L’élégance française contre l’Europe allemande et des marchés

De gauche à droite : Albert Noblesse, Philippe Legal, et Robert Poiret, de l'associatioàn "Ceux de Verduin", d'Airaines. Février 2012.

 Chez mon notaire, alors que j’étais dans la salle d’attente en train de lire, dans le Figaro Magazine, un article passionnant sur Annie Ernaux (photo très sexy d’elle, jeune, soixante-huitarde; elle eût pu être l’un des personnages de mon dernier roman, Des Rires qui s’éteignent, éditions Écriture, 15,95 euros, dans toutes les bonnes librairies), je la vis. Une collaboratrice, sans doute. Blonde, assez petite, la trentaine. Une manière de jupe avec bouffants comme, justement, les filles en portaient au cœur des seventies. Des cernes légers sous les yeux, d’une fille à qui les sales mecs n’ont pas fait de cadeaux. Elle a de l’allure. Je la regarde avec insistance. Elle le sent. Moi aussi, je suis un sale type. Quand je regarde une femme, je ne lâche pas. Oui, elle perçoit mon regard sur elle. Je la sens troublée. Elle parle avec un client de l’office, un pauvre mec, comme moi, qui se retrouve seul comme un pou sur la tête d’Alain Juppé après que sa femme l’eut quitté. Cette fille me plaît. Son allure; son côté petite bête légèrement blessée. Ça me rappelle, en novembre2004 quand, dans un cocktail de réunion d’un jury dont je faisais partie, traînant une gueule de bois terrible, j’avais croisé le regard d’une dame un peu plus âgée que moi. Brune, beaucoup d’assurance, de maintien. Un côté Anita Pallenberg. On appelle ça un coup de foudre. Devant l’assemblée médusée, nous avions échangé nos numéros de téléphone. Notre histoire d’amour, de passion charnelle brûlante plutôt, dura jusqu’en 2007.Une histoire très française. Mon tort, c’est de me croire constamment chez Laclos, chez Stendhal, chez Vailland et chez Nimier; ça me fait tenir debout. La France me colle à la peau. Un matin, sur le quai de la gare de Longueau, attendant le train de Paris, je rencontre Robert Poiret, Philippe Legal et Albert Noblesse, tous membres de l’association «Ceux de Verdun, leurs descendants et leurs amis», section d’Airaines. Ils se rendent à l’Arc de Triomphe, à l’appel de la fédération nationale de «Ceux de Verdun», pour commémorer l’anniversaire du début de la meurtrière bataille. Je trouve ça beau et émouvant, ces trois hommes qui persistent à se souvenir. Cette élégance désintéressée alors que le monde ne pense plus qu’au bling bling, au pognon, aux nouvelles technologies. Trois dandys ruraux. Élégance française.

Dimanche 11 mars 2012.

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Entre garçons au Petit Plats, à Montparnasse

 

De gauche à droite : Philippe Lacoche, Cyril Montana, Nicolas Rey et Patrick Besson, écrivain. Paris. Février 2012.

