D’un « M » qui veut dire Montana

Cyrille-Montana-1-

Un soir de novembre, café l’Aquarium, boulevard Voltaire, Paris (XIe). Suis en terrasse. Pas le moral. Je regarde le soir glacial et humide comme un drap noir épouser les formes veloutées de la rue. Des gens passent, les regards plein d’hiver. Et nous ne sommes qu’en automne. Pas envie de rentrer à Amiens. Sors mon portable. Tente d’appeler quelques amis. Sébastien, Patrick, Eric, Cyril. Pas de réponse. Déjà en weekend, certainement. Je laisse des messages. Cyril Montana rappelle. « Ah, mon Lacoche ! Depuis le temps ! Je t’attends chez moi. Je vais cuisiner un truc et je sors le vin. » Je fonce dans le métro, station Rue des Boulets. J’arrive chez Cyril, rue Legendre. Il ne change pas. Vif comme un lièvre, bouillonnant comme un Espagnol. Littéraire comme l’excellent écrivain qu’il est. Imaginatif comme le cinéaste qu’il est en train de devenir. A ce propos, il me parle du documentaire qu’il est en train de réaliser, et de son action de défense de Lacoste, le village de son enfance, près d’Avignon, dans le Vaucluse. Cyril est remonté. Il me montre, sur son ordinateur, un article qui vient de paraître dans Libération (samedi 7 et dimanche 8 novembre 2015, pages 20 et 21). Deux pleines pages leur sont consacrées, à son village et lui. Cela les vaut, mais ce n’est pas simple. Dans le chapeau de son excellent article, l’envoyée spéciale du quotidien, Stéphanie Harounyan, annonce la couleur : « Appelé à la rescousse pour sauver le château de Sade, le créateur (N.D.L.R. : le couturier et richissime homme d’affaires Pierre Cardin) a depuis acquis une bonne trentaine de bâtisses à Lacoste. Une fièvre acheteuse qui divise les habitants et que la mairie est bien en peine d’endiguer. » Oui, Lacoste recèle en son sein le château du marquis de Sade. Il est en ruine. Cardin le restaurera, dès 2000, avant d’acheter d’autres maisons, qu’il rénove à grand frais, brisant, dit-on, le charme des lieux. Dans ces habitations, il expose notamment ses pièces de collection : ouvrages retraçant sa carrière, mobilier design, vêtements, etc. Là, le Montana s’emporte. A l’instar de ses copains de classe du village, ses copains de football, il n’a aucune envie que son village d’enfance soit dénaturé. Lacoste est un peu à Cyril ce que Liré, village d’Anjou, fut à Joachim Du Bellay. Il entreprend donc une campagne de contre-communication à l’endroit de Pierre Cardin, et peaufine son fameux documentaire. « Je veux pouvoir transmettre à mes enfants le village dans lequel j’ai grandi », explique-t-il à Libération. Sur le journal, il s’est fait photographier en Zorro, le vengeur masqué, à l’occasion des récentes fêtes d’Halloween. Tout un symbole. Sacré Cyril ! Le soir de ma visite, chez lui, il me fait voir la photographie de sa grand-mère bien aimée. Près du cadre, il allume une bougie. Il ne veut pas que ses rêves d’enfance s’éteignent. Puis il fonce, vaillant. Actions. A Lacoste, pas de larmes de crocodile.

Dimanche 15 novembre 2015

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