Franz-Olivier Giesbert est devenu journaliste par hasard

 

C’est ce qu’il confie dans l’entretien qu’il nous a accordé à l’occasion d’une séance de signature de son dernier roman (*) à la librairie Martelle, à Amiens.

  • Vous préférez Camus à Sartre, et vous le dites sans ambages? Pourquoi?

  • Chez Sartre, il y a beaucoup de choses. Des choses de qualité; d’autres moyennes. Et des pièces de théâtre qui ont beaucoup vieilli. Des oeuvres littéraires : Le Mur, La Nausée, etc. Une oeuvre philosophique intéressante mais il ne faut pas exagérer. Les pages d’explications de textes autour de Flaubert, de sa famille, était-ce bien nécessaire? Sartre est quelqu’un qui avait du talent; il laisse une oeuvre d’où ne se détache pas grand-chose. Il y a un côté fabriqué dans ses romans, surtout La Nausée. Tout est calculé; il veut démontrer. Au fond, il n’y a pas d’inspiration. Camus : c’est l’homme d’un livre qui est effectivement L’Etranger. Noces, aussi, est un livre très puissant parce que habité par une philosophie hédoniste résumée en des termes extrêmement simples, très poétiques; il a un côté enfant de Nietzsche

et c’est très bien écrit. La pièce Caligula, sublime, n’a pas vieilli. Par rapport au théâtre de Sartre, ça reste très fort. L’Homme révolté est un livre qui a plusieurs longueurs d’avance sur Sartre. Qui avait raison? Tout le monde est d’accord aujourd’hui pour dire que Camus avait raison. C’était une minorité qui était derrière Camus dans les années cinquante. Je pense que Camus écrase Sartre littérairement et théâtralement.

  • Est-ce le fait que, chez Sartre, il y ait plus de charpente philosophique et démonstrative qui vous irrite ?

  • Oui, je pense que ces romans ne sont pas inspirés. Il veut démontrer. Camus a écrit L’Etranger (je l’ai lu cinq fois dans ma vie). Pourtant, on ne peut pas dire qu’il est servi par une écriture exceptionnelle. Mais tout est juste; le personnage est vivant. Pour moi c’est ça la littérature : faire des personnages vivants comme l’a fait Dostoïevski dans Crimes et châtiments. Il a réussi ça, Camus.

  • Vous êtes très partagé entre le journalisme de haut vol et la littérature. L’écriture de fiction vous passionne. Comment faites-vous?

  • A 9 ans, je voulais être écrivain; je voulais être écrivain ou rien. J’avais lu Quatre-vingt-treize; ça a changé ma vie. Et j’ai commencé à lire tout de manière obsessionnelle et frénétique comme on peut lire (tout Balzac, tout Maupassant, tout Flaubert, etc.). Ensuite, en pastichant tous mes auteurs de chevet, j’ai écrit un Balzac, après un Céline, un Dostoïevski. Et j’ai écrit mon premier livre. L’accueil n’a pas été exceptionnel chez l’éditeur; j’ai compris qu’ils étaient prêt à le publier mais qu’il y avait beaucoup de travail. Du coup, j’ai attendu. Et la vie m’a pris; le journalisme m’a pris. Je suis devenu journaliste, puis directeur de journal par hasard.

  • Vous avez fait le Centre de formation des journalistes (CFJ)

    Franz-Olivier Giesbert, écrivain, journaliste. Juin 2013. Librairie Martelle, à Amiens (Somme).

    .

  • - Oui, j’avais fait le CFJ car il me fallait un boulot pour croûter. Ma mère voulait que je trouve d’abord un boulot quand je lui disais que je voulais devenir écrivain. J’avais décidé d’être avocat, jusqu’à ce que je découvre les joie du journalisme qui m’ont permis, très vite, de gagner beaucoup d’argent. De vivre bien. Je ne voulais pas dépendre de mon père; je voulais très vite partir de chez moi. A 20 ans, j’étais autonome. Quand j’ai fait le CFJ, j’écrivais déjà des articles; j’avais ma voiture. J’invitais les filles au restaurant parce que, déjà, je travaillais tout en suivant les cours du CFJ.

  • C’était, en fait, la littérature qui, déjà, vous guidait.

