Albin de la Simone : « Miossec essayait d’imiter l’accent picard »

Albin de la Simone, Paris, avril 2014. Près du café Le Zéphir.Albin de la Simone, Paris. Avril 2014.

« Il nous appelait les Hommes de Picardie », révèle-t-il. Albin de la Simone et l’autre Picard, l’ingénieur du son Jean-Baptiste Brunhes, ont réalisé le dernier album du sacré Breton.

 Comment votre rencontre s’est-elle effectuée?

Quand il m’a appelé j’étais dans le jardin de ma mère, à Montigny-sur-l’Hallue; on a parlé pendant une heure de comment on vivait la musique aujourd’hui. On s’est rendu compte que malgré notre distance apparente, on vibrait pour les mêmes choses. C’est presque pendant ce coup de fil que l’esthétique du disque s’est déterminée. Miossec avait déjà commencé à travailler avec Jean-Baptiste Brunhes, ingénieur du son, qui a grandi à Amiens. Jean-Baptiste nous a réunis, ce qui n’était pas évident ni pour moi ni pour Miossec car on est à priori très éloigné l’un de l’autre. En fait, dès la première rencontre, il y a eu de jolies étincelles. C’était en août dernier. Notre premier rendez-vous. On a parlé de l’orientation générale que l’on voulait donner au disque et même d’un planning; j’ai fait un planning sur la nappe en saupoudrant du paprika pour dessiner une grille, et je saupoudrais les jours qui étaient disponibles. Le 15 décembre, quand on a fini l’album, on s’est rendu compte qu’on avait tenu le planning et qu’on avait exactement le disque qu’on avait décrit en août. C’était miraculeux car ça peut être beaucoup plus compliqué que ça de faire un disque. La rencontre avait pour cadre un restaurant turc dans le Xe, d’où le paprika. La rencontre suivante c’était directement pour enregistrer dans son sous-sol en haut d’une falaise, près de Brest chez lui, dans un endroit magnifique, très sauvage.

Quel a été votre rôle sur ce disque de Miossec? Réalisateur? Producteur artistique? Arrangeur?

On était vraiment trois à travailler. C’est plus facile car les décisions se prennent plus rapidement. Deux entraînent le troisième. Ça permet d’être détaché. On se rallie à la majorité plus facilement. J’étais coréalisateur (avec Jean-Baptiste et Christophe Miossec). On avait chacun une spécificité; la mienne était les instruments et les arrangements. Je jouais des instruments, de la musique. Miossec nous montrait une chanson à la guitare; et puis, tout de suite, on enregistrait. Je jouais une basse par-dessus; on ajoutait un petit tambourin, un chœur. On révélait les chansons comme on révèle des photos. Au début, c’est très peu net, et ça se révèle, ça se clarifie. On a fait trois sessions de trois jours, à l’issue desquelles toutes les chansons étaient révélées. On a dû faire douze chansons et il doit en rester onze. Après ça, on a tout emmené à Paris (tous les trois), et on invité des musiciens à venir partager ça. C’était des maquettes dont on a gardé quasiment tout. C’est assez traditionnel, mais ça s’est passé de manière totalement fluide. On était toujours tous les trois. Un vrai trio;  Miossec nous appelait « les hommes de Picardie » de par nos origines; il essayait d’imiter l’accent picard. Il a allait rechercher sur internet des poèmes en picard; ça le faisait marrer. Il est très entreprenant. Il est du Finistère Nord, et il se revendique parfaitement breton.

Quelle couleur musicale entendiez-vous donner à ce disque?

C’est lui qui est arrivé avec des envies. Marimba, contrebasse, bandonéon… on était d’accord sur le fait qu’on voulait qu’il n’y ait pas de tensions au sens rock dans ce disque. Un disque plutôt détendu. Je participais à cet état d’esprit; c’est en ça que ma présence avait un sens. Lui-même se chargeait que ça ne se s’endorme pas; moi je veillais à ce que ça ne se tende pas. C’était deux pôles qui se retrouvaient dans un juste équilibre musical. Ça m’a vachement apporté parce que tout ce qu’il proposait était assez exotique pour moi; j’adore mettre mon langage au service d’un projet un peu éloigné.

Etait-ce vous qui proposiez ou imposiez un son, une ambiance? Ou lui qui les demandait, les réclamait?

La plupart des choses se sont faites naturellement; on avait choisi de faire le même disque. On entendait le même disque dans nos têtes. Il y avait parfois des petits moments de négociations, mais ça reste son disque.

