Chronique écrite sous la lumière jaunâtre de mon bureau

Sacré Dany ! Quarante pages; quarante mille exemplaires vendus en quatre jours. Bientôt dans le CAC 40 ?

Daniel Cohn-Bendit sur France-Inter. Il vient parler de son livre de 40 pages Pour supprimer les partis politiques ! Réflexions d’un apatride sans parti, publié aux éditions Indigènes, basées à Montpellier, auxquelles l’on doit déjà Indignez-vous ! de Stéphane Hessel. Vais-je acheter ce livre ? Ça m’étonnerait, Daniel n’est pas mon préféré, je l’avoue humblement. Je me méfie de ces vieux gauchos aujourd’hui favorables au capitalisme. En quatre jours, selon le journaliste francintérieur, notre bobo-écolo de Mai 68 aurait déjà vendu 40000 exemplaires de son opuscule. Ça me fait rêver moi qui, quand j’ai vendu mille bouquins, suis aux anges. Un confrère journaliste de notre quotidien, très aimable et bon camarade, m’avait glissé, il y a quelque temps, à l’oreille : «Phil, si tu n’étais pas un écrivain minable, tu ne serais pas là à t’esquinter les yeux et la santé à relire des pages sous cette lumière jaunâtre et blafarde...» Nous avions bien rigolé. Je lui avais conseillé, au confrère, d’écrire un roman. Avec une telle inspiration, il eût pu faire aussi bien que le Dany ou que le saint homme Stéphane Hessel. Mais moi, je ne m’indigne pas assez dans mes bouquins. Et je n’ai pas l’ambition de moraliser, de réformer les partis politiques et l’écologie. Je me contente, laborieux et buté, de recycler les déchets dans le compost, de mettre les emballages en plastique dans les sacs jaunes que me fournit, hebdomadairement, Amiens-Métropole. Et j’aime bien la lumière froide et jaunâtre de mon bureau, les soirs d’hiver. Ça me rappelle les nouvelles de Pierre Mac Orlan. Et j’aime bien relire la copie, au journal. Et dans mes bouquins, je ne parle que de Tergnier, des filles, des sixties, d’alcool, de vieux rock’n’roll antédiluviens. Et je crois très moyennement au progrès. Je préfère Karl Marx à Jacques Attali et à Alain Minc, préfère les pages littéraires du Figaro et de Valeurs actuelles, à celles des Inrockuptibles. Je suis assez infréquentable. Les filles me le disent souvent. Et, de plus, je ne vais presque plus aux concerts de rock à la Lune des Pirates mais fréquente les diffusions des opéras au Gaumont d’Amiens. (C’est confortable, les fauteuils rouges ; mes vieilles fesses ont besoin de ça, now.) Cohn-Bendit est un vieux jeune homme moderne ; je ne suis qu’un jeune vieux ancien. Le problème, c’est que je suis très heureux comme ça.

Dimanche 24 février 2013