  • - Oui, car mon admiration allait déjà vers le grands écrivains.

  • Les écrivains-journalistes?

  • - Non, pas du tout. Mes grandes rencontres ce sont Julien Green qui m’a beaucoup marqué, et m’a donné des conseils; il m’a expliqué comment il fallait justement « écrire ses livres pour savoir ce qu’il y avait dedans » (pour reprendre sa formule). Chercher son inspiration à travers les visages. Faire en sorte que les personnages nous racontent l’histoire. Norman Mailer avec qui j’ai eu des relations très très proches; je l’avais interviewé, j’avais écrit un article très long qui l’avait beaucoup fait rire car je me moquais de lui en le pastichant. Norman Mailer, je l’ai très bien connu; il m’a donné des tas de conseils. Michel Tournier, aussi, qui a joué un rôle dans ma vie. J’ai noué des relations d’amitié avec beaucoup d’écrivains; c’est clair.

  • Dans la production littéraire contemporaine, quels sont les auteurs que vous aimez?

  • - J’ai beaucoup d’admiration pour Yasmina Reza qui est un écrivain classique, qui a un statut différent des autres. Elle est très étrange; son écriture est universelle. Elle est jouée partout dans le monde. C’est un des grands écrivains contemporains. Elle vit très en dehors des codes. Chaque livre qu’elle sort est un événement important. J’aime son ironie un peu grinçante. J’aime beaucoup Le Clezio; c’est un ami. J’ai aussi David Vann, un écrivain américain; mais aussi Joseph Boyden qui a écrit des livres sublimes. Je suis très éclectique dans mes choix littéraires; j’ai régulièrement des petits coups de coeur. J’ai beaucoup aimé le dernier Foenkinos; son humour décalé – à travers les petites choses de la vie – me rappelle l’humour de Philip Roth. J’éprouve beaucoup de plaisir à découvrir de nouveaux auteurs en permanence.

  • Vous n’avez pas cité Malraux ou Bernanos ou Hemingway dans votre panthéon.

  • Ce sont de grands écrivains, mais, par exemple, Giono me parle plus. Beaucoup plus que Malraux en tout cas. Car devant la grandiloquence de Malraux, on a souvent envie de sourire. Giono est tellement plus vrai. Aragon, lui, est un génie; c’est l’un des plus grands poètes publiés en France. Je suis assez sévère dans mes choix, c’est vrai… Dostoïevski et Tolstoï sont des monuments. Les littératures qui m’attirent le plus sont les littératures américaine et russe. Et la littérature française du XIXe, c’est la meilleure. Au XXe, on se débrouille bien. Au XXIe, ça commence à devenir compliqué mais on va se battre. Personnellement, je vais avoir du temps pour écrire; j’ai des ambitions. On va s’amuser.

  • Vous avez envie de lever le pied en ce qui concerne le journalisme?

  • J’ai des lecteurs qui me sont fidèles; je devrais leur donner un peu plus. Ca me m’a jamais gêné qu’une partie de la presse m’ait boycotté. Je ne demande rien; je n’envoie pas les livres, c’est tout.

  • Vous aimez beaucoup le romancier René Frégni, et vous aimez également Giono. Est-ce laville de Manosque qui vous réunit?

  • J’ai vécu une partie de ma vie à Manosque; René Frégni y habite. On est devenu ami. J’aime la violence et la colère de la littérature de Frégni. Il a écrit de très beaux livres. Je suis très gourmand de littérature. Je suis cruel dans mes choix. Je n’aime pas lire de mauvais livres. Je n’en dit pas de mal non plus. En revanche, chaque année, il y a des surprises, des bons livres.

  • Aimez-vous les hussards?

  • Je suis un fou de Déon. J’aime beaucoup Blondin. Pour mon écriture, j’évite les amphigourismes, les adverbes, les adjectifs. Je fais toujours un gros travail là-dessus. J’ai beaucoup d’admiration pour Michel Déon qui a repris son roman Les Poneys sauvages en le purifiant pour lui redonner une nouvelle vie; il a enlevé toutes les scories.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

(*) La cuisinière d’Himmler , éditions Gallimard.

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Mon ami Emmanuel Bove

Fred Haslin, photographe (à gauche) et Lionel Herbet, journaliste.

