Patricia Kaas : « Aujourd’hui, tout va bien »

Elle est venue présenter les chansons de son dernier album éponyme, le mercredi 15 février, au Zénith d’Amiens. Interview.

Une voix. Une personnalité. Une aura. Patricia est l’une des chanteuses françaises les plus attachantes. Après son disque hommage à Edith Piaf, sorti en 2012 à l’occasion du 50e anniversaire de la mort de l’artiste, elle vient d’éditer, en fin d’année dernière, un album éponyme d’une grande qualité tant par la puissance évocatrice de son interprétation que par les chansons écrites par divers créateurs. La presse a unanimement loué la force de ce CD. Patricia Kaas a donné

Patricia Kass, dernièrement, à Paris.

un concert le mercredi 15 février, au Zénith d’Amiens. Nous l’avons rencontrée à Paris.

Vos derniers albums remontent à combien de temps ?

J’ai fait deux albums après Sexe fort, sorti en 2003 : Kabaret et Kaas chante Piaf. Deux disques studio. Kabaret était un album consacré aux chanteuses des années Trente, sur lequel il y avait peu de chansons inédites. Et le Kaas chante Piaf sur lequel, bien sûr, il n’y avait que des chansons de Piaf. Ca fait donc treize ans que je n’avais enregistré un album avec mes propres chansons. Quand je sors un album, je pars en tournée presque deux ans ; donc, en fait, il n’y a pas treize ans ; j’étais tout le temps sur la route, et j’ai fait plein de choses.

Ce fut le cas de la tournée autour du disque consacré à Piaf.

Oui, nous avons terminé la tournée en juin 2014. Ensuite, il me fallait un peu de temps pour faire ce nouvel album, trouver les chansons, me préparer ; il n’y avait donc pas eu grand vide. Du tout.

Après la tournée Piaf, vous auriez été victime d’un burn out, selon certains articles. Est-ce exact ?

Ce n’est pas la tournée Piaf ; cela faisait 15 ans, je ne cessais de bosser. Et à certaines périodes de ma vie, j’ai reporté certaines émotions comme le deuil de maman et de papa. On se dit qu’on est fort ; on le compense par autre chose. Le public est là pour vous donner une certaine chaleur. On se dit : « Ca va aller, ça va aller ! » Et puis, ces dix dernières années, j’avais fait une autobiographie (L’Ombre de ma voix, chez Flammarion) ; j’avais fait un télé film (Assassinée) dans lequel je jouais le rôle d’une maman qui perdait sa fille. Emotionnellement, c’était très difficile ; et puis, il y a eu Piaf… Un moment, ça a pété. J’étais épuisée physiquement et psychiquement. Tout cela était beau mais je ne savais pas trop où j’en étais. Il y avait une belle enveloppe, mais à l’intérieur, qu’y avait-il ? Très vite, je me suis fait aider ; je suis quelqu’un qui est dans la construction. Ca a été mieux. Et aujourd’hui, j’ai un nouvel état d’esprit… Les années passent ; je ne me pose plus les mêmes questions. Je me dis : « Qu’as-tu à prouver ? Tu es là depuis 30 ans. » Les gens me suivent. Je sais qu’une chanson ou un album marquent ; mais je me dis aussi que le personnage que je suis doit marquer également. Ca me met donc en confiance. J’ai beaucoup fui dans la vie. Là, en tout cas, aujourd’hui je me suis rattrapée ; et aujourd’hui, tout va bien.

Pourquoi un album éponyme ? Pourquoi ne pas l’avoir nommé ?

Au début, je voulais l’appeler Polyloves car ce disque parle d’amours différentes. Mais quand on reçoit des chansons qui parlent d’inceste ou de femmes battues, on ne parle plus de la même chose. Ensuite, je voulais l’appeler La langue que je parle, mais comme mes albums sortent aussi dans des pays étrangers, ce n’était pas évident. L’album ressemble à la femme que je suis aujourd’hui ; tout cela se reflète dans le choix des chansons, dans ma façon de chanter, de parler, etc. Je me suis dit : « Voilà, ce disque, c’est Patricia Kaas. » De plus, je n’avais jamais eu d’album à mon nom. Voilà la raison.

Vous disiez que vous étiez une nouvelle femme. En quoi ?

En général, je me sens beaucoup mieux avec moi-même.

Amoureuse, peut-être ?

Non, pas forcément, mais amoureuse de la vie, de ma passion. Au début quand je faisais des spectacles, et que je me disais : « Tiens, je voudrais chanter là ou là… » Il y avait toujours un truc qui me faisait comprendre que c’était compliqué. Ou qu’on ne gagnait pas d’argent en allant là. Donc, je me suis mise à produire mes tournées. Ensuite, j’ai produit mes albums. Tu deviens donc « une femme d’affaires ». Je me suis débarrassée de tout ça. Je voulais juste monter sur scène et me dire : « C’est ça ma passion, le partage que j’aime. » Alléger toutes ces responsabilités. J’ai toujours eu une distribution dans une maison de disques, mais là, j’ai signé chez Warner, et Live Nation World pour la tournée, toujours en co-production avec Richard Walter Productions. Je me suis dit que j’avais confiance en moi, que j’avais un meilleur regard sur moi-même. Je parviens à me féliciter, à me dire : « C’est quand même génial ; regarde tout ce que tu as fait… » Je suis devenue plus positive en ce qui me concerne, ce qui, jusqu’à présent, n’était jamais le cas. Peut-être que depuis des années, je vivais à travers l’ombre de maman. Je voulais qu’elle soit fière de moi. Au bout d’un moment, je me suis dit : « J’ai tout donné. Maintenant, il est temps… » Tout à l’heure, vous me parliez du burn out, finalement, c’est la meilleure chose qui me soit arrivée. Comme je suis quelqu’un qui se bat dans la vie, ça m’a beaucoup aidé.

La presse est unanime pour dire que votre dernier album est de grande qualité. Comment a-t-il été conçu ? Quand ? Avec qui ? Où ?

