Les aventures cosmiques d’un marquis égaré

Nous nous rendions au cinéma le Gaumont, Lys et moi, pour y assister à la rediffusion d’un opéra, quand nous le vîmes. Il était à bicyclette, cheveux au vent, rue des Trois Cailloux, à Amiens, pédalant comme il pédale lorsqu’il joue le rôle d’un bobo branché de province, pharmacien de préférence. Justement, nous devions aller à la Maison de la culture pour y découvrir le spectacle qu’il a mis en scène: L’homme qui se hait. Le voyant arriver de loin, moi qui adore trouver des ressemblances, des sosies (j’adore aussi me voir dans la rue, lectrice, trouver en mon prochain un autre moi, et cela m’arrive assez souvent bien que doté d’un physique exceptionnel et inoubliable: un mètre quatre-vingt-huit, quatre-vingts kilos, yeux d’un bleu tragique façon outre-Rhin, peu de graisse, le nez discret, la bouche sensuelle; il faut en déduire que le Français est beau par nature, comme l’Espagnol est volubile, l’Italien gai, l’Allemand envahissant), je m’apprêtais, déconneur comme pas deux, Maurice Biraud de Picardie, à dire à Lys: «Regarde! C’est Denis Podalydès!» Je n’eus pas le temps de placer ma vanne, envahi par la stupéfaction. Car c’était lui. Lui qui pédalait comme un dératé. Il devait se rendre à la Maison de la culture. Nous le saluâmes, prouvant ainsi que nous sommes physionomistes et cinéphiles. Et nous filâmes au Gaumont. Là, nouvelle aventure: pas plus d’opéra que de banane sur la tête de M.Giscard d’Estaing. Erreur de date de notre part. Nous nous rabattîmes sur Le Stratagème de la poussette, qui s’annonçait comme une bluette française. Nouvelle surprise: nous avons passé un excellent moment. Bien interprété (Raphaël Personnaz, Charlotte Le Bon, Jérôme Commandeur et Camelia Jordana excellent), bien réalisé, ce film, frais et vif, est une réussite. Dans un tout autre genre, nous avons adoré L’homme qui se hait, d’Emmanuel Bourdieu (qui a mis sa création en scène en compagnie de Denis Podalydès). Une pièce remarquable. C’est à la fois profond, complètement cinglé, hilarant, inquiétant. Ça brocarde certains professeurs en chaire, suffisants, pleins de morgue et de certitudes, donneurs de leçons et, au fond d’eux-mêmes, mauvais comme des teignes. Les trois comédiens (Gabriel Dufay, Clara Noël et Simon Bakhouche) sont tout simplement géniaux. Un très grand spectacle.

Dimanche 20 janvier 2013.

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Le conteur Jean Mareska

Ancien critique rock à Best, biographe passionnant, écrivain, Jean Mareska passe à la fiction avec des nouvelles. Pas de frime. Juste des histoires.

 

Jean Mareska, connu comme biographe des plus grands, passe aujourd'hui avec talent à la fiction.

La nouvelle est un genre difficile; la nouvelle rock l’est encore plus. Dans ce dernier - et dans celui de la littérature dite rock en général - il y a plusieurs manières de s’y adonner. Celle qui, volontairement, se distancie de son sujet, le toise un peu de haut, prend quasiment le parti de ne pas parler de rock (Bayon, Chalumeau, Adrien, etc.).Celle qui n’y pense même pas pour évoluer - avec un beau talent et inspiration - vers là le polar énergique, là vers la littérature dite blanche, assez classique, voire la poésie pure (Patrick Eudeline, Michel Embareck, François Gorin, Pierre Mikaïloff, Jean-Luc Manet).Celle qui reste passionnée par le journalisme, la chronique, l’essai, la biographie (Philippe Manœuvre, Philippe Garnier, Francis Dordor, François Ducray, etc.). Les écrivains cités sont tous des critiques de rock ou d’anciens rock critics. Jean Mareska, un ex de la rédaction de Best, qui œuvra longtemps - et avec succès - dans des maisons de disques n’échappe pas à la règle. Lui, choisit le parti de rendre hommage à la musique qu’il aime. La musique de son cœur: le rock. Il nous donne à lire six excellentes nouvelles, écrites avec efficacité et, souvent, avec élégance. On y croise Mick Jagger (qui vient se divertir dans une boîte parisienne, créant la panique parmi le personnel de l’établissement, notamment auprès du narrateur, un DJ talentueux et très esprit seventies), Led Zeppelin (avec une intrigante affaire de magie noire autour de Jimmy Page), Neil Young (plus vrai que nature; belle trouvaille de cimetière d’Indiens au fond d’une cave!), Eagles, Grateful Dead…

