Brillant, il le fut, élégant aussi

Dany Brillant était invité, hier, par le Courrier picard à rencontrer son public. Soixante personnes (cinquante filles; dix hommes). Normal: il est si beau. Et intelligent.

Dany Brillant, hier mardi, dans la salle Catelas du Courrier picard, à Amiens.

Dany Brillant, hier mardi, dans la salle Catelas du Courrier picard, à Amiens.

 

Les quelque soixante personnes (cinquante femmes et filles; dix hommes) sont unanimes: Dany Billant est beau. C’est indéniable. Il est aussi très cultivé et d’une intelligence vive. L’interview qu’il nous a accordée et qui paraîtra le vendredi 13 mars dans le cahier Week-end du Courrier picard, le prouve. Ce passionné de poésie et de philosophie n’hésite pas à évoquer, très à l’aise l’Existentialisme, Kierkegaard, Jean-Paul Sartre, Victor Hugo et Apollinaire. Un homme de goût. Hier après-midi, au cours de la rencontre avec le public organisée par notre journal et dans nos locaux, accompagné de la délicieuse et charmante Jeanne de Boismilon, responsable de la promotion marketing de Décibel Productions, Dany Billant a fait preuve d’une élégance, d’une attention et d’une gentillesse à toute épreuve en répondant aux nombreuses questions du public et de notre rédacteur en chef, David Guévart qui animait le débat. Dany ne s’en cache pas: il n’est pas fan de l’époque (c’est un homme de goût, disions-nous); il pense que tout va trop vite, que tout est axé sur le consumérisme. (On est en droit de ne pas lui donner tort.) Il avoue qu’il est nostalgique des programmateurs des sixties et des seventies qui, eux, travaillaient à l’ancienne, aux coups de cœur. «J’ai eu la chance d’en connaître; ces personnes prenaient des risques.» Et quand, dans la salle, la petite Mégane lui demande comment il a commencé sa carrière, il se souvient de sa chambre de bonne, à Saint-Germain-des-Prés, de sa vie de bohème, de ses rencontres avec Bohringer et Philippe Léotard. Mais la vie de bohème n’a qu’un temps; il en avait un peu assez. «J’étais près à raccrocher; j’avais envie d’avoir une vie de famille, des enfants. Et le succès m’a souri; j’ai continué.» Quand Séverine, lui demande quelles sont ses passions en dehors de la musique, il répond que celle-ci demeure une maîtresse dévorante. Lorsqu’elle le laisse tranquille, il aime jouer au football et au train électrique avec ses enfants. Ses influences musicales? «A 16 ans, j’écoutais la musique qu’écoutaient mes parents; je n’étais pas révolte.» Et de citer notamment Dean Martin, quelques autres crooners et la musique cubaine. La musique, il ne l’a pas étudiée au conservatoire, mais «sur le tas», en fréquentant un club de jazz où se produisait notamment Nina Simone. «J’ai toujours aimé inventer des mélodies. Sinatra et McCartney, eux non plus, ne connaissaient pas le solfège. Ça ne les a pas empêchés de…» Les radios françaises actuelles? Ce ne sont pas ses préférées; il les trouve trop formatées, ronronnantes: «Un robinet d’eau tiède.» Il préfère écouter les radios d’Amérique du Sud. Sa carrière au théâtre et au ciné? «J’ai fait du théâtre pendant deux ans avec la pièce Mon Meilleur copain; ça ne m’a pas souri. Je préfère la chanson.» Le cinéma d’aujourd’hui? Beaucoup (trop?) de comédies. Il regrette l’époque des films plus profonds comme ceux de Claude Sautet. Un homme de goût, oui.

PHILIPPE LACOCHE

Mardi 24 février, Dany Brillant a répondu aux lecteurs du Courrier picard, à Amiens.

 En concert : samedi 14 mars, 20h30, Elispace, à Beauvais (60); vendredi 27 mars, 20h30, cirque d’Amiens (80); dimanche 29 mars, 17 heures, Le Tigre, Margny-lès-Compiègne (60); mercredi 1er avril, 20h30, le Splendid, à Saint-Quentin 02).

