La très charmante Audrey Azoulay et le souvenir de Joël Caron

Mes soirées et mes nuits de chat de gouttière m’ont souvent conduit à la Maison de la culture, ces derniers jours. En compagnie de Lys, suis allé voir la chorégraphie Para-II-èles, de Nicolas Le Riche, avec ce dernier et la danseuse Clairemarie Osta, sur une musique de Matthieu Chedid. « Il bondit comme un tigre, vole comme un ange et atterrit comme un chat », dit joliment Guillaume Gallienne, à propos de Le Riche. C’est très juste. Les expressions du duo sont empreintes de poésie et de grâce. Et la musique de Matthieu Chedid est tout simplement délicieuse. Jamais absconse, mélodieuse à souhait. Le compositeur a fait la surprise au public en arrivant sur scène à la fin du spectacle. Nous le retrouvâmes, Lys et moi, au repas auquel Gilbert Fillinger nous avait gentiment conviés. (J’espérais secrètement que Gilbert nous cuisinât un lapin que, si l’on en  croit la rumeur culturelle, relève de sa spécialité ; mais non, nous étions une bonne cinquantaine de convives ; il eût fallu un grand nombre de lapins ou un très très gros lapin.) Il est sympa, - M-. Simple, direct, il se prêta avec gentillesse au jeu des signatures d’autographes et aux séances de photographies. Quelques jours plus tard, retour à la Maison de la culture pour les cérémonies du cinquantenaire. Mme la Ministre de la culture, Audrey Azoulay, était présente – très élégante, pantalon slim, court blouson de cuir, pour tout dire très charmante

Audrey Azoulay, très charmante Ministre de la Culture.

Audrey Azoulay, très charmante Ministre de la Culture.

– notamment à l’inauguration de la singulière et passionnante exposition de Tim Yip. J’y rencontrais de nombreux amis, dont Michel Orier, ancien directeur de la Maison qui vient d’être nommé directeur de la musique et de la création culturelle à Radio France (à qui j’appris, non sans émotion, que j’avais retrouvé sur Facebook la trace du saxophoniste-flûtiste-mangeur de sandwiches au camembert, Joël Caron, copain du lycée Henri-Martin, membre du groupe Koït, devenu responsable de la société de production de cinéma Aquarelle, basée à Saint-Etienne-les-Orgues, dans les Alpes-de-Haute-Provence) et Christine Carrier, ancienne responsable de la bibliothèque d’Amiens devenue directrice de la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou à Paris. Michel et moi sortîmes fumer une cigarette. Des souvenirs me remontaient. Un samedi après-midi de 1972 ou 1973. Printemps pluvieux. J’avais pris le train  en gare de Tergnier, pour me rendre à la MJC de Ham (la ville du jambon, comme le dit mon copain Jean Detrémont) où se produisait Koït. Je revoyais Joël Caron, ses longs cheveux d’Indien ballotant sur ses joues alors qu’il soufflait des volutes de free jazz dans son saxophone Buffet-Crampon. Je me souvenais que Michel Orier était l’un des organisateurs de l’événement. Les frères Letot, Jean-Paul (basse) et Jean-Marie (batterie) l’accompagnaient. Sur scène, j’y suis retourné, l’autre soir, au Rétroviseur, où mon camarade Vanfi et son groupe The Last Ones donnaient un concert. Clash, Stranglers, Stooges et Stones étaient au menu. Je me suis invité à faire des chœurs sur « Jumpin’Jack Flash » et « Johnny B. Goode ». Comme au bon vieux temps. J’ai adoré.

                                                         Dimanche 6 mars 2016

 

 

Un après-midi avec Robert Mallet

     

Robert Mallet, écrivain, poète, universitaire, homme de radio. Picard dans l'âme et défenseur de l'environnement.

Robert Mallet, écrivain, poète, universitaire, homme de radio. Picard dans l’âme et défenseur de l’environnement.

J’ai bien connu Robert Mallet. Il était un grand écrivain, un homme fraternel, généreux, attentif aux autres. Dès mes premiers pas dans l’écriture, il m’avait soutenu, prodiguant conseils précieux et encouragements. Le Courrier picard publiera, le 18 mars, un cahier spécial qui lui est consacré, ce à l’occasion du centenaire de sa naissance. Le journal a eu la bonne idée de me confier l’analyse de son œuvre littéraire. J’ai donc passé un samedi après-midi dans la salle du patrimoine de la bibliothèque d’Amiens. Il y avait longtemps que cela ne m’était pas arrivé. J’ai adoré ce silence, cette quiétude, le bruit de parquet ancien, les odeurs de vieux papier, l’aide bienveillante du personnel. J’ai tout aimé, oui. Cela fait tellement du bien de prendre son temps, de lire, dans ce monde de brute où tout va vite, où tout braille, où tout est gris même quand il fait beau. (Note à ma lectrice adorée – NAMLA : on appelle aussi ça la mélancolie, voire la neurasthénie.) Il faisait beau, justement, ce samedi-là. Un beau samedi d’hiver. Alors que je passais commande des ouvrages que je voulais consulter, je regardais par la fenêtre le vieux mur hérissé de végétation sur lequel picorais un passereau. Je me disais que cette mini scène de vie eût bien plu à Robert Mallet. Je me replongeais dans l’œuvre avec délice et ravissement, picorant – comme le passereau – de-ci de-là, les phrases qui résonnaient en moi : « Les désirs par vagues déferlent/ sur nos peaux que l’amour englue/ et l’effort sème de ses perles/ le double archet des courbes nues. » (L’Egoïste clé, Robert Laffont, 1946) ; « (…) entre les pelouses des gares claires/ le train où l’on oublie le quai des cimetières. » (Amour mot de passe, Seghers, 1952) ; « L’intelligence est une pointe de diamant qui découpe le verre, la sensibilité, une flamme qui le fait fondre. » (Une mort ambiguë, Gallimard, 1955, dont l’épigraphe est « Aimer pour moins mourir ») C’est éclairant, magnifique. Magique. En notant ces vers, ces phrases, j’avais l’impression d’entendre la voix de Robert Mallet. J’avais l’impression de passer ce samedi après-midi à ses côtés, comme au temps où j’allais lui rendre visite dans sa maison de Bray-lès-Mareuil et qu’il me servait un verre (NAMLA : ou deux, ou trois) d’aquavit. Un peu benêt, je me disais que les écrivains, comme les artistes, ne meurent pas tout à fait. Comme ceux qui aiment. (NAMLA : c’est bien pour ça que je t’aime, lectrice adorée.)

Dimanche 8 mars 2015.