Camille redouble et Jourdain s’attendrit

     Parfois, le journalisme - comme les femmes - me piège. Te souviens-tu lectrice amiénoise, dessouschiquienne et blogueuse, dans l’étrange interview que m’a accordée la chanteuse Camille, il y a peu, je promettais d’évoquer celle-ci dans la présente chronique dominicale. C’est chose faite, même si cela n’a plus lieu d’être car nous avions presque tout dit. Non, pas tout à fait car, quelques jours plus tard, il me plut de m’interroger sur ce qui fait le magnétisme d’une femme et d’un spectacle. Lorsque Camille m’invita à la rejoindre dans sa loge (en fait, ce fut son compagnon - musicien qui l’accompagne sur scène - qui me servit de guide; il faut que je sois plus modeste, moins rêveur), je fus irradié par son aura, son maintien, son regard, sa grâce. Il n’est pourtant là point question de séduction amoureuse. Ma Lys était présente, radieuse elle aussi, adorable avec son béret en léopard; l’homme du cœur de la chanteuse rôdait dans les parages. Je ne suis pas un goujat, lectrice haletante. Alors qu’est-ce que cette étrange alchimie qui fait qu’une personne fascine, envoûte, passionne? Il en fut de même, quelques heures plus tard, à la faveur de son concert. Sa voix folle, précise, virevoltante; les éclairages incroyablement doux qui tissaient une manière d’intimité rassurante et fœtale. Tout ça à la fois certainement. Cette magie m’a, une fois encore, interpellé, mardi soir, dans le même lieu: la Maison de la culture d’Amiens. On y donnait Le Bourgeois gentilhomme, une création du remarquable Denis Podalydès et de d’excellent Christophe Coin, directeur de l’Ensemble baroque de Limoges (sur scène au violoncelle).Comédie-ballet de Molière, musique, savoureuse, gouleyante, si française de Lully. Trois heures de bonheur, de folie douce, d’intelligence, de couleurs, de bons mots, de rires en cascade. Denis Podalydès fait de Jourdain (le subtil Pascal Rénéric), bourgeois mal dans sa condition étriquée comme dans un pantalon trop court, une personne tendre, remplie de douce bêtise, de touchante candeur. Podalydès aime les personnages de Molière; il aime aussi ce qu’il en a fait. Point de vanité, non; juste une empathie rassérénante pour une œuvre dans ce qu’elle a de meilleur, d’accessible et de subtile, pleine de vie, de lumière, d’amour, de drôlerie. Et, lâchons le mot: d’espoir. En ces époques de morosité et de disette, diantre, ça fait du bien!

Dimanche 28 octobre 2012