En littérature comme en amour, il faut arrêter le temps

 

Bertrand de Saint-Vincent. Son écriture possède un style et une élégance rare. Pas de graisse; du muscle. Du nerf.

Lectrice, amour de ma vie, folle de moi, pension alimentaire de ma libido de bouc en rut, as-tu déjà lu les billets de Bertrand de Saint-Vincent à la une du Figaro? Non. Eh bien, tu as tort, petite gourde, cervelle de mésange à tête noire. Car la prose de Bertrand est un régal.Depuis2008, il tient une chronique intitulée «Sur invitation» dans laquelle, il reluque, puis relate, salons, vernissages, cocktails littéraires et autres avant-premières de la capitale. L’exercice est, of course, très parisien. Il n’y a que les nuls et les beaufs pour s’en plaindre. La France sans Paris, c’est un avion sans aile, c’est moi sans Elle, c’est une femme sans nuque (les mèches duveteuses de la nuque d’une fille m’ont toujours réconcilié avec la vie).Parisien mais pas que. Il y a une profondeur chez Bertrand, une profondeur d’écriture, une profondeur humaine qui n’a rien à voir avec les stylistes au cœur sec. Bertrand de Saint-Vincent est une sorte de Paul Morand humaniste et généreux. Même style bref, rapide, sans graisse. Acide, il l’est de temps à autre. Mais jamais agressif ni méchant. C’est important dans ce monde de brutes. Il promène un regard amusé sur les travers, les tics, les passions, les vices des «grands de ce monde».Il est à la fois proche de la «tribu» et loin de celle-ci.Il faut lire sur succulent livre Tout Paris, recueil de ces mêmes chroniques, publié chez Grasset l’an passé. Il y a quelques jours, Bertrand m’a donné rendez-vous au Nomad’s, place du Marché Saint-Honoré, près de l’Opéra. (Depuis que j’ai quitté la rédaction de Best, la regrettée revue de rock’n’roll - dont les locaux étaient situés au 23 de la rue d’Antin -, je ne fréquente guère ce quartier. Je croyais voir les ombres de Christian Lebrun, rédacteur en chef historique, mort noyé sur la plage de Granville, de Patrice Boutin, directeur du journal, hussard jusqu’au-boutiste, mort au volant de sa Ferrari jaune canari près de Gien, etc.) Avec Bertrand, nous parlâmes de littérature car il y connaît un rayon en la matière, comme Nucera et Blondin rayonnaient par leurs connaissances du Tour de France. La littérature, c’est notre petite reine à nous. Au Nomad’s, ce soir-là, le temps s’arrêtait. Comme quand on est en amour, il faut toujours arrêter le temps quand on est en littérature. Histoire de remettre les pendules du trop matériel quotidien à l’heure.

Dimanche 1er avril 2012.

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