 Commençons par un carnet mondain. La conteuse Catherine Petit et moi, nous nous connaissons depuis une quinzaine d’années. Comme nous ne parvenions pas, - malgré bien des efforts - à faire un enfant, nous avons fait un livre. Il s’appelle Le dernier hiver de Victorine. Mort d’un quartier, et c’est aux éditions de La Licorne, dont les locaux se trouvent rue Alphonse-Paillat, à Amiens, à deux pas du Courrier picard ce qui est très pratique pour toucher mes droits d’auteur. Un enfant, j’eusse eu bien du mal à en faire à cette journaliste de Télérama que j’avais embêtée, en été 2003, au salon du livre de Forges-les-Eaux. J’étais avec Babe, ma jeune et adorable fiancée de l’époque. J’avais bu comme un trou toute la journée. Je tenais une forme olympique et j’avais entrepris ma consœur en lui faisant remarquer que Télérama me gavait sévère car trop animé de bons sentiments citoyens. C’était idiot. Mais il faisait doux, et Babe était belle. J’avais envie de me dégourdir la langue. Aujourd’hui, je ne pourrais plus parler ainsi car Télérama a publié, il y a peu, un bon papier sur le livre d’Emmanuel Carrère consacré à l’excellent et bien fou écrivain Limonov. La revue a également publié un bel album sur Bob Dylan (par le photographe Daniel Kramer; préface de François Gorin).Je me suis fait envoyer le tout par l’attachée de presse. C’est délicieux. Aussi délicieux que le dîner que nous avons fait entre garçons, l’autre soir, au Petits Plats, rue des Plantes, à Montparnasse. Nous étions en forme Patrick Besson, Cyril Montana, Nicolas Rey et moi. Devinette : que font quatre écrivains quand ils se retrouvent? Parlent-ils de littérature? Point, lectrice, poule d’eau inculte. Cyril et Patrick, en dégustant le vin, ont évoqué les inestimables bienfaits de l’alcool. Nicolas et moi, abstinents forcés et désolés, avons parlé médocs. Non, pas du Médoc, le succulent bordeaux, lectrice, petite foulque sans cervelle, mais médicaments. On a ensuite parlé de nos femmes ou fiancées. Moi, je ne la ramenais pas trop car je n’ai plus qu’une ex. Mais avec la forme que je tiens, je ne vais pas tarder à convoler. Le printemps du marquis des Dessous chics sera rock’n’roll et sensuel, lectrice adorée.

Dimanche 18 mars 2012.

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Musique au Point : le bon son de Patrick Besson

 Il y a un ton Besson, une sorte de rythme indicible dans son style. Avec ce recueil des chroniques données au Point, c’est le bretteur qu’on retrouve. Avec délice.

 Il y a une musique Besson, comme il y a une musique Modiano. Pas la même, bien sûr, bien que, dans certains de ses romans les plus intimes, les plus nostalgiques (Ah! Berlin, Lettre à un ami perdu, Accessible à certaine mélancolie, La Maison du jeune homme seul, etc.), il y développe une manière de mélancolie (d’où l’un de ses titres), toute en retenue et très pudique, qui pourrait l’apparenter au créateur de Villa triste. Comme les plus grands du siècle dernier (Roger Nimier, Kléber Haedens, Jacques Laurent, Roger Vailland, etc.), l’inspiration de Patrick Besson est double: celle du désenchantement et du détachement léger d’une part; et celle de la polémique du bretteur, mâtinée d’un humour inouï, rarement égalé et d’un sens aigu de l’autodérision d’autre part.(La force de Besson, c’est qu’il sait aussi se moquer de lui-même.) La première inspiration nous dévoile le romancier; la seconde, le chroniqueur, le journaliste percutant qui rythme sa prose de formules décapantes, sortes de beats irrésistibles. Besson est rock’n’roll. Style sec, souvent très marrant comme un riff de Keith Richards sur une adaptation de Leiber-Stoller. Et ça sonne. Il faut goûter à son dernier livre Au Point, Journal d’un Français sous l’empire de la pensée unique, recueil de ses chroniques données au célèbre journal. C’est un régal.

«Vicieux comme des vieilles filles»

Il y a deux façons de lire cet ouvrage: de la première à la dernière ligne (ce qui nécessite du temps car c’est un pavé de 953 pages!), pour percevoir l’Histoire qui s’insinue entre les lignes, la geste littéraire et les aventures bessonniennes plus personnelles; ou picorer comme dans un paquet de bonbons. Dans les deux cas, le plaisir sera au rendez-vous. Et on rigole. Quelques formules: Noël Mamère qui devient Noël Samère «car il a un nom trop lacanien. Ce n’est pas possible qu’un type pareil s’appelle ma mère. C’est une insulte à toutes les mères»; sur l’Irak, à l’endroit des Anglais et des Américains: «Quand on aime, on ne compte pas les morts»; sur la télévision et particulièrement sur Karl Zéro: «Sur les barricades de l’Audimat, ils ont conquis le droit de payer l’impôt sur la fortune»; sur les auteurs: «les écrivains, c’est vicieux comme des vieilles filles». On peut aussi apprécier la chronique qu’il nous donne à lire sur le magnifique album de Carla Bruni, Quelqu’un m’a dit (depuis qu’elle est devenue la première dame de France, plus personne n’ose dire que c’est un excellent disque), ses pages sur Limonov, si justes, si vraies. Et ce portrait touchant de Raffarin, si éclairant et, sous le rire, si sensible: «Ce qui me touche chez lui, c’est ce qui me touchait chez mon père: il invente ses gestes, force sa voix, improvise ses mouvements. On dirait qu’il cherche à vivre.» Qu’importe Raffarin; c’est la voix de Patrick Besson qui sourd ici. C’est drôle et triste comme du Bove ou du Calet.

