A mon Tiot Fiu

Ci-dessous un très bel article de Thierry Delefosse, spécialiste de la chasse et de la nature au Courrier picard. C’est avec un vif plaisir que je le publie sur mon blog. Ph.L.

 

Là-bas dans la cité, dans notre région désormais, puisque la Picardie rejoint la Flandre, un cri s’est élevé. Le fils de mon fils est né à la vie.

Il est bien tôt ce matin. Par la fenêtre, un nouveau grand-père observe les sautillements d’une pie sur le chemin. Dans le buis, la mésange se plaque sur son nid. Mais l’oiseau noir et blanc au fort bec a repéré ses allées et venues ; il découvre le pauvre passereau qui n’est pas de taille, le chasse et se régale des œufs. C’est la vie ; il y a les mésanges et les pies. Celles qui trop vite graviteront autour de toi seront plus nuisibles que la jacasseuse, c’est sûr, car motivées par le superflu inventé par les hommes plus que par l’impérieux besoin de manger.

Que tes parents te gardent des enfers artificiels ; pour toi, pourrais-je soulever les voiles du paradis naturel… Pour nos enfants, le monde est trop petit. Ils étudient en Amérique, font leurs courses à Londres, passent un week-end à Rome, signent un contrat à Sidney. Sauras-tu t’extasier en regardant une fourmi dans mon jardin ?

Que le ciel apaise tes yeux. Le ciel où passent les nuages – les merveilleux nuages – et les oiseaux en voyage. Je t’offrirai l’épuisette pour capter leurs arabesques. Et la lune si tu veux, pour inspirer tes rêves. Et l’or du soleil pour emplir ton escarcelle.

Que la terre nourricière porte tes pas. Tu sentiras monter sa force le matin quand les blés en herbe ondulent sous le vent, passant du vert tendre au plus sombre ; le midi quand ils forment les épis ; le soir quand les grains dorés font pencher la plante vers le sol d’où elle est sortie. A l’automne aussi, quand la terre découpée par le soc de la charrue luit d’humidité, alors que des fils d’Ariane, verticaux, traversent la plaine.

Que les eaux vives calment ta soif, comme elles apaisent les animaux dans la poussière des soirs d’été. Sous leur miroir, t’attendent les truites aux robes mouchetées. Pour toi, la pêche est ouverte !

Vivat, vivat !

Que les arbres portent ton prénom, sans les blesser. Pose simplement ta main sur l’écorce, écoute la vie qui circule dans les troncs, la sève secrète qui nourrit leurs fibres, et alors ils te reconnaîtront. Je les a vus grandir ; tu les moissonneras puisque c’est l’ordre des choses. Aime-les ces arbres, ces piliers de mon temple, le seul qui ait grâce à mes yeux. La terre est son parvis ; le ciel est son clocher. Ils seront à toi. J’espère te baptiser près d’un frêne, si la maladie qui les décime nous en laisse quelques-uns.

« Vivat, vivat, semper in aeternum.

 Que les arbres portent ton nom, sans les blesser Photo : Sylvie Houlette.

Que les arbres portent ton nom, sans les blesser
Photo : Sylvie Houlette.

Qu’il vive, qu’il vive, qu’il vive à jamais

Répétons sans cesse, sans cesse

Qu’il vive à jamais,

En santé en paix,

Ce sont nos souhaits… »

Bienvenue sur terre Hugo, et à tous les nouveau-nés de la terre !

 

Thierry Delefosse

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