Dans sanguines de Patrick Besson

Patrick Besson, écrivain, français; grand voyageur. Un talent.

Patrick Besson, écrivain, français; grand voyageur. Un talent.

Avec « Déplacements », il nous propose d’exquises esquisses recueillies

 dans un carnet de voyages élégant, surprenant et sincère.

    Qu’est-ce qui fait courir Patrick Besson ? Mystère. Le journalisme. Peut-être. Son activité – intense – d’écrivain ? Certainement. Seul ou en compagnie, il ne cesse de se déplacer. Pour notre plus grand plaisir. Car lorsqu’il marche, qu’il prend le train, l’avion, le taxi ou le bateau, il pense ; il lui arrive même souvent d’écrire. Ce sont ces écrits qu’il nous livre ici, dans ce succulent Déplacements, publié dans l’excellente collection « Le sentiment géographique » dirigée par Christian Giudicelli.

    Et où se déplace-t-il, Patrick Besson ? Un peu partout : Belgrade, Cancun, Rabat, Casablanca, Marrakech, Paris, Saint-Amand-les-Eaux, Nice, Gennevilliers, Téhéran, Brazzaville, Etats-Unis d’Amérique, Gand, Varsovie, Bangkok, etc.

    Il n’arrête pas. Il en résulte les textes qu’il nous donne ici à lire, souvent courts, directs, bien cadrés, bien envoyés, drôles, élégants, sans graisse. Du vrai Besson. Exemple : « Il n’y a rien au-dessus de la beauté féminine asiatique. J’aime ces jambes légères qui auront toute ma vie six ou sept heures d’avance sur mon désir. » On dirait du Morand ; non, c’est du Besson. Ce sont parfois des aphorismes, amusés, rieurs, ou mélancoliques et pluvieux. Car si Patrick Besson passe beaucoup de temps à nous faire croire qu’il n’a pas de coeur, nous sommes au regret de lui faire savoir qu’il en a. Sinon, il ne serait pas communiste. Il aurait fait des affaires, mené à bien une carrière, aurait appelé à soutenir Manuel Valls ce qui, au fond, revient au même.

    On le suit donc dans ses pérégrinations. A Bangkok, il lit Thomas Mann et Goethe et constate, vif, que « la lecture » est « le seul plaisir solitaire qu’on ait l’occasion de pratiquer » dans cette ville. A Téhéran, il confie que son accompagnateur est « un Paucard iranien : il me chante du Brel, du Joe Dassin, du Charles Aznavour et même du Charles Trenet. » Et, tout près de là, quand une pré-adolescente lui demande d’où il vient, il s’étonne : « Une fillette me fait de grands sourires. En Iran, j’ai la cote avec les moins de seize ans. Je pourrais devenir le Matzneff chiite. »

   Emouvant et intime, il est à Nice ; il parle de sa mère qui, après sa fuite de Croatie et son départ d’Italie, s’était installée dans cette ville chère à Romain Gary et à quelques autres. Il confie qu’il a des photos d’elle en noir et blanc sur la plage de galets : « Elle est en bikini et sourit comme je ne l’ai jamais vue sourire à Montreuil. Elle est encore brune. Elle deviendra blonde à Paris, comme Brigitte Bardot et Catherine Devenue. » C’est beau quand un grand garçon né en 1956 se souvient de sa maman. On a l’impression d’entendre la voix du général de Gaulle, de lire L’Aurore ou Combat en buvant son café, de pouvoir encore croiser Roger Vailland ou Kléber Haedens en entrant au Rouquet. Ces parfums inimitables de Trente glorieuses dans le cœur des grands garçons nostalgiques. Paris, parlons-en. Ou plutôt, écoutons-le, Besson, nous en parler. On comprend à quel point il est amoureux de sa ville. De la Rotonde, où il s’attarde sur le rouge au front des banquettes, il nous fait une sanguine, là où Emmanuel Bove nous eût proposé un fusain. Vous l’aurez compris, ces Déplacements sont de haute tenue et d’une élégance inouïe.

                                                                 PHILIPPE LACOCHE

Déplacements, Patrick Besson, Gallimard, coll. Le sentiment géographique, 126 p. ; 15,50 €.

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