Le fait d’être dans une maison de disque, il y a un directeur artistique, avec qui j’ai passé beaucoup de temps à discuter. On a écouté, ensemble, beaucoup de musiques. Ce n’est pas évident : il y a ce qui vous va, ce qu’on attend de vous. Et ce que vous écoutez, vous. Et faire un mélange de tout ça, ce n’est pas évident. Ce que je voulais surtout, c’était de choisir les chansons sans savoir qui étaient les auteurs-compositeurs. Je ne voulais pas être influencée. Je ne voulais pas avoir peur de me dire : « Comment on va dire pouvoir dire non à cet artiste ? ». Il y a eu, bien sûr, des auteurs que j’ai rencontrés, avec qui on a papoté, qui m’ont écrit la langue que je parle. J’avais envie de travailler avec Arno qui m’a écrit « Marre de mon amant ». Cela faisait dix ans que je lui demandais, il me disait toujours : « Je ne sais pas, je ne sais pas… ». Et puis, là, enfin, il nous a fait cette chanson.

Aurélie Saada, de Brigitte, a également écrit pour vous.

Oui, elle a fait un texte co-écrit avec  Pierre Jouishomme.

Vous vous êtes rencontrées, Aurélie Saada et vous ?

Non, nous n’avons pas eu l’occasion. C’est la chanson « Madame tout le monde », qui est un peu un pont entre la Patricia que les gens connaissent, et qui vous amène à la femme que je suis aujourd’hui, avec un autre état d’esprit. Au départ, je n’étais pas à 100% avec le texte… C’est ça aussi construire un album ; j’ai des textes que j’aimais mais les musiques je ne les aimais pas alors on a fait une, deux ou trois nouvelles compositions. Ou le contraire. On avait de superbes musiques mais les textes, j’accrochais moins. « Madame tout le monde », contenait une légèreté qu’au début je ne sentais pas. J’avais pensé à Ben Mazué au début. Ensuite, le directeur artistique, m’a demandé ce que je pensais d’Aurélie. J’aime bien Brigitte ; c’est premier degré et sensuel en même temps. C’est aussi aguichant. Elle a donc commencé à écrire ce texte. Je l’ai juste croisé une fois car, avant Brigitte, elle travaillait un peu avec mon manager.

D’autres chansons sont plus graves, comme « Le jour et l’heure » qui évoque les attentats. De qui est-elle et quelle est sa genèse ?

C’est Rémi Lacroix qui a écrit la musique. Et le texte est de David Verlant. Je l’ai reçue ; j’ai tout de suite aimé, mais bizarrement, j’ai compris que ce sentiment de bascule je l’avais aussi ressenti dans des choses plus personnelles. La chanson était vraiment écrite par rapport aux attentats. Je l’ai faite un peu changer pour qu’elle ne soit pas uniquement sur les attentats. Je lui ai dit : « Moi tu sais, quand j’ai appris que j’avais perdu mon frère, je me souviens exactement où j’étais. Ce que je faisais. Mon papa, oui… j’étais tout de même assez présente. » On est marqué par les moments difficiles. Je suis incapable de vous dire où j’étais et ce que je faisais quand j’ai appris une bonne nouvelle. J’ai donc voulu que cette chanson parle des attentats mais aussi quelque chose de plus proche. Je voulais que cet album me ressemble.

Votre chanson « La maison en bord de mer » traite d’un thème grave : l’inceste. Pourquoi ce thème ? Est-ce vous qui l’avez sollicitée ?

Je suis arrivée dans le bureau de Bertrand Lamblot, mon directeur artistique. Il m’a dit : « Je sais que tu as un esprit ouvert, tu ne veux pas de barrières. J’ai eu cette chanson pour toi ; je ne sais pas si je dois te la faire écouter ou pas. » J’ai voulu l’écouter. Il m’a dit : « Ca parle de l’inceste. » J’ai écoutée, et je l’ai tout de suite voulue pour l’album. Je lui ai dit : « C’est fini les barrières. Quand tu vas voir un film, tu es touché, ou tu n’es pas touché. » Quand j’ai entendu cette chanson, je me suis dit : « C’est incroyable ! ». Ensuite, j’ai rencontré quelqu’un d’une association. C’est quand même fou qu’il y ait silence autour de sujets aussi importants… Est-ce une timidité ou une arrogance de se dire : « Ca, ça reste en famille. On n’en parle pas. » C’est incroyable en 2017 !… Je trouve que ces deux dernières années, sur ces questions, on fait chemin arrière. On recule. Je ne suis pas une artiste engagée  (en tout cas pas encore ; il ne faut jamais dire jamais…); je ne tape pas sur la table en disant : « Il faut faire quelque chose ! » Mais je suis engagée émotionnellement ; il faut dire que ça existe, qu’on en a tous conscience, que c’est là beaucoup plus que ce qu’on pense.

La chanson « Le Refuge » est dédiée aux jeunes homosexuels. Pourquoi cette chanson ?

Ca, c’était une envie. « Le Refuge », c’est le nom d’une association. Il y a beaucoup de choses avec lequel on embête les homosexuels, le mariage, etc. En fait, qui ça gêne ? J’ai connu cette association par l’intermédiaire de la chanteuse Jenifer. Je ne parvenais pas à croire qu’il existait une association, « Le Refuge » qui accueille les homosexuels rejetés par leurs familles. Je me disais : « On rejette encore ses enfants parce qu’un homme aime un homme ou une femme aime une femme. » Je n’en revenais pas. J’ai demandé à Pierre-Dominique Burgaud – qui m’avait déjà donné « La langue que je parle » -, de m’écrire une chanson là-dessus. On a discuté ; il a carrément pris le nom de l’association. L’association est très contente. Ils l’ont mise sur leur site accompagnée d’une petite vidéo. De plus, je suis concernée indirectement dans le sens où dans ma famille, il y a des homos ; et dans mon public, il y a plein d’homos.

Et Arno, vous vous étiez rencontrés ?

