Le froid sec de l’hiver de Saint-Quentin en 1971

Jacques Darras, écrivain poète, traducteur, universitaire. Février 2012.

J’aime beaucoup la ville de Saint-Quentin. J’y ai longuement séjourné, puis vécu. Séjourné (le mot est-il bien approprié? Il recèle un côté dilettante qui, comme le gros chat de la maison d’édition du même nom où j’ai édité mes premiers livres, me convient), de1970 à1975, comme élève au lycée Henri-Martin. J’avais refusé d’aller au lycée Gay-Lussac, à Chauny - où mon père et ma sœur aînée avaient été, eux-mêmes, élèves -, pour échapper à l’apprentissage de l’allemand, et me jeter comme un soldat républicain sur un combattant franquiste lors de l’attaque de Teruel, sur l’espagnol. Ah, l’espagnol! Quel bonheur! 1971.C’était l’époque où les musiques brésiliennes, sud américaines et latines caressaient le rock de leurs regards de velours noir. Mlle Vergnioux, notre professeur d’espagnol en seconde, nous avait fait apprendre une chanson de Paco Ibanez, «Como tù». Je me souviens de ce drôle d’hiver. Il faisait froid comme aujourd’hui. Un froid sec, picard, comme seule la rue d’Isle, irradiée par des courants d’air glacials et solaires, sait en produire. Nous la remontions, mon copain Paco, Jean-François Le Guern, que je surnomme Juan dans mon roman La Promesse des Navires (Flammarion, 1998; un fort beau cadeau de Noël lectrice, ma fée fessue consumériste) pour nous rendre au lycée et nous enfermer dans une salle de classe du lycée pour y répéter la chanson «Como tù» que nous devions interpréter en cours d’espagnol à l’occasion des fêtes de fin d’année. Le froid sec de cet hiver 1971-72. Le goût des bières brunes que nous ingurgitions en grand nombre au Café central, dans le haut de la rue Emile-Zola. (Existe-t-il toujours?) Habité.Jeune journaliste à L’Aisne nouvelle (1979-1983), j’habitais rue des Bouloirs avec Féline, mon ex-épouse. C’est dire, lectrice, que j’étais ravi de me rendre au salon du livre de Saint-Quentin, il y a peu. J’avais comme voisine la mignonne et vingtenaire Salomé Berlemont-Gilles, fille d’une conseillère municipale socialiste, qui vient de sortir un adorable petit livre, Argentique, dans la collection Plein feu, de chez Lattès. Nous avons beaucoup parlé. Littérature (des hussards et des autres).Littérature encore, l’autre soir, à la librairie du Labyrinthe où je suis allé interviewer Jacques Darras qui publie un livre sur la Picardie en compagnie de la photographe Chantal Delacroix. Il a dû parler de Saint-Quentin, Jacques, dans son ouvrage. Pas fait attention.

Dimanche 15 décembre 2013