PHILIPPE LACOCHE

 

«Au Point, Journal d’un Français sous l’empire de la pensée unique»,

Patrick Besson, Fayard, 953 pages, 26 euros.

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Alain Bertrand décrit avec beaucoup de talent la crise agricole dans les Ardennes belges.

 

Comme un charbon blanc

Excellent écrivain, Alain Bertrand propose un roman d’amour sur la crise agricole ancré dans les Ardennes belges. Emouvant et magnifiquement écrit.

 

Qu’est-ce qui fait un bon écrivain ? Son ton, son style et son tempérament aussi. Alain Bertrand, né en1958, de Bastogne, en Belgique, auteur d’une douzaine d’ouvrages (notamment Monsieur Blanche, au Castor astral, et On progresse, au Dilettante) ne manque d’aucun des trois. C’est un bon écrivain. Et même très souvent un grand écrivain. Écoutez ça, comme ça sonne: «Irène, c’est l’Ardenne en automne, quand la forêt s’embrase et fait trembler les lumières de l’âtre jusqu’au cœur de la nuit.». Et: «Le paysan est le mineur de fond des temps modernes; on lui interdira sous peu de nourrir sa famille.» Voilà qui est envoyé. L’histoire aussi est envoyée. Que nous raconte-t-il, Alain Bertrand? Une sorte de fable singulière, très peu germanopratine; celle de Charles, professeur, qui se fait éleveur d’escargots et dégustateur de yaourt (yoghourt, en Belgique), et sympathisant de la cause paysanne. Nous sommes dans les Ardennes belges. En pleine ruralité. Charles, parfois, se souvient de la ville, la regrette, et «se surprend à de mauvaises pensées et à des songes d’adolescent. C’est que la vie retirée, en Ardenne, sous le schiste et le gris des cherbins, serre parfois des écharpes de brouillard autour de la gorge. Pour la première fois depuis son installation au village, et malgré le rêve d’Irène, Charles a des nostalgies de cinéma et d’amours malheureuses, des souvenirs de tramway naviguant sur une mer de pétales de cerisiers japonais.» (Un tramway naviguant sur une mer de pétales de cerisiers japonais. Dieu que cette image est belle. On dirait du Simenon.) L’un des personnages principaux, c’est la crise agricole. Injustes. Cruelle. Elle pousse les paysans à bout. La belle Irène résiste. C’est une sorte de passionaria. Charles est tombé sous le charme tandis que des millions de litres de lait sont déversés dans les champs: «Le paysan n’est plus un paysan, c’est un enfant de la mine. Son lait, c’est le charbon blanc qui retourne à la terre

Ce roman - à la fois social, rural et d’amour - ne manque ni de chair, ni de caractère. Alain Bertrand tient son sujet par les cornes, ne le lâche plus comme la fermière tire sur les pis. Et parfois, des images qu’on croirait échappées d’une petite ferme, jouet de Noël d’un enfant rêveur: «Les vaches noir et blanc rentraient de leur séance de digestion, le fermier aux basques. Les cochons étaient d’un rose de cervelas éclaté à la cuisson; dans son enclos, la truie se laissait assidûment téter par ses petits.» Un texte magnifique.

PHILIPPE LACOCHE

«Le Lait de la terre», Alain Bertrand, Weyrich, coll.Plumes du Coq.156 pages.

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Benoît Delépine n’a peur de rien

Benoît, bien sage, à la brasserie de L'Univers, à Saint-Quentin. En face de lui, Lou-Mary : il a l'air heureux de la regarder. Benoît : un homme de goût.

Benoît Delépine devant la brasserie Le Carillon, à Saint-Quentin.

 

 

Belle petite bière : ça lui botte!