On s’était rencontrés plusieurs fois. J’étais allée le voir en concert. C’est un personnage ; il est rock. Et en même temps, il est hyper timide. Il est drôle. Quand on s’était rencontré, il avait peur. La première fois que nous nous sommes vus pour parler chansons, c’était, je crois, il y a plus de dix ans. On s’était donc rencontré et il prenait un verre, un deuxième verre, un troisième verre… Il me disait qu’il ne savait pas écrire pour les autres. Je lui disais : « Ne pense pas à écrire pour quelqu’un ; écris pour toi. » Et ça ne c’était pas fait. Je crois que c’est la première fois qu’il écrit pour quelqu’un. Là, je l’ai bousculé un petit peu, et est arrivée la chanson « Marre de mon amant », qui est géniale. Je ne l’ai pas dirigée, car je ne voulais pas ; c’est un peu « Mon mec à moi » d’aujourd’hui. « Mon mec à moi » c’était plus l’adolescente. Là, je dis, après ces années : « Tu peux toujours parler… marre de mon avant. » Voilà. Il y a aussi un côté provocant dans « Marre de mon amant ». Il y a des allusions sexuelles. Et j’aime ça, chez Arno. Il m’a appelé, très timidement pour me dire : « C’est bien ce que tu as fait avec la chanson. »  Autre belle rencontre, c’est Ben Mazué. « Adèle », quelle belle chanson ! J’avais rencontré Ben car il avait fait le texte de « Sans nous ». J’aimais bien ; on a déjeuné ensemble et même pas 48 heures plus tard, est arrivée « Adèle ». L’atmosphère de cette chanson est due aux arrangements. Il y a ce chanteur guitariste anglais qui s’appelle Fink, que j’adore ; je l’avais moi-même contacté par Facebook. Je me disais qu’il n’allait jamais répondre ; et il a répondu. Je lui ai dit que mon rêve serait de faire un album ; il m’a dit : « Faisons-le ! » On était déjà en train d’enregistrer ; il a fait quatre chansons.

Vous êtes issue d’un milieu modeste. Vous venez de Moselle qui a trinqué en matière sociale. Les politiques ne lui ont pas fait de cadeaux. Quel regard portez-vous sur tout ça ?

Politiquement, je n’ai pas trop de point de vue. Economiquement, un peu plus parce que dans ma famille, il y a des mineurs ; je ne suis pas sur place, c’est difficile. Avant, déjà, les mines fermaient ; et là-bas, c’est ça, les mines ; il n’y a pas d’autre travail. C’est effectivement une région qui a un problème par rapport à l’emploi.

Avec quelle formation serez-vous à Amiens, sur scène ?

Aujourd’hui, j’en sais un peu plus car on a fait cinq concerts. On a commencé la tournée. Il y a cinq musiciens (batterie, basse-contrebasse, clavier, guitare-violon, clavier-guitare). Les arrangements ont été faits par Frédéric Elbert. Supers arrangements, sans bousculer les anciens arrangements, mais en leur donnant un petit coup de dynamique. Beaucoup de chansons lentes. Et des pics qui donnent une certaine énergie. Kabaret et Piaf, c’était plus un spectacle ; là, c’est plus un concert. J’enchaîne des chansons anciennes et des nouvelles auxquelles j’ai envie de donner vie car c’est ça aussi : les faire découvrir, les emmener avec moi pour la première fois. J’ai dessiné les décors car j’aime bien faire ça. C’est un peu élégant, un peu chic. Je recherche le, positionnement des musiciens ; il y a aussi une grosse ampoule très spéciale sur scène. Et un lustre très moderne. En même temps, je veux que ce décor soit un peu roots. Mais avec une certaine élégance ; j’ai toujours aimé ce côté fille, femme. Voilà. Après il faut que ça se simplifie. Sinon, ça fait trop construit. C’est pour ça aussi qu’on fait des dates de rodage. Car quand on fait des répétitions dans une salle vide, la réaction du public, on ne la connaît pas. Quand on se retrouve devant le public, on comprend si l’enchaînement des chansons est bon. Depuis, on a changé deux ou trois chansons de place. Je crois que c’est un spectacle qui est dynamique et dans l’émotion aussi. Je crois que les gens me redécouvrent à nouveau car en faisant des spectacles comme Kabaret et Piaf, ce n’est pas que les gens m’avaient perdue, mais j’étais allée ailleurs. Ils sont contents car ils me retrouvent avec, en plus, des années d’expérience. Les gens me disent : « Tu chantes mieux que jamais ! » Il vaut mieux que ça aille dans ce sens-là.

                                               Propos recueillis par

                                              PHILIPPE LACOCHE

Jean-Marie, Sabine et Johnny

Littérature et musiques. Beaucoup de plaisir dans ma besace de marquis des Dessous chics.  D’abord, quel bonheur d’aller accueillir Jean-Marie Rouart sur le quai de la gare SNCF d’Amiens, en compagnie d’Anne Martelle. Nous avons traversé le marché de Noël. Petite bruine d’hiver un peu grasse comme des gouttes nasales. Toit de guirlandes de neige. De loin, Anne montre à l’écrivain la cathédrale éclairée. Il nous parle de Ruskin, puis de sa joie de voyager seul, par le train. Il est sympathique, Jean-Marie Rouart. Nous fonçons vers la librairie où un public nombreux l’attend. Il y présente son remarquable livre Ces amis qui enchantent la vie (éd. Robert Laffont). Son ton est passionné. Gourmand ; gourmand de littérature, fasciné par l’écriture et les écrivains. Rien de trop dans ses propos. Qu’il nous parle de Romain Gary, ou du premier livre qu’il a lu, Le Rouge et le Noir, de Stendhal, tout sonne juste. « Je me suis identifié à Stendhal. Même timidité. Et je rêvais à l’amour. » Il dit de son dernier opus qu’il n’est pas rationnel, qu’il n’a rien d’universitaire. « C’est le livre d’un amoureux des livres. Je suis allé vers mes enchantements personnels. » Il reconnaît que le portrait est un art difficile : « Je suis issu d’une famille de peintres. J’ai tenté de faire en sorte que mes portraits ne soient pas académiques. Dire des choses justes mais dans une forme plaisante. » Il parle de Stendhal, encore, et de ses insuccès successifs auprès des dames. Tout le contraire des héros de ses romans : « La réalité est abolie et c’est une vie magique qui apparaît. » Et quel bonheur quand évoque le grand romancier Michel Déon qu’il connaît très bien. « Je l’ai rencontré en 1969, sur l’île de Spetsai, en Grèce. » La scène sur passe sur le port. Un homme l’aborde : « Il paraît que vous me cherchez ? » « Non, j’attends Michel Déon », répond Jean-Marie Rouart. « C’est moi. » Il s’attendait après lecture à voir arriver un demi-Dieu quasi inaccessible ; il se retrouve en face d’un homme modeste, affable, courtois. « Le Michel Déon comme on l’aime », eût pu dire Kléber Haedens comme il le disait à propos de la France. Musique maintenant ; autres plaisirs. Je me suis rendu au superbe Théâtre impérial de Compiègne pour assister au concert de Sabine Devieilhe et de l’ensemble Pygmalion. L’intitulé du concert ? Mozart, une académie pour les sœur Weber. Le fraternel compositeur fut amoureux d’

Jean-Marie Rouart interviewé par Anne Martelle.

