Le critique et romancier Kléber Haedens aurait cent ans

 

Né le 13 décembre 1913 et mort en été 1976, Kléber Haedens, monarchiste et hussard dans l’âme, reste l’un de nos meilleurs écrivains contemporains.

Kléber Haedens était l’un des plus talentueux écrivains et critiques du XXe. Mais il était de droite. Pire - pour certains esprits étriqués! - monarchiste. On ne lui pardonna guère. Et la récente polémique (fomentée par quelques êtres politiques imbéciles, bornés et incultes ) qui embrasa la bonne ville de la Garenne-Colombes, il y a quelques années, quand le maire UMP voulut baptiser un collège du nom de Kléber-Haedens, montre à quel point le sujet est toujours sensible. Pourtant, bien qu’à droite toute, pas l’ombre de collaboration chez Haedens. Il considérait seulement que la littérature devait avoir l’élégance de se placer au-dessus de la politique. En cela, il rejoint l’esprit bien français et fort éclairé de Jean d’Ormesson qui, toujours, défendit Kléber. Un Jean d’Ormesson, tout de droite qu’il est, a pour

Kléber Haedens, écrivain, critique littéraire, journaliste sportif. Hussard.Kléber Haedens (à gauche; pour une fois!) fait la bise à son copain Antoine Blondin (à droite; of course!).La couverture de l'excellent essai que lui a consacré notre confrère Etienne de Montety, du Figaro littéraire.

tant été élevé dans la condamnation de l’Action française. Mais Jean d’Ormesson aimait follement les livres d’Haedens et le trouvait charmant, parangon de la bonne chère, du rugby et du style. Jean d’Ormesson aimait aussi Aragon, allant jusqu’à dire du bien des odes les plus staliniennes du grand poète de la Résistance. Tout cela est bien compliqué; il ne faut pas se fier à la littérature. C’est ce qui fait son charme.

Un hussard

Kléber Haedens, comme d’Ormesson, était avant tout un homme de liberté. Dans son remarquable Une Histoire de la littérature française (Grasset, coll. Les Cahiers Rouges), ne loue-t-il pas - et il a bien raison! - le romancier communiste Roger Vailland? Pied de nez aux convenances et aux chapelles politiques, Kléber n’écoute que ses - bons – goûts. En Vailland il voit le styliste, le hussard. Une sorte de hussard rouge, un hussard de gauche. Car Kléber Haedens, faut-il le rappeler, fut l’un des piliers de ce mouvement littéraire né au sortir de la Seconde Guerre, en réaction contre la dictature de la littérature engagée et de l’indéfendable Nouveau Roman. À ses côtés: Michel Déon, Jacques Laurent, Antoine Blondin, Roger Nimier, Stéphen Hecquet, Bernard Frank et quelques autres. De Kléber Haedens, il faut lire son chef-d’œuvre, Adios (Grasset, coll. Les Cahiers Rouges) mais aussi le court, délicieux et délicat L’Été finit sous les tilleuls (Grasset, coll. Les Cahiers Rouges). Et tous ses autres livres, bien sûr, car chez Haedens, tout est savoureux, subtil, léger et stendhalien.

PHILIPPE LACOCHE

Le printemps, le sucré-salé de Deauville, les salons et les copains

 

Jacques Béal au cours de la conférence sur le quartier Saint-Leu, qu'il a donnée, il y a peu, au bar de la Comédie de Picardie, à Amiens.