Billetterie : Fnac, hypermarchés, réseau Ticketnet; www.nuitsdartistes.fr

Chutons avec Patrick Besson

 La nouvelle est u 

Patrick Besson, écrivain.

Patrick Besson, écrivain.

n genre littéraire subtil et difficile. Avec « L’indulgence du soleil et de l’automne », Patrick Besson s’y adonne avec grâce et élégance.

La nouvelle n’est pas un genre facile. Il faut être un sprinter, détenir le sens de la formule, une plume à la fois dense et légère, posséder la faculté – rare – de savoir chuter sans se faire mal ni – surtout – faire mal à son texte, donc au lecteur. Les maîtres du genre sont, au final, peu nombreux : Stefan Zweig, Maupassant, Pierre Mac Orlan, Bukowski, Eric Holder. Avec L’indulgence du soleil et de l’automne (quel beau titre !), Patrick Besson s’y adonne avec grâce, élégance et non sans une manière de volupté, pour ne pas dire de jubilation. Dès la première nouvelle – dont il extrait le titre d’une citation de Nietzsche : « A présent et pour plusieurs années, je ne demande qu’une chose : la paix, l’oubli, l’indulgence du soleil et de l’automne. » -  il nous met en présence avec une jeune vieille fille de 28 ans, qui aime l’ail, l’oignon cru, la masturbation (certainement la cause de son célibat, constate Besson, impayable) et le grand philosophe moustachu ; elle l’aime assez fort pour qu’elle se laissât faire un fils : le 2 juin 1888. « Il ne sait pas qui était son père », précise la jeune vieille fille qui sent l’ail et l’oignon cru.

La deuxième  nous donne à voir une traductrice sikh. Ca démarre sur les chapeaux de routes : « L’une des plus belles jeunes femmes de Mumbai était couchée à ses pieds. Le problème c’est qu’elle était morte. » Morte et on ne retrouverait jamais son corps : « Il était en lui. »

Dans « La joueuse russe », il met en scène une tennis woman – Sonia Kournipova ; quelqu’un se cacherait-il derrière ce pseudonyme ? -  qui pousse un cri singulier lors de l’exercice de son sport favori. Le narrateur, Rajiv, se demande si elle pousse le même cri pendant l’amour. Pour répondre à cette question, le plus simple est de l’essayer : « Il eut beau secouer, mordre, lécher, branler et sodomiser Sonia : il n’en tirait pas un son. Il pesait de tout son poids sur elle : rien. C’était si troublant que Rajiv, tandis qu’il était au sommet de l’excitation érotique, débanda. Alors la Russe poussa son célèbre cri. »

Et comment ne pas adorer l’excellente nouvelle « Tous ses amants s’appelaient Patrick », dont il ne faut rien dévoiler de l’histoire, et surtout pas la chute : superbe.

Voilà un petit recueil fort réjouissant qui se déguste sans modération.

PHILIPPE LACOCHE

L’indulgence du soleil et de l’automne, Patrick Besson, Fayard Nouvelles- 110 p. ; 13 €.

 

Les essuie-glaces d’un Français moyen sous le règne de François Hollande

Jérôme Leroy (à gauche) et Jérôme Araujo, rue des Lombards, une nuit d'hiver, à Amiens (Terre).

Jérôme Leroy (à droite) et Jérôme Araujo, rue des Lombards, une nuit d’hiver, à Amiens (Terre).