Jean Mareska nous entraîne également dans une belle virée au mythique studio du Château d’Hérouville. Tout cela est bigrement bien vu, vif, amusant ou émouvant. On se sent bien dans les nouvelles Mareska car l’homme ne prend pas la pose; il n’en rajoute pas, ne frime pas. (Certains rock critics ou anciens rock critics devraient en prendre de la graine.) Il raconte des histoires, point barre. En cela, c’est un vrai écrivain. On attend maintenant un roman.

PHILIPPE LACOCHE

Contes et légendes du rock, Neil Young, Led Zeppelin, Mick Jagger et les autres…, Jean Mareska, Camion Blanc, 173p., 28 euros.

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Au nom d’Hopper, de Danquin, de Renoir et de la mélancolie

De gauche à droite : Jean-François Danquin, David, libraire, et Alexandra Oury, critique littéraire.

Lectrice convoitée, sache que, comme Roger Vailland, mon romancier préféré, j’ai mes saisons. Culturelles. Longtemps, elles furent rock’n’roll, puis Yé-Yés, puis terriblement littéraires, puis vides, puis cinéma. Ces derniers jours, elles furent résolument peinture. Je me suis rendu à la librairie Chapeau melon et piles de livres, rue des Lombards, à Amiens, pour découvrir l’adorable exposition de Jean-François Danquin. Il présentait soixante têtes d’écrivains (Vailland, Faulkner, Carver, Paul Auster, Marcel Aymé, Calvino, Hemingway, Fante, Salinger, etc.), fruit de la série Littéraire magazine, le tout sous le titre générique Littérature en revue. «J’ai peint plusieurs séries, toujours sous la forme de couverture de magazines», confie Jean-François. «Architecture magazine, Music magazine, Sexy magazine, etc.» Comme d’habitude, Danquin, c’est bien. Cours rue des Lombards, lectrice adulée! Tu ne le regretteras pas. En compagnie de Lys et dans le cadre d’un voyage organisé en car, je suis allé voir la superbe exposition d’Edward Hopper au Grand Palais, à Paris. C’est tout simplement magnifique, magique. Désespérant aussi. Il suinte des toiles de Hopper une mélancolie poisseuse, quasi autiste. Ses personnages ne se parlent pas, se regardent à peine. Ils ont les yeux hagards, perdus vers des horizons lointains; on ne sait pas ce qu’ils contemplent au juste. Une impression de vide qui vous prend aux tripes. C’est très fort. L’antithèse du rêve américain. Et quel bonheur : Hopper est obsédé par le chemin de fer. Il peint très souvent des rails. En face, au Petit palais, nous sommes allés voir les collections permanentes. Très hétéroclites, beaucoup d’impressionnistes, quelques fauves, le monde chrétien, la Renaissance. Passionnant. Je me suis amusé à noter les peintres exposés ayant un rapport avec la Picardie: Léon Bonnat (mort à Monchy-Saint-Eloi en 1922), Mary Cassat (morte à Mesnil-Théribus en 1926), Ernest-Jules Renoux (mort à Romeny-sur-Marne en 1932), Jean-Baptiste Oudry (mort à Beauvais en 1755).Les peintres se cacheraient-ils en Picardie pour y mourir? Renoir, lui, avait choisi la côte d’Azur. Suis allé voir au Gaumont d’Amiens, le film qui lui est consacré. Michel Bouquet est admirable. Et Christa Theret, ici assez agaçante, qui joue Andrée Heuschling, le petit modèle roux, a des fesses à croquer.

Dimanche 13 janvier 2013

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« Qui fut l’agresseur en Bosnie ? Berlin… »

Patrick Besson : "Dans une chasse aux sorcières, on me trouvera du côté de la sorcière, surtout si elle est bien roulée."

 C’est notamment ce qu’affirme Patrick Besson dans un essai essentiel qui démonte un par un les arguments des calomniateurs de la Serbie. Des oreilles vont siffler.

  »Je déteste l’unanimité, surtout quand c’est l’unanimité contre quelqu’un. Quand la plupart des gens disent qu’une personne est infréquentable, c’est qu’elle est fréquentable, car la plupart des gens sont infréquentables. Mathématique. Dans une chasse aux sorcières, on me trouvera du côté de la sorcière, surtout si elle est bien roulée - car elle est innocente. De ce dont on l’accuse, en tout cas.»

