Revivre, c’est parfois mourir un peu…

 Atteint d’une leucémie, Patrick Berthet, le héros du roman de Christian Authier, apprend qu’il ne va finalement pas mourir tout de suite. Il n’explose pas de joie. Au contraire…

     Pour faire court, il y a deux sortes de romanciers: les bons et les ennuyeux. Christian Authier appartient avec brio et talent à la première catégorie. Depuis2004, il égrène des histoires, de vraies histoires, ancrées dans la réalité mais toujours «accessibles à une certaine mélancolie», comme eût pu dire son bon camarade Patrick Besson auquel il a consacré un essai en1998, aux éditions du Rocher. Dire qu’Authier se raconte, se dévoile serait erroné. En revanche, il n’est pas rare qu’on le retrouve au fil des lignes, ou qu’on retrouve, en tout cas, sa façon de penser et sentir les choses. Son «être au monde», comme on le dit parfois dans les ateliers d’écriture. Christian Authier a une manière bien à lui de décrire la vie qui l’entoure, de la percevoir. C’est ce qui fait son charme, son ton indicible. Sa petite musique très personnelle qui instille du charme à ses livres. Dans Une certaine fatigue, il nous raconte un morceau de la vie de Patrick Berthet, 48 ans, un architecte renommé, apprécié d’une ville du Sud-Ouest qui ressemble comme deux pétales de rose à Toulouse (où réside l’auteur). Il vient de perdre son père, fait face, bien épaulé par Marie, son épouse qu’il adore et qui l’adore. Tout semble bien aller dans la vie de ce quadra qui, de plus, ne semble pas dénué de talent pour jouir de la vie. Mais cette dernière ne tarde pas à lui jouer un bien mauvais tour. Un premier malaise. Un second. Des examens médicaux. Un check up. On lui annonce qu’il est atteint d’une leucémie incurable. Six à huit mois à vivre, c’est peu. Avec courage, il accuse le coup.Se redresse, une fois encore fait face, et s’habitue même à l’idée de sa mort prochaine. Il prévient sa famille, ses collègues et amis du cabinet d’architecture. Il se sent prêt à passer de l’autre côté du miroir.

C’eût été trop simple

    Mais c’eût été trop simple avec Christian Authier qui, tout autant qu’un excellent romancier, est un conteur hors pair qui sait surprendre. Le diagnostic qu’on avait annoncé à Berthet était une sombre erreur. Mais il s’était habitué à la mort, l’architecte. Et plutôt que d’exulter, il sombre dans une profonde dépression et se cloître dans un hôtel et abandonne sa famille, ce dans le but de réapprendre à vivre. Y parviendra-t-il?

    Christian Authier réussit son coup: il nous tient en haleine, ne nous lâche pas d’une seconde, et ce sans ficelles particulières. Juste avec le style et écriture à la fois douce et énergique. C’est un roman de belle facture qu’il nous donne à lire, une fois de plus.

PHILIPPE LACOCHE

«Une certaine fatigue», Christian Authier, Stock, 251 pages, 19,50 euros.

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