Jean-René Pouilly : producteur d’amitiés

Né à Vers-sur-Selle, dans la Somme, ancien Amiénois, fils d’instituteurs de gauche, ce producteur de spectacles a travaillé avec les plus grands, de Souchon à Sheller, en passant par Leprest et Guy Bedos.

 

Jean-René Pouilly, producteur de spectacles, Le Bouquet du Nord, Paris. 5 novembre 2012

Disons-le tout de go: il existe de tout dans le métier de producteurs de spectacles. Des horreurs, des goujats, des mercantiles avec des dollars à la place des pupilles, des escrocs. Et des types bien, qui travaillent à l’ancienne, pour l’amour de l’art, de la scène, de la musique, pour qui l’argent n’est qu’un outil. Pas l’essentiel. Jean-René Pouilly est de ceux-là. Né à Vers-sur-Selle, dans la Somme, le 25février1945, de parents instituteurs (son père s’occupe des grands, sa mère des petits), Jean-René participe à toutes les activités culturelles qu’ils génèrent. Car cela fait partie de leur conception de leur métier. Chaque Noël, ils créent un spectacle. Mme Pouilly écrit ses pastiches sur l’actualité du village au son des tubes du moment. «Des spectacles de chansonniers; ça faisait un carton», se remémore Jean-René. Ils montent aussi des chœurs, des saynètes, des pièces de théâtre. M. Pouilly est clarinettiste; il fait partie de la fanfare du village. Engagés à gauche, ils fondent une troupe de théâtre et un ciné-club dans le cadre de la Fédération des œuvres laïques (FOL).Jean-René garde des souvenirs merveilleux de son enfance, de la vie du village, du football qu’il pratique en tant que milieu de terrain. Une enfance rurale bercée par les Yéyés, puis par les Stones et les Beatles. Car la culture, la musique plus particulièrement, le passionne. Il suit ses parents qui sont nommés à l’école du faubourg de Hem, à Amiens. Hussard noir de la République, son père rêve que Jean-René devienne enseignant. Mais à 15 ans, il s’intéresse moins aux études, et plus aux boums, aux bistrots et aux filles. Il est plus assidu aux zincs de chez Froc et du Penalty, place de la Gare, qu’au cours de mathématiques. Il suit tout de même les cours à la cité scolaire, jusqu’en première. Il a 17 ans quand sa petite amie attend un enfant. Il se marie, travaille à la FOL, s’occupe du journal des Francs et franches camarades (les Francas), devient pion, commence à organiser des spectacles, puis œuvre pour la Maison de la culture d’Amiens. Il programme. Voit passer les plus grands du moment. Va chercher Ella Fitzgerald à la gare d’Amiens en Simca 1000, pige pour le Courrier picard comme critique de jazz. Philippe Avron, Georges Moustaki, Pierre Henry, Barbara, Nougaro… Jean-René n’a pas d’œillères; tout l’intéresse dès que la qualité est au rendez-vous. «Mais les relations avec les artistes ne duraient qu’une soirée. J’avais envie d’avoir des relations plus ancrées dans la durée.» Il reste sept ans à la Maison de la culture, puis part pour s’occuper des relations publiques de l’équipe de football de Saint-Étienne. Il faut dire qu’il avait fait partie du comité directeur de l’Amiens sporting club, et avait même mis en place les journées internationales du sport à la Maison de la culture. Après Saint-Étienne, il arrive à Lille comme secrétaire général du Théâtre populaire des Flandres (TPF), organise les 12heures du TPF avec chanteurs et pièces de théâtre.Ça dure pendant quatre ans. «Du jour au lendemain, je me suis retrouvé sans rien avec mes trois enfants.» Il crée donc sa société de management d’artistes d’abord régionaux (Marc Frimat, Claudine Régnier, Awatinas, etc.), travaille beaucoup avec les fêtes des fédérations du Parti communiste, et reprend contact avec Henri Tachan avec qui il a travaillé pendant vingt ans. Fan d’Alain Souchon, il lui écrit pour lui proposer d’organiser ses tournées. Le chanteur accepte.De1977 à1982, ils travailleront ensemble: «Un grand moment de bonheur; on s’entendait très bien. Avec Alain Leprest, c’est l’une des plus belles écritures de la chanson d’après-guerre.» Il œuvre également pour Louis Chédid, William Sheller, et fonde la société Karavane en1982, se recentre sur le jazz (Martial Solal, Christian Escoudé, Archie Shepp…), produit le Cirque Invisible de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée, «de vieux amis», réalise une tournée dans le monde.En 2011, il devient le producteur de Guy Bedos, «un monument de l’humour et de la culture française. Ça a tout de suite très bien fonctionné entre nous.» Le sport est également revenu dans sa vie grâce à Félix, son petit-fils qui a été sacré champion de France junior sur toute à La Chapelle-Caro, en Bretagne en août dernier. «Tu vas nous le ramener ce putain de paletot tricolore?» lui avait-il lancé avant le départ de la course. Une formule qui n’eût pas déplu à son copain Allain Leprest, «un grand mec, très sympa dans la vie».On sent bien que Jean-René Pouilly avant d’être un producteur de spectacles est un producteur d’amitiés.

