Henry Miller, le bienheureux en Espagne

Non seulement vous y découvrirez les aisselles appétissantes et non épilées d’Eve, sa jeune épouse, mais surtout un texte gouleyant et de chouettes photos.

 

Eve et Henry Miller en Espagne.

Quel plaisir de retrouver Henry Miller ! Et le retrouver là où il excelle : dans la marge de son œuvre, dans le texte court, la confession, le presque récit pour cet écrivain qui, au fond, fut si peu fictionniste. C’est un peu le même plaisir que de le savourer dans Jours tranquilles à Clichy, où les adorables petites dames de Paris (celles que quelque projet de loi actuel et scélérat voudrait retirer du trottoir et pénaliser leurs clients bienfaiteurs) sont le mieux décrites. Ou encore dans J’suis pas plus con qu’un autre, mignon petit texte qu’Henry rédigea directement dans un français approximatif au cœur des seventies et que les éditions Alain Stanké eurent la bonté de mettre entre nos mains. Cela ne veut pas dire qu’il est moins pertinent dans ses grands romans: Tropique du cancer, Sexus, Plexus, Nexus, Un diable au paradis, etc. Là, il est poignant, immense, assez impressionnant pour tout dire, et, certainement, moins immédiat à cause des longues digressions, certes pleines de sagesse, d’intelligence et de gourmande culture. Avec Mejores no hay!, on le retrouve en Espagne.En1953, il arrive en France où il n’a pas remis les pieds depuis les années trente. Il revoit ses copains et des amis chers, dont l’écrivain Joseph Delteil qui coule des jours tranquilles près de Montpellier. C’est mai; Henry est accompagné par sa jeune, brune et sensuelle jeune épouse: Eve. La sœur de cette dernière, Louise, et son mai, le peintre israélien Bezalel Schatz sont également de la partie. Delteil et sa femme Caroline sont sur le point de s’adonner à un petit séjour en Espagne. Ils convient les Miller et les Schatz à se joindre à eux ainsi que la photographe Denise Bellon (1902-1999), passionnée par le Surréalisme et photographe d’André Breton, Claude Roy, Marcel Duchamp, Jean Giono, Simone de Beauvoir, Prévert, etc. C’est en partie grâce à elle si ce charmant ouvrage existe. Car Denise ne cesse de «shooter» ses amis lors de leur périple à travers l’Espagne de Franco; ils se rendent à Barcelone, Valence, Alicante, Grenade, Séville, Cordoue, Tolède, Madrid, Saragosse, etc. Henry prend des notes. De retour à Big Sur, en Californie, il rédige ce récit de voyage qu’il souhaite faire publier avec les photographies de Denise. Peine perdue. Il faudra attendre soixante ans pour qu’il voie le jour aujourd’hui, chez Finitude, grâce à une traduction du regretté Georges Belmont. La genèse de ce livre, Frédéric Jacques Temple l’évoque avec une fraternelle justesse dans la préface. Miller s’adonne à ce qu’il fait de mieux: une ode à la vie, au soleil, aux paysages. Et surtout aux gens qu’il croise. Les photos en noir et blanc sont délicates et appétissantes, en particulier celles où Henry est à la plage avec la très sexy Eve aux aisselles non épilées. Adorable!

PHILIPPE LACOCHE

«Mejores no hay! Henry Miller, Un voyage Espagne photographié par Denise Bellon», Finitude, 92 p.23,50 euros.