Ciel gris de mai et trois Ray de lumière

Roger Wallet, écrivain, et Dorine Durbise, institutrice à Drucat-le-Plessiel, près d'Abbeville.

         Je tape cette chronique avec «Waterloo Sunset», des Kinks, dans la tête. Nous sommes en mai. Ciel d’étain. Cela me rappelle mars1973; j’étais à Londres. J’étais allé voir Chicken Shack au Marquee. Il faisait ce temps-là. Dans une interview accordée à notre confrère John Preston, dans  The Telegraph, l’excellent acteur britannique Terence Stamp raconte que son frère Chris, manager des Who, connaissait très bien Ray Davies. Ce dernier écrivit la  chanson «Waterloo Sunset» en pensant à Terence et à sa petite amie du moment,  Julie Christie.Et ça donne ça : «Terry meets Julie/Waterloo Station/Every Friday night…» En sortant du cinéma Gaumont, à Amiens, Lys me faisait remarquer cette étonnante correspondance: nous avions vu en début d’après-midi, Song for Marion, film émouvant, beau et limpide, où excelle Terence Stamp. L’Angleterre ouvrière que j’aime tant. En soirée, nous sommes allés voir Sous surveillance, puissant et passionnant long-métrage de Robert Redford (sur les militants radicaux auteurs d’attentats contre la guerre du Vietnam) avec Julie Christie. La boucle était bouclée. J’adore ces coïncidences. Pourquoi est-ce que j’aime les Kinks à ce point? Certainement parce que les frères Davies, fils de prolos, auraient pu être les héros d’un roman de Roger Vailland. Quand les bergers deviendront des princes… Le rêve communiste. Les Davies ont une élégance aristocratique à l’image des chansons sublimes qu’ils nous ont données. Roger Wallet aime-t-il les Kinks? Certainement. Je suis allé le saluer, l’autre soir, au carmel, à Abbeville où il procédait à une lecture à l’issue d’un atelier d’écriture qu’il a réalisé dans les écoles de Drucat-le-Plessiel et de Cambron. Sur la route du retour, mon autoradio m’apprenait la mort de Ray Manzarek, l’organiste des Doors. Sous le ciel de mai, de plus en plus gris, je pensais, cette fois, à «Light my fire» avec cette introduction lumineuse de Ray aux claviers. D’autres images dans ma tête. J’ai envie de faire demi-tour, d’aller revoir mon ancienne maison de la rue Pierre-Sauvage, à Abbeville, dans laquelle j’écoutais les deux Ray (Davies et Manzarek).Un autre Ray (Défossé) m’avait prêté sa maison pour qu’elle héberge mes amours naissantes avec une très jeune femme. C’était en mai 2002; il faisait un temps magnifique.
                                                              Dimanche 26 mai 2013

Share

Patrick Poitevin-Duquesne sort son premier recueil de nouvelles

Mon copain Patrick Poitevin-Duquesne sort son premier recueil de nouvelles aux éditions du Petit Véhicule, coll. Chiendent. Il dédicacera l’opus le vendredi 31 mai, à 21 heures, à la librairie du Labyrinthe, à Amiens. Patrick est un excellent écrivain; il est l’un des nouvellistes du Courrier picardet donne au journal des textes à la fois singuliers, fous, émouvants et bien ancrés en terre picarde.   »Mon premier recueil de nouvelles, « Réveils difficiles » sort aux éditions du « Petit véhicules/ Collection Chiendent »! » rappelle-t-il. »

Patrick Poitevin-Duquesne, excellent nouvelliste. (Photo : Simon de Fonseca.)

 Pour les Amiénois, et tout ceux qui sont disponibles, une présentation (avec lecture et pot à boire!) est prévue le vendredi 31 mai - 21h - à la librairie du Labyrinthe (dans le quartier St-Leu). Pour ceux qui sont trop éloignés… Qu’ils me contactent ou prennent commande sur le site du « Petit véhicule »!… »
Share

Un champagne de l’Aube par un après-midi de pluie

 

Lou-Mary en duo avec Chris Evans.

J’ai toujours adoré les bars d’hôtels. Ils ont un côté à la fois intime et impersonnel qui me séduit. On y passe comme des ombres, nous, les hommes, en compagnie de femmes qui sont les nôtres.Ou pas. On y boit des champagnes improbables, rares, délicats; les conversations y sont feutrées comme les coussinets des pattes félines. À ce propos, je me souviens des longues après-midi pluvieuses que je passais avec Féline, mon ex-épouse, au bar de ce bel établissement qui se nommait encore Hôtel de France (quel joli nom, éminemment plus beau que ceux des chaînes mondiales ou européennes qui ne veulent plus rien dire), à Abbeville. Elle y buvait un champagne de l’Aube, non pas le matin, comme ce nom du breuvage délicat eût dû l’y conduire, mais vers 16heures; j’y savourais une bière pression aussi fraîche que la pluie de ces printemps incessants, dont les grosses gouttes molles s’écrasaient contre les vitrines comme des larmes. L’odeur poivrée de l’osier des fauteuil m’invitait à des rêves coloniaux. L’autre soir, Lys et moi étions au nouveau bar de l’Hôtel du Carlton, à Amiens, au premier étage. Le maître, des lieux, sympathique, a eu la bonne idée d’y installer un vaste salon fumeur ce qui prouve qu’il existe encore des gens qui savent vivre et qui résistent aux furies hygiénistes de lois frigides au nom viticole. Nous n’étions pas d’accord sur le film Hôtel Normandy, que nous venions de voir au Gaumont, œuvrette que je trouvais délicieuse (à l’image d’Helena Noguerra), charmante et légère, digne d’un Jacques Laurent ou d’un Félicien Marceau, et que Lys trouvait facile et convenue. En revanche, nous étions tout à faire d’accord pour dire que Mud est un chef-d’œuvre. Mud, c’est l’économie efficace du style de Steinbeck et l’universalité poignante de Mark Twain. Sublime. J’ai également adoré, la soirée d’anniversaire (60 ans) de Daniel Grardel, au Lucullus. Mon peintre préféré avait convié l’excellent rocker Chris Evans, élégant, intelligent et sympathique, à distiller son répertoire. Et quel plaisir le duo qu’il nous proposa en compagnie de mon ex-grande sauterelle, l’adorable Lou-Mary de retour en terres picardes. Lou était accompagnée d’Athos, son Westie, qui, après m’avoir reconnu, m’embrassa et me donna des nouvelles de son frère, le chat Bébert, resté à Montreuil.

Dimanche 19 mai 2013

Share

Vailland-Soulages : un match de haut niveau

 

Le 27 mars 1961, Roger Vailland passe l’après-midi avec le peintre Pierre Soulages dans son atelier. Il en revient avec un texte éclairant. Comme un compte-rendu sportif.

Il y a du Blaise Cendrars chez Roger Vailland. Ou l’inverse. En tout cas, ces deux immenses écrivains ont plus d’un point en commun. Tous deux ont été journalistes. Grands reporters pour être précis. Mais pas des reporters comme les autres. Leur démarche est autre. Quand, Lazareff demande à Cendrars , en 1933, pour Paris-Soir, un reportage sur le paquebot Le Normandie, le créateur de L’Homme foudroyé lui répond qu’il refuse catégoriquement de faire le voyage parmi les sommités et les notables. « Je voyagerai dans la soute!«   répond-il. Lazareff rigole. Le laisse faire. Blaise revient avec un texte époustouflant de justesse et de poésie.