 Le printemps est un ravissement pour les écrivains; j’en profite. En compagnie de Lady Lys, je me suis rendu au salon de Deauville où j’ai fait la connaissance de Yann Queffélec, sympathique et fraternel. Nous sommes allé boire des verres, fort tard dans la nuit, après avoir écouté l’étonnant et talentueux Jean-François Zygel qui donnait un concert axé sur l’improvisation. Zygel demandait aux spectateurs de lui souffler un mot (rêverie, pluie, joie, fin, etc.) et il faisait parler son piano. Un régal où pétillaient des mélodies et des harmonies d’une infinie délicatesse. Il pleuvait sur Deauville. Les bourrasques me décoiffaient et me donnaient une tête de fou. «Tou ressembles à Jack Nicholson», souriait Lady Lys alors que nous marchions sur les célèbres planches de la plage que Françoise Sagan et Bernard Frank avaient longuement arpentées avant de se «refaire» au casino. J’adore Deauville. Son côté sucré et clinquant dans l’air salé. Le sucré salé. J’y ai bien sûr retrouvé copines et copains (Marie, des éditions du Seuil - avec qui je n’ai pu m’empêcher d’évoquer Jean-Jacques Brochier et les heures de gloire du Magazine littéraire -, Claire Julliard, du Nouvel Observateur, Nicole - qui me dit le plus grand bien du romancier Paul Vialar - et Serge Dutfoy, dessinateur et pianiste émérite, etc.) Le 1er mai, je suis allé au salon d’Arras où j’ai croisé mes copains romanciers Valère Staraselki et Pierre Hanot. On a bien ri. Comme d’habitude. Avec mon confrère Jacques Béal, je rigolais bien quand il était grand reporter au Courrier picard. Aujourd’hui, Jacques profite d’une retraite très active puisqu’il ne cesse d’écrire.En 2008, il avait publié chez Michalon L’ange noir, une biographie de l’aviatrice Bessie Coleman, une Afro-Américaine qui apprit à piloter au Crotoy. Trois ans plus tard, il nous a donné à lire un excellent roman, Les Ailes noires (Presses de la Cité), une histoire romancée de Bessie au Crotoy. Jacques travaille actuellement à un roman intitulé Au sourire d’avril, une saga qui évoque 30 ans de la vie du quartier Saint-Leu, à Amiens (de 1950 à 1980).Sortie prévue en octobre prochain aux Presses de la Cité. Saint-Leu, thème d’une conférence qu’il a donnée, il y a peu, à la Comédie de Picardie, en compagnie de Cécile Marseille, conseillère municipale, férue d’histoire locale. Passionnant.

Dimanche 6 mai 2012

A mon enterrement, toutes les femmes que j’ai fait rire

A mon enterrement, toutes les femmes que j’ai fait rire

Mon printemps sera littéraire ou ne sera pas. Il l’est. Une fin d’après-midi de printemps. Librairie Martelle. Anne Martelle, avec son talent intervieweuse, s’entretient avec mon écrivain blond préféré, Isabelle Marsay, à propos de son excellent essai sur Jean-Jacques Rousseau (Le Fils de Jean-Jacques, Gingko, 2012).Je salue la jeune femme, lui fais quelques compliments sur son joli de cuir rouge qui lui donne un air de Ray Davis en jupes. Elle rit. Qu’est-ce que j’aurais pu faire rire les filles au cours de ma fichue vie. À mon enterrement, je voudrais qu’elles soient toutes là, pliées en deux devant mon cercueil, et qu’elles fassent une chaîne d’union des femmes rieuses. Mes copains, qui résident au cimetière de Tergnier, riront à leur tour. Ce sera épatant. Un grand fou rire tandis que les wagons de trains de marchandise se tamponneront dans le triage. On lira, s’il vous plaît, un passage du Manifeste du parti communiste, de Karl Marx, et je m’en irai boire une eau de vie de prune serbe avec mon bon copain Jean-Jacques Brochier, rédacteur en chef du Magazine littéraire, qui me manque. Mais je n’en suis pas encore là, lectrice intéressée, cupide, qui rêve d’hériter ma gigantesque bibliothè

Isabelle Marsay en compagnie de deux lectrices, à la librairie Martelle, à Amiens.Isabelle tout de rose vêtue. Comme l'une de ses lectrices.

que. La preuve, la semaine dernière, je suis allé faire le zouave au cocktail de Service littéraire, le magazine de François Cérésa, au 122, situé 122, rue de Grenelle, à Paris. J’y ai vu (ou revu) des copains ou des écrivains que j’admire: Philippe Vilain, Alain Paucard, Bernard Morlino, François Cérésa, Jean-Michel Lambert (le juge Lambert de l’affaire Grégory), etc.À Philippe Vilain, j’ai dit le plus grand bien de son dernier roman et lui confié que j’avais éprouvé autant de plaisir qu’à la lecture de L’irrévolution et de La Dentellière, de Pascal Lainé. J’ai tapé juste puisque de Philippe adore ces deux romans remarquables. Paucard a chanté des chansons coquines et d’antan, et raconté des histoires drôles, le tout sous le regard de filles et de dames terriblement attirantes. Je suis resté sage car et j’ai filé dormir à ma garçonnière du boulevard Voltaire car le lendemain, je prenais le train aux aurores pour le salon du livre de Montaigu. Là-bas, sous un joli soleil presque maritime, j’ai fait le fou en compagnie de d’Annick Geille avec qui - après avoir évoqué la mémoire de Bernard Frank - nous avons décidé de nous fiancer. Pour l’héritage, lectrice cupide, tu attendras!

Dimanche 15 avril 2012.