Voilà qui est balancé. Drôle, piquant, inattendu. Et quand on comprend ici que la sorcière qu’il évoque est la Serbie, c’est totalement justifié. Et rédempteur. Du Besson tout craché. Comme il l’explique dans la préface écrite pour l’occasion, cette réédition comprend trois textes: Contre les calomniateurs de la Serbie (titre emprunté à Pouchkine et son Contre les calomniateurs de la Russie), Belgrade 99 un reportage écrit sur place pendant les bombardements de l’OTAN (publié en extraits dans le Figaro Magazine) et Haine de la Hollande. «Nul mieux que ces pages aujourd’hui rassemblées ne saurait expliquer les positions qui, sur le conflit en ex-Yougoslavie, furent les miennes à cette époque. Je n’ai pas grand-chose à y ajouter, sinon que de tous mes livres, c’est celui qui me tient le plus à cœur. Ça doit être parce qu’il y a mon cœur dedans», avoue-t-il.

«L’esprit de vengeance»

Et d’expliquer, de façon pertinente et limpide ce qui s’est réellement passé là-bas et que les médias européens, enfumés par nos bons amis d’outre-Rhin et les États-Unis, ont toujours refusé de faire savoir. «Qui est l’agresseur en Bosnie? Berlin […] Il est sot de croire que la défaite des Allemands en 1945 ne leur a laissé que des remords», écrit-il. «L’esprit de vengeance n’est pas réservé à certaines régions reculées de Corse ou du RPR. Dans l’action décisive et meurtrière qui consistait à reconnaître unilatéralement l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie - un peu comme si la Bretagne et la Normandie, se séparant de Paris, étaient aussitôt reconnues par le Royaume-Uni ou l’Espagne, puis par le reste de la CEE -, il ne faut pas voir seulement le désir, depuis longtemps affirmé, qu’ont les Allemands de transformer la côte dalmate en une Côte d’Azur germanique, mais aussi et surtout la volonté secrète et farouche de faire expier à l’Europe cinquante ans d’occupation militaire et de honte politique.»

Il explique aussi que cette guerre fut une guerre d’écrivains «tous les protagonistes croates, serbes, bosniaques avaient eu des prétentions littéraires (à commencer par Milosevic), qu’il n’y en a pas de pire, et qu’elle s’était prolongée par des guerres d’écrivains à Saint-Germain-des-Prés», souligne l’éditeur en quatrième de couverture de l’ouvrage. Difficile d’affirmer le contraire.

PHILIPPE LACOCHE

«Contre les calomniateurs de la Serbie», Patrick Besson, Fayard, 158p.,

16 euros.

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Comme un frère d’innocence

Benoît Duteurtre et son double, Jérôme, musicien de 20 ans qui quitte Dieppe pour arriver à Paris.

 Dans ce roman subtil, Benoît Duteurtre rappelle comment les petits soldats d’une certaine gauche libertaire firent le lit d’une certaine droite libérale.

 Les livres de Benoît Duteurtre ont un charme fou. Ce mélange d’écriture douce, pastel, parfois classique, et de modernité - et d’audace - dans les sujets traités. Il est toujours là où on ne l’attend pas. C’est l’une des qualités essentielles qu’il faut posséder quand on veut devenir un bon écrivain. À nous deux, Paris! est un peu la suite de ses précédents récits assez autobiographiques (Les pieds dans l’eau et L’été 76).Son double, Jérôme, musicien de vingt ans, son frère d’innocence et, parfois, de tristesse, quitte Dieppe et monte à Paris avec la ferme intention de se faire un nom. Nous sommes en1980; c’est l’époque de la new wave, du Forum des Halles, des bars dits branchés et de la cocaïne. Jérôme a soif; il goûte à tout. Il découvre Jacno et son disque Rectangle («Il avait goûté ces rengaines mécaniques et sucrées comme une dérision de la musique commerciale.»), zone aux Bains Douches, à la Chapelle des Lombards. Il lit la revue Façade, écoute B52 et Père Ubu, apprécie les Olivensteins, manières de cousins normands, et se remplit les narines de coke. Il fait la connaissance d’une chanteuse hystérique derrière laquelle on pourrait apercevoir une ou deux artistes de cette époque (roman à clés?).Elle ne pense qu’à elle, perdue sur les sommets de son égo démesuré; elle l’utilise et le jette. Elle tentera de se rapprocher. Il prendra la fuite et ne le regrettera pas. Une vie de débauche? Il a parfois l’impression. Ses parents lui rendent visite de temps à autre. Son père, qui tente d’être moderne, lui fait d’étranges confessions sur sa vie sentimentale. Benoît Duteurtre décrit avec talent et délicatesse ce monde de noctambules où nombreux furent ceux qui y laissèrent leur santé ou leur vie. À la veille de la victoire de la gauche, en1981, c’est la montée d’un nouveau monde qu’il nous donne à voir. Un monde de modernité, d’individualisme, de libéralisme, voire d’ultralibéralisme par acteurs qui, souvent, ne se rendaient pas compte qu’ils faisaient le jeu des pouvoirs de l’argent, de communicants branchés et de la futilité festive; celle des petits soldats d’une certaine gauche dite libertaire qui fit le lit d’une certaine droite réellement libérale. On en mange encore aujourd’hui de ces années quatre-vingt bien pourries. Ce beau roman de Duteurtre nous le rappelle avec vigueur et subtilité.