Il se met à pleuvoir sur le pare-brise de ma Peugeot 206. Mes essuie-glaces font un boucan d’enfer comme ceux des véhicules des gens de la classe dite moyenne sous le règne de François Hollande. On pourrait parler aussi parler des essuie-glaces de la voiture de Columbo mais… Mais non, l’écrivain lillois Jérôme Leroy, qui se trouve à mes côtés, lui, ne parle que du charme de l’hiver picard. Il doit penser à une nouvelle de Pierre Mac Orlan, à un roman d’Emmanuel Bove ou d’un récit d’Henri Calet. Comme c’est un homme modeste, il n’en dit pas plus. Nous descendons Jérôme Araujo, secrétaire général de la Maison de la culture qui, quelques instant plus tôt, avait ouvert les portes de ses locaux à l’Université populaire qui y organisait une conférence avec Jérôme Leroy. Thème : l’impact du roman noir sur la société. Voilà, tu sais à peu près tout, lectrice. Je pourrais m’arrêter là, aller me coucher. Je mettrai ce que dans notre jargon de la presse, il convient d’appeler un bouche-trou pour combler l’espace blanc qui pendouillerait comme un vieux marcel sale en dessous de ces lignes. Mais non : comme j’ai bon cœur, je continue lectrice de chair, ma fée fessue et mamelonnée comme un Maillol. Lors de sa conférence, Jérôme Leroy a d’abord rappelé la différence entre roman policier (anxiolytique et respectueux des institutions) et roman noir (anxiogène et qui se contrefout des institutions). Et, il parla avec bonheur de son excellent roman Le Bloc, sorti il y a quelques années, et qui met en scène Le Bloc Patriotique, un parti d’extrême droite qui ressemble fort à celui qui fut longtemps dirigé par un père avant que sa fille ne reprenne le flambeau. Comme le rappelle non sans humour Leroy, il y décrit une manière de Nuit des petits couteaux. La conférence était suivie de la projection du remarquable film Série noire, d’Alain Corneau, avec notamment Patrick Dewaere, sublime dans sa folie (les coups de tête qu’il donne sur le capot de bagnole sont réels et quand il semble à moitié assommé, il l’est réellement), et l’adorable Marie Trintignant, 16 ans, qui se met nue devant Dewaere, avec son corps velouté, tout en appétissantes rondeurs ; un corps pour lequel n’importe quel mec se damnerait et qui conduirait à ne plus jamais écouter la moindre mélodie de Noir Désir. Le film n’est pas bon ; il est sublime. Ensuite, Jérôme Leroy et moi avons parcouru Saint-Leu pour tenter de trouver un rade d’ouvert afin d’y réaliser une interview. Peine perdue. Il était plus d’une heure et nous étions lundi. Nous nous rabattîmes donc sur le bar de son hôtel où le jeune homme de service se mit à discuter longuement avec nous, nous proposant ses points de vue sur la littérature et la société. C’est passionnant. Passionnant, il l’était aussi le débat mené par Anne Martelle qui recevait Marc Lavoine qui, avec son dernier livre L’homme qui ment (Fayard) raconte sa famille dans les années soixante ; il dresse en particulier un portrait tout en tendresse de son père, communiste de banlieue, hâbleur et coureur de jupons                                                                                                Dimanche 22 février 2015.

Les éclats de la folie et de l’absurdité

 

Jean Rouaud, écrivain, Prix Goncourt en 1990.

Dans «Éclats de 14», Jean Rouaud, Prix Goncourt 1990 pour ses Champs d’honneur, revient sur la Grande Guerre pour en décrire l’horreur.

La Grande Guerre, Jean Rouaud, il connaît. Non pas qu’il l’ait faite, un peu trop jeune pour ça. En revanche, il a su très bien en parler notamment avec ses Champs d’honneur, couronné par le Prix Goncourt en 1990. Avec Éclats de 14 (joli titre!), il renoue avec l’époque. Et l’horreur. Car ce passionnant petit livre eût tout aussi bien pu s’appeler Champs d’horreur. L’éditeur a bien résumé le charnier géant en quatrième de couverture: «(…) cette folie par laquelle des vieillards qui ne combattront pas décident d’envoyer leurs fils à la mort, la stratégie suicidaire de l’état-major prônant l’offensive qui mène des centaines de milliers d’hommes à l’abattoir…»

