« C’est bête comme question »

Voilà ce que m’a répondu Didier Wampas que je lui ai demandé s’il n’en avait pas marre des concerts, depuis 1983 ! Il sera à Corbie, dans la Somme, le 13 novembre.

 

Didier Wampas and The Bikini Machine sera en concert le mardi novembre, à 20h30, au théâtre Les Docks, à Corbie, dans le cadre du festival Picardie Mouv 2012. Il a répondu à quelques questions.

 

Dans quelle formule allez-vous jouer à Corbie?

Avec le Bikini Machine, c’est-à- dire deux guitares, une basse, une batterie et un clavier.

Pourquoi jouer avec le Bikini Machine?

L’an dernier, j’ai fait un album avec des musiciens américains. Il m’était impossible de tourner avec eux. J’ai le même éclairagiste que le Bikini Machine. Il m’a proposé de jouer avec eux. Je les connaissais; ça collait. Oui, c’était l’an dernier.

Trente ans de carrière depuis 1983.Qu’est-ce qui vous pousse à continuer?

C’est un peu bête comme question. Il n’y a pas de raison de s’arrêter quand on aime. Je ne ressens aucune lassitude. Quand j’avais 15 ans, je voulais faire un groupe de rock’n’roll.C’est ce que j’ai fait.

Tout le monde dit que le dernier album est différent. En quoi est-il différent selon vous?

Les chansons, au fond, ne sont pas différentes; ce sont les musiciens qui sont différents. Je ne joue pas de guitare; il n’y a pas d’amplis Marshall. Le son est complètement différent mais c’est surtout au niveau des guitares.

Le surf sound, c’est quoi?

Le surf sound, c’est d’abord un Twin Reverb à fond. C’est la musique que j’aime, comme les Ramones. Ce sont les mêmes chansons mais avec un son autre. Ça vient de la reverb. Mais dans l’esprit, ce n’est pas différent.

Vous considérez-vous toujours comme un punk?

Oui, et quand on me le dit ou qu’on l’écrit, ça ne me choque pas. Mes chansons sont punks. Je fais toujours du punk. Rien n’a changé.

Quels groupes et chanteurs écoutez-vous aujourd’hui?

Un peu de tout mais beaucoup de nouveautés. J’ai ressorti mes vieux vinyles de ma cave mais j’essaie d’écouter des trucs nouveaux même si ça n’est pas forcément génial. J’aime bien les Vaccins en ce moment, par exemple.

Et de la variété française, vous en écoutez?

Pas de tout. Je me suis arrêté à1976. Mais j’avoue que je suis fan de la variété des années soixante-dix: Il était une fois, Mike Brant, etc. La variété française d’aujourd’hui m’insupporte!

La scène représente quoi pour vous? Qu’allez-vous y chercher?

Je n’en sais rien. Quand j’arrive sur scène, je ne sais jamais ce qu’il va se passer. Il peut se passer plein de trucs. À vrai dire, à chaque fois, j’essaie de faire le meilleur concert de rock qu’il n’y ait jamais eu.

Pourquoi ces plongées dans le public, ces intrusions parmi la foule? D’où vient ce besoin?

Si c’est pour jouer mes chansons sur les disques, ça n’a aucun intérêt. Il faut qu’il se passe des trucs.

Quels sont vos projets? Une autre tournée? Des disques?

Actuellement, on joue mais ce n’est pas vraiment une tournée car on rentre chez nous le soir dès qu’on le peut. Ce sont des concerts. Sinon, je vais refaire un disque avec les Wampas et un autre avec le Bikini Machine. Les deux en2013.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

 

Concert Didier Wampas and The Bikini Machine le mardi13 novembre, à 20h30, au théâtre Les Docks, à Corbie (80). Réservation: service Culturel Ville de Corbie, Centre d’accueil et d’animation, 28/30, place de la République.

Tél. 0322964331 ou 0322964330. http://www.mairie-corbie.fTarifs: 10 euros; ou réduit: 5 euros (tarif étudiant, lycéen, enfant -16ans et demandeur d’emploi).

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Camille redouble et Jourdain s’attendrit

