Un après-midi d’hiver, à Beauvais, avec Flavienne Rolland

Flavienne Rolland, un jour d'hiver, dans un café de Beauvais.

 Tu connais, lectrice amie, copine, camarade de jeu, maîtresse potentielle, mon goût pour les pèlerinages. Il m’arrive depuis quelque temps de revenir à Beauvais. Dans cette ville, j’ai débarqué en mai1983, comme reporter, à l’agence du Courrier picard, qui, à l’époque, se trouvait rue du Docteur Gérard. Des locaux antédiluviens, des portes qui fermaient mal, verrouillées par des clés squelettiques, manières de clous de charpentier. Je me souviens des bruits des vitrines, fines, qui vibraient quand les automobilistes faisaient vrombir leurs moteurs. Nous développions nos pellicules argentiques dans une pièce qui empestait le fixateur. Pour nous remettre, nous allions assécher des demi pression dans un bar qui se trouvait en face. Nous y retrouvions nos confrères du Parisien et de L’Oise Libérée, de vieux baroudeurs qui avaient couvert toutes les guerres du journalisme de proximité. Des grands reporters du minuscule avec des trognes à la Blaise Cendrars et à la Kessel, au pastis à 10heures du matin. Lorsque nous sortions du bistrot, la tête dans les étoiles, les effluves de l’usine Spontex nous enivraient un peu plus, puissants éthers urbains qui me défonçaient en rêves baudelairiens. À Beauvais, je suis allé rendre visite à Flavienne Rolland, qui fut l’épouse de mon ami Jacques-Francis Rolland, décédé en 2008, magnifique écrivain, Résistant, ami de Roger Vailland. J’ai retrouvé Flavienne par un bel après-midi d’hiver dans un bistrot du centre ville. Nous avons parlé pendant trois heures sans interruption. Cette dame délicieuse se souvient de tout. Du Saint-Germain des années cinquante où l’intrépide Jacques-Francis l’entraînait, des caves de jazz, de Patrick Modiano, de la mère de ce dernier, de Jean-Luc Godard. De ce Paris d’après-guerre qui me fascine, comme tout ce qui n’est plus. Elle me parla de Jean Cau qui fut l’ami de la mère de Modiano. Sourit quand je lui confie que j’ai interviewé Marie Modiano, aujourd’hui chanteuse, qu’elle a connue toute petite. Je la regarde. Je repense à mon copain Jacques-Francis. À leur maison de Silly-Tillard que j’avais découverte un jour de1984.Dans nos locaux de la rue du DrGérard, Maurice Lubatti, chef d’agence m’avait dit que le Rodrigue de Drôle de Jeu, c’était lui.Qu’il fallait que j’aille l’interviewer. Qu’on allait bien s’entendre. Il ne croyait pas si bien dire.

Philippe Lacoche

Dimanche 22 janvier 2012.

3 réflexions au sujet de « Un après-midi d’hiver, à Beauvais, avec Flavienne Rolland »

  1. Voici des vidéos de La Prose du Transsibérien, pour une fois c’est joué au théâtre et non lu! C’est une découverte j’ai passé l’après-midi à chercher des documents biographiques et c’est une surprise car la toile est plutôt pauvre en vidéos concernant Cendrars et ça vient d’être posté!

    http://www.youtube.com/watch?v=oA71EznpEoc

  2. Comme je me rappelle de ces années-là ! Merci cher Philippe, pour ce texte plein de sensibilité et teinté d’une pointe de nostalgie. Nous avons côtoyé les mêmes bars, les mêmes endroits (me concernant, le Pastis en moins, mais je me suis bien rattrapée depuis !). Les souvenirs restent intacts. Comme figés dans une espèce de bonheur et de grande insouciance qui, depuis, m’ont quittés. Il m’arrive parfois de ressortir cet article que tu avais écrit sur ma « pomme », lors de ma participation au Salon des Artistes Français, au Grand-Palais, à Paris. C’était en Juin 1984, me semble-t-il. Faudra que je regarde à nouveau.
    Il y avait Maurice Lubatti, toujours à l’affût d’une nouvelle fraîche et qui, pour ce faire, scandait toute la rue du Dr Gérard, interpellant tel ou tel conseiller municipal. Nous n’étions en reste de « rigolades » tout en faisant notre travail le plus sérieusement possible. J’adorais ta plume, même si ne ne partageais pas toujours tes idées. Se pointait déjà, derrière le journaliste, le grand écrivain que tu es devenu. Je suis très fière de t’avoir rencontré!

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