Mourir aux éclats

Jean Rouaud n’y va pas avec le dos de la baïonnette. Lorsqu’il évoque le centre neurologique de Saint-Dizier, dans la Haute-Marne, il rappelle que pour les antibiotiques, «on attendra la prochaine guerre. Pour l’heure on ampute, on trépane, on répare les palais arrachés avec des plaques d’inox, et on envoie au centre neurologique de Saint-Dizier les hommes rendus fous par la folie de la guerre, les seuls véritablement raisonnables, que les grands spécialistes du cerveau soupçonnent de simuler pour ne pas repartir au front. Allons, comme si la guerre pouvait vous faire perdre la tête.» Les collines pilonnées, elles aussi perdent la tête. La terre est dévastée, gorgée de sang. Et puis, il y a la pluie «qui prend le pouvoir et impose son humeur de bourre noirâtre sur les champs d’une bataille immobile. On ne chante ni ne danse sous les pluies de la Marne et de la Somme. On y croupit.» La flotte; c’est terrible. Des blessés crient pour qu’on les porte hors des boyaux où ils se noient. La flotte mais aussi le vin absorbé en très grande quantité: «Un soldat a tendance à davantage faire fi du danger quand il a un coup dans le nez. Au moment de sortir du couvert de la tranchée au lieu du pistolet d’ordonnance brandissons un carafon. C’est ainsi que la dose journalière, à mesure que le moral des troupes baissait, augmentait, passant d’un quart à un demi, puis trois-quarts de litre de vin, et bien davantage pour certains, le vin brandi comme le nouvel étendard de la civilisation contre la bière barbare.» Parfaitement bien écrit, ce petit livre détient un ton qui ne fait qu’ajouter à l’horreur. Mourir aux éclats avec Jean Rouaud.

PHILIPPE LACOCHE

Éclats de 14, Jean Rouaud, éditions Dialogues, illustration Mathurin Méheut. 95 p.; 14 €.

Le drame avec le fromage…

Le Chancellor, à Amiens, un soir d’hiver. Dehors, il fait déjà nuit. Et froid. L’hiver sans le froid, ce serait mieux. Il faut faire avec. Sur la table : un plateau de fromages très affinés et un plat de charcuterie. Nous ne sommes pas au Danemark, lectrice mon amour, mais bien en France. Devant les plateaux : Georges Charrières, fait diversier du Courrier picard, Dédé Carpentier (aucun lien de parenté avec Dodo la Saumure) et votre serviteur. Georges me présente la revue qu’il vient de publier avec la complicité de notre cher journal : Les grandes histoires criminelles en Picardie (5 € dans les librairies, maisons de la presse et dans deux bars d’Amiens : Le Chancellor et les Trois Maillets). L’histoire de cette publication ? Il y a deux ans, Jacques Dulphy, correspondant de notre journal en Picardie maritime, fait savoir à notre Georges qu’il a quelque chose d’intéressant pour lui. En déménageant un copain, vingt ans plus tôt, à Hallencourt, il a retrouvé, dans la poussière d’un grenier, un carnet en toile tissée noire. A l’intérieur : des articles et des photographies collées, issus du Progrès de la Somme et du Télégramme de la Somme et du Pas-de-Calais. A cela s’ajoutent des photos de la police et de la gendarmerie. Et un nom, constamment souligné : Bertrand

Georges Charrières (à gauche) et Dédé Carpentier : un dirait un duo de rockers.

Georges Charrières (à gauche) et Dédé Carpentier : on dirait un duo de rockers.

Saintes, un greffier qui a vécu dans la fameuse maison d’Hallencourt. Les articles couvrent la période de 1935 à 1950. « Cela m’a intéressé car, ce carnet, était une pépite ; c’était également très émouvant car je m’imaginais dans la peau de cet homme qui découpait la presse, annotait », explique l’excellent Georges Charrières qui s’est empressé de raconter toutes ces horreurs en employant le ton et le style de l’époque. Des histoires affreuses, sordides, cruelles certes ; il n’empêche que la publication est réussie. Georges nous parle notamment l’assassinat de la comtesse de Marolles, de la mystérieuse mort d’un enfant retrouvé dans la Somme ; il raconte comment le jeune Célestin Coignard, 23 ans, a sauvé sa tête et comment le pharmacien André Macron est devenu un sacré empoisonneur. Et que dire que l’étrange dossier de la mort de l’avocat général Savidan, ou encore de la mort mystérieuse de l’aubergiste de Querrieu ? En dégustant goulument les excellents fromages de Dédé, j’observais notre Charrière national. Je me demandais pourquoi Georges se passionnait à ce point pour les faits divers. Tous ces coups de couteau, ce sang, ces poisons, ces déraillements… Je me suis souvenu que dans une autre vie, jeune reporter à Beauvais, je courais, moi aussi, le département de l’Oise à la recherche d’informations sur de dramatiques affaires. C’est vrai que c’était passionnant. Assez excitant. Je comprends mieux ce qui se passe dans la tête de Georges.