Jean-Marie Rouart interviewé par Anne Martelle.

, épousa sa petite sœur, Konstanze ; pour l’aînée, Josepha, il écrivit le rôle de la Reine de la nuit dans La Flûte enchantée. Passions amoureuses de Mozart ; passions musicales. Le tout porté par l’étoile lyrique du chant lyrique français et un talentueux ensemble. Un régal. Enfin, je n’ai pas résisté à ma curiosité naturelle et suis allé au Zénith pour le concert de Johnny Hallyday. En première partie, Manu Lanvin que j’avais interviewé quelque temps plus tôt. Johnny : fabuleux showman ; musiciens exceptionnels et purs moments de bonheur quand ils s’adonnent sur le bord de la scène à un répertoire électro-acoustique constitué des grands standards du rockabilly, du rock’n’roll et du blues (Carl Perkins, Eddie Cochran, Chuck Berry, etc.) Et, surprise, il avait invité Paul Personne à faire le bœuf. Paul et moi, on se connaît depuis 1978. Revue Best. Suis allé le voir dans les loges. Chaleureuses retrouvailles. Emouvant.

Dimanche 20 décembre 2015.

Le cirque Phénix né de la tempête

Alain Pacherie, créateur et metteur en scène du cirque Phénix, est aussi un homme de coeur.

Alain Pacherie, créateur et metteur en scène du cirque Phénix, est aussi un homme de coeur.

    Le cirque Phénix, et son spectacle « Cirkafrika 2 » sera au Zénith d’Amiens, le jeudi 15 janvier, à partir de 20 heures. Rencontre avec son fondateur et metteur en scène Alain Pacherie.

    Ce n’est pas un cirque tout à fait comme les autres. Entre la comédie musicale, le spectacle général et le cirque. Humaniste, voyageur impénitent et découvreur, Alain Pacherie, qui est par ailleurs fondateur de l’association Culture du Cœur,  explique sa démarche et ses choix.

Alain Pacherie, comment êtes-vous devenu fondateur et metteur en scène du cirque Phénix ? Quel a été votre parcours ?

J’ai rencontré Annie Fratellini qui m’a donné le goût d’un cirque différent.  J’ai adoré cette forme de cirque.  A partir de ce moment-là, je me suis fait ma propre idée du cirque jusqu’à ce qu’en 1999, je fasse construire mon premier chapiteau.  C’était en octobre ; et en décembre une terrible tempête s’est abattue sur la France.  Je me suis dit : « Si je parviens à refaire un autre chapiteau, je j’appellerai Phénix. » J’ai voulu le faire sans mats intérieurs ; ce fut donc le premier cirque construit de la sorte.

Comment un tel type de chapiteau peut-il tenir debout ?

Les cirques traditionnels ont des mats intérieurs. Nous, on a fait des arches extérieures, qui passent par-dessus le chapiteau ; chaque arche fait cent mètres de long. Il faut cinq semaines pour installer ce chapiteau.  Les arches sont découpées en morceaux de douze mètres. Il faut des grues pour installer tout ça.  Puis on monte le toit ; on le tend pour qu’il n’y ait pas de prises au vent. Et on monte les gradins et tous les décors. C’est une véritable construction à chaque fois.

« Tout le monde fait la prière ensemble »

Comment est né le spectacle « Cirkafrika 2 » ?

C’est en 2002, que ma famille m’a emmené aux Etats-Unis, voir un cirque communautaire, fondé par des Noirs et réalisé par des Noirs.  J’ai ressenti une émotion très particulière. Ensuite, je suis parti en Afrique.  J’ai rencontré un artiste burkinabé, Winston, qui est clown. Avec lui, on a fait le premier Cirkafrika en 2012.  J’avais passé du temps à étudier le cirque africain ; j’ai découvert une culture incroyable.  Je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse un deuxième ; c’est celui qui est proposé aujourd’hui.  Il y a là des artistes d’Afrique du Sud, de Côte d’Ivoire, de Tanzanie, d’Ethiopie, etc. L’Afrique francophone est représentée tout comme l’Afrique anglophone.  Plusieurs religions sont représentées, et tout le monde fait la prière ensemble avant le spectacle.  Tout le monde se prend la main, en même temps.  C’est très fraternel, comme une chaîne d’union.

On dit que ce spectacle se situe entre la comédie musicale et le spectacle de cirque. Vos goûts vous conduisent-ils à préférer l’un des deux genres ?

Justement, là où je me sens le mieux, c’est quand il y a plusieurs genres.  C’est pour ça que j’ai monté ce spectacle ; il y a un orchestre en live, des chanteurs, des numéros de cirque. C’est un spectacle complet même si ça reste un spectacle de cirque avec d’autres formes de spectacles, de cultures et d’arts de façon à les mettre en valeur.  Le chapiteau sans mats permet de pratiquer des spectacles différents. Préalablement, j’avais fait un spectacle en 3D ; une abeille venait présenter les numéros à un mètre des spectateurs.

« Le cirque est pour moi, une forme artistique idéale, celle de tous les possibles », dites-vous souvent. Pourquoi ?

Parce que le cirque réunit des artistes au talent extraordinaire qui permet de réaliser énormément de choses. On trouve par exemple des danses tribales ; elles sont très visuelles. Elles s’adaptent bien à l’esprit du cirque. Un cirque inter générationnel, inter culturel. Cela permet d’évoluer dans un monde culturel beaucoup plus large.