PHILIPPE LACOCHE

«À nous deux, Paris!», Benoît Duteurtre, Fayard, 333 p.

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Un DVD et deux Cds pour les Rabeats

 Bel objet! Les Rabeats sortent, dans la même pochette, deux CDs live et un DVD, sous le nom de Live at the Fémina Theater, Bordeaux. Les Rabeats ne copient pas bêtement les Fab Four; ils s’approprient, investissent, habitent chansons, personnages, ambiances et concept. Résultat: «A tribute to the Beatles» pas comme les autres. Les autres, en fait, ne sont pas très nombreux à travers le monde. Grâce à de nombreux passages sur les radios et télévisions (TF1, France 2, Paris Première, LCI, Oui FM, Europe 1, etc.) et des articles enjoués dans la presse nationale et régionale («J’ai vu les Beatles!», lançait Télérama; «Les Rabeats, plus célèbres que les Beatles?» s’interrogeait Le Populaire du Centre; «Mieux qu’un juke-box, un spectacle vivant», se réjouissait Libération), les quatre Amiénois se sont forgé une belle réputation de talentueux interprètes et de bons professionnels. Le DVD et les CDs rappellent qu’ils distillent aussi un feeling à toute épreuve. Rappelons que le 11 janvier 2013, ils seront à l’Olympia. Comme leurs illustres prédécesseurs en des temps antédiluviens.

Ph.L.

The Rabeats - A tribute to the Beatles - Live at the Fémina Theater, Bordeaux.2 CDs et un DVD- Ginger Production.

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Quelques articles sur « Au fil de Creil »

Dans Le Courrier picard, bel article de Bénédicte Biot.Un article dans le JDA (à Amiens).

Dans le Démocrate de l’Aisne (à Vervins).

Quelques articles de presse sur mon recueil de nouvelles Au fil de Creil, paru au Castor astral. Ph.L.

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Jean-René Pouilly : producteur d’amitiés

Né à Vers-sur-Selle, dans la Somme, ancien Amiénois, fils d’instituteurs de gauche, ce producteur de spectacles a travaillé avec les plus grands, de Souchon à Sheller, en passant par Leprest et Guy Bedos.

 

Jean-René Pouilly, producteur de spectacles, Le Bouquet du Nord, Paris. 5 novembre 2012