La revue littéraire Le Matricule des anges a demandé à quelques écrivains d’évoquer Emmanuel Bove. J’ai eu la chance d’être l’un de ceux-là. Pour rédiger mon article (2500 signes, espaces compris), je me suis replongé avec gourmandise, dans l’œuvre du très mystérieux Emmanuel Bobovnikoff, dit Bove (1898-1945), le plus aimé des écrivains méconnus, le plus apprécié de ses pairs, méprisé par les élites économiques qui préfèrent Marc Levy ou Alain Minc. Mais les élites économiques ont ce qu’elles méritent. J’ennuie (je me retiens) les élites économiques, et j’aime Emmanuel Bove. Quel plaisir de relire Mes Amis, son premier roman! Les phrases de Bove peuvent paraître pauvres, mais, au fond, elles ne le sont pas car, jamais, elles n’évoquent réellement la pauvreté. Elles se contentent de sonder le quotidien et la vie dans ce qu’ils ont de plus absurde, de plus imbécile, de plus trivial. C’est terrible. Les écrivains de la littérature prolétarienne peuvent aller de rhabiller. Il n’y a pas plus subversif, plus à gauche que Bove, lui qui, pourtant, n’avait rien d’un militant. Pas de grand discours; pas de message. Là, ce sont des taches de jaune d’oeuf laissées sur un poêle; ici, c’est Victor Bâton, héros de Mes Amis, qui compare la propreté de ses ongles à celle d’un camarade. Un peu plus loin encore, c’est Bâton qui se fait traiter de fainéant par un voisin. Bâton a beaucoup de défaut; il s’apitoie sur lui-même. Il se dit bon, charitable, s’agace très vite. Mais qu’est-ce qu’il est humain. Et ce qu’ils sont abjects, les bourgeois dans les livres de Bove. Puants. Ils eussent été capables de défendre l’abominable Margaret Thatcher. Et Bâton qui avoue: «Ah! que j’aurais aimé être riche!...» Imparable. Bove aimait-il le sport? C’est peu probable. Moi, je l’aime parfois. Quand Blondin et Laborde évoquent le Tour de France. Quand Vailland raconte une course cycliste dans le Jura. Lorsque Kléber Haedens s’enthousiasme pour le rugby. Et quand l’ami Fred Haslin, photographe au Courrier picard, expose ses magnifiques photographies des J.O. de Londres 2012, au Studio 7, rue Léon-Blum, à Amiens (jusqu’au 15 juillet). J’ai beaucoup aimé quand notre ancien confrère de la rédaction sportive du journal, Lionel Herbet, a interviewé Fred. Ça m’a rappelé de bons souvenirs.

Dimanche 23 juin 2013

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Lors tu vois un éléphant en ville, caresse sa trompe et suis-le

 

Au cours du raout à la CCI d'Amiens auquel Lys et moi n'avions pas été invités.

Lorsque tu vois un éléphant en ville, lectrice mon amour, mon petit animal docile, caresse sa trompe et suis-le. Il te procurera beaucoup de bonheur. C’était une belle soirée de presque été, douce comme une figue fraîche. Nous revenions, le cœur léger, du Gaumont d’Amiens, où nous avions vu le délicieux film Pop Redemption, œuvre de Martin Le Gall où Julien Doré se révèle un excellent acteur. Ce film est un peu plus qu’une comédie distrayante et bien française. L’écriture de Le Gall est limpide, précise et ciselée. Les comédiens assurent avec finesse et justesse. L’univers de l’histoire n’est pas banal: celui du black metal, une manière de hard rock teigneux et caverneux. Puis, à l’issue de diverses péripéties, le groupe est contraint d’évoluer vers une pop aérienne et acidulée. Là, Martin Le Gall se paie une belle tranche de références appuyées aux Beatles et en particulier au plus psychédélique des albums de Fab Four: Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Ajoutez à cela des comédiennes très craquantes, surtout la petite Audrey Fleurot, fortement excitante en gendarmette. Ce film est frais et bigrement réjouissant. Donc, comme je te le disais, lectrice, Lys et moi étions réjouis par cette belle soirée. Soudain passe un éléphant surmonté de son cornac. Une foule importante le suit. Peu contrariants, nous en faisons de même. J’aperçois l’éclairagiste Gilles Caron, qui semble s’occuper de la bête et court contre son flanc. Nous nous saluons. (Il nous louait, à Lou-Mary et moi, une belle maison de l’avenue Henri-Barbusse, à Longueau).Ainsi, nous arrivons à la Chambre de commerce et d’industrie où la cellule d’accueil des cadres a organisé un grand raout pour fêter ses vingt ans. En fait, toutes les personnes qui suivent la grosse bestiole, ont été prises en charge, lors de leur arrivée à Amiens, par cette cellule d’accueil; ils se jettent sur les verres et sur les petits fours. Nous en faisons de même. Je me retrouve nez à nez avec Gabriel d’Harcourt, directeur du Courrier picard, et madame. Il doit penser que je suis un sacré pique-assiette. Lui aussi a bénéficié de l’accueil de la cellule et en pense le plus grand bien. J’hésite à lui demander une augmentation, m’abstiens, sors précipitamment, monte à cru sur le dos de l’éléphant, Lys contre moi. J’ai demandé une rançon à la CCI. J’attends toujours.