Quand Roger Vailland choisit de s’attaquer à l’oeuvre de son ami le peintre Pierre Soulages, il opte, lui aussi, pour une démarche singulière. Plutôt que de travailler de manière cérébrale dans son bureau de Meillonnas, de relire les articles et études consacrées à l’artiste, puis de rédiger, il choisit la forme la plus primaire, la plus vrai du reportage. Se rendre sur place, regarder, rapporter ce qu’il a vu en toute simplicité. Ainsi, le 27 mars 1961, Vailland passe l’après-midi avec Soulages dans son atelier. Il le regarde peindre, finir une toile, et note chaque étape de la création. Il travaille comme un journaliste sportif devant un match de football ou devant une course cycliste. Nous, lecteurs, grâce à Vailland, avons sous les yeux Soulages en train de choisir ses couleurs, préparer sa toile. On l’entend parler, s’impatienter, ou, au contraire, exploser de bonheur. Il pense tout haut ; le peintre est en mouvement. Comme le fait remarquer Alfred Pacquement, directeur du Centre Pompidou, dans son éclairante préface, « Vailland voit en Soulages un champion qu’il compare à un athlète alors célèbre, Michel Jazy ». Le début du texte de Vailland, sublime, fait songer à un compte-rendu d’un match de boxe : « Pierre Soulages et moi, nous entrons dans son atelier. Il est 16h07. Sur le mur est accrochée une toile inachevée, une grande toile : 202 x 160 centimètres. Elle est accrochée à 20 centimètres du sol. Soulages traverse l’atelier à grands pas et va tout contre elle. Il mesure 1,90 m, il père 102 kilos. La toile et lui sont face à face dans des dimensions homologues. » Et c’est parti pour un texte d’une beauté rare, d’une précision d’entomologiste, souvent tout en retenue, parfois émouvant au détour d’un détail subreptice : page 26, il cite la couleur orangé de mars, l’une des plus belles couleurs de la palette des peintres que Soulages utilise parfois. Le texte est suivi d’un article de Vailland paru en 1962 dans Le Nouveau Clarté, mensuel des étudiants communistes. Il répond à la question posée par ce même journal : « Pour ou contre Pierre Soulages, peintre abstrait? » Vailland répond si bien à la question – le philosophe, l’ancien de la rue d’Ulm, sait argumenter! - qu’il parviendrait à faire aimer le peintre aux adeptes de la peinture la plus figurative. Ce petit livre est un bijou.

PHILIPPE LACOCHE

« Comment travaille Pierre Soulages, suivi du Procès de Pierre Soulages », Roger Vailland, Le Temps des Cerises; coll. La Griotte; préf. d’Alfred Pacquement. 64 p. 6 euros.

Share

Lucy in the Sky et de déhanchement d’une blonde nue

 

Pierre Pikaïloff a écrit avec Jean-Eric Perrin et Gilles Verlant, un bon livre sur les Beatles.

Un matin sur France Inter: trois copains (Pierre Mikaïloff, Jean-Éric Perrin et Gilles Verlant) sont à l’antenne pour évoquer leur dernier - excellent - livre: Les Beatles pour les Nuls (First éditions).Voilà comment surgissent les bouffées de souvenirs. Les Beatles: quelle histoire! J’ai commencé à ne point les aimer. Il le fallait. Ma petite amie du moment - qui jouait au tennis et faisait allemand première langue, malgré sa maman animatrice de la cellule locale du Parti communiste - les vénérait. À Tergnier, il y avait deux clans. Les pro-Beatles et les pro-Rolling Stones. Je militais dans ce dernier camp depuis que mon beau-frère, Bernard, m’avait ramené de Londres un magnifique EP avec notamment «She said yeah!» (une torpille de rock’n’roll; une rafale d’eau de vie de rock!), «I’m free» (nonchalant et pervers avec l’accent nasillard de Jagger). Sur la pochette: leurs gueules sur la photo de la pochette de December’s Children. Les Fab Four, avec leurs têtes proprettes, ne faisaient pas le poids. Pour taquiner ma petite amie, je les brocardais. On est bête quand on a dix-sept ans. Et puis, une nuit où je m’étais attardé entre ses draps, elle avait passé Sgt. Pepper’s sur l’électrophone. Elle s’était relevée vivement du lit. J’avais regardé ses adorables fesses de blonde avec, dans les oreilles, «Lucy in the sky with diamonds».Alors, je me dis que ma vie ne serait plus jamais tout à fait pareille. Quand je réécoute cet album, je revois le balancement des hanches de ma blonde. J’étais devenu aussi fou des Stones que des Beatles. L’autre soir, au cinéma Orson-Welles, à Amiens, suis allé voir La saga des Conti, en présence du réalisateur Jérôme Palteau et de Roland Szpirko, porte-parole de Lutte ouvrière et impresario spirituel du leader du mouvement: Xavier Mathieu. C’est un beau film, émouvant, sur des ouvriers en lutte. Roland m’inspire confiance, certainement parce qu’il ressemble à Raphaël Sorin, un bon camarade qui fut mon éditeur chez Flammarion il y a des lustres. Roland a beaucoup parlé après le film. J’étais en grande partie d’accord avec lui sur ses critiques de cet indéfendable système capitaliste. En revanche, je ne le suis plus quand il critique la patrie et qu’il dit du mal des coopératives ouvrières. Tu as a compris pourquoi, lectrice, mon amour?

Dimanche 12 mai 2013

Share

Dieudonné : « Je suis un islamo-chrétien »

Dans le long entretien qu’il nous a accordé, Dieudonné s’explique. Il évoque son art, le rire, l’anti-sionisme, l’antisémitisme, Jean-Marie Le Pen, la littérature et les religions. Il parle en toute liberté.

De quoi est composé votre spectacle Foxtrot?

Dieudonné : C’est un spectacle que j’ai commencé à tourner en juin 2012, et que je terminerai en juin 2013, un an plus tard. Je suis en tournée depuis le mois de février. C’est un spectacle qui traite de la danse, le foxtrot, mais aussi la danse de façon plus générale. La danse des mots, la danse des idées. Autour de la danse, je m’interroge sur les sociétés, sur le monde dans lequel je vis.

Pourquoi cette danse, le foxtrot?

Je suis amateur de jazz. Je cherchais une danse; celle qui illustrait le rêve américain, c’était le foxtrot. Je me suis inspiré de cette musique et de cette danse pour illustrer ce rêve américain qui, pour beaucoup, fut un cauchemar, encore aujourd’hui. Je pense aux Indiens d’Amérique, aux Noirs d’Afrique, déportés, aux Japonais (Hiroshima et Nagasaki ). Le rêve américain, ce n’était pas forcément quelque chose de très positif. De plus, le nom Foxtrot sonnait bien. A une certaine époque, cette danse illustrait beaucoup de choses.

Quand et comment avez-vous écrit ce spectacle ?

Comme tous les autres spectacles… C’est vrai que je travaille beaucoup; je fais un spectacle par an. Par rapport aux autres humoristes de ma génération qui – c’est vrai font souvent du cinéma – réalisent spectacle tous les quatre ans. J’accorde beaucoup plus de temps au one-man-show… Mon prochain spectacle est en écriture. Il s’appellera Le Mur (le titre n’est pas définitif).

Serait-ce une référence à l’excellent recueil de nouvelles de Jean-Paul Sartre?

(Rires.) C’est vrai… on m’en a déjà parlé. Mais non… Pink Floyd a également fait un album de ce nom. Autour de cette réalité de mur, on peut faire passer pas mal de choses. Pour revenir à Foxtrot, je m’inspire pendant l’année de ce qui a pu me toucher. Mon rôle en tant qu’humoriste, de bouffon à la cour, c’est de mettre le doigt sur les abcès de cette société. Parfois c’est un peu douloureux, mais je crois que c’est toujours salutaire, de rire des choses les plus difficiles, les plus délicates car en riant, on retrouve la communion; c’est l’inverse des guerre. Un humoriste a son rôle à jouer dans une société qui est en crise.

