Le dandy surdoué du cinéma

 Avec style et panache, Arnaud Le Guern dresse le portrait du scénariste, dialoguiste et écrivain Paul Gégauff, personnage sulfureux au destin fracassé.

 Roman? Essai? Chronique? Éditeur, journaliste et écrivain de grand talent, Arnaud Le Guern mélange allègrement les trois genres dans son dernier ouvrage magnifiquement - et si justement - intitulé Une âme damnée, Paul Gégauff. Il y dresse un portrait sans apprêt de Paul Gégauff (1923-1983), scénariste, dialoguiste, acteur, réalisateur et écrivain, «le dandy surdoué du cinéma français» des sixties et des seventies.

Ami de Françoise Sagan, de Maurice Ronet et de Roger

Arnaud Le Guern, romancier, essayiste, éditeur, admirateur des Hussards.

Vadim, dilettante hyper actif, il a le profil parfait du hussard et du noceur (alcool en grande quantité, tabac, femmes à volonté, belles voitures et dolce vita).Pourtant, c’est aux très sérieuses éditions Minuit qu’il commence par publier. La dite Nouvelle Vague, il prend un malin plaisir à la brocarder, voire à l’humilier, ce qui ne l’empêche pas de travailler avec Eric Rohmer. Mais c’est avec Claude Chabrol qu’il donnera le meilleur de son talent notamment dans Les Biches, Que la bête meure et Une partie de plaisir. Également avec le célèbre More, film culte de l’après 68, de Barbet Schoeder. Il mourra en Norvège, poignardé par sa très jeune épouse. Une fin qu’il aurait pu écrire dans l’un de ses scénarios.

Arnaud Le Guern alimente son récit avec des passages autobiographiques. Il analyse sa passion pour Gégauff; il raconte comment il écrit ce livre, évoque ses pérégrinations sur les traces du scénariste en compagnie de missK., son amour.

Tout cela est beau, frais, terriblement bien écrit et séduisant. Toujours léger; jamais pesant. Le Guern maîtrise son sujet avec panache, tend sa prose, cerne son personnage. Ce n’est jamais une traque. Juste une manière de virée, de bringue menée tambour battant.

Il nous donne à humer les dessous d’une époque flamboyante, folle, où nombreux sont ceux qui se sont brûlé les ailes. Paul Gégauff était de ceux-là.

PHILIPPE LACOCHE

«Une âme damnée, Paul Gégauff», Arnaud Le Guern, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 186 pages, 19,50 euros.

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