La critique, unanime, affirme que les présentes chansons sont plus sobres, moins rock’n’roll. Qu’en pensez-vous?

La critique parle aussi de ses textes et de sa posture; il est plus apaisé, plus tranquille, moins agité. Il ne boit plus; sa vie étant comme ça, il était important de faire un disque à son image. C’est un homme très doux, très cultivé musicalement. Très sensible; il trimbale une image d’artiste écorché, qui appartient à son passé.

Il y a moins de guitares électriques? Pourquoi?

Il y en a mais elles ne sont pas du tout agressives. Ça s’est fait naturellement, ça n’avait pas de sens; on a essayé de les rendre plus dures, ça ne marchait pas. Pareil pour les batteries, tout est finalement très souple; rien n’est datable, ce n’est pas une musique d’aujourd’hui ni d’hier; c’est un mélange de tout ça.

Et l’idée des marimbas et du bandonéon, ça vient d’où?

Ça vient de lui, l’idée; il avait un petit marimba d’un octave et demi, de 60 centimètres; on y avait facilement recours quand on était en Bretagne. C’est une couleur qui a traversé toutes les chansons. A Paris, dans le grand studio (le studio Pigalle, rue Jean-Baptiste-Pigalle), on a fait venir un grand marimba (c’est une sorte grand xylophone en bois; on le retrouve dans la musique classique). C’est moi qui en ai joué car c’est comme un piano avec de très grandes touches. L’idée du bandonéon, lui est venue à la fin; Jean-Baptiste connaissait une bandonéoniste qui est venue le dernier jour de studio et qui a ajouté des touches de son instrument sur l’ensemble.

 

Jouez-vous d’autres instruments sur ce disque?

Tous les claviers (piano, orgue, de très vieux synthés), de la basse (mon Höfner et mon incroyable basse Baldwin; elle a un son moelleux). Je suis de plus en plus bassiste; j’adore ça. J’ai aussi joué de la guitare; j’ai même fait un solo sur « On vient à peine de commencer »; ça me fait rire car je joue comme un escroc avec du feeling mais sans aucune technique. En tant que pianiste, jouer de la guitare me surprend tout le temps; c’est très exotique. C’est comme se masturber avec la main gauche quand on est droitier.

 Comment furent vos relations avec Miossec lors de la réalisation?

C’était très camaraderie; un échange permanent de textos, de mails, de blagues en picard. On essayait de se faire rire tout le temps. C’était génial.

C’était où, dans quel lieu, quel studio?

Septembre 2013, en Bretagne, et octobre-novembre, Paris, mais par petites touches car j’étais en tournée; j’ai fait 25 concerts en même temps, dont un mémorable à Amiens. Je m’en souviendrai longtemps de ce concert et de cette période; c’était intense, la tournée et l’album de Miossec et même temps je faisais les arrangements de cordes de Dick Annegarn, et même Chaka Ponk (un groupe de métal délirant qui cartonne); j’ai fait un arrangement de cordes pour eux; tout ça en même temps.

Quel regard portez-vous sur l’œuvre de Miossec?

Je connaissais pas très bien ce qu’il faisait; quand on décidé de travailler ensemble, j’ai choisi de ne pas mieux connaître pour être vierge de toutes influences; et lui, pareil (il ne connaissait que mon dernier disque et ce que j’avais fait pour Vanessa Paradis). Donc on y allait avec la volonté de tout découvrir ensemble, sans a priori. Mais ce qu’il faisait m’attirait et j’ai fait savoir à JB que j’étais attiré par ce qu’il créait; j’ai demandé à JB de le dire à Miossec.

Quelle est la chanson que vous préférez sur ce disque?

La chanson 5 « Ce qui nous atteint ». J’aime aussi celle qui se nomme « Qui nous aime ». Et aussi « Le plaisir, les poisons ». Mais elles me touchent toutes; les textes révèlent des subtilités encore aujourd’hui alors que je les ai entendues des centaines de fois.

Rappelez-nous quelles sont vos autres réalisations.

Vanessa Paradis (Une nuit à Versailles) 2012; Jeanne Cherhal (L’eau, avec JB, en 2006). Récemment, Mélanie Pain (By By Manchester, 2013, j’ai joué basse, synthés, etc.). Bastien Lallemand (deux albums : Les Erotiques, 2006, et Le Verger, 2011). Ce sont là les principales; ensuite il y a eu de nombreuses autres collaborations.

