Un champagne de l’Aube par un après-midi de pluie

 

Lou-Mary en duo avec Chris Evans.

J’ai toujours adoré les bars d’hôtels. Ils ont un côté à la fois intime et impersonnel qui me séduit. On y passe comme des ombres, nous, les hommes, en compagnie de femmes qui sont les nôtres.Ou pas. On y boit des champagnes improbables, rares, délicats; les conversations y sont feutrées comme les coussinets des pattes félines. À ce propos, je me souviens des longues après-midi pluvieuses que je passais avec Féline, mon ex-épouse, au bar de ce bel établissement qui se nommait encore Hôtel de France (quel joli nom, éminemment plus beau que ceux des chaînes mondiales ou européennes qui ne veulent plus rien dire), à Abbeville. Elle y buvait un champagne de l’Aube, non pas le matin, comme ce nom du breuvage délicat eût dû l’y conduire, mais vers 16heures; j’y savourais une bière pression aussi fraîche que la pluie de ces printemps incessants, dont les grosses gouttes molles s’écrasaient contre les vitrines comme des larmes. L’odeur poivrée de l’osier des fauteuil m’invitait à des rêves coloniaux. L’autre soir, Lys et moi étions au nouveau bar de l’Hôtel du Carlton, à Amiens, au premier étage. Le maître, des lieux, sympathique, a eu la bonne idée d’y installer un vaste salon fumeur ce qui prouve qu’il existe encore des gens qui savent vivre et qui résistent aux furies hygiénistes de lois frigides au nom viticole. Nous n’étions pas d’accord sur le film Hôtel Normandy, que nous venions de voir au Gaumont, œuvrette que je trouvais délicieuse (à l’image d’Helena Noguerra), charmante et légère, digne d’un Jacques Laurent ou d’un Félicien Marceau, et que Lys trouvait facile et convenue. En revanche, nous étions tout à faire d’accord pour dire que Mud est un chef-d’œuvre. Mud, c’est l’économie efficace du style de Steinbeck et l’universalité poignante de Mark Twain. Sublime. J’ai également adoré, la soirée d’anniversaire (60 ans) de Daniel Grardel, au Lucullus. Mon peintre préféré avait convié l’excellent rocker Chris Evans, élégant, intelligent et sympathique, à distiller son répertoire. Et quel plaisir le duo qu’il nous proposa en compagnie de mon ex-grande sauterelle, l’adorable Lou-Mary de retour en terres picardes. Lou était accompagnée d’Athos, son Westie, qui, après m’avoir reconnu, m’embrassa et me donna des nouvelles de son frère, le chat Bébert, resté à Montreuil.

Dimanche 19 mai 2013