                                                               Dimanche 15 février 2015

En famille avec Denise Fabre

La speakerine la plus aimée des Français présentera une nouvelle fois la tournée «Age tendre». Et, cette fan de la scène et du direct, adore ça, nom d’un fou rire!

La célèbre et délicieuse Denise Fabre présentera, une nouvelle fois, la tournée Age tendre, rendez-vous avec les stars qui, jusqu’à la fin de ce mois de janvier, réunira sur scène notamment Hugues Aufray, Petula Clark, Dave, Michèle Torr, Nicoletta, Plastic Bertrand, Collectif Métissé, etc. Star du petit écran, icône des Trente glorieuses, cette grande dame aux si fous fous rires a bien voulu répondre à nos questions.

L’an dernier, Michel Algay annonçait qu’il s’agissait de la dernière to

Denise Fabre : c'était l'époque bénie des speakerines et une télévision avec très peu de publicités. C'était mieux avant! En arrière, toute!

Denise Fabre : c’était l’époque bénie des speakerines et une télévision avec très peu de publicités. C’était mieux avant! En arrière, toute!

urnée Age tendre. Or, la jolie et grande machine repart de plus belle mais avec le sous-titre «Rendez-vous avec les stars». Pourriez-vous m’expliquer ce fait?

Denis Fabre: Il faudrait poser la question à Michel Algay. L’an prochain, il s’agira des dix ans d’Âge tendre. Chaque tournée est différente; les plateaux sont diversifiés.

 

«Ma madeleine de Proust»

 Comment avez-vous été amenée à présenter ce spectacle? Est-ce qu’on vous l’a demandé ou est-ce votre initiative?

 

J’ai commencé par présenter la saison 3. Puis j’ai fait la saison 5. Entre temps, j’avais présenté le spectacle «Les valses de Vienne» avec un orchestre symphonique de Budapest. Je racontais des anecdotes sur les Strauss; j’aimais énormément faire ça. Michel Algay m’a donc demandé d’animer le présent spectacle. À l’origine, c’était le régisseur Patrick Carrier qui m’avait demandé si je voulais animer Age Tendre (juste avant la saison 2). Il m’a fait rencontrer Françoise et Michel Algay, les producteurs. Michel m’a acceptée pour sa tournée Age tendre qui reste son bébé. Je suis donc arrivé à la saison, au palais des Congrès; j’ai été époustouflée: il y avait 5 000 personnes qui, toutes, connaissaient les paroles des chansons. Il y avait un vrai grand orchestre sur scène, et un équipement extraordinaire ce qui permet de donner la pleine mesure du talent des artistes. Ça change des disques de l’époque qu’on peut réécouter mais qui sonnent peu «pauvres» à côté car c’était le début. Chaque année, Françoise et Michel Algay se lancent dans la folle aventure. Ça me permet de retrouver certains téléspectateurs. À l’époque, tout le monde me disait: «Vous faites partie de la famille.» Voilà tout ce que je revis en participant à cette tournée. C’est un peu ma madeleine de Proust. Avant, je me sentais hors de la caméra avec seulement les courriers du public.

Parmi la programmation, connaissez-vous certains artistes? Et quels sont vos préférés?

Chacune des chansons interprétées m’a accompagnée pendant mon adolescence et toute ma jeunesse. Le public ressent la même chose. Hugues Aufray, je l’avais déjà présenté à l’Olympia. Michèle Torr, je connais toute sa vie, même l’aspect sentimental. Petula, je me souviens bien des émissions de Maritie et Gilbert Carpentier. Tout ça, c’est un peu la première partie, si l’on peut dire. Je n’oublierai pas non plus Pastic Bertrand, Nicoletta (avec sa voix superbe, elle aborde tous les genres), Michel Orsot qui sert de transition entre les deux périodes et qui est aussi la mascotte de la tournée. Il y a aussi Collectif Métisse. C’est un magnifique spectacleavec un brillant chef d’orchestre; je suis très fière de le présenter.