La musique et la danse sont très importantes dans ce spectacle. Vos goûts personnels vous conduisent vers quels genres, quels styles ?

    Mes goûts sont très éclectiques. Je vais aux concerts ; j’aime le rap, la musique populaire. D’où l’instant où c’est bon, j’adhère.

Le balafon, instrument originaire d’Afrique occidentale, est très présent dans la présente création. Pourquoi ?

   Le balafon est un instrument artisanal constitué notamment de lames de bois, de petits pots de terre ; on utilise un petit maillet.  Quand j’ai découvert cet instrument, je me suis dit, il faut un faire un orchestre.  Autre instrument africain extraordinaire : la kora.  Il y a aussi la flûte africaine dont on  sort un son très particulier.  L’artiste qui en joue, est capable de chanter en même temps.

On dit que l’histoire du cirque en Afrique est douloureuse. Pourquoi ?

A la fin de l’avant-dernier siècle,  on avait mis les Noirs en cages sur les pistes de cirque.  Il y avait eu aussi l’Exposition universelle… Mais les Africains ne sont pas rancuniers puisque là-bas, le cirque peut être un ascenseur social.  Et il y a des numéros extraordinaires ; le cirque s’est très bien développé en Afrique. Maintenant, en matière de cirque, derrière la Chine et la Russie on trouve l’Afrique ; elle talonne ces deux pays.

Vous êtes un homme de cœur. Vous êtes fondateur de l’association Culture du Cœur. En quoi consistent vos actions ?

 J’ai eu énormément de chance dans ma vie.  Je suis originaire de banlieue (je suis né dans le 93, et j’ai été élevé dans le 94).  C’est bien la réussite, mais il faut qu’elle serve à quelque chose.  Comme j’ai eu beaucoup de chance, je me suis dit qu’il fallait que je le rende à ma façon. L’association Culture du cœur a été créée il y a une douzaine d’années ; nous récupérons des places dans les spectacles pour en faire profiter le public défavorisé. La culture, c’est pour tout le monde ; ça nous permet d’offrir des billets de spectacle aux plus défavorisés. Les autres producteurs de spectacles quand on leur demande des places, ils répondent oui.

Vous avez connu la chanteuse Monique Morelli. Dans quelles circonstances ?

J’étais un jeune débutant ; je n’avais pas grand-chose.  Son mari avait demandé des paroles à Louis Aragon. C’était en 1968. Je me suis occupé de Monique Morelli ; j’ai cherché un éditeur pour cette chanson.  Je n’y connaissais rien ; j’ai rencontré un éditeur qui m’a écouté car les paroles d’Aragon se positionnaient contre l’entrée des chars soviétiques à Prague, ce qui constituait un événement.  J’ai demandé une très forte somme car je le répète, je n’y connaissais rien. Une somme bien au-delà de ce qui se demandait habituellement. L’éditeur en face de moi a accepté.  Aragon a été étonné car il était concerné ; il a dit : « Je veux rencontrer ce jeune homme car on ne m’a jamais payé des droits aussi chers pour une chanson. » C’est comme ça que, grâce à Monique Morelli, j’ai dîné un soir avec Louis Aragon et Elsa Triolet, chez Monique Morelli, à Montmartre.  D’abord, Aragon m’a reçu chez lui, rue de Varenne. Il m’a questionné sur mon parcours.  Ces personnes déjà une aura incroyable.

                                             Propos recueillis par Philippe Lacoche

 

 

 

 

Dieudonné : « Je suis un islamo-chrétien »

Dans le long entretien qu’il nous a accordé, Dieudonné s’explique. Il évoque son art, le rire, l’anti-sionisme, l’antisémitisme, Jean-Marie Le Pen, la littérature et les religions. Il parle en toute liberté.

De quoi est composé votre spectacle Foxtrot?

Dieudonné : C’est un spectacle que j’ai commencé à tourner en juin 2012, et que je terminerai en juin 2013, un an plus tard. Je suis en tournée depuis le mois de février. C’est un spectacle qui traite de la danse, le foxtrot, mais aussi la danse de façon plus générale. La danse des mots, la danse des idées. Autour de la danse, je m’interroge sur les sociétés, sur le monde dans lequel je vis.

Pourquoi cette danse, le foxtrot?

Je suis amateur de jazz. Je cherchais une danse; celle qui illustrait le rêve américain, c’était le foxtrot. Je me suis inspiré de cette musique et de cette danse pour illustrer ce rêve américain qui, pour beaucoup, fut un cauchemar, encore aujourd’hui. Je pense aux Indiens d’Amérique, aux Noirs d’Afrique, déportés, aux Japonais (Hiroshima et Nagasaki ). Le rêve américain, ce n’était pas forcément quelque chose de très positif. De plus, le nom Foxtrot sonnait bien. A une certaine époque, cette danse illustrait beaucoup de choses.

Quand et comment avez-vous écrit ce spectacle ?

Comme tous les autres spectacles… C’est vrai que je travaille beaucoup; je fais un spectacle par an. Par rapport aux autres humoristes de ma génération qui – c’est vrai font souvent du cinéma – réalisent spectacle tous les quatre ans. J’accorde beaucoup plus de temps au one-man-show… Mon prochain spectacle est en écriture. Il s’appellera Le Mur (le titre n’est pas définitif).

Serait-ce une référence à l’excellent recueil de nouvelles de Jean-Paul Sartre?

(Rires.) C’est vrai… on m’en a déjà parlé. Mais non… Pink Floyd a également fait un album de ce nom. Autour de cette réalité de mur, on peut faire passer pas mal de choses. Pour revenir à Foxtrot, je m’inspire pendant l’année de ce qui a pu me toucher. Mon rôle en tant qu’humoriste, de bouffon à la cour, c’est de mettre le doigt sur les abcès de cette société. Parfois c’est un peu douloureux, mais je crois que c’est toujours salutaire, de rire des choses les plus difficiles, les plus délicates car en riant, on retrouve la communion; c’est l’inverse des guerre. Un humoriste a son rôle à jouer dans une société qui est en crise.

Revendiquez-vous ce rôle de bouffon du roi?