Disons-le tout de go: il existe de tout dans le métier de producteurs de spectacles. Des horreurs, des goujats, des mercantiles avec des dollars à la place des pupilles, des escrocs. Et des types bien, qui travaillent à l’ancienne, pour l’amour de l’art, de la scène, de la musique, pour qui l’argent n’est qu’un outil. Pas l’essentiel. Jean-René Pouilly est de ceux-là. Né à Vers-sur-Selle, dans la Somme, le 25février1945, de parents instituteurs (son père s’occupe des grands, sa mère des petits), Jean-René participe à toutes les activités culturelles qu’ils génèrent. Car cela fait partie de leur conception de leur métier. Chaque Noël, ils créent un spectacle. Mme Pouilly écrit ses pastiches sur l’actualité du village au son des tubes du moment. «Des spectacles de chansonniers; ça faisait un carton», se remémore Jean-René. Ils montent aussi des chœurs, des saynètes, des pièces de théâtre. M. Pouilly est clarinettiste; il fait partie de la fanfare du village. Engagés à gauche, ils fondent une troupe de théâtre et un ciné-club dans le cadre de la Fédération des œuvres laïques (FOL).Jean-René garde des souvenirs merveilleux de son enfance, de la vie du village, du football qu’il pratique en tant que milieu de terrain. Une enfance rurale bercée par les Yéyés, puis par les Stones et les Beatles. Car la culture, la musique plus particulièrement, le passionne. Il suit ses parents qui sont nommés à l’école du faubourg de Hem, à Amiens. Hussard noir de la République, son père rêve que Jean-René devienne enseignant. Mais à 15 ans, il s’intéresse moins aux études, et plus aux boums, aux bistrots et aux filles. Il est plus assidu aux zincs de chez Froc et du Penalty, place de la Gare, qu’au cours de mathématiques. Il suit tout de même les cours à la cité scolaire, jusqu’en première. Il a 17 ans quand sa petite amie attend un enfant. Il se marie, travaille à la FOL, s’occupe du journal des Francs et franches camarades (les Francas), devient pion, commence à organiser des spectacles, puis œuvre pour la Maison de la culture d’Amiens. Il programme. Voit passer les plus grands du moment. Va chercher Ella Fitzgerald à la gare d’Amiens en Simca 1000, pige pour le Courrier picard comme critique de jazz. Philippe Avron, Georges Moustaki, Pierre Henry, Barbara, Nougaro… Jean-René n’a pas d’œillères; tout l’intéresse dès que la qualité est au rendez-vous. «Mais les relations avec les artistes ne duraient qu’une soirée. J’avais envie d’avoir des relations plus ancrées dans la durée.» Il reste sept ans à la Maison de la culture, puis part pour s’occuper des relations publiques de l’équipe de football de Saint-Étienne. Il faut dire qu’il avait fait partie du comité directeur de l’Amiens sporting club, et avait même mis en place les journées internationales du sport à la Maison de la culture. Après Saint-Étienne, il arrive à Lille comme secrétaire général du Théâtre populaire des Flandres (TPF), organise les 12heures du TPF avec chanteurs et pièces de théâtre.Ça dure pendant quatre ans. «Du jour au lendemain, je me suis retrouvé sans rien avec mes trois enfants.» Il crée donc sa société de management d’artistes d’abord régionaux (Marc Frimat, Claudine Régnier, Awatinas, etc.), travaille beaucoup avec les fêtes des fédérations du Parti communiste, et reprend contact avec Henri Tachan avec qui il a travaillé pendant vingt ans. Fan d’Alain Souchon, il lui écrit pour lui proposer d’organiser ses tournées. Le chanteur accepte.De1977 à1982, ils travailleront ensemble: «Un grand moment de bonheur; on s’entendait très bien. Avec Alain Leprest, c’est l’une des plus belles écritures de la chanson d’après-guerre.» Il œuvre également pour Louis Chédid, William Sheller, et fonde la société Karavane en1982, se recentre sur le jazz (Martial Solal, Christian Escoudé, Archie Shepp…), produit le Cirque Invisible de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée, «de vieux amis», réalise une tournée dans le monde.En 2011, il devient le producteur de Guy Bedos, «un monument de l’humour et de la culture française. Ça a tout de suite très bien fonctionné entre nous.» Le sport est également revenu dans sa vie grâce à Félix, son petit-fils qui a été sacré champion de France junior sur toute à La Chapelle-Caro, en Bretagne en août dernier. «Tu vas nous le ramener ce putain de paletot tricolore?» lui avait-il lancé avant le départ de la course. Une formule qui n’eût pas déplu à son copain Allain Leprest, «un grand mec, très sympa dans la vie».On sent bien que Jean-René Pouilly avant d’être un producteur de spectacles est un producteur d’amitiés.

PHILIPPE LACOCHE

 

BIO EXPRESS

* 25 février 1945: naissance de Jean-René Pouilly, à Vers-sur-Selle, dans la Somme.

* 1965: il crée une association d’organisation de concerts, Le Rideau rouge, à Amiens. Premier concert - avec Jean Ferrat - au cirque.

* 1966: engagé comme collaborateur de Philippe Tiry, l’un des premiers directeurs de la maison de la culture d’Amiens.

* 1974: directeur des relations publiques de l’AS Saint-Étienne.

* 1975: secrétaire général du Théâtre populaire des Flandres, à Lille.

*1977 : agent artistique à son compte en créant la société Variétés contemporaines.