Revendiquez-vous ce rôle de bouffon du roi?

Le bouffon à la cour du roi était censé, par sa liberté de parole, aborder des sujets que d’autres se refusaient d’aborder. Le roi le laissait faire jusqu’à une certaine limite; après, il lui coupait la tête. Aujourd’hui, on coupe le micro. En la matière, j’ai été exposé. Oui, je revendique ce rôle de bouffon parce que c’est un métier difficile, passionnant; la scène est un espace d’expression unique en son genre.

Est-il exact qu’avec Foxtrot, vous recentriez votre expression autour de l’humour pur, en laissant de côté la provocation pure?

Oui… peut-être… Il y avait le spectacle Mahmoud qui a pu apparaître plus provocant. Moi, je ne le ressens pas comme ça. En tout cas, le sujet de la danse est plus accessible ou plus acceptable pour certaines élites qui contrôlent la pensée dans notre pays. Je parlais, bien sûr, de Mahmoud Ahmadinejad qui, de par son action, sa politique, sa personnalité, est plus dérangeant que le foxtrot. Un moment, je parle des extra-terrestres, de l’Afrique, de la danse; c’est certain, il s’agit d’un spectacle qui pose moins de problèmes.

Le 17 mai prochain, vous vous produirez au Zénith d’Amiens. Vous avez déjà joué dans cette ville. Comment cela s’était-il passé? Vous la connaissez un peu?

On avait joué dans une salle; des gens issus des quartiers nous avaient invités. C’était très agréable car il s’agissait de visiter la ville avec des gens qui sont concernés. On en apprend beaucoup plus que lorsqu’on vient comme ça, en touriste. Cette année, c’est par un autre intermédiaire puisque c’est une société de production qui nous a demandé de venir. J’avais visité la ville. La prestation était formidable. Il y avait eu des émeutes peu de temps avant à Amiens Nord; on avait rencontré le gens. Il y avait un retentissement national. Je me souviens qu’Amiens était sous les feux des projecteurs des médias. On avait mangé dans les quartiers dans un petit restaurant.

Par le passé, vos prestations ont suscité des polémiques, des réactions, des problèmes, voire des interdictions. A Amiens, à l’époque, ça s’était bien passé? Et cette fois-ci, il n’y a pas eu de problèmes pour que vous puissiez vous produire au Zénith?

En fait, les problèmes avaient commencé à la suite d’un sketch que j’avais fait dans une émission de Marc-Olivier Fogiel, en direct sur France 3. C’était une des seules émissions en direct; mon sketch critiquait un peu la politique israélienne. Ca avait provoqué une certaine polémique; tout est parti à ce moment-là. Les politiques s’en sont mêlés; interventions jusqu’au président de la République qui s’est senti obligé de commenter ce sketch. De Sarkozy à Hollande qui demandait aux gens de ne pas aller voir mon spectacle. Derrière, l’occasion pour tout un tas de gens qui font de la politique localement qui se sont sentis obligés d’apporter leurs soutiens… Je suis devenu un instrument pour plaire à certains lobbies qui peuvent avoir de l’influence. Il y a eut un tournant charnière : le procès de la ville de La Rochelle. Il y eut aussi la décision du Conseil d’Etat. Jusqu’à ce qu’une ville soit condamnée à me verser 40 000 euros. A partir de cet instant, il y a avait jurisprudence et tout s’est calmé. Les villes qui voulaient interdire mes spectacles prenaient le risque de se faire condamner.

Comment expliquez-vous toutes ces polémiques autour de vos spectacles?

En d’autres temps, d’autres artistes (peut-être pas à mon niveau car je dois avouer que je suis fier d’avoir porté mon humour à ce degré d’infréquentabilité) comme Coluche, Desproges, avaient déplu. Si l’on remonte dans l’histoire du théâtre, il y avait aussi Molière qui avait été chassé de la cour. J’ai la sensation d’être dans la tradition de l’histoire de l’humour.

Ce côté infréquentable ne vous dérange pas?

Je suis infréquentable par rapport à certains milieux. Ca fait maintenant plus de 25 ans que je fais ce métier et plus de dix ans que je suis rentré dans cette catégorie des infréquentables. Je suis infréquentable par rapport à des gens qui avaient du pouvoir, qui n’en ont plus. D’autres sont en prison. Aujourd’hui, les choses évoluent très vite : ceux qui me montrent du doigt, deviennent, eux aussi, très vite infréquentables, sont condamnés. Moi, je reste concentré sur ce que je sais faire : faire rire les gens. Et je pense que dans ma catégorie et dans mon style… Il y a des jeunes qui arrivent et qui commencent à déranger plus que les autres. Tant mieux. Surtout en temps de crise, c’est une soupape indispensable que de pouvoir rire. Quand les gens rient, ou sourient, ils ont moins envie de rentrer dans des conflits plus violents. Je pense que le rire contribue à apaiser les choses.

Certains vous reprochent d’être antisémite; vous répondez que vous êtes anti-sioniste. Vous venez de l’ultra-gauche. Pourriez-vous expliquer le cheminement de votre pensée?

J’ai commencé sur le chemin de l’antiracisme, anti-Front national, notamment à Dreux. Ensuite, je me suis rendu compte de l’instrumentalisation de l’antiracisme à des fins politique était quelque chose d’étrange. Je pense que j’ai été un peu manipulé. Se battre contre le racisme, c’est ouvrir le dialogue et de discuter avec ceux qui font peur. Aujourd’hui, j’ai rencontré les gens qui étaient montré du doigt et considérés comme des racistes. Il y en a, c’est vrai. D’autres sont des protectionnistes; ils pensent que la société française ne doit pas évoluer vers le métissage. D’autres sont nationalistes. En ce qui concerne ma génération, les racistes venaient plutôt de l’extrême droite. En réalité, le racisme, c’est beaucoup plus compliqué que ça. J’ai rencontré Jean-Marie Le Pen; il n’est pas plus raciste que les gens qui sont au gouvernement. Je dirais même qu’il l’est un peu moins car autour de lui règne plutôt l’esprit de la nationalité française. Je n’ai jamais partagé le courant de pensé du Front national. En revanche, la diabolisation de Jean-Marie Le Pen a servi d’instrumentalisation… Il n’était pas plus raciste que Jacques Chirac qui a mené une politique en Afrique digne de la politique des pires années. Sarkozy, c’était encore pire. Le racisme, on ne peut pas mieux l’illustrer que le discours de Sarkozy à Dakar. L’argent… Comme l’Afrique est un continent qui regorge de matières premières (c’est un continent extrêmement riche potentiellement)… pour moi, il n’y a pas plus racistes que les gens de l’UMP et du PS. Aujourd’hui, je suis plutôt étiqueté comme venant de l’extrême gauche.

De l’ultra-gauche plutôt.

Oui, de l’ultra-gauche. Je préfère les extrêmes car ils n’ont jamais été au pouvoir. Les gens qui crient, qui beuglent, feront certainement la même chose le jour où ils seront au pouvoir. Au moins, ils ont cette qualité, c’est de ne pas être dans les réseaux de pouvoirs. L’UMP et le PS, non… je préfère tout sauf ces partis-là.

C’est la pensée unique qui vous dérange?