     Parfois, le journalisme - comme les femmes - me piège. Te souviens-tu lectrice amiénoise, dessouschiquienne et blogueuse, dans l’étrange interview que m’a accordée la chanteuse Camille, il y a peu, je promettais d’évoquer celle-ci dans la présente chronique dominicale. C’est chose faite, même si cela n’a plus lieu d’être car nous avions presque tout dit. Non, pas tout à fait car, quelques jours plus tard, il me plut de m’interroger sur ce qui fait le magnétisme d’une femme et d’un spectacle. Lorsque Camille m’invita à la rejoindre dans sa loge (en fait, ce fut son compagnon - musicien qui l’accompagne sur scène - qui me servit de guide; il faut que je sois plus modeste, moins rêveur), je fus irradié par son aura, son maintien, son regard, sa grâce. Il n’est pourtant là point question de séduction amoureuse. Ma Lys était présente, radieuse elle aussi, adorable avec son béret en léopard; l’homme du cœur de la chanteuse rôdait dans les parages. Je ne suis pas un goujat, lectrice haletante. Alors qu’est-ce que cette étrange alchimie qui fait qu’une personne fascine, envoûte, passionne? Il en fut de même, quelques heures plus tard, à la faveur de son concert. Sa voix folle, précise, virevoltante; les éclairages incroyablement doux qui tissaient une manière d’intimité rassurante et fœtale. Tout ça à la fois certainement. Cette magie m’a, une fois encore, interpellé, mardi soir, dans le même lieu: la Maison de la culture d’Amiens. On y donnait Le Bourgeois gentilhomme, une création du remarquable Denis Podalydès et de d’excellent Christophe Coin, directeur de l’Ensemble baroque de Limoges (sur scène au violoncelle).Comédie-ballet de Molière, musique, savoureuse, gouleyante, si française de Lully. Trois heures de bonheur, de folie douce, d’intelligence, de couleurs, de bons mots, de rires en cascade. Denis Podalydès fait de Jourdain (le subtil Pascal Rénéric), bourgeois mal dans sa condition étriquée comme dans un pantalon trop court, une personne tendre, remplie de douce bêtise, de touchante candeur. Podalydès aime les personnages de Molière; il aime aussi ce qu’il en a fait. Point de vanité, non; juste une empathie rassérénante pour une œuvre dans ce qu’elle a de meilleur, d’accessible et de subtile, pleine de vie, de lumière, d’amour, de drôlerie. Et, lâchons le mot: d’espoir. En ces époques de morosité et de disette, diantre, ça fait du bien!

Dimanche 28 octobre 2012

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Revivre, c’est parfois mourir un peu…

 Atteint d’une leucémie, Patrick Berthet, le héros du roman de Christian Authier, apprend qu’il ne va finalement pas mourir tout de suite. Il n’explose pas de joie. Au contraire…

     Pour faire court, il y a deux sortes de romanciers: les bons et les ennuyeux. Christian Authier appartient avec brio et talent à la première catégorie. Depuis2004, il égrène des histoires, de vraies histoires, ancrées dans la réalité mais toujours «accessibles à une certaine mélancolie», comme eût pu dire son bon camarade Patrick Besson auquel il a consacré un essai en1998, aux éditions du Rocher. Dire qu’Authier se raconte, se dévoile serait erroné. En revanche, il n’est pas rare qu’on le retrouve au fil des lignes, ou qu’on retrouve, en tout cas, sa façon de penser et sentir les choses. Son «être au monde», comme on le dit parfois dans les ateliers d’écriture. Christian Authier a une manière bien à lui de décrire la vie qui l’entoure, de la percevoir. C’est ce qui fait son charme, son ton indicible. Sa petite musique très personnelle qui instille du charme à ses livres. Dans Une certaine fatigue, il nous raconte un morceau de la vie de Patrick Berthet, 48 ans, un architecte renommé, apprécié d’une ville du Sud-Ouest qui ressemble comme deux pétales de rose à Toulouse (où réside l’auteur). Il vient de perdre son père, fait face, bien épaulé par Marie, son épouse qu’il adore et qui l’adore. Tout semble bien aller dans la vie de ce quadra qui, de plus, ne semble pas dénué de talent pour jouir de la vie. Mais cette dernière ne tarde pas à lui jouer un bien mauvais tour. Un premier malaise. Un second. Des examens médicaux. Un check up. On lui annonce qu’il est atteint d’une leucémie incurable. Six à huit mois à vivre, c’est peu. Avec courage, il accuse le coup.Se redresse, une fois encore fait face, et s’habitue même à l’idée de sa mort prochaine. Il prévient sa famille, ses collègues et amis du cabinet d’architecture. Il se sent prêt à passer de l’autre côté du miroir.

C’eût été trop simple

    Mais c’eût été trop simple avec Christian Authier qui, tout autant qu’un excellent romancier, est un conteur hors pair qui sait surprendre. Le diagnostic qu’on avait annoncé à Berthet était une sombre erreur. Mais il s’était habitué à la mort, l’architecte. Et plutôt que d’exulter, il sombre dans une profonde dépression et se cloître dans un hôtel et abandonne sa famille, ce dans le but de réapprendre à vivre. Y parviendra-t-il?

    Christian Authier réussit son coup: il nous tient en haleine, ne nous lâche pas d’une seconde, et ce sans ficelles particulières. Juste avec le style et écriture à la fois douce et énergique. C’est un roman de belle facture qu’il nous donne à lire, une fois de plus.

PHILIPPE LACOCHE

«Une certaine fatigue», Christian Authier, Stock, 251 pages, 19,50 euros.

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