Avez-vous d’autres projets de réalisations avec d’autres artistes?

On m’en propose du coup maintenant, j’ai encore des concerts jusqu’à décembre 2014. Après, je rêve d’une seule chose : écrire la suite de ma vie, un nouvel album. Je commence déjà gamberger.

Viendra-t-il donner des concerts en Picardie, et y serez-vous?

Pour Miossec, je ne sais pas. Pour moi, je ne sais pas non plus; je joue où on m’invite. J’adorerai rejouer en Picardie.

 Quels sont vos projets personnels?

L’an prochain, je fais trois soirées à la Cité de la Musique, Porte de Pantin, de présentation de mes films fantômes. Un spectacle et une grande exposition autour de films qui n’existent pas. Concert, on sera huit sur scène; on joue les musiques des films et des comédiens racontent ces films. Une exposition propose bonus, affiches, interviewes… tout ça pour stimuler l’imaginaire des spectateurs. Ce sera en mai. Ce sera des projections dans les têtes des gens. Je fais mon dernier concert parisien le 3 juin dans le plus beau théâtre de Paris, Les Bouffes du Nord. Un concert exceptionnel avec des invités exceptionnels.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

HISTOIRE : Chancelier de l’Ordre de la Libération, Fred Moore est un Amiénois pur jus

Fred Moore, en photo sur sa carte de l'Almiens athlétic club natation, en 1935.

Le 7 août 1944, à bord de son char de la 2e DB, à Louvignié-du-Désert, dans l’Ile-et-Vilaine, il retrouvera ses parents par le plus grand des hasards.

Fred Moore, jeune homme, sur une plage au cours de l'été 1937.

 

Agé de 92 ans, doté d’une mémoire impressionnante, ce Compagnon de la Libération a fait preuve d’un courage exemplaire tout au long d’un parcours qui inspire le respect.

 

Dans son bureau situé dans le cadre prestigieux de l’Hôtel national des Invalides, dans l’annexe Robert de Cotte, au 51 bis, boulevard de La Tour-Maubourg, dans le VIIe arrondissement, à Paris, Fred Moore, Chancelier de l’Ordre de la Libération depuis2011, se souvient. Il se souvient de tout. À 92 ans, impressionnant de santé et de vitalité, cet homme est titulaire d’une mémoire étonnante, d’une précision qui laisse songeur. Sur les murs, d’immenses portraits du général de Gaulle. Fred Moore se souvient. De son parcours, «pas de ma guerre», sourit-il, paisible et passionné. Et d’Amiens, la ville de son enfance. Il est pourtant né à Brest, au 91, rue de Siam. Sa mère, une demoiselle Breton, issue d’une famille très catholique de Fougères et de Brest, fait la connaissance de son père, un Anglais, officier de la Royal Navy, en1913.Les marins anglais avaient pris l’habitude de venir en rade de Brest pour recharbonner les chaudières de navires. Le 16juillet1916, ils se marient. Fred naît, puis son cher frère René (né le 1er décembre 1921, vaillant combattant, lui aussi, qui fit toute sa guerre comme première classe, et dont l’évocation de la mort, survenue la veille de ses 80 ans lors d’une intervention chirurgicale, l’émeut toujours au plus haut point).Leurs parents s’installent à Amiens où ils reprennent le Bazar bleu, rue des Trois-Cailloux. Fred étudie à l’école Sainte-Clothilde, puis au collège de la Providence, puis au lycée d’Amiens, car, né de père anglican, il se voit refuser l’accès aux lycées catholiques de la ville. Ensuite, il entre à l’école nationale d’optique, à Morez, dans le Jura. Il veut être aviateur, s’engage comme volontaire en mai1940, au titre du bataillon de l’Air 117 stationné à Chartres, mais ne peut rejoindre son unité. Il rejoint alors Brest où ses parents et son frère se sont réfugiés après avoir évacué Amiens. Sur la place de Brest, il entend le discours de Pétain diffusé par des grands haut-parleurs installés devant les locaux du journal Ouest-Eclair. Il refuse la défaite. Le 19juin1940, il quitte la France en bateau à voile en compagnie de son jeune frère René. De Bretagne, il atteint l’Angleterre.Le 1er juillet 1940, il s’engage dans les Forces françaises libres au titre des Forces aériennes françaises libres (FAFL). «Mon frère et moi étions allés voir le consul de France, à Brighton. Il nous a dit d’écrire au général de Gaulle. Il nous a répondu qu’on pouvait, de part nos origines, nous engager dans l’armée anglaise ou dans les Forces françaises libres en cours de constitution.» Titulaire du permis de conduire, il est affecté à la 1ère Compagnie du Train avant de prendre part à l’expédition de Dakar en septembre1940.Désigné pour suivre, en décembre1940, les cours d’élève aspirant au camp d’Ornano à Brazzaville, il est dirigé sur Beyrouth pour servir dans les troupes du Levant. Affecté chez les Spahis marocains, comme chef du 2e Peloton du 1er Escadron du groupe de reconnaissance de Corps d’Armée à Damas, il s’entraîne en vue de participer à la campagne de Libye. Les spahis marocains, «de merveilleux combattants avec lesquels je prends part aux combats d’Égypte, de Libye et de Tunisie contre l’Afrika Corps de Rommel», résume-t-il. En 1943, il se distingue en Tunisie. En juillet 1943, il est affecté pendant un mois et demi à la Garde d’honneur du général de Gaulle, à Alger. Puis, c’est le «retour en Angleterre au sein de la Division Leclerc où notre 1er RMSM devient le régiment de reconnaissance de la division», explique-t-il. Il débarque en Normandie le 2août1944, et met notamment hors de combat trois canons antichars allemands et capture plus de cent prisonniers. Lors de la libération de Paris, le 25 août, il prend une part active à la prise de l’école militaire : «Je n’oublie pas le brigadier Pierre Deville, tué le jour de ses 20 ans, alors que mon peloton attaquait sur le Champ de Mars», dit-il. Puis ce seront de nouveaux combats, dans les Vosges, en Alsace, la libération de Strasbourg «où le serment de Koufra est tenu par le brigadier Lebrun de mon escadron, qui hisse le drapeau français, à la flèche de la cathédrale. Enfin, l’Allemagne jusqu’au nid d’aigle de Berchtesgaden». Démobilisé en1946, il crée une affaire d’optique à Amiens, puis servira en Algérie, et sera élu député de la Somme dans la première circonscription d’Amiens en1958.Voilà ce qu’on appelle un parcours magnifique effectué par un homme au courage exemplaire. Il n’en est pas moins modeste: «C’est sans doute la conviction inébranlable d’être du côté de l’honneur et d’appartenir à une petite armée de volontaires, partageant un idéal commun qui ont permis à la France Libre d’être ce qu’elle a été», confie-t-il. Facile à dire; moins facile à faire. Respect, Monsieur Moore!