Oui, et je pense que l’exercice de la démocratie ce serait qu’il y ait une vraie discussion à l’Assemblée nationale et que cette assemblée soit composée de gens d’extrême gauche et de gens d’extrême droite. Au moins, on aurait un vrai débat; on aurait des acquits, et on aurait une vraie discussion autour de cela. Quelle majorité? J’ai plutôt une sensibilité de gauche, mais qu’est-ce que ça veut dire la gauche? La gauche n’a rien à voir avec le Parti socialiste qui est un parti du centre comme l’UMP; en fait, c’est un parti de pouvoir. Ce sont des réseaux. On le voit avec ce qu’il vient de se passer avec l’affaire Cahuzac; on voit toute l’hypocrisie du système. Je ne veux pas crier avec la meute contre Monsieur Cahuzac qui n’est que le fusible d’un système. La question, ce n’est pas savoir qui a un compte en Suisse; la question c’est de savoir qui n’en a pas. C’est ça la réalité des choses. 90% des Français qui seraient dans leur situation auraient un compte en Suisse. C’est une hypocrisie de dire le contraire. Personnellement, c’est peut-être le fait de ne pas en avoir qui me rend assez léger sur la question. Je ne vois pas en quoi c’est devenu le tournant politique. Je crois qu’il y a vraiment une volonté politique avec cette crise de créer en chaos en France. Le chaos va servir à créer une situation irréversible qui va entraîner le pays dans une récession (une guerre, je ne sais pas…), et la croissance reviendra avec la reconstruction de cette société, de ce système sur des bases nouvelles avec cette même bipolarité, peut-être pas droite-gauche… Je pense que ce système ne peut retrouver la croissance qu’en passant par une remise à zéro de tout. La guerre a toujours été le seul moyen… Je ne la souhaite pas évidemment, mais je constate que tout est fait pour que la France connaisse un déchirement total entre chrétiens et musulmans, et ça c’est dramatique. Je suis persuadé qu’il s’agit bien de la même religion au départ et que chacun à son interprétation des choses et qu’il y a une volonté de division. Ils ont envie de montrer que l’islam est une religion archaïque, d’un autre temps, ce qui est complètement absurde. L’islam est une religion qui rassemble de plus en plus de monde sur terre et l’histoire de la chrétienté, c’est de s’inscrire dans cette continuité. Moi, j’ai grandi dans la lumière de Jésus (c’est comme ça qu’on appelait ça chez moi…).

Vous êtes croyant?

Oui… Au départ, je suis passé par tous les états de cette croyance. On m’a montré du doigt la religion dans laquelle j’étais né comme archaïque.

Dans quelle religion avez-vous été élevé?

La chrétienté. On me disait que ce n’était pas bien. Dans le milieu artistique, c’était quelque chose de très négatif. Et puis j’ai fait un spectacle Rendez-nous Jésus; je me suis rendu compte que la laïcité était une nouvelle religion. On parle de morale laïque, de valeurs laïques. Je m’interroge là-dessus. Et la vie passant, on est amené à s’interroger; il y a de grands moments, de grands tournants dans l’existence. Des décès, la mort de mon père; il a fallu l’enterrer au niveau religieux. Benoît XVI m’a redonné un peu confiance dans la religion catholique, par sa démission. Je pensais que c’était bien pour tous les Chrétiens de rendre Jésus vivant. Je pense que je suis croyant, mais selon moi, tout le monde est croyant. Même l’athée est croyant; il croit en quelque chose. C’est dommage de laisser Jésus aux marchands du temps. Je trouve ça ridicule.

Certains vous reprochent d’être antisémite; vous répondez que vous êtes anti-sioniste. Etes-vous antisémite?

Non. La meilleure réponse que je puisse fournir est que je n’ai pas le temps. Car c’est un travail à temps complet. Je n’ai pas du tout le temps pour ce genre de facétie.

Vous avez fait venir Faurisson sur scène. Pourquoi?

Je ne connaissais pas très bien Faurisson. Et tous ces sujets sur le révisionnisme m’étaient très étrangers.

Mais vous le connaissiez?

Pas du tout. J’ai appris que c’était la personne la plus infréquentable. On m’a dit que si j’invitais Faurisson sur scène, j’étais mort, j’étais grillé. C’est ça qui m’a plu chez lui. Et, après avoir appris sa contestation des chambres à gaz, j’ai appris qu’il contestait le fait que Gorée était l’endroit d’où était parti l’esclavage. Or, je m’apprêtais à faire mon voyage à Gorée comme tous les afro-descendants… Et j’ai trouvé intéressant sa façon de voir les choses : imaginer que des gens noirs du monde entier viennent se recueillir à un endroit qui, finalement, n’était pas cet endroit-là. D’ailleurs, il m’a convaincu en partie qu’il était plus pratique de réaliser cette opération de déportation de la côte. Je me suis renseigné un peu, et j’ai vu qu’au Bénin, notamment, il y avait un port où beaucoup de choses se sont réalisées aussi. Peut-être que des gens ont été déportés de Gorée, c’est fort possible. Mais cette cathédrale de la souffrance noire qui est érigée à Gorée n’est peut-être pas le seule endroit. En tout cas, ça a ouvert une porte. Je l’avais rencontré par rapport à ça. Et très vite, je me suis aperçu que son travail portait également sur la dernière mondiale, notamment sur les camps de concentration, qui lui avait attiré tous ces problèmes. Son histoire de Gorée tout le monde s’en fout car la plupart des élites, notamment ceux qui réalisent les manuels scolaires, n’en ont rien à faire de cette période-là. Selon lui, la souffrance de la dernière guerre mondiale, c’est comme s’il n’y avait jamais eu de souffrance avant et qu’il n’y en aura jamais après… Et j’ai su ça au même moment que je l’ai invité sur scène pour lui remettre le prix de l’Infréquentabilité. Après on a discuté; il m’a fait part de sa vision, notamment par rapport aux chambres à gaz. Je ne serai pas la bonne personne pour en parler car c’est un sujet que je ne maîtrise absolument pas. Je suis très perplexe de cette loi Gayssot qui interdit à tout citoyen français à contester la réalité des chambres à gaz. Par contre, vous pouvez tout à fait contester d’autres génocides; par exemple dire qu’il n’y a pas eu Gorée, ou dire que les esclaves ce sont des Noirs qui se sont vendus eux-mêmes. Vous pouvez tout dire; et vous n’aurez pas de problème avec la justice. Faurisson m’a appris ça; moi, c’était son infréquentabilité qui m’avait séduit. Aujourd’hui, c’est devenu quelqu’un que j’apprécie beaucoup; je pense que c’est quelqu’un qui a recul sur lui-même, qui arrive à rire. C’est tout ce qui m’intéresse. Après, toutes ses théories qu’il développe, il faudrait qu’il puisse en parler librement. Je ne trouve pas normal que Faurisson ne puisse pas s’exprimer.

Vous êtes allé à Auschwitz. Vous avez pu constater que les chambres à gaz avaient bien existé.

Oui, je suis allé à Auschwitz. J’ai constaté que c’était un camp de concentration, une prison à ciel ouvert avec de grands barbelées, des baraquements en bois.

Dans l’un des clips (qui concerne Timsit), vous avez mis des images de corps poussés par des bulldozers.

C’est-à-dire que moi j’y suis allé… je peux dire que… après c’est toujours le poids des mots. C’était la guerre. C’est sûr que ce qui s’est passé là était particulièrement insupportable mais ce n’était pas unique.

Il y avait tout même une industrialisation de la mort inégalée.