De retour dans l’Aisne chez ses parents, pour le réveillon, le cinéaste, journaliste, comédien et auteur, effectue une manière de pèlerinage à Saint-Quentin.

 

Benoît Delépine devant la verrière du bar de nuit La Grange, rue de Vermand, à Saint-Quentibn. On peut voir cette magnifique verrière - aussi belle que les filles que nous avons croisées à La Grange - dans le film "Louis-Michel".

C’est la veille de Noël. Benoît Delépine est de retour à Saint-Quentin pour réveillonner avec sa famille, à Holnon. À la brasserie de L’Univers, il a des souvenirs. Comme dans les autres bars de Saint-Quentin. Et quand on quitte la brasserie, c’est à La Grange, un bar américain du 35, rue de Vermand, qu’il veut qu’on prolonge l’interview. Là-bas aussi, il a des souvenirs, le Benoît.Les hôtesses et Jean-Pierre (l’un des fondateurs de l’établissement) l’accueillent à bras ouverts. Ici, il est chez lui. Il pose devant la verrière juste au-dessus du bar, verrière que l’on voit dans son film Louise-Michel. Holnon, le bastion familial n’est pas loin. Son père agriculteur, fut longtemps maire de la commune. A la tête d’une exploitation de 40 hectares, souriait en disant que ses vrais patrons étaient le Crédit agricole et Bonduelle. Sa mère: femme au foyer. Un frère, Christophe, aujourd’hui praticien à SOS médecins, à Lille. Une sœur, Isabelle: qui a fondé un poney club à Holnon. Scolarité à l’école d’Holnon: «L’école à l’ancienne. De très bons enseignants.» Ses parents l’inscrivent au collège Saint-Jean, à Saint-Quentin. Il subit sa première humiliation scolaire. Le professeur lui colle zéro à la dictée car il n’a pas utilisé une copie double mais avait collé deux feuilles simples avec du scotch. Le début de sa vie «créative», Benoît le situe à l’âge de 13 ans. Cela consiste à bien rigoler avec ses copains, surtout avec Didier Bédu, aujourd’hui patron d’une boîte de calvados en Normandie. «On a fait le CELSA (N.D.L.R.: école de journalisme, à Paris) ensemble», dit-il. Ses notes baissent. Il sèche les cours, va beaucoup au cinéma, passe du temps dans les bars. «Grâce à Raymond Défossé (N.D.L.R.: qui œuvra longtemps pour le Festival Groland), surveillant général, mes parents n’étaient pas au courant de mes escapades. Quand il faisait l’appel il m’oubliait volontairement.» C’est avec Raymond qu’il crée le petit journal Polit au sein du lycée. Il finit par obtenir son bac D avec 10,21 de moyenne. Ses parents l’incitent à faire des études de commerce.En1976, il effectue la préparation HEC, au lycée Henri-Martin, à Saint-Quentin. Il ne se présente pas aux contrôles, et rate en beauté. Puis il file à Sup de Co, à Lille: «J’étais largué; je ne me sentais pas bien avec les autres élèves.» Après Sup de Co, il lance le journal Fac Off, destiné aux étudiants. Faillite. Plus un sou.En1982, il monte à Paris pour tenter de trouver un travail rémunérateur. Il passe le concours du CELSA, intègre l’école et ne cesse de faire «des coups de bluff». Il se fait passer pour un journaliste d’Actuel pour parvenir à entrer en contact avec le patron d’une agence de pub. Ravi, le mec l’invite à son bureau de la rue du Louvre. Sur place, Delépine lui avoue qu’il n’est pas journaliste et dit au boss qu’il «fait de la merde».Fasciné par tant de culot, le patron l’embauche, pour le virer un mois plus tard. Il fait ensuite la connaissance de Thierry Ardisson. «Je trouvais une idée à la con par jour pour ses projets, dont le lancement du journal Création», dont il devient, à 25 ans, le rédacteur en chef, ce grâce à Christian Blachas, patron d’un groupe de presse. «Je faisais chier le milieu de la pub; Blachas me laissait tout passer.» Et puis, un jour, à la suite de critiques très virulentes à l’endroit du groupe Havas, le journal est mis au pilon. Se retrouve à la rue. Intègre les Nuls à Canal +, en commençant par faire une série de courts-métrages en compagnie de son ami Christophe Salengro, de Lille, qui deviendra le célèbre président Salengro, de Groland. Avec lui, il inventera l’univers de ce dernier. Et il est pris comme pigiste aux Arènes de l’info, écrit des textes pour les marionnettes. Il s’engueule avec eux, a l’idée des Guignols qui est retenue par Canal +. Avec Bruno Gacciot et Jean-François Halin, il écrit des sketches. L’émission cartonne. Delépine est sur le rail du succès. 1997: il écrit le film Michael Kael contre la World News Company. Échec commercial total. «J’étais au fond du trou.» Il se raccroche à Groland, décide d’aller vivre près d’Angoulême, et finit par remonter la pente. Au sein de Groland, qu’il fait la connaissance de Gustave Kervern. Ils s’entendront comme larrons en foire et réaliseront des films magnifiques, insolents, bombes politiques (Avida, 2006, Louise-Michel, 2008, et Mammuth, 2010). Dans le prochain, Le Grand Soir, qui sortira en 11avril prochain, on y retrouvera Benoît Poelvoorde dans le rôle du plus grand punk à chien d’Europe.Brigitte Fontaine y joue, dit-il, un rôle complètement délirant.On va encore se régaler grâce à l’enfant d’Holnon.