Dimanche 23 juin 2013

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La folie libertaire de François Cérésa

Avec « Merci qui? », son dernier roman, François Cérésa descend en flamme une certaine branchitude aussi futile que ridicule. Un feu d’artifice de mots.

François Cérésa.

François Cérésa a plus d’une corde à son arc. Ou plusieurs encres pour ses plumes. Comme on voudra. Auteur d’une trentaine de livres, romans principalement mais aussi essais et documents, il peut tout aussi bien nous donner à lire un roman modianesque, mélancolique et nostalgique comme Les Moustaches de Staline (Fayard 2008, prix Cabourg du roman), que l’historique et «cap et d’épée» La Terrible Vengeance du chevalier d’Anzy (Plon 2008), ou que le truculent et rabelaisien Carnaval des grenouilles (Robert Laffont, 1989).

On sent qu’avec son dernier roman Merci qui?, François Cérésa s’est bien amusé; il a dû même jubiler en l’écrivant. C’est en effet une irruption de mots, de bons mots, de folies, de passions, de verbes hauts, de colères, de coups de gueule, de coups de poings dans la gueule. On sent bien qu’il a tenu à rendre hommage à quelques-uns de ses écrivains fétiches: Frédéric Dard, Céline, Alphonse Boudard et Léon Bloy. Il ne s’en cache pas puisqu’il dédie ce livre à certains de ceux-ci mais également à Michel Audiard, Albert Simonin, François Vidocq, et François Rabelais. Résultat: on rit souvent à gorge déployée car il y a un ton Cérésa, une musique forte, symphonique, parfois aussi déjantée que les meilleurs brûlots du punk des seventies.

Il nous raconte l’histoire de Lucky «qui n’a plus vingt ans depuis vingt ans», un ancien cover-boy, sur le point de se reconvertir en écrivain. À ses côtés, un drôle d’oiseau, Pierre-François Coblence, alias P.-F., parangon de la «branchitude», ridicule à souhait, qui mâtine la moindre de ses phrases avec un franglais qu’il étire comme un vieux chewing-gum. On y trouve également Marie-Antoinette, une dame mûre très sexy, aux charmes poivrés. Et Ludivine, une craquante lolita qui fait, justement, craquer Lucky. François Cérésa ne donne pas que dans le burlesque; derrière le petit théâtre bruyant et vaudeville se cache une authentique critique de notre société qui bat de l’aile, le tout ficelé par une barde franchement libertaire: «Pour être de droite, il faut être idiot. Pour être de gauche, il faut être riche.» Imparable.

PHILIPPE LACOCHE

Merci qui?, François Cérésa, Écriture, 362 p.; 18,95 euros.

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Les montagnes russes de la vie

 

Un premier livre, ce n’est pas rien. Nouvelliste du Courrier picard, Patrick Poitevin-Duquesne vient de sortir un recueil de nouvelles, Réveils difficiles, aux éditions Le Petit Véhicule (20, Rue du Coudray, 44300 Nantes; tél. 0240521494; http://editionsdupetitvehicule.blogspot.fr/) dans la collection, Chiendents. Il était heureux, Patrick, l’autre soir, à l’occasion de la présentation et de signature de son ouvrage, à la librairie du Labyrinthe, dans le quartier Saint-Leu, à Amiens. Il y avait du monde, du jus de fruits et du vin rouge. Philippe Leleu, le maître des lieux, avait convié copines et copains. Patrick en avait fait de même. La chanteuse et comédienne Lou-Mary lut une nouvelle du recueil, «Un matin comme les autres».

