Les aventures cosmiques d’un marquis égaré

Nous nous rendions au cinéma le Gaumont, Lys et moi, pour y assister à la rediffusion d’un opéra, quand nous le vîmes. Il était à bicyclette, cheveux au vent, rue des Trois Cailloux, à Amiens, pédalant comme il pédale lorsqu’il joue le rôle d’un bobo branché de province, pharmacien de préférence. Justement, nous devions aller à la Maison de la culture pour y découvrir le spectacle qu’il a mis en scène: L’homme qui se hait. Le voyant arriver de loin, moi qui adore trouver des ressemblances, des sosies (j’adore aussi me voir dans la rue, lectrice, trouver en mon prochain un autre moi, et cela m’arrive assez souvent bien que doté d’un physique exceptionnel et inoubliable: un mètre quatre-vingt-huit, quatre-vingts kilos, yeux d’un bleu tragique façon outre-Rhin, peu de graisse, le nez discret, la bouche sensuelle; il faut en déduire que le Français est beau par nature, comme l’Espagnol est volubile, l’Italien gai, l’Allemand envahissant), je m’apprêtais, déconneur comme pas deux, Maurice Biraud de Picardie, à dire à Lys: «Regarde! C’est Denis Podalydès!» Je n’eus pas le temps de placer ma vanne, envahi par la stupéfaction. Car c’était lui. Lui qui pédalait comme un dératé. Il devait se rendre à la Maison de la culture. Nous le saluâmes, prouvant ainsi que nous sommes physionomistes et cinéphiles. Et nous filâmes au Gaumont. Là, nouvelle aventure: pas plus d’opéra que de banane sur la tête de M.Giscard d’Estaing. Erreur de date de notre part. Nous nous rabattîmes sur Le Stratagème de la poussette, qui s’annonçait comme une bluette française. Nouvelle surprise: nous avons passé un excellent moment. Bien interprété (Raphaël Personnaz, Charlotte Le Bon, Jérôme Commandeur et Camelia Jordana excellent), bien réalisé, ce film, frais et vif, est une réussite. Dans un tout autre genre, nous avons adoré L’homme qui se hait, d’Emmanuel Bourdieu (qui a mis sa création en scène en compagnie de Denis Podalydès). Une pièce remarquable. C’est à la fois profond, complètement cinglé, hilarant, inquiétant. Ça brocarde certains professeurs en chaire, suffisants, pleins de morgue et de certitudes, donneurs de leçons et, au fond d’eux-mêmes, mauvais comme des teignes. Les trois comédiens (Gabriel Dufay, Clara Noël et Simon Bakhouche) sont tout simplement géniaux. Un très grand spectacle.

Dimanche 20 janvier 2013.

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