Demis Roussos vient de nous quitter. Quelle est votre réaction?

Il a fait partie de la tournée; il était notamment au Palais des Congrès. Lorsque nous nous sommes vus, il m’a rappelé que c’était moi qui lui avais remis son premier disque d’or. Il avait gardé la photo. C’était peut-être au cours d’un Télé Dimanche…

Est-ce que les spectateurs d’Âge tendre entendront encore vos fous rires mémorables?

Oui, car je vais dans la salle. On joue au couple star. Je fais monter sur scène ceux qui ont le plus longtemps vécu ensemble. Donc il y aura encore des fous rires en perspective!

On dit que vous êtes la speakerine préférée des Français. Comment analysez-vous ce fait?

Franchement, one me le dit, mais j’ai du mal à y croire. En fait, le public m’a toujours protégé notamment à l’époque où les fous rires étaient très mal vus à l’antenne par la hiérarchie. Je me souviens de mon fou rire avec Florence Schaal. Nous avons reçu une note de service; j’ai été mise à pied pendant deux semaines. Florence a dû quitter le journal. C’était défendu d’avoir le fou rire. Plus, c’était interdit, plus j’avais le fou rire. Il faut dire que l’ambiance était bonne. On se déguisait; on grignotait ensemble; on était comme une petite famille. Je me souviens qu’une fois j’étais en robe western. Les techniciens avaient mis une soufflerie pour ça gonfle, et que ça fasse plus naturel. La soufflerie est partie sous ma robe. J’ai passé le temps de mon annonce à tenir ma robe et je suis partie dans un grand fou rire… Je me souviens aussi qu’une fois, une lumière s’était éteinte juste avant que je passe à l’antenne. Plus de lumière. Un technicien monte donc sur l’échelle pour réparer; je suis passée à l’antenne, et on le voyait redescendre derrière moi. Nouveau fou rire. On s’est énormément amusé. Il n’y avait pas d’audimat à cette époque. Toute la France nous regardait, soit 40 millions de téléspectateurs. J’ai été suivie par trois générations. Ma dernière annonce, a eu lieu en 1992.

 

En 2001, vous avez reçu un nouveau Sept d’Or de la meilleure animatrice. Comment avez-vous perçu cette récompense?

C’était magnifique! Cela faisait trois ou quatre années que j’étais nominée. Mes filles étaient venues mais je les avais prévenues que je ne pensais obtenir de récompense car personne ne m’avait rien dit préalablement. Ce fut pour moi une grande surprise.

 

En 2010, vous avez publié un ouvrage de rencontres aux éditions du Rocher. Parlez-nous de ce livre.

 

Il a eu un bon accueil, un bon succès. Avant, j’avais écrit un roman, Les cœurs battants, chez Lattès. L’écriture, c’est plus difficile. Je préfère le direct; j’aime la scène. Je n’aime pas beaucoup le différé. En direct, tout peut arriver. Tout est différent; c’est un parfum très particulier que j’aime beaucoup.

 

Quels sont vos projets?

 

Je viens d’être pour la première fois grand-mère d’une petite fille, Louise. La maman est l’une de mes deux filles. Âge tendre va se poursuivre ce qui me laissera du temps pour m’occuper de ma petite-fille. Sinon, j’ai plein d’autres projets; je n’arrête pas. Être grand-mère, c’est une nouvelle vie qui commence pour moi, sans les soucis que peuvent éprouver les parents. J’aurai le meilleur.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Jean-Jacques Blanger: le charme patiné

Jean-Jacques Blanger, chanteur populaire de la Somme.Ses références ne sont pas actuelles. Il se contrefiche de l’électro, du hip-hop, de la pop. De la Star Academy. Jean-Jacques Blanger, chanteur amiénois, cite Bernard Dimey, Maurice Fanon, Jacques Debronckart, François Deguelt, René-Louis Laforgue. Tout cela sent Pierre Mac Orlan – un autre Picard célèbre – à plein nez. Il sort aujourd’hui un Cd quatre titres bien agréable. Tout commence par «Quai de brumes» (Mac Orlan, toujours), belle chanson bien rythmée que Jean-Jacques Blanger porte avec brio de sa voix de baryton léger et de vrai poulbot. On ne passera pas à côté de «Une vie bien remplie», dont Jean-Jacques a signé les paroles; une manière de fox-trot dynamique. On aimera également sans retenue «Les yeux de Julie», belle chanson réaliste que s’approprie avec générosité le chanteur amiénois. Jolie mélodie; odeur de pluie sur les trottoirs. Et il y a «J’aurai du mal à tout quitter», mélancolique en diable. Le tout sonne merveilleusement bien grâce à l’accordéon de Guilou et à l’orchestration de Joël Rouleau. Un excellent disque. Bravo Jean-Jacques Blanger!