PHILIPPE LACOCHE

 

Un crâne et un tibia dans la fosse commune

«Mes dimanches d’enfance? C’était un peu la torpeur d’Holnon.» Parmi les bons souvenirs, Benoît Delépine se souvient du Petit Rapporteur qu’il regardait au côté de son père, agriculteur, et de toute sa famille. «Après je me suis fichu de Jacques Martin, aux Guignols, mais c’était pour moi une façon de tuer le père. Car au Petit Rapporteur, il y avait des gens intéressants: Desproges, Prévost, Collaro… Je ne vois pas d’émissions qui correspondante à ça à la télé d’aujourd’hui. C’était l’humour français avec, derrière: Hara-Kiri, Charlie-Hebdo. Pour moi, ce fut une façon de découvrir un autre rire…» Petit, il se plie à la messe obligatoire du dimanche matin. Puis, ce sont les parties de football derrière l’église d’Holnon, dans une pâture. Ses jeux? «On essayait de recréer ce qu’on voyait à la télé.» Il parvient même à réaliser un mini musée de paléontologie avec les fossiles qu’il trouve dans les champs. «Dans une fosse commune du cimetière, on avait récupéré un crâne et un tibia. Quand mes parents les ont trouvés, on s’est fait engueuler.» Un autre jour, il tombe sur une cache d’armes (fusil, flingue, baïonnette) qu’il avait essayées dans la grange. Une balle avait fini par traverser une poutre. Il aimait aussi tirer sur les oiseaux avec sa carabine à plomb: «Et dire qu’aujourd’hui, je fais partie de la Ligue de protection des oiseaux! »

 

Bio-express

30 août 1958 : naissance à Saint-Quentin, «sous le signe du 8».

1975 : grâce à Raymond Défossé, il fonde, au lycée Saint-Jean, à Saint-Quentin, le journal Polite.

1980 : à Lille, il publie Fac Off, journal étudiant diffusé à 20000 exemplaires dans les restoU.

1983: devient rédacteur en chef de Création, journal de design et de pub.

1988 : rentre aux Guignols (Les Arènes de l’info), sur Canal +.

1992 : création de Groland.

2003 : premier film avec Gustave Kervern, Aaltra.

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Un vrai patriote réagit à mes imbécillités nocturnes

L’ami Régis Guéant ne manque ni d’humour ni de lettres. Il réagit à ma dernière chronique où j’explique que je me suis envoyé en l’air à bord d’une Mustang, à vive allure, sur une route départementale, en compagnie d’une jolie dame blonde et d’une adorable petite poulette. Au volant : un homme élégant dont je tairai le nom car vous seriez surprises, lectrices mes fées, mes possessions, mes pouliches énamourées.

Je ne peux résister au plaisir de vous livrer, tout cru, la missive du patriote Guéant que j’adore. Listen, babe!

Ph.L.