Le bouffon à la cour du roi était censé, par sa liberté de parole, aborder des sujets que d’autres se refusaient d’aborder. Le roi le laissait faire jusqu’à une certaine limite; après, il lui coupait la tête. Aujourd’hui, on coupe le micro. En la matière, j’ai été exposé. Oui, je revendique ce rôle de bouffon parce que c’est un métier difficile, passionnant; la scène est un espace d’expression unique en son genre.

Est-il exact qu’avec Foxtrot, vous recentriez votre expression autour de l’humour pur, en laissant de côté la provocation pure?

Oui… peut-être… Il y avait le spectacle Mahmoud qui a pu apparaître plus provocant. Moi, je ne le ressens pas comme ça. En tout cas, le sujet de la danse est plus accessible ou plus acceptable pour certaines élites qui contrôlent la pensée dans notre pays. Je parlais, bien sûr, de Mahmoud Ahmadinejad qui, de par son action, sa politique, sa personnalité, est plus dérangeant que le foxtrot. Un moment, je parle des extra-terrestres, de l’Afrique, de la danse; c’est certain, il s’agit d’un spectacle qui pose moins de problèmes.

Le 17 mai prochain, vous vous produirez au Zénith d’Amiens. Vous avez déjà joué dans cette ville. Comment cela s’était-il passé? Vous la connaissez un peu?

On avait joué dans une salle; des gens issus des quartiers nous avaient invités. C’était très agréable car il s’agissait de visiter la ville avec des gens qui sont concernés. On en apprend beaucoup plus que lorsqu’on vient comme ça, en touriste. Cette année, c’est par un autre intermédiaire puisque c’est une société de production qui nous a demandé de venir. J’avais visité la ville. La prestation était formidable. Il y avait eu des émeutes peu de temps avant à Amiens Nord; on avait rencontré le gens. Il y avait un retentissement national. Je me souviens qu’Amiens était sous les feux des projecteurs des médias. On avait mangé dans les quartiers dans un petit restaurant.

Par le passé, vos prestations ont suscité des polémiques, des réactions, des problèmes, voire des interdictions. A Amiens, à l’époque, ça s’était bien passé? Et cette fois-ci, il n’y a pas eu de problèmes pour que vous puissiez vous produire au Zénith?

En fait, les problèmes avaient commencé à la suite d’un sketch que j’avais fait dans une émission de Marc-Olivier Fogiel, en direct sur France 3. C’était une des seules émissions en direct; mon sketch critiquait un peu la politique israélienne. Ca avait provoqué une certaine polémique; tout est parti à ce moment-là. Les politiques s’en sont mêlés; interventions jusqu’au président de la République qui s’est senti obligé de commenter ce sketch. De Sarkozy à Hollande qui demandait aux gens de ne pas aller voir mon spectacle. Derrière, l’occasion pour tout un tas de gens qui font de la politique localement qui se sont sentis obligés d’apporter leurs soutiens… Je suis devenu un instrument pour plaire à certains lobbies qui peuvent avoir de l’influence. Il y a eut un tournant charnière : le procès de la ville de La Rochelle. Il y eut aussi la décision du Conseil d’Etat. Jusqu’à ce qu’une ville soit condamnée à me verser 40 000 euros. A partir de cet instant, il y a avait jurisprudence et tout s’est calmé. Les villes qui voulaient interdire mes spectacles prenaient le risque de se faire condamner.

Comment expliquez-vous toutes ces polémiques autour de vos spectacles?

En d’autres temps, d’autres artistes (peut-être pas à mon niveau car je dois avouer que je suis fier d’avoir porté mon humour à ce degré d’infréquentabilité) comme Coluche, Desproges, avaient déplu. Si l’on remonte dans l’histoire du théâtre, il y avait aussi Molière qui avait été chassé de la cour. J’ai la sensation d’être dans la tradition de l’histoire de l’humour.

Ce côté infréquentable ne vous dérange pas?

Je suis infréquentable par rapport à certains milieux. Ca fait maintenant plus de 25 ans que je fais ce métier et plus de dix ans que je suis rentré dans cette catégorie des infréquentables. Je suis infréquentable par rapport à des gens qui avaient du pouvoir, qui n’en ont plus. D’autres sont en prison. Aujourd’hui, les choses évoluent très vite : ceux qui me montrent du doigt, deviennent, eux aussi, très vite infréquentables, sont condamnés. Moi, je reste concentré sur ce que je sais faire : faire rire les gens. Et je pense que dans ma catégorie et dans mon style… Il y a des jeunes qui arrivent et qui commencent à déranger plus que les autres. Tant mieux. Surtout en temps de crise, c’est une soupape indispensable que de pouvoir rire. Quand les gens rient, ou sourient, ils ont moins envie de rentrer dans des conflits plus violents. Je pense que le rire contribue à apaiser les choses.

Certains vous reprochent d’être antisémite; vous répondez que vous êtes anti-sioniste. Vous venez de l’ultra-gauche. Pourriez-vous expliquer le cheminement de votre pensée?

J’ai commencé sur le chemin de l’antiracisme, anti-Front national, notamment à Dreux. Ensuite, je me suis rendu compte de l’instrumentalisation de l’antiracisme à des fins politique était quelque chose d’étrange. Je pense que j’ai été un peu manipulé. Se battre contre le racisme, c’est ouvrir le dialogue et de discuter avec ceux qui font peur. Aujourd’hui, j’ai rencontré les gens qui étaient montré du doigt et considérés comme des racistes. Il y en a, c’est vrai. D’autres sont des protectionnistes; ils pensent que la société française ne doit pas évoluer vers le métissage. D’autres sont nationalistes. En ce qui concerne ma génération, les racistes venaient plutôt de l’extrême droite. En réalité, le racisme, c’est beaucoup plus compliqué que ça. J’ai rencontré Jean-Marie Le Pen; il n’est pas plus raciste que les gens qui sont au gouvernement. Je dirais même qu’il l’est un peu moins car autour de lui règne plutôt l’esprit de la nationalité française. Je n’ai jamais partagé le courant de pensé du Front national. En revanche, la diabolisation de Jean-Marie Le Pen a servi d’instrumentalisation… Il n’était pas plus raciste que Jacques Chirac qui a mené une politique en Afrique digne de la politique des pires années. Sarkozy, c’était encore pire. Le racisme, on ne peut pas mieux l’illustrer que le discours de Sarkozy à Dakar. L’argent… Comme l’Afrique est un continent qui regorge de matières premières (c’est un continent extrêmement riche potentiellement)… pour moi, il n’y a pas plus racistes que les gens de l’UMP et du PS. Aujourd’hui, je suis plutôt étiqueté comme venant de l’extrême gauche.

