J’aime la France et Gérard Depardieu

J'aime mon pays. J'aime aussi Gérard Depardieu, Michel Déon (notre photo) et Michel Houellebecq.

J’aime Gérard Depardieu, l’immense comédien, la générosité de l’homme, sa folie. Ses fêlures, surtout. Il a pris; il a donné. Il a perdu. Beaucoup perdu. Des proches. Essentiels. Est-il nécessaire d’insister? Je n’aime pas le système du bouc émissaire, spécialité des médias. Souvent, je me dis, lectrice, que je pratique un drôle de métier. Je serai incapable de faire ce que vient de faire Gérard Depardieu, et ce qu’ont fait, en d’autres temps, deux de nos plus grands écrivains: Michel Déon et Michel Houellebecq. Vivre trop longtemps hors de France me serait impossible. Et malgré mon immense fortune, ces impôts qui m’accablent, ces fromages qui disparaissent, ces petits commerces qui ferment, ces écrans plats, ces images numériques qu’on fait apparaître au toucher sur la porte du réfrigérateur ou sur la glace de la salle de bains, cette Europe allemande et capitaliste qui nous gangrène, cette mondialisation économique qui m’incommode, je reste. La France me colle à la peau comme un second épiderme. Je suis français, européen et mondialiste sur le plan fraternel mais pas du tout sur le plan des fichus marchés. Français, terriblement français. J’aime les paysages de mon pays, ses odeurs, ses mœurs, sa culture, ses filles, son patrimoine, ses églises, son hymne, son drapeau, sa république. J’aime mon pays, nos voisins belges, britanniques et les autres. Et j’aime aussi Gérard Depardieu, Michel Déon et Michel Houellebecq. Qui suis-je pour me permettre de les juger? J’aime mon pays, ma région, mon département, ma ville (Tergnier, Aisne). Et quand je croise mon copain Jean-Pierre Marcos, Beautorois, donc presque Ternois, au très beau spectacle du cirque Eloize, à la Maison de la culture d’Amiens, on n’a pas besoin de se parler longtemps; on se comprend. On se souvient de l’odeur de la brume du canal de la Sambre à l’Oise qui longeait le stade de Beautor, les matins d’hiver, quand l’Entente sportive des cheminots ternois rencontrait l’Union sportive de Beautor. L’odeur du métal écorché de l’aciérie. Nos dirigeants, communistes pour la plupart. Ou fervents catholiques défenseurs des humbles et des sans grades. Des bernanosiens. Nos vieux guides, ces cheminots, ouvriers de l’aciérie Japy, anciens résistants FTP. C’est cette France-là, celle qui n’est plus, celle d’hier, qui nous aide à rester debout. Malgré tout.

Dimanche 23 décembre 2012