PHILIPPE LACOCHE

 

Bio express

8 avril 1920: naissance au 91 de la rue de Siam, à Brest.

Début mai 1940: s’engage dans le Bataillon de l’Air 117, stationné à Chartres, avec prière d’attendre à son domicile la réception de l’ordre de route. Il ne recevra jamais ce dernier.

23 juin 1940: s’engage dans les Forces françaises libres.

25 août 1944: libération de Paris. Premier tué parmi son peloton. Il fait la connaissance de celle qui deviendra son épouse.

22 novembre 1944 : lors du passage de la Sarre, il parvient à faire 350 prisonniers allemands.

 

Promenades à bicyclettes Raleigh et pique-niques

Fred Moore passe toute son enfance à Amiens. Son père, commerçant-négociant, y tenait le Bazar bleu, au 6 de la rue des Trois-Cailloux. «Mon père a vendu des jouets aux fils du général Leclerc», se souvient-il. Il revoit encore les deux niveaux des caves: «Le deuxième niveau, le plus bas, rejoignait la cathédrale. Au retour de la guerre, mon père y a retrouvé trois services en porcelaine de Limoges qu’il vendait dans son magasin et qu’il avait stocké là. Il m’en a fait cadeau à mon mariage.» Le dimanche, les membres de la famille Moore enfourchent leurs bicyclettes Raleigh, la célèbre marque anglaise, «des bicyclettes toutes noires. On allait dans le bois de Flesselles, à Flixecourt, à Picquigny, dans le bois de Querrieu. Il nous arrivait de pique-niquer. On y restait jusqu’à 5 heures. C’était très agréable. Cela se passait en 1926, 1927 et 1928.» Autre souvenir: la première voiture de son père, une Citroën B12, achetée en 1925.Puis, ce fut une B14. «Un Anglais, M.Brown, qui tenait une épicerie rue Foch, qui lui avait appris à conduire. Quand j’ai eu 14 ans, il me permettait de conduire un peu. J’allais chercher la voiture au garage. Je portais un chapeau mou, et j’étais assis sur un coussin.» Il se rappelle que ses parents n’invitaient pas souvent mais qu’ils se rendaient chez un ami anglais, M. Howerd, maire de Fay, dans le Santerre.