Ca, c’est l’argument. On prétend que c’était la première fois qu’il y avait une méthode systématique, organisée, industrielle. Non, ce n’était pas la première fois. Il y avait eu les Indiens, les Noirs d’Afrique, les aborigènes, et puis en Amérique, il y a eu des massacres. Je dirais que Faurisson s’est concentré sur les chambres à gaz. Quand on dit qu’il est négationniste, je ne pense pas qu’il nie l’existence de ces camps. Je ne peux pas nier que ça a existé. Lui ce qu’il nie c’est l’existence des chambres à gaz. Moi, j’y suis allé, et j’ai visité une chambre à gaz. Il y a en une, mais elle a été reconstruite soit disant à l’identique; Faurisson prétend que…

Mais il y a tous les journalistes qui sont arrivés sur place dans les camps à la fin de la guerre…

Vous y êtes allé?

Non.

C’est dommage…

Mais il y a eu des témoignages, des images. Je ne porte pas Faurisson dans mon coeur.

Vous ne le connaissez pas; c’est dommage. Personne ne connaît réellement Faurisson; c’est dommage. Ce qui me plaît chez lui c’est qu’à 84 ans, il a une vivacité d’esprit et de l’humour sur lui-même que j’ai rarement vu. Tout le monde se dit que c’est un nazi. Il a été dans la France antinazie. Il était contre les Allemands. De plus il est d’origine écossaise. Il avait eu des ennuis car il avait écrit « Mort à Laval! ». Or, en tant que journaliste, si vous décidiez de faire un entretien avec Faurisson pour voir ce qu’il pense, vous ne pourriez pas car il y a une loi.

C’est vrai que c’est dommage. Comme il serait dommage de ne pas pouvoir lire Céline, magnifique écrivain de Voyage au bout de la Nuit, mais aussi, par ailleurs, auteur de pamphlets antisémites insupportables.

C’est exact. Céline a écrit des choses sur les Noirs que je ne supporte pas. Il n’empêche que c’est un grand écrivain. Mais la politique de de Gaulle en Afrique est une politique raciste. On a promis aux Africains qui sont venus se battre pour la France tout un tas de choses qui, finalement, ils n’ont pas eues. Les bataillons africains étaient ceux qui étaient en première ligne. On ne leur a rien donné. De Gaulle est venu au Cameroun pendant la guerre comme un clochard. Il est remonté; il a organisé toute la révolte. Et les Africains n’ont jamais rien eu. L’indépendance, c’était une indépendance de façade qui était plus profitable que de donner la nationalité française à tous ces Africains… C’est dommage. C’est pour ça, pour moi qui suis Français d’origine africaine, le racisme ne me dérange pas. Je sais qu’il y a des gens qui ont peur des Noirs car ils ne les connaissent pas et que la vie les a mis à l’écart de cette réalité. En face de Noirs, d’Arabe, de Chinois… ils sont choqués. Une fois qu’ils parviennent à parler ensemble, ils parviennent à s’entendre. Le racisme est quelque chose qui n’est pas grave en soi. C’est l’Histoire… On a déporté des Africains à la place des Indiens car on ne le connaissait pas; on les considérait comme des animaux. Il a fallu des siècles pour comprendre… Tout ça traité par l’humour, c’est vraiment passionnant.

Et votre chanson « Chaud ananas » ?

C’est une parodie effectivement. Cette chanson est née… C’était la première fois qu’un artiste était inquiété pour un sketch que j’avais fait chez Marc-Olivier Fogiel. C’était la première fois depuis Molière qu’un artiste était condamné pour quelque chose qu’il avait réalisé sur scène. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse un acte de réparation. Comme j’avais été accusé d’incitation à la haine, je me suis dit : « Je vais faire une petite chanson légère. » Je vais reprendre l’ananas, un fruit exotique cultivé au Cameroun. J’en ai fait une chanson. Il n’y a absolument rien dans cette chanson… J’ai été condamné. Pourtant c’était « Chaud ananas ». Après, celui qui veut m’attaquer l’orthographie comme il le veut. Pour moi, c’était la seule réponse qu’un humoriste puisse donner à l’autorité morale de ce pays qui, tout d’un coup, vous explique qu’on ne peut pas rire de « Chaud ananas ». Alors, comment se fait-il qu’Annie Cordy faisait « Chaud chocolat »? Elle était habillée en négresse avec de grosses babines, dans une tasse à café. Ca, ça ne choquait pas… Comment se fait-il que Michel Leeb se grattait sous les aisselles et disait : « Ce sont mes narines, c’est pas mes lunettes. » Où commence et où se termine la liberté d’expression?

Pensez-vous que la personne qui, il y a quelque temps, voulait faire interdire Tintin au Congo - car les Noirs y étaient moqués – avait raison?

Non; je suis pour la liberté d’expression, le problème c’est qu’il faut interdire Tintin au Congo car on interdit. Il faut, dans ce cas, tout interdire. Il faut interdire tout le monde… tous ces gens qui attisent la haine. La haine est une notion subjective; on peut ressentir de la haine en écoutant Jean-Jacques Goldman. Ou Johnny Hallyday. Ce n’est pas moi qui le dit, mais certaines personnes disent : « Johnny, il est con. Ah que! Ah que!… » Moi, je m’en fous; je ne le connais pas. A partir du moment où on interdit « Chaud ananas », il faut interdire Johnny Hallyday. C’est la moindre des choses.

Expliquez-moi le concept de la quenelle.

C’est né dans un spectacle… C’est devenu une sorte de mode; tout le monde se jette dans l’exercice de la quenelle. La quenelle, il y a plusieurs définitions : on en a jusque là. (N.D.L.R. : Dieudonné fait un geste assez évocateur avec son bras.)

Serait-ce phallique?

Oui, un peu. Ca peut vouloir dire : « Je vais te glisser une quenelle dans le fion. Dans le fion du système. » Là, c’est glisser la quenelle. Et puis, il y a aujourd’hui toute une compétition de maîtres quenelliers. Certains joueurs de foot qui ont marqué un but, font la quenelle. Maintenant, la quenelle avec ce geste-là, ne m’appartient plus.

Et ça vient de où cette idée de quenelle?

C’est chez moi; je me suis dit : « Tiens, on va leur glisser une petite quenelle. » Pourtant, ma femme est du Sud-Ouest, et on ne mange pas vraiment de quenelles. C’est une expression que j’ai trouvée… La quenelle, ce n’est pas très agressif. C’est mou; ce n’est pas méchant. Ca ne peut pas provoquer de lésion. J’ai trouvé que c’était une manière assez souple, assez humoristique…

Ce n’est pas une quenelle roccosiffredienne.

Voilà. On n’est pas dans un truc abrasif; on est dans un truc plutôt décontracté. C’est encore plus décontracté que le suppositoire. Pour peu qu’il y ait une petite sauce écrevisse avec…

Où en sont vos relations avec Marine Le Pen?

Je n’ai jamais eu de relations avec Marine Le Pen. Elle a dit que je n’étais pas sa tasse de thé. Je pense que Marine Le Pen a une vie politique, une entreprise politique et elle gère sa boutique.

Et avec Jean-Marie Le Pen?

Jean-Marie Le Pen, c’est un personnage assez infréquentable… Moi, je me suis battu contre lui pendant des années, et j’ai eu, après, l’occasion de le rencontrer. C’est devenu quelqu’un que j’ai plaisir à rencontrer. On a une relation amicale maintenant.

Partageriez-vous ses idées?

Non. Je n’ai jamais soutenu son parti. Mais c’est l’homme qui, à mon avis, a marqué vraiment l’Histoire. Il a été un épouvantail dans le champ de la politique. Et c’est intéressant car, finalement, il a tenu son rôle. Il a rendu service aux gens de pouvoir. Mitterrand en avait besoin pour gagner des triangulaires.

Mitterrand, ainsi, est parvenu à quasiment liquider le Parti communiste.