De l’ultra-gauche plutôt.

Oui, de l’ultra-gauche. Je préfère les extrêmes car ils n’ont jamais été au pouvoir. Les gens qui crient, qui beuglent, feront certainement la même chose le jour où ils seront au pouvoir. Au moins, ils ont cette qualité, c’est de ne pas être dans les réseaux de pouvoirs. L’UMP et le PS, non… je préfère tout sauf ces partis-là.

C’est la pensée unique qui vous dérange?

Oui, et je pense que l’exercice de la démocratie ce serait qu’il y ait une vraie discussion à l’Assemblée nationale et que cette assemblée soit composée de gens d’extrême gauche et de gens d’extrême droite. Au moins, on aurait un vrai débat; on aurait des acquits, et on aurait une vraie discussion autour de cela. Quelle majorité? J’ai plutôt une sensibilité de gauche, mais qu’est-ce que ça veut dire la gauche? La gauche n’a rien à voir avec le Parti socialiste qui est un parti du centre comme l’UMP; en fait, c’est un parti de pouvoir. Ce sont des réseaux. On le voit avec ce qu’il vient de se passer avec l’affaire Cahuzac; on voit toute l’hypocrisie du système. Je ne veux pas crier avec la meute contre Monsieur Cahuzac qui n’est que le fusible d’un système. La question, ce n’est pas savoir qui a un compte en Suisse; la question c’est de savoir qui n’en a pas. C’est ça la réalité des choses. 90% des Français qui seraient dans leur situation auraient un compte en Suisse. C’est une hypocrisie de dire le contraire. Personnellement, c’est peut-être le fait de ne pas en avoir qui me rend assez léger sur la question. Je ne vois pas en quoi c’est devenu le tournant politique. Je crois qu’il y a vraiment une volonté politique avec cette crise de créer en chaos en France. Le chaos va servir à créer une situation irréversible qui va entraîner le pays dans une récession (une guerre, je ne sais pas…), et la croissance reviendra avec la reconstruction de cette société, de ce système sur des bases nouvelles avec cette même bipolarité, peut-être pas droite-gauche… Je pense que ce système ne peut retrouver la croissance qu’en passant par une remise à zéro de tout. La guerre a toujours été le seul moyen… Je ne la souhaite pas évidemment, mais je constate que tout est fait pour que la France connaisse un déchirement total entre chrétiens et musulmans, et ça c’est dramatique. Je suis persuadé qu’il s’agit bien de la même religion au départ et que chacun à son interprétation des choses et qu’il y a une volonté de division. Ils ont envie de montrer que l’islam est une religion archaïque, d’un autre temps, ce qui est complètement absurde. L’islam est une religion qui rassemble de plus en plus de monde sur terre et l’histoire de la chrétienté, c’est de s’inscrire dans cette continuité. Moi, j’ai grandi dans la lumière de Jésus (c’est comme ça qu’on appelait ça chez moi…).

Vous êtes croyant?

Oui… Au départ, je suis passé par tous les états de cette croyance. On m’a montré du doigt la religion dans laquelle j’étais né comme archaïque.

Dans quelle religion avez-vous été élevé?

La chrétienté. On me disait que ce n’était pas bien. Dans le milieu artistique, c’était quelque chose de très négatif. Et puis j’ai fait un spectacle Rendez-nous Jésus; je me suis rendu compte que la laïcité était une nouvelle religion. On parle de morale laïque, de valeurs laïques. Je m’interroge là-dessus. Et la vie passant, on est amené à s’interroger; il y a de grands moments, de grands tournants dans l’existence. Des décès, la mort de mon père; il a fallu l’enterrer au niveau religieux. Benoît XVI m’a redonné un peu confiance dans la religion catholique, par sa démission. Je pensais que c’était bien pour tous les Chrétiens de rendre Jésus vivant. Je pense que je suis croyant, mais selon moi, tout le monde est croyant. Même l’athée est croyant; il croit en quelque chose. C’est dommage de laisser Jésus aux marchands du temps. Je trouve ça ridicule.

Certains vous reprochent d’être antisémite; vous répondez que vous êtes anti-sioniste. Etes-vous antisémite?

Non. La meilleure réponse que je puisse fournir est que je n’ai pas le temps. Car c’est un travail à temps complet. Je n’ai pas du tout le temps pour ce genre de facétie.

Vous avez fait venir Faurisson sur scène. Pourquoi?

Je ne connaissais pas très bien Faurisson. Et tous ces sujets sur le révisionnisme m’étaient très étrangers.

Mais vous le connaissiez?

