Un récit poignant

Dans «François, la semaine de sa mort», Jean-Louis Rambour évoque le décès de son fils.

Il est des livres qui procurent à leurs auteurs joie et jubilation. Il en est d’autres, terribles, qui tentent de faire le deuil. Ce sont de longs cris de souffrance, des sanglots incoercibles, une peine insondable. Il n’y a pas de mots pour décrire la souffrance ressentie à la mort d’un de ses enfants. Poète, romancier et essayiste, longtemps habitant du Santerre, Jean-Louis Rambour trouve la force de hisser ceux-ci à l’oreille du lecteur. Ce dernier n’en sort pas indemne. Car Jean-Louis n’est pas seulement un père qui souffre; c’est aussi un grand écrivain. Dans la matinée du 1er janvier 2016, François Rambour, celui que Jean-Louis surnomme «le jeune homme salamandre», décède. Son grand corps – 1,90 mètre – de jeune homme de 35 ans, usé par la drogue dure, lâchait prise. Ses parents, Cathie et Jean-Louis, redoutaient ce terrible instant. Dire que ne s’y attendaient pas serait mentir. Il n’en demeure pas moins qu’ils sont inconsolables. En 240 pages d’une force, d’une puissance, d’une beauté indicibles, Jean-Louis raconte la vie de son fils et la semaine qui succéda à son décès. Ce livre, d’une dignité rare, d’une élégance pleine de retenue, est bien sûr imbibé de larmes. Comment pourrait-il en être autrement?

«En janvier 2014, François fit un grand voyage en Thaïlande et au Laos, à l’invitation de notre ami Michel», raconte Jean-Louis Rambour. «…«Tu te rends compte? C’est le voyage de ma vie!», dit François. Moi, j’avais répondu que sans doute, étant donné son âge (et une certaine banalisation des grands voyages), il en ferait d’autres au moins aussi intéressants que celui-là. Mais ce fut «le» voyage de sa vie. Je pourrais dire beaucoup de choses de ce voyage mais pour le moment je n’en retiens qu’une: cette scène où, dans un village très pauvre du Laos, François s’est retrouvé parmi de jeunes enfants et adolescents en grand dénuement et soudain s’est mis à pleurer devant tant de misère et de bonheur de vivre. Il était, selon Michel, inconsolable et les villageois autour de lui ne savaient plus quoi faire pour arrêter les larmes.»

Ce livre, d’une dignité rare, d’une élégance pleine de retenue, est bien sûr imbibé de larmes. Comment pourrait-il en être autrement?

Jean-Louis se souvient, un peu plus loin,

Jean-Louis Rambour vient d'écrire un livre poignant.

Jean-Louis Rambour vient d’écrire un livre poignant.

d’avoir vu François en silence se mettre à pleurer à grosses larmes devant la télévision en face d’une émission qui, pourtant, n’avait rien de dramatique, «un chagrin invisible dans ses mains posées à plat sur son jean…». Il lui demande ce qui ne va pas pour qu’il pleure ainsi. «Rien», répond le jeune homme. Et quand le poète-écrivain Rambour évoque les cheveux en brosse de son fils, «doux comme une peau de taupe», il est impossible de rester de marbre. On se dit alors qu’il eût été doux de croiser ce long jeune sensible; on se dit aussi, à l’instar de Gainsbourg, qu’on aurait bien envie de broyer la gueule à tous ces fumiers de dealers. On a très fort envie de serrer fraternellement le Jean-Louis dans nos bras.

PHILIPPE LACOCHE

François, la semaine de sa mort, Jean-Louis Rambour; Bookelis; 240 p.; 14,20 €.