De gauche à droite : Lou-mary, Marine, Féline et Patrick Poitevin-Duquesne, un soir de juin, sur terre, à la librairie du Labyrinthe, à Amiens.

Elle était bien mignonne avec ses boucles d’oreilles prolongées de plumes colorées (des manières d’amulettes à l’image de celles que j’avais offertes, il y a des lustres, à une adorable poulette brune de dix-neuf ans, aux jambes interminables et aux yeux noirs comme une toile de Pierre Soulages, des yeux piquetés d’éclats d’orangé de Mars).Je ne pus m’empêcher de tirer sur ses boucles d’oreilles. Elle me gronda gentiment comme elle me grondait quand nous partagions encore notre maison de l’avenue Louis-Blanc. C’est loin tout ça. À dire vrai, je n’étais guère dépaysé. Au côté de Patrick: les jolies Féline et Marine, dont les rires joyeux et latins résonnaient contre les livres qui, eux aussi, se mirent à sourire sur les étagères. Roger Nimier fit un clin d’œil à Féline. Antoine Blondin proposa d’entraîner Marine boire un verre au Couleur Café. L’ambiance était douce et belle, comme l’eau moirée de la Somme, toute proche qui filait vers Abbeville. Des souvenirs remontaient bien sûr. Mes premiers livres que j’ai dédicacés au Labyrinthe, il y a longtemps. J’habitais Abbeville, justement. Le comédien Gauthier Desbureaux me tira de mes rêveries; il se mit à lire l’émouvante nouvelle «Les Primevères».Je me demandais ce qui faisait la qualité d’un écrivain. Son style? Son ton? Son écriture? Un peu tout ça certainement. Mais surtout, c’est son univers qui fait la différence. Patrick Poitevin-Duquesne, en possède un, d’univers, fait de folie douce, de fantastique, de douleurs et de joies. Les montagnes russes de la vie. Lisez-le; c’est un écrivain.

Dimanche 9 juin 2013

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Besson pour tous les goûts

Les fans de Patrick Besson vont y trouver leur compte : il sort en même temps un excellent roman et un recueil de ses critiques littéraires.

Les lectrices et lecteurs de Patrick Besson, ses fans, vont être aux anges: l’écrivain, par ailleurs chroniqueur au Point, sort parallèlement deux livres. Un roman, Puta madre, du meilleur cru; et un recueil de ses critiques littéraires, Avons-nous lu?, sous-titré Précis incendiaire de littérature contemporaine.

Il a ancré l’histoire de son roman au Mexique; il fallait s’en douter. En effet, il suffisait de lire ses dernières chroniques du Point pour comprendre qu’il s’y rendait souvent. On comprend mieux maintenant. Puta madre suit pas à pas Maximilien qui, pour s’éloigner de la femme avec qui il s’est pacsé, se retrouve à Cancun. C’est le début d’une aventure pleine de tensions, de folies, de rebondissements. Maximilien boit beaucoup, câline, en peu de temps, un bon nombre de filles adorables. Dort peu. Ce n’est pas la peine car les choses vont trop vite. Son ancienne compagne, devenue la maîtresse d’un célèbre metteur en scène de Hollywood, est retrouvée assassinée, à l’instar de ce dernier. On s’en doute, le pauvre Maximilien devra rendre des comptes. Les actions s’enchaînent à un rythme haletant. Patrick Besson mène sa narration tambour battant, grâce à des rafales de dialogues nets, limpides, vifs qui font avancer l’histoire tout la clarifiant. C’est du grand art. Savoir faire dialoguer ses personnages nécessite du talent. Nombreux sont les écrivains qui en font les frais. Les dialogues sont tout sauf du remplissage; ils doivent être la respiration d’un texte. Besson l’a compris depuis longtemps. Là, il excelle dans le genre. Et toujours ce sens inouï de la formule: là, «le champag