C’est ça… Jean-Marie Le Pen en a profité en tant de gérant de PME de la politique. J’espère qu’il aura l’occasion, un jour, de s’exprimer réellement sur son parcours, sur sa vie. C’est quelqu’un d’intéressant à écouter. Il est très différent de ce que les médias disent de lui.

Aimez-vous la littérature? Lisez-vous beaucoup?

Oui, mais j’ai de moins en moins le temps de lire.

Citez-nous quelques écrivains que vous aimez?

Evidemment Céline. Marc-Edouard Nabe a beaucoup de talent. Alain Soral. J’aime aussi la littérature orientale, libanaise par exemple. Les vieux classiques. J’aime bien les auteurs antillais. J’ai eu la chance d’en rencontrer beaucoup car j’ai eu la chance de faire partie du jury d’un prix littéraire d’Outre-Mer. J’aime

Dieudonné, dans son théâtre, à Paris.

Chamoiseau, Fanon, Césaire… J’aime aussi Garaudy.

Garaudy qui était très apprécié par l’ultra-gauche…

Oui, j’étais tout à fait dans ce mouvement. J’appréciais ses positions sur la Palestine, sur l’Afrique du Sud. Et moi qui suis un homme de théâtre, je lis tous les classiques. J’aime également beaucoup Audiard. J’aime sa poésie urbaine; c’est extraordinaire! J’ai également eu la chance d’être très copain avec Claude Nougaro. Personnellement, je n’ai pas le temps d’écrire; j’écris des spectacles mais ce n’est pas pareil. Une fois que j’ai écrit mon spectacle, j’ai un an pour le peaufiner. Alors que livrer une oeuvre, comme ça, je ne l’ai jamais fait. J’ai beaucoup d’admiration pour le travail des auteurs. Je me dis : quel boulot ! Nous, on défend notre texte; on l’a au bout de la 300e représentation. On a gommé toutes les aspérités; on tient quelque chose d’une efficacité redoutable; alors qu’un texte… L’écriture, c’est un vecteur de la pensée qui est le plus accessible, le plus facile à réaliser. Pour un créateur. Monter un spectacle, monter sur scène, ce n’est pas évident; c’est plus compliqué. J’aime bien la poésie, aussi.

Quels sont les poètes que vous appréciez?

Les poètes orientaux. Plus jeune, j’aimais Rimbaud. J’adore la musique (ma mère aimait beaucoup la musique). Ferré, c’était puissant… C’est dommage car la poésie n’a pas de réalité économique dans le monde du spectacle. A la télé, ça ne marcherait pas. Pourtant, on l’a étudiée à l’école; on y a été sensibilisés.

La poésie revient un peu grâce au slam et le rap.

Je suis d’accord. Il y a des trucs extraordinaires. En trois ou quatre minutes, on nous entraîne dans un autre univers. Moi, j’ai choisi le rire pour m’exprimer. En cette période de crise, on sent que c’est très important. Les gens ont une relation au rire qui a vraiment évolué. Après guerre, on rigolait en mangeant dans les cabarets… Et là, les gens ont besoin de rire pour évacuer un stress, une pression… On le voit avec le succès des spectacles humoristiques en France. Ces spectacles ont dépassé ceux des chanteurs. Tant mieux pour ceux qui, comme moi, croient au rire. On peut avoir dans une période comme la nôtre, la responsabilité d’apaiser les choses. Des les exciter, je ne pense pas; on ne part faire la guerre en riant. Certains prétendent que mon humour pourrait énerver… non… je ne le pense pas. Si vous venez voir le spectacle, vous verrez que ce n’est pas du tout le cas. Il n’y a jamais eu de bagarres…

Comment définiriez-vous votre public?

Ce n’est pas à moi d’en parler; il faut le voir. Il est de toutes origines. C’est drôle d’avoir dans une même salle des femmes voilées à côté de gens avec des croix, des gens d’un certain âge… il y a de tout…

Revendiquez-vous toujours une certain laïcité républicaine?

Le rêve de la laïcité, de la république, évidemment, j’ai grandi avec. Il fait partie de mon histoire, ce rêve. Mais qu’est-ce qu’il a donné? La moitié de ma famille est africaine. Qu’est-ce qu’a fait la République dans les territoire d’Afrique qui étaient contrôlés par les Lumières? Croyez-moi bien que les Lumières ne brillaient pas fort en Afrique.

Il y avait aussi des gens comme Victor Schœlcher.

Schœlcher récupère sur son nom seul… C’est un peu comme de Klerk et Mandela. Schœlcher, il n’a pas arrêté l’esclavage à lui tout seul. Ce sont les esclaves qui se sont libérés par eux-mêmes qui se sont affranchis. Par exemple à Nantes, il y a une place Schœlcher.

Vous pensez que c’est excessif?

Non, mais il n’y a même pas une impasse Toussaint-Louverture. Or, le héros noir de la traite nègrière, c’est lui. C’est lui qui est né esclave et qui va libérer Haïti. C’est très compliqué. C’est comme si on disait, en France, qu’on allait prendre un Allemand pour parler de la Résistance. Il y avait de bons Allemands, même des très bons.

Les premiers Résistants étaient des Allemands.

L’abolition de l’esclavagisme est avant tout dû à la volonté des Noirs. S’ils avaient voulu rester esclaves, il n’y aurait pas eu beaucoup de résistance. Mais comme toujours, les bénéfices de ces combats sont revenus à un Blanc franc-maçon. Ceci dit, la franc-maçonnerie doit porter des valeurs tout à fait intéressantes. Schœlcher avait fondé, au départ,une sorte de club de réflexion philosophique. Et, avec le temps, c’est devenu un organe de pouvoir. Comme toute religion car la franc-maçonnerie est une religion au sens latin du terme. Le pouvoir corrompt tout, toute organisation.

Vous avez en vous un côté très libertaire.

Oui, oui. On peut difficilement me classer. Je trouve que le classement n’est pas possible quand on est un artiste. Et pour moi, musulman et chrétien, c’est la même chose… Je le pense sincèrement. Je me considère comme un islamo-chrétien.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

Share

Un autorail vers l’inconnu ou le monde cheminot perdu

Benoît Rivillon, comédien et écrivain, originaire d'Amiens, évoque le village de la Somme Outrebois.  «J’ai vécu au Pigeonnier. J’ai donc vécu à la verticale. Or, dans les villages, on vit à l’horizontale. La verticalité sépare les gens.» C’est Benoît Rivillon qui dit cela; c’est juste, simple et beau. Comment et quand ai-je fait la connaissance de Benoît Rivillon? Je ne me souviens plus. Par Facebook peut-être. Certainement, même. Je crois que ça lui avait fait plaisir que dans l’une de mes chroniques, je parle de gens de milieu modeste, et du Parti communiste. Benoît Rivillon, 43 ans, est né à Lille mais il a vécu son enfance et son adolescence à Amiens (école de l’avenue de la Paix, collège César-Franck). Formé à l’École nationale supérieure d’art dramatique de la Comédie de Saint-Étienne, il est devenu comédien. Aujourd’hui, il prête souvent sa voix à des documentaires qui passent à la télévision. Il vient aussi de sortir un premier livre, Autrefois Outrebois (Mon petit éditeur, 55 pages, 11 euros), un récit qui ressemble à un roman. Ou l’inverse. Écrit avec délicatesse, douceur et pudeur, ce court opus a pour décor le village d’Outrebois, dans la Somme, où il a vécu, enfant. «Ce livre m’a permis d’évoquer ce à quoi j’étais sensible: le monde paysan perdu.» Il a écrit l’histoire d’un dessin animé (un éléphant qui trouve de l’eau) qui devrait être réalisé sous peu, et travaille à la rédaction d’un polar. Quand je ne rencontre pas les écrivains, je vais au cinéma. Au Gaumont, j’ai vu La Cage dorée, de Ruben Alves avec notamment Joaquim de Almeida et Roland Giraud. Il s’agit d’une comédie plus profonde qu’elle n’en a l’air. L’univers d’une communauté portugaise de France est bien rendu. Maria et José Ribeiro vivent depuis trente ans dans un immeuble haussmanien de Paris. Elle est un concierge exemplaire; il est un chef de chantier remarquable. Ils sont devenus indispensables à leur entourage. Intégration parfaite. Jusqu’au jour où, à cause d’un héritage inattendu, leur vie bascule.J’ai été ému par ce film et j’ai repensé à mon ex-beau-père, d’origine portugaise qui adore la France; il est presque aussi ternois que moi. Tergnier, j’y suis justement retourné, il y a peu, pour un animer un atelier d’écriture à la médiathèque construite dans les locaux du buffet de la gare. En arrivant, j’avais envie de commander un demi de Stella Artois, comme au bon vieux temps. Je me suis contenté de regarder, à travers les vitres, un autorail qui partait vers l’inconnu.