« Monsieur LACOCHE,

 Je viens de lire votre billet de ce dimanche 4 mars 2012 et je dois dire , une fois de plus, que l’indignation me submerge. Après avoir, à longueur de colonnes, perverti nos compagnes en les invitant à la débauche vous invitez à présent nos jeunes aux courses folles , en automobile, sur nos routes picardes ! Non, monsieur LACOCHE, le bon Français que je suis ne tolèrera pas plus longtemps vos œuvres de malfaisance. Je suis également indigné par le nom des écrivains que vous citez régulièrement ; jamais un mot sur Henry Bordeaux, Queffelec, le père bien sûr et Moselly et Cressot et jules Sandeau, sans oublier le sublime François Coppée et le jamais égalé Paul Déroulède . Voilà , Monsieur LACOCHE des noms qui comptent pour nous autres Français de France ! A l’époque, comme le dit la comtesse du mercredi, où l’Afrique était bonne hôtesse , j’ai enseigné notre belle langue à des Chaouyas des hauts plateaux du Constantinois je suis fier d’avoir ainsi, humblement participé, aussi peu que ce soit, à l’œuvre d’émancipation humaine de ce continent, je  n’en tire nulle vanité.

Monsieur LACOCHE , un homme qui a un chat qui s’appelle Bébert, ne peut pas être complètement mauvais, j’espère que vous tiendrez compte de mes indignations et que vous aurez à cœur de retrouver un vocabulaire plus décent et un ton plus moral pour vos prochains billets.

C’est bien patriotiquement que je vous salue.

 

Régis GUEANT, secrétaire et trésorier de la société de chasse. »

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Mauro Smerghetto, directeur du centre régional du livre et lecture de Picardie (CR2L).

 

Tentative de suicide à 140 km/h sur une route départementale

Si je vous disais avec qui, vous seriez surpris. Très surpris. L’autre nuit, je suis monté dans une Mustang au côté d’un homme élégant. J’étais à l’avant. À l’arrière, une très jolie dame blonde à l’opulente chevelure qui avait bu quelques verres d’un Médoc remarquable. Et une jeune fille, douce et belle comme une aube qui se fût levée sur la raffinerie de Tergnier (Aisne). «Tu n’as pas peur?», me demanda la dame blonde en pressant mon épaule de sa main baguée et érotique. «Je n’ai plus peur de grand-chose.» J’eusse pu mentir; je ne mentais même pas. Ce n’était pas cette pointe à 140 kilomètres/heure dans ce magnifique et rugissant bolide sur une minuscule route départementale qui allait me foutre la trouille. Je n’ai plus peur que d’une chose: oublier un jour les rires, les corps, les odeurs des filles et des femmes qui sont passées dans ma vie. C’est mon angoisse. Cent quarante kilomètres heures, c’est petit, minuscule, à côté des longs cheveux et des plumes des boas que l’on retrouve sous les meubles quand on fait le ménage, et que la belle s’est fait la malle. C’est bien quand même, la Mustang, la nuit. Grisant. Je repensais à Roger Nimier (dont j’adore l’œuvre rapide et teigneuse; mort au volant de son Aston Martin DB4 le 28 septembre 1962 à La Celle-Saint-Cloud; l’adorable blonde de derrière eût pu être ma Sunsiaré de Larcône) et à Albert Camus (dont j’aime si peu l’œuvre humaniste; mort au volant de sa Facel-Vega FV3B le 4 janvier 1960 à Villeblevin, dans l’Yonne), à Roger Vailland (que le vénère; mort d’un cancer des poumons à Meillonnas (Ain) le 12 mai 1965; sa voiture française - le communisme contraint d’acheter français - occupée par de plantureuses putains et de délicieuses petites gouines).De ces écrivains, nous en avons parlé, bien sûr, ce midi de février lorsque j’ai déjeuné (anguille fumée sans pyralène, salade) avec Mauro Smerghetto, le cultivé et très fin nouveau directeur du Centre régional livre et lecture (CR2L Picardie).Sache aussi lectrice, que je viens d’écrire mon premier texte inédit pour le blog que je tente d’alimenter pour la revue La Règle du jeu. J’ai nommé cette manière de haïku (moi qui déteste ce genre de sushi littéraire) «Petit soleil de merde». Et j’ai prévenu Lou-Mary qu’elle pouvait s’en délecter. Elle l’a bien mérité, ma grande didiche.