Patrick Besson : un roman percutant, et des critiques littéraires très enlevées. Du Besson pur jus.

ne n’est pas de l’alcool, c’est de l’eau avec un sourire à l’intérieur»; ici, il fait dire à une maquerelle que «l’érection délie les bourses».Un peu plus loin, «le jeune homme paraissait si heureux qu’on avait l’impression qu’à travers le pansement son œil crevé avait recommencé à voir, notamment l’avenir.» Un festival de finesse et d’humour. Ce sens de la formule, on le retrouve, bien sûr, dans les chroniques littéraires qu’il a données au Figaro littéraire, à Marianne et à Nice matin. Besson y évoque les meilleurs écrivains (Benoît Duteurtre, Éric Holder, Michel Houellebecq, Michel Déon, Éric Neuhoff, Antoine Blondin, Drieu la Rochelle, Georges Simenon, Philippe Vilain, Pierre Benoit, Yann Moix, Patrick Rambaud, Christian Authier, Alain Paucard, Michel Mohrt, Maurice Pons, Jacques Brenner, Patrick Modiano, etc.), et descend les plus mauvais, nombreux eux aussi. Car, comme l’écrit Patrick Besson, «l’art est le monde de l’injustice».

PHILIPPE LACOCHE

«Puta madre», Patrick Besson, Fayard, 173 p.; 15 euros.

«Avons-nous lu?», Patrick Besson, Fayard, 983 p.; 26 euros.

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Nous devions manger des chocolats Mon Chéri

 

David Martin Angor (à droite)et Plexus Darius.

France Inter. La voix de François Morel se noue en évoquant la mémoire de son ami Georges Moustaki. Mon chat Wi-Fi, assis sur le buffet de la véranda, regarde le jardin mouillé. Il pleut; il fait froid. Ça dure depuis octobre dernier. La vie est belle. Mais Moustaki est mort. «Le Métèque». Ma mère avait acheté le 45 tours «Le Métèque», en 1969, au rayon disques du Prisunic de Tergnier, et l’avait offert à mon père pour Noël. On l’écoutait en boucle, à la maison; nous devions manger des chocolats Mon Chéri. Nous en mangions souvent, au moment des fêtes, en ces années-là. Sur France Inter, encore, un matin. Daniel Cordier, grand résistant, qui fut le secrétaire de Jean Moulin, évoque son parcours au côté du héros. Quelques jours plus tard, sur France 3, le film Alias Caracalla, relate son engagement exemplaire. Ce téléfilm s’inspire du livre éponyme que Daniel Cordier a publié, en mai 2009, chez Gallimard. Dans cette réalisation, l’écrivain Patrice Juiff, nouvelliste de notre journal, interprète un de Gaulle plus vrai que nature. En regardant ce film, je ne peux m’empêcher de penser à Drôle de Jeu, roman de Roger Vailland dans lequel, le grand romancier relate sa vision de la Résistance au côté, notamment, de Daniel Cordier (qu’il appelle Caracalla) et mon regretté ami Jacques-Francis Rolland, alors étudiant et responsable des Jeunesses communistes de Lyon. Cela me donne envie de relire Drôle de jeu. Il faudrait plus de temps dans la vie pour lire, aller à la pêche. Dormir. J’ai pris le temps de me rendre à Corbie pour assister au spectacle de la chroniqueuse de France Inter, Sophia Aram.Je ne l’ai pas regretté. Elle est drôle, Sophia. Si brune, pétillante, pimpante. Elle mange bio, comme Lys qui m’accompagnait. Dans la loge, je les ai laissé papoter sur des bienfaits des produits naturels. J’ai également pris le temps de transporter mon vieux corps à la Comédie de Picardie où David Martin Angor et Plexus Darius (par ailleurs guitariste des Beyonders) donnaient un concert. C’était frais et vif. Une pop acidulée avec des paroles en français bien écrites et, souvent, imbibées de spleen. Dans la salle, il y avait de jolies poulettes printanières. Et je suis rentré me coucher comme un vieux coq. Le lendemain matin, j’ai chanté à 5h53 dans mon bureau du Courrier picard. J’ai lustré ma plume et me suis mis à écrire.

Dimanche 2 juin 2013

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