Dimanche 5 mai 2013

Share

Jean-Louis Murat : « Si la modernité consiste à créer de la misère, arrêtons d’être modernes »

 

 

Jean-Louis Murat sur la pochette de son dernier album "Toboggan".

Il donnera un concert à la Maison de la culture d’Amiens, le jeudi 16 mai, à 20h30. Et il vient de sortir un excellent album « Toboggan ». Rencontre à Paris.

Il est dit que vous détestez vous répéter. Qu’avez-vous souhaité apporter de nouveau avec Toboggan, votre nouvel album?

Plus de chansons, plus d’ambiances méditatives. La formule rock coupe la méditation et l’herbe sous le pied de la rêverie. Le rock peut devenir un hachoir d’émotions. Il y avait longtemps que je n’avais pas enregistré un disque seul. Je n’ai pas procédé à une recherche bébête de l’énergie, ni de l’efficacité. Il faut tout penser post-rock. Après les machines, quelque chose comme une BO de la crise. Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression d’entendre la musique des traders.

Cet album est doux et calme. Etait-ce la couleur que vous souhaitiez lui donner?

Avec l’âge, je ressens le triangle de la forme… La forme faisant usage de fond, si on veut changer le fond, il faut changer la forme… Moi, j’écris à la plume, avec de l’encre et un buvard. C’est très moderne de ne pas avoir de portable et d’écrire à la plume. Si la modernité consiste à créer de la misère, arrêtons d’être modernes.

J‘ai lu que vous aviez fait le choix entre une quarantaine de morceaux. Vous composez très vite et beaucoup. Dans quelles conditions ce disque a-t-il été écrit? Où? Avec qui?

C’est habituel chez moi. McCartney composait et apportait de très nombreux morceaux. Le studio, c’est trop cher; c’est un lieu d’enregistrement. Pas de composition. J’aime enregistrer en une prise.

On dit que vous êtes un homme de contrastes. Insaisissable. Qu’en pensez-vous? Et pourquoi?

Cela me paraît bien naturel. Je procède en musique comme je fais avec les couleurs en peinture. J’utilise les couleurs primaires. Pas de couleurs secondaires, ni de couleurs tertiaires. Ma terre, l’Auvergne, est celle des contrastes : dans les basiliques, le soleil jaune sur la pierre volcanique noire… Ca forge un caractère et une sensibilité. Il faut les deux. Je suis assez contradictoire au quotidien. Je n’ai jamais voulu privilégier une façon d’être. Je suis à la fois tendre et très violent depuis l’enfance. J’essaie de faire au mieux avec ça. Faire des disques, ça me discipline…

Comment s’est passé la rupture avec Universal? Et votre venue chez Pias, label belge à l’origine?

En fait, il n’y a pas eu de rupture à proprement parler, mais bien un accord. Pour mon anniversaire, j’ai reçu un cadeau du responsable de chez Polydor. Il me confiait qu’il était fan et m’a souhaité le meilleur pour l’avenir. C’était un peu un hasard si je m’étais retrouvé chez Universal; c’est parce qu’ils avaient racheté V2. Pias sont venus me voir en Auvergne. J’ai fait un disque un peu plus détendu. Travailler avec des labels indépendants, c’est dans ma nature; ça me va bien. Ca correspond à l’image que les gens voudraient que j’aie. Dans la loge, récemment; j’ai vu tous mes anciens patrons (ceux de V2, de Virgin, de Polydor, etc.) Ils se sont tous retrouvés dans la loge. (Rires.) Ma réputation de mauvais coucheur est un peu idiote.

On lit dans votre biographie que si vous n’étiez pas devenu artiste, vous seriez devenu malfaiteur. Auriez-vous des prédispositions ou un goût pour cette dernière activité ?

Avant de faire des disques, je n’avais pas de limites. C’est une réalité. Je n’avais pas envie de m’intégrer. J’étais incapable de penser que j’aurais pu devenir un jour salarié et avoir un patron. Très jeune, j’ai ressenti cela. Aujourd’hui, je suis grand-père… N’empêche : quand on voit Bob Dylan, Keith Richards, Verlaine… on comprend que ce qui est le plus proche de la fonction d’artiste, c’est celle de malfaiteur. Si les artistes ne peuvent pas exercer leur activité d’artistes, ce n’est pas bon. Il ne faut pas les contrarier. Regardez Mao, Hitler, Staline… ce sont tous des artistes ratés. Il ne faut pas couper l’herbe sous le pied des artistes; on ne transforme pas les loups en agneaux. Je refuse de tout penser comme un agneau. Un loup qui pense comme un agneau est mort.

Vous avez besoin du Massif central, de La Bourboule. Qu’est-ce que ces lieux vous apportent? Comment y vivez-vous? Qu’y faites-vous?

J’habite à cinq kilomètres de La Bourboule, dans une vieille ferme construite par un grand-oncle. J’ai refait le lien paysan. Je suis un pur produit de la paysannerie. Mes parents étaient devenus modernes; ils ont habité en ville. Le lien avait été rompu. Je voulais refaire le lien. Mon retour en Auvergne a été pour moi une façon de me refaire des racines. J’étais perdu; je ne savais plus où j’en étais. Il ne faut pas plaisanter avec ça. On ne peut pas avoir des individus hors sol.

Comment avez-vous écrit cette magnifique chanson qu’est « Mont sans-Soucis »?

Mon épouse s’en souvient encore. Et en descendant le col de la Ventouse, j’ai dit à ma femme : « Excuse-moi, il faut que je m’arrête. » J’ai pris un papier, un crayon. J’ai écrit le texte en un quart d’heure. Ca m’est venu en conduisant ma voiture.

Kevin Ayers, ex-Soft Machine, vient de décéder. Le connaissiez-vous? Parlez-moi de votre amitié avec un autre ex-Soft Machine : Robert Wyatt.

J’avais vu Kevin Ayers en concert à la fac de Clermont, dans les années soixante-dix. J’aime beaucoup cette époque. (NDLR : il cite Kevin Coyne, Procol Harum, etc.) Robert Wyatt écoute ce que je fais. Au cours d’une interview accordée à un magazine américain, il m’avait classé numéro un de ses préférences. Ce qui me touche chez lui, c’est ce côté ange paralysé. Sa voix est angélique. Il vit comme un pauvre; il me sert d’exemple. Et sa confiance me donne de la force

Vous aimez lire; quels sont vos auteurs de chevet?