Dimanche 4 mars 2012.

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Du café, de la littérature, un agenda, du théâtre

Dominique Baillon-Lalande, de la DRAC Picardie.

 Reçu: un paquet de café de la marque de Maison du Café, et un mug sur lequel est inscrit: «C’est la tasse! Courrier picard».Y figure également ce proverbe annoncé comme picard: «Ce que femme veut, Dieu en tremble.» Et j’apprends par le dossier de presse, que «jusqu’à la fin septembre2012, la Mug Mania par Ma Tradition de maison du Café s’empare de nos régions et propose une série de mugs à personnaliser». C’est marrant, cette idée. Ils m’envoient ça, les la Maison du Café, et je n’avais rien demandé. C’est épatant de travailler au service magazine. On reçoit des tas de trucs improbables. Les attachées de presse ne cessent d’appeler pour nous vendre leur camelote. Parfois, je les drague. Parfois, je les fais marcher. Elles sont souvent de belles petites voix. J’imagine des poulettes avec des bas, la jupe remontée haut sur les cuisses. Ça m’occupe; ça me distrait. C’est ça quand on n’est plus tout jeune, qu’on vient de se faire plaquer. Penser aux attachées de presse, c’est tout de même mieux que le Tranxène. Ça permet des rencontres téléphoniques. Mais je préfère tout de même les vraies rencontres. Le contact direct. L’autre jour, ma bonne copine Dominique Baillon-Lalande, de la Direction régionale de l’action culturelle de Picardie m’a entraîné au restaurant. C’était le midi. Il faisait un froid de Pékin ou de Barbarie. Nous avons déjeuné près de la cathédrale, et parlé, bien sûr, de littérature, de chanson et de rock’n’roll. Autre rencontre: celle de Rafaël Savary, 30 ans, qui lance un nouveau bimestriel qui répond au beau titre d’Amiens, mon amour. Tirage: 3000 exemplaires. Il parlera de musiques actuelles, de littérature, de théâtre, danse, etc. Originaire de Nantes, ancien étudiant en communication, il a déjà créé plusieurs fanzines dans le secteur de Nantes. Contacts: amiensmonamour@gmail.com; 0624781451. Enfin, mon bon camarade Dominique Zay, ancien nouvelliste de notre journal, nous fait savoir qu’il continue son aventure théâtrale avec un texte qu’il a écrit pour une comédienne, Françoise Longeard (fondatrice de Théâtre 80, elle réside aujourd’hui à Toulouse). «Nous allons nous balader un peu partout en France, et jouerons très certainement à Amiens à la rentrée», indique Dominique Zay. On attend ça.

Dimanche 26 février 2012.

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Tous ces scooters qui me tournent autour

 

Jacques Bocquet ne circule qu'à scooter.

 Trois possibilités: mon recueil de nouvelles, Scooters (Le Rocher, 1994), va être réédité. Ou je vais tomber amoureux d’une poulette chevauchant ce terrible engin. Ou je vais finir ma vie de vieux daim sous les deux roues nerveuses de ce petit véhicule hargneux. Au choix, lectrice, mon été permanent, mon inaccessible désespoir, ma jonquille noire de septembre. Depuis mes balades derrière le Cyril Montana juché sur son puissant Yamaha dans les rues glaciales des Paris, le scooter ne cesse de me tourner autour. La preuve: l’autre jour, je bois un café au Kimbo, à Amiens, avec l’écrivain et poète Jacques Bocquet. À peine assis, il me confie qu’il ne se déplace plus qu’à scooter. Je l’en félicite, puis il me raconte qu’il est né à Amiens d’un père anglo-picard et d’une mère urkainienne-juive autro-hongroise. Qu’il a étudié dans la capitale picarde avant de devenir batteur de jazz dans le Big Band Paul Paray. Il a également joué avec les Sharks des reprises des Stones, des Pretty Things et des Animals. Qu’il a fait du rock et de la bossa nova avec Philippe Dalecky (fils d’un chirurgien d’Amiens) dont je me souviens avoir chroniqué un 45 tours au cours des détestables eighties (filles maudites et libérales des délicieuses seventies, désintéressées et idéalistes).Puis il a travaillé dans l’administration d’un hôpital psychiatrique, à Étampes, tout en continuant à faire de la musique. Il a écrit sa première dramatique radiophonique, La mémoire de Ketterman, «l’histoire d’un vieux Juif dont la mémoire se délite», pour France Culture, ce qui lui a permis d’obtenir le prix de la Communauté radiophonique de langue française en1977.Ce prix accélérera sa carrière; il écrira huit dramatiques dans la foulée pour France Culture. Il y a peu, il nous a donné à lire l’émouvant livre La Nuit Hodgkin (éd. L’Harmattan), un long poème écrit pour être lu de vive voix. «Je l’ai écrit comme un batteur», déclare-t-il au sujet de cette œuvre à la Ginsberg, très Beat generation. Une ode à sa compagne défunte, Aïsha, «un petit être lumineux, la seule et la dernière femme de ma vie. Quand je l’ai connue, elle avait 18 ans; j’en avais 32.Elle était berbero-andalouse. C’était une petite sauvageonne qui ne se laissait pas faire.» Aïsha est décédée en mai 2009. «Elle est partie avec son mystère de femme», dit Jacques Bocquet.

