y ont été écrits. Limonov a combattu armes à la main ; c’est un rebelle.

     Dans ce livre atypique, on le retrouve parfois apaisé ; ça change. Il égrène ses souvenirs au bord de l’eau, mer, fleuves, lacs, ruisseaux, etc. C’est étonnant. Souvent succulent. Du vrai et du bon Limonov ; celui qu’avait fait découvrir au grand public Emmanuel Carrère dans la biographie qu’il lui avait consacré en 2011.

Le livre du temps

    « Tout ce qui est réuni sous cette couverture s’intitule Le Livre de l’eau. Mais on aurait pu l’appeler Le Livre du temps », confie Edward Limonov dans la préface de l’ouvrage. « Parce que c’est bien du temps écoulé qu’il est question. Mais j’ai préféré l’eau. L’eau charrie ou emporte tout et l’on ne peut entrer deux fois dans les mêmes eaux. Il en résulte un ouvrage insolite, parsemé de souvenirs géographiques, de coïncidences significatives. » Et un peu plus loin, il balance : « Il se trouve aussi que j’ai repêché dans l’océan temporel les objets les plus essentiels pour moi. Après avoir relu les quarante premières pages de mon manuscrit, je n’en ai découvert que deux : la guerre et les femmes. Pour résumer simplement mon existence, il n’y a eu que les fusils d’assaut et ma semence dans les orifices de mes femelles adorées. »

    On le suit donc au bord de différentes mers : la Méditerranée à Nice, la Mer Noire à Odessa, l’Océan Atlantique en Bretagne ; des fleuves et rivières (la Seine, le Kouban, la Volga, l’Hudson, etc.) ; des lacs et étangs (Kharkov, Saint-Pétersbourg), des fontaines ; il y est même question de pluie, d’ouragans et de saunas. Des histoires de filles, de guerres, de copains ; des gens qui se battent, meurent, se pendent. C’est du Limonov tout craché. Craché à la face du monde bourgeois qu’il exècre. Un vrai dandy punk.

                                PHILIPPE LACOCHE

Le livre de l’eau, Edward Limonov ; traduit du russe par Michel Secinski ;  éd. Bartillat. 291 p ; 20 €.

Mireille Mathieu : authentique, gaulliste et française

             L’ambassadrice de la chanson à l’étranger donnera un concert au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, le samedi 15 novembre. Elle aime aussi Dire Stra

Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l'Oise, à 20h30.

Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise, à 20h30. (Photo : AFP).

its et les Pink Floyd.  Elle a répondu à nos questions.

Comment expliquez-vous que votre cote de popularité n’a jamais cessé auprès du grand public ?

Mireille Mathieu : Je viens de chanter à l’Olympia, puis en Belgique, puis à Lyon, etc., c’était extraordinaire. Un accueil superbe ! L’accueil du public vient peut-être du fait que finalement on me voit peu. Il y a aussi le fait que je suis française et fière de l’être. Je suis authentique et je suis moi-même. Il m’arrive aussi de chanter dans la langue du pays dans lequel je me produis. C’est important. J’ai même fait un florilège des chansons que j’interprète dans des langues étrangères.

Quels sont les temps forts que vous retenez de vos cinquante ans de carrière ?

Le Jeu de la chance, le 1er novembre 1965. Le fait aussi d’avoir pu chanter tout en haut de la Tour Eiffel. Il fallait des autorisations délivrées par un comité. C’était présenté par Stéphane Bern. Il y a de cela environ deux ans. Autre moment fort : ma rencontre avec Jean-Paul II. Je suis catholique. Cela m’a impressionné. Il avait une force dans les yeux, une détermination. Cette rencontre s’était effectuée dans le cadre d’une audience privée avec ma maman ; il y a de ça une dizaine d’années.

Vous êtes restée absente un certain temps de la scène. Qu’avez-vous fait pendant ce temps ?

J’ai effectivement été absente pendant neuf ans. Aujourd’hui, je suis de retour sur scène pour fêter mon jubilé, mes cinquante ans de carrière. Pendant ces neuf ans, j’ai voyagé et chanté à travers le monde. Le public m’apprécie ; il m’aime. Une personne, à l’étranger, m’a dit qu’elle avait le français grâce à mes chansons. Cela m’a fait très plaisir. Notre langue est si belle.

Vous êtes en quelque sorte l’ambassadrice de la chanson française à l’étranger. Comment expliquez-vous ce fait ? Pourquoi vous ?

Je suis restée authentique. Je chante en français. Il existe des artistes qui font dans le genre anglo-saxon. Je ne les critique pas mais ce n’est pas mon truc. Si vous allez chanter à l’étranger, le public vous attend comme artiste français. Avant, les chanteurs interprétaient beaucoup d’adaptations anglo-saxonnes ; il y en a beaucoup moins maintenant.