Ph.L.

Quai des brumes, Jean-Jacques Blanger. CD 4 titres — (Contacts: 03 22 92 43 25 ou 06 12 39 50).

 

 L’hiver : renaître ou disparaître

     

Le château d'Ecouen, dans le Val d'Oise.

Le château d’Ecouen, dans le Val d’Oise.

Que faire de sa vie quand l’hiver est là, avec ses frimas, ces ciels bas, ces nuages couleur de vieil étain, ces humidités contrariantes ? Partir. Loin, sous les cocotiers, vers des plages blondes comme Anita Pallenberg ? Point. Le marquis des Dessous chics aime son terroir, sa France, comme un lièvre sa hase, comme un garenne son terrier. La France, sa glaise et sa craie me collent aux Doc Martens. Il y a peu, c’était l’anniversaire de Lys, la dame de mon cœur. Adepte du baroque, de ses musiques et ses arts, je lui proposais de découvrir le Musée national de la Renaissance, sis dans l’enceinte du magnifique château d’Ecouen, dans le Val-d’Oise. Majestueux, mais pas écrasant, terriblement français, donc empreint d’élégance, l’édifice domine la plaine de France. Il fut édifié entre 1538 et 155 par le Connétable Anne de Montmorency, premier personnage de l’état sous François 1er et Henry II. De 1806 à 1962, il devint musée national de la Renaissance en 1977. La visite fut un régal avec ses collections d’arts décoratifs; la blanquette de veau du restaurant du musée aussi. Lys trottinait dans les escaliers de pierre séculaire avec la grâce des dames qui peuplent des romans de Dickens. Si britannique. Elle passait de salle en salle, s’émerveillait, commentait. A l’office de tourisme, nous découvrîmes les œuvres de la colonie des peintres d’Ecouen (Pierre et Charles-Edouard Frère, Luigi Chialiva, etc.). Je me suis attardé sur les panneaux explicatifs du télégraphe optique d’Ecouen. (En pleine période révolutionnaire, le 12 juillet 1793, eut lieu la première expérience de transmission optique réussie d’un message codé, ce sur la butte d’Ecouen.) Je ne saurais dire pourquoi, mais cette découverte me fascina. Le soir, j’invitai Lys à dîner au restaurant Le Baroque, à Beauvais, histoire de rester dans la tonalité de cette douce journée. J’avais réservé la table de l’écrivain, en fait celle de Sylvie Weill, fille du mathématicien André Weil, nièce de la philosophe Simone Weil, et tante de la charmante restauratrice beauvaisienne. L’hiver, dehors, encore ; fines bulles dans nos verres. Il faut savoir s’éloigner de la grisaille de l’existence. Que faire de sa vie quand l’hiver est là? Dire au revoir à nos vieux amis. Au cimetière Saint-Pierre, à Amiens, Ivan Joly, ancien président du Courrier picard, qui, en 1983, m’avait embauché, effectuait son dernier voyage. Jean-Michel Viez, ancien chef des ventes de notre journal, lut un beau texte de Jacques Frantz dans lequel il rappella que Bernard Roux, ancien directeur, affirme qu’Ivan avait été, à la fin des années 1970, le père du sursaut du Courrier picard, qu’il avait toujours manifesté un grand patriotisme d’entreprise dans la Scop. Et Jacques de parler en son nom propre : « Qui n’a pas en mémoire le passé de nos « jours heureux » (emprunt aux « jours heureux » du Conseil national de la Résistance) n’a pas d’avenir. »

                                          Dimanche 1er février 2015