* 1978 : Alain Souchon lui confie l’organisation de ses tournées.

 

DIMANCHE D’ENFANCE

Football, tir à la carabine, théâtre et travail à la ferme

Enfant, Jean-René Pouilly accompagnait son père au football. Celui-ci jouait comme arrière central au CA Saint-Pierre, d’Amiens. «On allait au bar des Sports, place de la gare. On mangeait des frites. J’avais 5 ou 6 ans. On y allait à bord de sa 4CV ou de son Aronde. C’était un bistrot chaleureux, peuplé de personnes que je voyais jouer sur le terrain.» Il participe aussi à toutes les activités que généraient ses instituteurs de parents: théâtre (voir photo ci-contre), tours de chant, saynètes, etc. Et il s’adonne même, avec brio, au tir à la carabine. «Mon père avait fondé un club de tir à la carabine. J’ai été champion de France minime dans cette discipline, à La Madeleine, dans le Nord; j’avais 12 ans.» Le travail à ferme le passionne; il s’y consacre avec enthousiasme pendant ses vacances. À une certaine époque, il devient même le porte carnier d’un agriculteur de Vers-sur-Selle, M. Guy Boydeldieu. «Je l’ai revu à l’enterrement de mon père, il y a peu de temps», explique-t-il. «Il chasse toujours. Il m’a raconté qu’il n’avait tiré que trois fois au cours de sa dernière partie de chasse. Il a précisé qu’il avait tué une perdrix, un lièvre et un faisan. Pas mal!» Il se souvient aussi de ses dimanches d’adolescent qu’il passait dans les boums; les rocks au son des Kinks, des Animals. «Les filles étaient toutes mignonnes.»

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« Le mikako des mâts dans le port »

 

L'excellent écrivain Alain Paucard de Paris.

Jean Detrémont, poète, saxophoniste, dessinateur.

 Tradition oblige: meilleurs vœux pour20 »3, lectrice adulée. Des vœux, j’en ai reçu quelques-uns. J’ai beaucoup aimé ceux du poète-saxophoniste-dessinateur Jean Detrémont: au dos d’un dessin original, il m’a fait le cadeau de sept haïkus inédits, réunis sous le titre générique Été. Exemples: «Cette feuille/qui me suit/c’est le vent.» Ou encore: «Trop nerveux/cette année/pour sucrer mon café.» J’adore celui-là car, enfant, je jouais au mikado: «Au loin/ le mikado des mâts/ dans le port.» Avec Verlaine, Rimbaud (première époque) et Baudelaire, Jean est l’un de mes poètes préférés. Ceux de l’ami Alain Paucard de Paris qui m’envoie une superbe carte postale très ancienne représentant la façade de la maison dite des Ramoneurs (fin du XVIe siècle), située rue des Poirées. Sur le site de la médiathèque de l’Architecture et du patrimoine, j’apprends que cette habitation est devenue, à la fin du XIXe, l’estaminet Lalot, comme en témoigne une photographie signée Félix Martin-Sabon (1846-1933). Et ceux du très littéraire Stéphane Grodée, spécialiste de tableaux, dessins et sculptures, et qui, dans un petit catalogue, présente les œuvres acquises auprès de lui par les musées de France au cours de l’année qui vient de rendre l’âme. Nouvelle année toujours, pour te confier, lectrice convoitée, que j’ai réveillonné chez de très sympathiques amis de Lys (ils sont devenus les miens).Le sublime foie gras poêlé dégusté, j’ai pu dire tout le mal que je pensais du dernier film de Jacques Doillon, Un enfant de toi. Le jeu des acteurs sonne tellement faux que c’en devient pathétique. On se demande bien pourquoi Samuel Benchetrit se met à parler subitement à voix basse au milieu des conversations. Tout est creux, pas naturel. En revanche, j’ai adoré Tabou, de Miguel Gomes, le plus beau film que j’ai vu en 2012.C’est lent, très écrit, magnifiquement mis en scène (avec une longue partie muette); et cela m’a rappelé le tout aussi sublime et magique India Song, d’un écrivain que, pourtant, je ne goûte guère: Marguerite Duras. L’histoire d’amour de Tabou, film mélancolique, gorgé de saudade, m’a bouleversé. Dans un tout autre registre, j’ai également beaucoup aimé Touristes, de Ben Wheatley, une comédie noire, violente, politiquement incorrecte et complètement déjantée.

Dimanche 6 janvier 2013.

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