Que représente la France pour vous ?

Je suis gaulliste. Avant la France était sur un piédestal ; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je me demande parfois si les Français se rendent compte de notre savoir-faire. Dans l’Oural, on enseigne le français. Il y a aussi notre gastronomie, nos fromages. Je ne fais pas de politique mais, au final, on a tous quelque chose du général de Gaulle. Il avait un nom magnifique ; c’est ça, la France !

Qu’écoutez-vous ? Quels sont vos goûts musicaux ?

J’aime les Pink Floyd, Lady Gaga, Lionel Richie, Edith Piaf, la Callas, Dire Straits…

Lisez-vous et quoi ?

Je lis peu car je n’ai pas le temps. Exemple : je ne vais pas tarder à repartir chanter en Russie. Je manque de temps pour lire.

Parmi les nombreux duos que vous avez faits, quels sont ceux qui vous ont marquée ?

Ceux avec Julio Iglesias, avec Patrick Duffy, avec Paul Anka, etc. En fait, tous m’ont marquée. C’est toujours un plaisir de chanter en duo. On a des voix différentes. Une complicité s’instaure. C’est toujours gratifiant et enrichissant.

Vous serez le samedi 15 novembre au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise. Quelle formation vous accompagnera ? Et quel sera votre répertoire ?

Je serai en compagnie de mes quatorze musiciens, de mes choristes, des techniciens son, etc. J’interpréterai à la fois des anciennes chansons et des nouvelles chansons, dont celles qui figurent sur mon dernier triple CD, Une vie d’amour.

Connaissez-vous la Picardie ?

Ma mère est de Rosendaël et de Lille. Je connais plus le Nord de la France mais pas encore la Picardie.

Quels sont vos projets ?

Je prépare une chanson pour Noël pour l’Allemagne. Puis, je repartirai à Moscou. L’an prochain, j’effectuerai une grande tournée en Allemagne et en Russie.

                                                     Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

 

Le marquis passe à l’Est

Je connais Yves Lecointre, directeur du Frac Picardie, depuis de nombreuses années. J’ai fait sa connaissance au milieu des années quatre-vingt, à Beauvais où j’étais reporter. C’est un passionné, un fin connaisseur de l’art contemporain, un homme de goût très compétent. Je me souviens de discussions, parfois vives, que nous nourrissions autour de l’art. Car tu connais, lectrice adulée, adorée, chouchoutée, convoitée, pressentie, presque conquise, mes goûts assez traditionnels, voire parfois carrément réactionnaires. Ce n’est pas tant certaines œuvres qui me gavent; c’est tout le discours qu’il y a autour, très souvent, abscons, interminable, intellectuel, sur les intentions de l’artiste. Ceci dit, les Frac en général - et celui de Picardie en particulier - proposent des choses audacieuses, déroutantes et intéressantes. Lys et moi, nous nous sommes rendus dans les locaux du Frac, rue Pointin, à Amiens, pour le finissage de la très belle exposition Façons d’endormis, réalisée en collaboration avec les enseignants et les étudiants de la faculté des Arts et de l’UFR culture et patrimoine de l’Université de Picardie. Le thème: le sommeil, décliné autour d’œuvres singulières, fortes de divers artistes dont Philippe Decrauzat, Désirée Dolron, Zan Jbai, Gavin Turk, José Régian Galindo (un film autour d’une performance étonnante: une fille est endormie dans une salle, recouverte d’une manière de drap de morgue; des gens passent, se demandent si elle vit encore; de plus, cette brune est très belle, on la voit nue ce qui ne pouvait que me séduire). J’ai interrogé Yves Lecointre sur le terme finissage, antithèse de vernissage. Il m’a dit que ça se pratiquait régulièrement en Belgique. Je lui ai demandé s’il était d’origine belge; il m’a dit non et a dû trouver la question bizarre. Je suis bizarre par moments. J’étais encore bizarre, dimanche dernier, au Gaumont où je suis allé voir la diffusion du ballet du Bolchoï, dans Don Quichotte, filmé en direct de Moscou. J’ai beaucoup aimé. La petite Natalia Osipova (dans le rôle de la dulcinée) est adorable, talentueuse, gracieuse, très sexy. J’adore la sonorité de la langue russe, soviétique devrais-je dire, toujours nostalgique. Je regardais la diffusion en direct de Moscou, l’air bizarre, à moitié fou: j’avais envie de reconstruire le mur de Berlin et de passer à l’Est. On ne peut pas se refaire.

Dimanche 17 février 2013.