PHILIPPE LACOCHE

 

BIO EXPRESS

* 25 février 1945: naissance de Jean-René Pouilly, à Vers-sur-Selle, dans la Somme.

* 1965: il crée une association d’organisation de concerts, Le Rideau rouge, à Amiens. Premier concert - avec Jean Ferrat - au cirque.

* 1966: engagé comme collaborateur de Philippe Tiry, l’un des premiers directeurs de la maison de la culture d’Amiens.

* 1974: directeur des relations publiques de l’AS Saint-Étienne.

* 1975: secrétaire général du Théâtre populaire des Flandres, à Lille.

*1977 : agent artistique à son compte en créant la société Variétés contemporaines.

* 1978 : Alain Souchon lui confie l’organisation de ses tournées.

 

DIMANCHE D’ENFANCE

Football, tir à la carabine, théâtre et travail à la ferme

Enfant, Jean-René Pouilly accompagnait son père au football. Celui-ci jouait comme arrière central au CA Saint-Pierre, d’Amiens. «On allait au bar des Sports, place de la gare. On mangeait des frites. J’avais 5 ou 6 ans. On y allait à bord de sa 4CV ou de son Aronde. C’était un bistrot chaleureux, peuplé de personnes que je voyais jouer sur le terrain.» Il participe aussi à toutes les activités que généraient ses instituteurs de parents: théâtre (voir photo ci-contre), tours de chant, saynètes, etc. Et il s’adonne même, avec brio, au tir à la carabine. «Mon père avait fondé un club de tir à la carabine. J’ai été champion de France minime dans cette discipline, à La Madeleine, dans le Nord; j’avais 12 ans.» Le travail à ferme le passionne; il s’y consacre avec enthousiasme pendant ses vacances. À une certaine époque, il devient même le porte carnier d’un agriculteur de Vers-sur-Selle, M. Guy Boydeldieu. «Je l’ai revu à l’enterrement de mon père, il y a peu de temps», explique-t-il. «Il chasse toujours. Il m’a raconté qu’il n’avait tiré que trois fois au cours de sa dernière partie de chasse. Il a précisé qu’il avait tué une perdrix, un lièvre et un faisan. Pas mal!» Il se souvient aussi de ses dimanches d’adolescent qu’il passait dans les boums; les rocks au son des Kinks, des Animals. «Les filles étaient toutes mignonnes.»

Toutes ces femmes que je comble, rue Saint-Louis-en-Île

 

Guy Bedos, souriant, à l'hôtel du Jeu de Paume, rue Saint-Louis-en-Île, à Paris.

 J’ai souvent rendu heureuses les femmes que j’aime, rue Saint-Louis-en-Île, à Paris. Je me souviens d’un hiver d’antan; j’avais convié Lou-Mary lors de l’interview de Brigitte Fontaine, chez elle, dans cette vieille et si française voie, empreinte d’Histoire, d’histoires, et de pierre blanche. On y entend presque les remous céladon de la Seine; on croit y entendre les roues des carrosses grincer sur les pavés et les jurons des cochers avinés, rougeauds et rugueux. La France comme on l’aime. Lou adore faire le grand écart, et pas seulement sur la scène du cabaret La Belle Époque, à Briquemesnil, où elle se produit souvent, s’adonnant avec grâce et sensualité à des french cancans émouvants. Ainsi voue-t-elle une passion sans limite aux si différentes Mylène Farmer et Brigitte Fontaine. « C’est le plus beau cadeau que tu aies pu me faire», m’avait-elle glissé à l’oreille dans la froidure hiémale de la capitale. Depuis, de l’eau a coulé sous le pont Mirabeau. Lou est partie à Montreuil. J’apprécie toujours autant Apollinaire. Il y a quelques jours, c’est Lys que j’ai invitée à l’interview de Guy Bedos qu’elle apprécie beaucoup. Lys était en beauté avec son bonnet zébré façon léopard, so british. Belle comme la rosée sur le gazon d’Hyde Park le lendemain du concert des Stones en 1969.Pour se faire pardonner d’être si mignonne, elle nous fit attendre, partie se poudrer le nez aux toilettes. Guy Bedos, gentleman, ne voulait pas commencer sans elle. Ce fut un grand moment en compagnie de cet artiste drôle, élégant, et courtois. Le weekend dernier, Lys est parvenue à me faire assister à un opéra de trois heures au Gaumont d’Amiens: L’Élixir d’amour, de Gaetano Donizetti. C’était délicieux. Costumes colorés comme un album de Tintin, voix époustouflantes, et histoire d’amour digne de Francis Carco ou de Pierre Benoit. En sortant du cinéma, nous nous sommes follement amusés à la Nuit Blanche, et avons croisé à deux reprises les excellents Ghislaine Roche, directrice du centre culturel d’Etouvie, et Thierry Bonté, 2e vice-président d’Amiens Métropole. L’automne me va bien au teint, lectrice.

Dimanche 21 octobre 2012.