Dimanche 19 février 2012.

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Cérésa : l’aventurier des mots

Son Roman des aventuriersest un délice de drôlerie, de justesse et d’élégante simplicité. À l’image de cet écrivain doué qui a pratiqué tous les métiers.

François Cérésa à la terrasse du Rouquet, à Paris, un après-midi d'été 2011.

François Cérésa nous a habitués à la chose: son dernier livre, Le Roman des aventuriers, est un vrai bonheur de lecture. Très différent, pourtant, du délicieux et intimiste Sugar Puffs, paru à la rentrée littéraire de septembre 2011 et qui eût dû, si le monde des lettres avait été bien fait et empreint de justice, être couronné d’un des six grands prix. Qu’importe: le Cérésa continue sa route d’écrivain. Point d’amertume chez cet auteur plein d’humour, cultivé et sans morgue aucune: il a les pieds bien stables dans la glaise des mots. Ici, il est à son aise. Il est à son affaire. N’est-il pas lui-même une manière d’aventurier? Ne fut-il pas dans d’autres vies menuisier, maçon, peintre, démarcheur, livreur, chauffeur de maître, cover boy, étudiant en médecine, titulaire d’un Deug de philosophie en cours du soir, assistant sur des plateaux de cinéma, étudiant en art dramatique au cours Simon, militaire? Et, vous l’avez compris, lecteur, à un tel homme inutile de parler de l’indéfendable Nouveau roman (Robbe-Grillet, Claude Simon et consorts).Il vous regardera dans les yeux, dubitatif, et égrenera noms des - vrais! - écrivains qu’il aime: Stendhal, Maupassant, Hugo, les Hussards (Nimier, Blondin, Laurent, Déon). «Sans être l’inconditionnel qui astique tous les matins son sceptre d’Ottokar (c’est une image), j’assume mes turpitudes. Ce ne sont pas Claude Simon ni Marguerite Duras qui m’ont donné le goût de la lecture», confesse-t-il, avant d’avouer que c’est Tintin qui l’a conduit vers la lecture et l’écriture. Voilà un homme de goût. Car, comme il le dit joliment un peu plus loin, «une culture sans Tintin est une madeleine sans Proust».Il est drôle d’un bout à l’autre, Cérésa. Et c’est avec brio qu’il dessine les portraits de ses aventuriers préférés: Athos, Errol Flynn, Lancelot du lac, Raoul Walsh, Joseph Kessel, François Fournier-Sarlovèze, etc. Celui d’Errol est carrément superbe de finesse, de drôlerie, de connivence, à l’instar de celui de Kessel. Ces textes sans prétention sont à eux seuls des minis leçons de bonne littérature par maître Cérésa qui, jamais, ô grand jamais, ne voudrait être professeur. Ni donner de leçons. Chapeau bas!

PHILIPPE LACOCHE

Le Roman des aventuriers, François Cérésa, Le Rocher, 232 pages, 19,90 euros

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