Le grand petit livre de Yann Moix

Après le pavé « Naissance » qui lui valut le prix Renaudot en 2013, le romancier revient avec un pétillant et charmant petit livre, plein de charme et de succulentes formules. Délicieux !
Yann Moix n’est pas seulement un excellent écrivain – certainement l’un des meilleurs, des plus sincères, des plus doués de sa génération ; il est aussi surprenant. En 2013, il nous donnait à lire le sublime et essentiel Naissance qui lui valut le prix Renaudot. Un pavé de 1152 pages, aussi lourd que le ton et le style en étaient légers et subtils. Il nous revient aujourd’hui avec Une simple lettre d’amour, la bien-nommée puisque avec ses 140 pages, elle nous semble aussi fine que du papier à lettres. Une fois de plus, on se régale. Alors que Naissance nous interpellait, emportait, irritait, broyait, malmenait telle la prose de Bloy ou de Céline, ici, on se laisse caresser, bercer, aimer, dorloter par cette vraie lettre d’amour qui pourrait nous faire penser à ce charmant petit livre de Paul Léautaud, nommé Amours. Le secrétaire général du Mercure de France, alors, s’apaisait pour se souvenir de quelques amours lointaines et défuntes. C’était tout simplement délicieux. Même impression avec cette Simple lettre d’amour de Yann Moix qui, dès la page 20, annonce la couleur : « L’amour, dit-on, est la seule chose qui vaille de naître. C’est la seule chose, symétriquement, qui nous abîme au point que nous voulons mourir. Ceux qui se tranchent les veines pour une facture d’électricité, un emploi perdu, une situation qui périclite m’apparaissent comme doublement maudits, comme doublement suicidés : ils ratent, non leur suicide, mais la raison profonde de tout su

Yann Moix, photographié à la terrasse du Rouquet, à Paris.

Yann Moix, cinéaste, écrivain. Terrasse du Rouquet- Paris. Octobre 2011.

icide. » Voilà qui est dit, balancé, tout à fait exact et sincère. Oui, tout est dit car cette lettre qu’il adresse à la femme qu’il a aimée n’a rien de niaise, de monolithique. Bien au contraire : tissée de passion, elle rue, se dresse, s’apaise, lutte, se réjouit, désespère comme le fait la passion. Passion baudelairienne. Les formules fusent, jamais gratuites : là, les larmes sont « les poèmes du corps » ; ici, un butor concupiscent qui tourne autour de l’aimée, « monté sur talonnettes, la tête jardinée d’implants » qui s’exprime « sous la dictée de cocaïne, avec les gesticulations disloquées d’un arlequin ». Un peu plus loin, un livre en lambeaux, gorgé d’eau de pluie, « dégueule d’une poche » de veston, « faisant l’effet d’un cadavre de carpe bombant son bide orbiculaire et livide, bouffi de mort, à la surface des étangs ». Ou encore – une petite dernière pour la route -, « le romantique est un propriétaire. Le don juan, un locataire. » Cet adorable grand petit livre est tout simplement une totale réussite. Même si nous les garçons, on n’en sort pas grandis : « Dès qu’une femme aime un homme, elle fabrique un infidèle. » Mesdames, vous êtes prévenues.
PHILIPPE LACOCHE
Une simple lettre d’amour, Yann Moix, Grasset, 143 p. ; 12,90 €.

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