Je ne posséderai jamais de coffre-fort

Arnaud Le Guern, avec ma pomme (en pull, avec un gros ventre).

 Reçu du cabinet de communication Thomas Marko & Associés et d’une de ses zélées représentantes (Marjorie Rousseau ou Julie Verzotti, je ne sais plus laquelle, mais je suis ravi de mettre en lumière ces filles de l’ombre): une bouteille de Jack Daniel’s dans son coffret «all black».En effet, pour la première fois de son histoire et à l’occasion de la Fête des Pères 2012, la marque légendaire du Tennessee met en scène le coffre-fort de son fondateur, Mr Jack Daniel’s, dans un coffret inédit. Jack Daniel’s dirigeait la distillerie avec son neveu, Lem Motlow. Celui-ci, très matinal, avait pour habitude d’ouvrir le coffre-fort. Un matin de1903, Jack arriva avant son neveu et tenta d’ouvrir le fichu coffre. Pas moyen: il avait oublié la combinaison. Très en colère, il donna un coup de pied dans le coffre, se cassa l’orteil. La blessure se transforma en gangrène cinq ans plus tard. Il en mourut. C’est affreux. D’où l’idée du coffret-coffre qu’on m’a envoyé. Comme je ne peux pas le goûter, je vais tenter de me souvenir. Je me souviens d’un soir d’hiver, de1979.Un copain, Fabrice Portemer, dit Gaëtan, dit le Petit Prince de Vouël, était venu me rendre visite. J’avais débouché une bouteille de Jack, et posé sur la toile cirée de la table de la cuisine de mes parents trois verres à moutarde: un pour Féline, ma petite fiancée, un pour Gaëtan, un pour moi. Il faisait déjà nuit. Noël n’était plus loin. C’était encore merveilleux car je n’étais pas très loin de l’adolescence, donc de l’enfance. Gaëtan travaillait à la SNCF. Moi je commençais à L’Aisne Nouvelle. Féline portait un petit manteau à carreaux. Je l’embrassais dans l’Ami 6 grenat de mes parents. C’est bon de se souvenir quand on est presque vieux. L’ami Arnaud Le Guern, excellent écrivain et talentueux éditeur conseil, boit-il du Jack Daniel’s? Je n’en sais rien. Je sais qu’il boit du Chablis et qu’il aime mes romans mélancoliques qu’il défend avec ardeur auprès des éditeurs. Dans mes romans, je parle souvent de Gaëtan, le Petit Prince de Vouël, et de Tergnier, ma ville cheminote. Et peu de Paris (comme Patrick Modiano), et jamais des États-Unis d’Amérique (comme Jean-Paul Dubois).C’est pour ça que je ne serai jamais riche et ne posséderai jamais de coffre-fort (comme Jack Daniel’s).

Dimanche 10 juin 2012.