Austra, Pacadis et toujours la Thiérache

Le groupe canadien Austra se produisait, il y a peu, à la Lune des Pirates. Il y avait si longtemps que je n’avais pas mis les pieds à la Lune moi qui, au début de ce siècle nouveau, étais à La Lune des Pirates ce que le regretté Alain Pacadis fut au Palace. (J’espère seulement que je ne finirai pas comme lui – étranglé, à sa demande par sa compagne transsexuelle–, et qu’une maîtresse ne m’étranglera pas. Il est comme ça des destins tragiques. Celui du très hétérosexuel Paul Gégauff, scénariste de grand talent et de Chabrol, par exemple. Sa très jeune maîtresse le poignarda en Norvège après qui lui eût dit: «Tue-moi si tu veux mais arrête de m’emmerder!». On est en droit de reconnaître une qualité à cette jeune fille: son obéissance.) Il me revient à l’esprit un voyage de presse que j’avais effectué, pour Best, en compagnie de Pacadis, à Lyon pour assister à un concert de Bernard Lavilliers. Dans le train, à la stupéfaction des attachées de presse, nous avions parlé ustensiles de cuisine et réfrigérateurs. Va donc savoir pourquoi, lectrice fessue, amour de ma vie, délicate et soumise? Pacadis était un garçon sympathique, complètement désespéré qui noyait sa mélancolie dans l’alcool et la dope. Il était plein de failles, d’une tristesse insondable car jamais remis du suicide de sa mère. Austra, donc. À la Lune des Pirates. (Tu aimes mes digressions, lectrice enivrée par ma prose délétère?) Austra est animé par une jolie chanteuse nommée Katie Stelmanis et qui ressemble à ma copine l’écrivain Isabelle Marsay. Très belle voix; aura envoûtante. C’eût pu être bien mais pourquoi ses musiciens jouaient-ils à un tel volume sonore? Parfois, on ne parvenait plus à entendre la voix de la jolie lesbienne, fan de Björk et de Radiohead. Parfois, dans ses gracieux déplacements, elle ressemblait à un oiseau. Les oiseaux, j’ai eu l’occasion de les observer à la faveur d’un petit séjour en Thiérache, pays enclavé mais superbe de mélancolie verdoyante. (On se serait cru en Irlande.) Oui, je pouvais les observer car l’amie chère qui m’accompagnait est un as du volant. Ainsi, je regardais les corbeaux noirs comme le regard de Keith Richard, les sansonnets rieurs et taquins, les grives filantes comme des étoiles de plumes. J’ai même vu un busard emporter dans ses serres un mulot rondouillard qui, effrayé, agitait ses petites pattes. Mauvais esprit, j’ai pensé qu’il accomplissait là son premier et dernier baptème de l’air. Nous sommes allés boire des bières dans un café qui n’avait pas dû bouger depuis les années Trente. Et nous avons mangé une andouillette de Cambrai – délicieuse – qui avait la dimension d’un rôti de porc. La Thiérache est un pays poétique et surprenant. Demandez à Philippe Tesson (qui se trouve juste à côté de cette chronique) ce qu’il en pense. «La France comme on l’aime», eût dit Kléber Haedens. Sans ce genre d’îlot, la vie serait triste comme une semaine sans Séresta 10 mg (laboratoire Biodim).

Dimanche 23 avril 2017.

 

Le groupe Austra sur la scène de La Lune des Pirates, à Amiens.

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