Miossec, au comble de sa forme artistique, est à l’eau

    Il évoque son dernier album, ses changements de cap, et ses relations avec la littérature et l’alcool.

Valeur sûre de la chanson-rock française, Christophe Miossec a sorti, il y a peu, Chanson ordinaires, son album le plus «brut» et le plus énergique de sa brillante carrière.
Chansons ordinaires est un sacré bon album. Comment est-il né et pourquoi?
Christophe Miossec : Il est né en réaction au précédent, Finistériens, sorti en 2009, qui était réalisé avec Yann Tiersen. C’était un disque très studio. J’ai voulu faire, cette fois, le contraire, c’est-à-dire enregistrer d’un jet, dans une ambiance «local de répétition». Avec un côté collectif pour renforcer le côté dynamique. J’ai voulu revenir à quelque chose de physique dans la musique.
On a l’impression que vous n’aimez pas l’étiquette «chanson française».
Effectivement, l’étiquette «chanson française» me semble trop réductrice. Ça représente quelque chose de gentil, de trop bien peigné.
Pourtant, ce que vous faites s’appuie sur les textes, comme dans la chanson. Même si votre expression reste très rock.
Sans les textes, je n’existerais pas. Mais la chanson est devenue variété à la fin des années soixante-dix. C’est devenu une histoire de radio.
Vos textes justement. Que vous le vouliez ou non, ils sont éminemment littéraires, au sens où ils transpirent l’émotion. Pour ce faire, vous n’avez pas besoin d’afféterie. Votre style sec assure; il porte des sacs de mots justes comme le charbonnier porte des sacs de charbon sur son dos.
C’est un vrai plaisir pour moi, l’écriture des textes. J’aime effectivement quand c’est ramassé, resserré au maximum.
Vous citez souvent l’écrivain Henri Calet et les Hussards. Ils vous ont marqué?
Oui, Henri Calet m’a beaucoup marqué. Quand je l’ai découvert, il n’y avait plus qu’un livre de lui disponible: Le tout sur le tout. J’ai trouvé ça fabuleux. Jean Paulhan (qui n’écrivait pas très bien mais qui était un excellent éditeur), l’a soutenu. Georges Perros, lui aussi, était souvenu par Jean Paulhan.Calet,  Perros: c’est réjouissant.
Quels sont vos Hussards préférés?
Antoine Blondin, Roger Nimier. Beaucoup de gens les rejettent car ils véhiculent une image de droite ou d’anars de droite. En fait, une méconnaissance absolue car ils ne les ont pas lus. Grâce à eux, ça fait du bien de sortir du moule post-soixante-huitard.
Quels sont les autres écrivains qui vous ont marqué?
Au cours de l’adolescence, Hubert Selby m’avait fracassé la tête, notamment grâce aux traductions de Philippe Garnier. Les écrivains américains ne sont pas passés par l’université.
Ceux de la Beat generation en particulier.
Il y en a même un qui est passé par Brest pour chercher un héritage: Jack Kerouac.
En matière de musique, qu’écoutez-vous actuellement?
Je ne peux m’empêcher de citer Talking Head qui n’est pas un groupe cérébral. J’écoute aussi beaucoup

Christophe Miossec : rock et littérature. (Photo : Léa Crespi.)

Howlin’Wolf, et des choses assez brutes. Très blues.
Vous serez demain soir, à Clermont, au festival des Zicophonies. S’agira-t-il d’un concert isolé ou s’inscrit-il dans une tournée?
Un concert isolé. La queue de la comète de la tournée en quelque sorte. Si je me plante, je ne serai pas pardonnable! Sur scène je serai en compagnie d’un clavier, d’un guitariste, d’un bassiste et d’un batteur.
Vous en êtes où avec l’alcool. Toujours à l’eau?
Oui, et pour la vie je crois bien car je souffre d’une sorte de maladie orpheline qui me contraint à ne plus boire. Je suis à la bière sans alcool.
Laquelle préférez-vous?
La Kronenbourg bien fraîche. Parfois, j’en sers à mes amis sans le leur dire. Ils n’y voient que du feu.
Propos recueillis par
PHILIPPE LACOCHE