Un après-midi avec Robert Mallet

     

Robert Mallet, écrivain, poète, universitaire, homme de radio. Picard dans l'âme et défenseur de l'environnement.

Robert Mallet, écrivain, poète, universitaire, homme de radio. Picard dans l’âme et défenseur de l’environnement.

J’ai bien connu Robert Mallet. Il était un grand écrivain, un homme fraternel, généreux, attentif aux autres. Dès mes premiers pas dans l’écriture, il m’avait soutenu, prodiguant conseils précieux et encouragements. Le Courrier picard publiera, le 18 mars, un cahier spécial qui lui est consacré, ce à l’occasion du centenaire de sa naissance. Le journal a eu la bonne idée de me confier l’analyse de son œuvre littéraire. J’ai donc passé un samedi après-midi dans la salle du patrimoine de la bibliothèque d’Amiens. Il y avait longtemps que cela ne m’était pas arrivé. J’ai adoré ce silence, cette quiétude, le bruit de parquet ancien, les odeurs de vieux papier, l’aide bienveillante du personnel. J’ai tout aimé, oui. Cela fait tellement du bien de prendre son temps, de lire, dans ce monde de brute où tout va vite, où tout braille, où tout est gris même quand il fait beau. (Note à ma lectrice adorée – NAMLA : on appelle aussi ça la mélancolie, voire la neurasthénie.) Il faisait beau, justement, ce samedi-là. Un beau samedi d’hiver. Alors que je passais commande des ouvrages que je voulais consulter, je regardais par la fenêtre le vieux mur hérissé de végétation sur lequel picorais un passereau. Je me disais que cette mini scène de vie eût bien plu à Robert Mallet. Je me replongeais dans l’œuvre avec délice et ravissement, picorant – comme le passereau – de-ci de-là, les phrases qui résonnaient en moi : « Les désirs par vagues déferlent/ sur nos peaux que l’amour englue/ et l’effort sème de ses perles/ le double archet des courbes nues. » (L’Egoïste clé, Robert Laffont, 1946) ; « (…) entre les pelouses des gares claires/ le train où l’on oublie le quai des cimetières. » (Amour mot de passe, Seghers, 1952) ; « L’intelligence est une pointe de diamant qui découpe le verre, la sensibilité, une flamme qui le fait fondre. » (Une mort ambiguë, Gallimard, 1955, dont l’épigraphe est « Aimer pour moins mourir ») C’est éclairant, magnifique. Magique. En notant ces vers, ces phrases, j’avais l’impression d’entendre la voix de Robert Mallet. J’avais l’impression de passer ce samedi après-midi à ses côtés, comme au temps où j’allais lui rendre visite dans sa maison de Bray-lès-Mareuil et qu’il me servait un verre (NAMLA : ou deux, ou trois) d’aquavit. Un peu benêt, je me disais que les écrivains, comme les artistes, ne meurent pas tout à fait. Comme ceux qui aiment. (NAMLA : c’est bien pour ça que je t’aime, lectrice adorée.)

Dimanche 8 mars 2015.

2 réflexions au sujet de « Un après-midi avec Robert Mallet »

  1. J’ai tout aimé, oui. Cela fait tellement du bien de prendre son temps, de lire, dans ce monde de brute où tout va vite, où tout braille, où tout est gris même quand il fait beau. Merci Robert Mallet et merci Philippe.

  2. Je me replongeais dans l’œuvre avec délice et ravissement, picorant – comme le passereau – de-ci de-là, les phrases qui résonnaient en moi : « Les désirs par vagues déferlent/ sur nos peaux que l’amour englue/ et l’effort sème de ses perles/ le double archet des courbes nues. » (L’Egoïste clé, Robert Laffont, 1946) ; « (…) entre les pelouses des gares claires/ le train où l’on oublie le quai des cimetières. » (Amour mot de passe, Seghers, 1952) ; « L’intelligence est une pointe de diamant qui découpe le verre, la sensibilité, une flamme qui le fait fondre. » (Une mort ambiguë, Gallimard, 1955, dont l’épigraphe est « Aimer pour moins mourir »)…………..je suis passereau, je picore et bons écrivains me font du bien….j’adore.

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