J’ai lu tout Proust, tout Nietzsche, tout Camus; j’ai repris la lecture de La Recherche du temps perdu. En ce moment, je lis beaucoup sur la Grèce antique. (Dans mon cartable, j’ai un livre de Jean-Pierre Vernant. Lire toute l’oeuvre de Jean-Pierre Vernant, ça me paraît très intéressant.) Je suis en train de lire le dernier Philip Roth.

Et les écrivains d’Auvergne, vous les lisez?

Je vous recommande Marie-Hélène Lafon; c’est très très bien. Elle écrit sur le monde paysan; elle est professeur à la Sorbonne, mais elle est du Cantal. Je retrouve tout. J’ai lu tout Marie-Hélène Lafon; j’ai connu tout ça parfaitement. C’est comme si je l’avais écrit moi-même.

Et Vialatte, vous avez lu?

Bien sûr. Je l’ai lu grâce à mon grand-père. Les chroniques de Vialatte dans La Montagne. Je n’y comprenais rien, mais c’est le style qui me plaisait; je trouvais ça admirable.

Et Blondin qui vivait dans le Limousin?

Bien sûr; j’ai l’impression que j’ai toujours lu Blondin. Je le lisais dans L’Equipe.

Et Robert Giraud, un sacré écrivain, grand résistant qui combattit dans les maquis d’Auvergne au côté de Guingouin…

Oui, j’ai lu un livre de lui; je me demande s’il n’y avait pas des vaches Salers sur la couverture. Mon petit dernier s’appelle Gaspard; je l’ai appelé comme ça car c’était le nom des maquisards dans le Puy-de-Dôme. ( N.D.L.R : Émile Coulaudon, dit Colonel Gaspard, héros de la résistance en Auvergne.)

Vous jouerez le 16 mai prochain à la maison de la culture d’Amiens. Connaissez-vous déjà cette ville et la Picardie?

Quand j’y viens, je vais voir la cathédrale. La Picardie est le pays des cathédrales.

Avec quelle formation serez-vous sur scène?

Nous serons deux sur scène (dont un batteur-percussionniste et une installation avec des images; des choses que j’ai réalisées et qui seront diffusées sur trois écrans). Mon dernier disque sera la matrice de ce spectacle.

Propos recueillis

par Philippe Lacoche

Share

L’ombre d’une tante

Prix Rernaudot Essai 2012 avec « Le Dernier modèle », Franck Maubert sort un roman d’une grande qualité. « Entre Simenon et Dhôtel », selon Modiano.

Franck Maubert vient d’écrire un roman plein de charme et de poésie.

Villa close (quel beau titre! Digne de Villa triste, de Patrick Modiano) n’est pas seulement un vrai roman; c’est un grand roman. On y plonge; on y nage avec l’impression, angoissante et singulière, de s’y noyer comme dans une mare de plaisir. On en ressort fortifié et avec une immense impression de bonheur. Celui d’avoir passé un joli moment de rêverie poétique. Franck Maubert - qui s’est vu décerner le Prix Renaudot Essai 2012 pour le très beau Le Dernier modèle, éd.Mille et une nuits dont notre consœur Claudine Marillot avait rendu compte dans ces mêmes colonnes- nous invite à suivre pas à pas Julien Collardeau, journaliste gastronomique recyclé dans la nécrologie de célébrités. Il décide de se retirer à Richelieu, dans l’Indre-et-Loire, dans la maison de tante défunte dont il fut très certainement l’amant. Ici, tout est dans le «très certainement».Car, Franck Maubert, seulement, le suggère. Et par là même, il inocule à cette idée une puissance érotique rare. Comme un parfum ambré de mystère musqué. Collardeau, peu à peu, fait la connaissance de cette ville, construite par le cardinal du même nom, une ancienne ville nouvelle. Climat étrange. En effet, les faits divers s’accumulent: meurtres, assassinats, morts brutales, suicides, rumeurs douteuses… Des personnages énigmatiques rôdent: un vieux comédien élégant et bourru, un colosse, manière d’ogre sensuel à la Philippe Noiret; un libraire louche assez pervers, fou d’érotisme; un décorateur homosexuel, conducteur d’une Triumph, et dont l’amant américain a été assassiné…

Julien Collardeau mène l’enquête et tente de démêler les fils de cette touffe d’énigmes translucides comme du fil à pêche. Mais c’est aussi sur lui-même qu’il enquête sous la houlette de deux ombres tutélaires: sa tante si charmante et ce cardinal qui, un jour de1642, décida de fonder entre Poitou et Touraine «cette ville close». Il y a quelque chose de terriblement français dans ce roman qui, en ces tristes époques où tout se mondialise, fait un peu figure d’Ovni littéraire. «J’ai trouvé qu’il y avait là du Simenon, et aussi un peu d’André Dhôtel, écrivain que j’aime beaucoup…» Beau compliment.

PHILIPPE LACOCHE

«Villa close», Franck Maubert, Ecriture, 184 p.; 18,95 euros.

Share

Un dimanche Hardellet et des chaises pour la fête des mères

 

Il faisait si beau. Comment résister à l’appel de la mer? Ainsi, Lys et moi, sommes partis au Crotoy. C’était un dimanche de printemps, un peu frais, petit soleil timide; un dimanche façon André Hardellet. Il y a quelque temps, je me suis acheté une casquette de marinier. Max Lejeune en portait une. Jean-Roger Caussimon aussi. «Pourquoi pas moi?» me suis-je dit. Après tout n’ai-je pas dirigé, en des époques antédiluviennes, l’édition Picardie maritime du Courrier picard, coopérative ouvrière de production, issue de la Résistance? Je suis donc un presque marin. Le problème, c’est que j’ai l’air d’une quiche avec ma casquette de marin. J’ai un gros crâne; je suis presque un hydrocéphale (tour de tête: 62).Donc, la casquette repose haut sur ce qu’il me reste de cheveux. Je ressemble à un général serbe, ce qui n’est pas pour me déplaire car, tu le sais lectrice, j’adore nos amis Serbes, les plus francophiles de la terre et les plus antinazis, et les moins pro Teutons. Un proche a tellement ri, l’autre jour, quand il m’a vu avec ma casquette, que j’ai hésité. Je l’ai mise quand même, ma casquette de marinier, pour accompagner Lys au Crotoy, par ce beau dimanche Hardellet à la mer. Nous avons déjeuné au Restaurant du Port (24, quai Courbet; 03 22 27 04 17), excellente adresse. Beau point de vue sur la baie, au premier étage. Excellents fruits de mer et jeune serveur très sympathique. Puis nous nous sommes rendus à l’atelier galerie «Des jours et des nuits-images», 6, bis, rue de la Porte du Pont, de l’ami Jean-Michel Noirey, où mon grand copain Daniel Grardel expose 24 toiles sur le thème des belles de nuit. C’est, comme d’habitude, superbe et original. Une manière de peinture foraine, très rock’n’roll, bouillonnante de couleurs. Ses belles ont de longues jambes, des jupes au ras de la culotte; elles n’ont pas froid aux yeux, ni aux fesses. Sur place, j’ai fait la connaissance de l’excellent Alain Rose, sculpteur, cofondateur du musée de l’érotisme, boulevard de Clichy, à Paris. Un type épatant qui fabrique des chaises hérissées de phallus. Maris, la fête de mères approche. Vous ne savez pas quoi offrir? Une œuvre d’Alain Rose fera toujours plaisir à l’élue de votre cœur. C’est tout de même plus original qu’un parfum ou qu’un bijou. Merci qui? Merci marquis!

Dimanche 28 avril 2013

De gauche à droite : Alain Rose, artiste, Daniel Grardel, peintre, Annick Grardel.

Share