Pas du tout. J’ai appris que c’était la personne la plus infréquentable. On m’a dit que si j’invitais Faurisson sur scène, j’étais mort, j’étais grillé. C’est ça qui m’a plu chez lui. Et, après avoir appris sa contestation des chambres à gaz, j’ai appris qu’il contestait le fait que Gorée était l’endroit d’où était parti l’esclavage. Or, je m’apprêtais à faire mon voyage à Gorée comme tous les afro-descendants… Et j’ai trouvé intéressant sa façon de voir les choses : imaginer que des gens noirs du monde entier viennent se recueillir à un endroit qui, finalement, n’était pas cet endroit-là. D’ailleurs, il m’a convaincu en partie qu’il était plus pratique de réaliser cette opération de déportation de la côte. Je me suis renseigné un peu, et j’ai vu qu’au Bénin, notamment, il y avait un port où beaucoup de choses se sont réalisées aussi. Peut-être que des gens ont été déportés de Gorée, c’est fort possible. Mais cette cathédrale de la souffrance noire qui est érigée à Gorée n’est peut-être pas le seule endroit. En tout cas, ça a ouvert une porte. Je l’avais rencontré par rapport à ça. Et très vite, je me suis aperçu que son travail portait également sur la dernière mondiale, notamment sur les camps de concentration, qui lui avait attiré tous ces problèmes. Son histoire de Gorée tout le monde s’en fout car la plupart des élites, notamment ceux qui réalisent les manuels scolaires, n’en ont rien à faire de cette période-là. Selon lui, la souffrance de la dernière guerre mondiale, c’est comme s’il n’y avait jamais eu de souffrance avant et qu’il n’y en aura jamais après… Et j’ai su ça au même moment que je l’ai invité sur scène pour lui remettre le prix de l’Infréquentabilité. Après on a discuté; il m’a fait part de sa vision, notamment par rapport aux chambres à gaz. Je ne serai pas la bonne personne pour en parler car c’est un sujet que je ne maîtrise absolument pas. Je suis très perplexe de cette loi Gayssot qui interdit à tout citoyen français à contester la réalité des chambres à gaz. Par contre, vous pouvez tout à fait contester d’autres génocides; par exemple dire qu’il n’y a pas eu Gorée, ou dire que les esclaves ce sont des Noirs qui se sont vendus eux-mêmes. Vous pouvez tout dire; et vous n’aurez pas de problème avec la justice. Faurisson m’a appris ça; moi, c’était son infréquentabilité qui m’avait séduit. Aujourd’hui, c’est devenu quelqu’un que j’apprécie beaucoup; je pense que c’est quelqu’un qui a recul sur lui-même, qui arrive à rire. C’est tout ce qui m’intéresse. Après, toutes ses théories qu’il développe, il faudrait qu’il puisse en parler librement. Je ne trouve pas normal que Faurisson ne puisse pas s’exprimer.

Vous êtes allé à Auschwitz. Vous avez pu constater que les chambres à gaz avaient bien existé.

Oui, je suis allé à Auschwitz. J’ai constaté que c’était un camp de concentration, une prison à ciel ouvert avec de grands barbelées, des baraquements en bois.

Dans l’un des clips (qui concerne Timsit), vous avez mis des images de corps poussés par des bulldozers.

C’est-à-dire que moi j’y suis allé… je peux dire que… après c’est toujours le poids des mots. C’était la guerre. C’est sûr que ce qui s’est passé là était particulièrement insupportable mais ce n’était pas unique.

Il y avait tout même une industrialisation de la mort inégalée.

Ca, c’est l’argument. On prétend que c’était la première fois qu’il y avait une méthode systématique, organisée, industrielle. Non, ce n’était pas la première fois. Il y avait eu les Indiens, les Noirs d’Afrique, les aborigènes, et puis en Amérique, il y a eu des massacres. Je dirais que Faurisson s’est concentré sur les chambres à gaz. Quand on dit qu’il est négationniste, je ne pense pas qu’il nie l’existence de ces camps. Je ne peux pas nier que ça a existé. Lui ce qu’il nie c’est l’existence des chambres à gaz. Moi, j’y suis allé, et j’ai visité une chambre à gaz. Il y a en une, mais elle a été reconstruite soit disant à l’identique; Faurisson prétend que…

Mais il y a tous les journalistes qui sont arrivés sur place dans les camps à la fin de la guerre…

Vous y êtes allé?

Non.

C’est dommage…

Mais il y a eu des témoignages, des images. Je ne porte pas Faurisson dans mon coeur.

Vous ne le connaissez pas; c’est dommage. Personne ne connaît réellement Faurisson; c’est dommage. Ce qui me plaît chez lui c’est qu’à 84 ans, il a une vivacité d’esprit et de l’humour sur lui-même que j’ai rarement vu. Tout le monde se dit que c’est un nazi. Il a été dans la France antinazie. Il était contre les Allemands. De plus il est d’origine écossaise. Il avait eu des ennuis car il avait écrit « Mort à Laval! ». Or, en tant que journaliste, si vous décidiez de faire un entretien avec Faurisson pour voir ce qu’il pense, vous ne pourriez pas car il y a une loi.

C’est vrai que c’est dommage. Comme il serait dommage de ne pas pouvoir lire Céline, magnifique écrivain de Voyage au bout de la Nuit, mais aussi, par ailleurs, auteur de pamphlets antisémites insupportables.

C’est exact. Céline a écrit des choses sur les Noirs que je ne supporte pas. Il n’empêche que c’est un grand écrivain. Mais la politique de de Gaulle en Afrique est une politique raciste. On a promis aux Africains qui sont venus se battre pour la France tout un tas de choses qui, finalement, ils n’ont pas eues. Les bataillons africains étaient ceux qui étaient en première ligne. On ne leur a rien donné. De Gaulle est venu au Cameroun pendant la guerre comme un clochard. Il est remonté; il a organisé toute la révolte. Et les Africains n’ont jamais rien eu. L’indépendance, c’était une indépendance de façade qui était plus profitable que de donner la nationalité française à tous ces Africains… C’est dommage. C’est pour ça, pour moi qui suis Français d’origine africaine, le racisme ne me dérange pas. Je sais qu’il y a des gens qui ont peur des Noirs car ils ne les connaissent pas et que la vie les a mis à l’écart de cette réalité. En face de Noirs, d’Arabe, de Chinois… ils sont choqués. Une fois qu’ils parviennent à parler ensemble, ils parviennent à s’entendre. Le racisme est quelque chose qui n’est pas grave en soi. C’est l’Histoire… On a déporté des Africains à la place des Indiens car on ne le connaissait pas; on les considérait comme des animaux. Il a fallu des siècles pour comprendre… Tout ça traité par l’humour, c’est vraiment passionnant.

Et votre chanson « Chaud ananas » ?

C’est une parodie effectivement. Cette chanson est née… C’était la première fois qu’un artiste était inquiété pour un sketch que j’avais fait chez Marc-Olivier Fogiel. C’était la première fois depuis Molière qu’un artiste était condamné pour quelque chose qu’il avait réalisé sur scène. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse un acte de réparation. Comme j’avais été accusé d’incitation à la haine, je me suis dit : « Je vais faire une petite chanson légère. » Je vais reprendre l’ananas, un fruit exotique cultivé au Cameroun. J’en ai fait une chanson. Il n’y a absolument rien dans cette chanson… J’ai été condamné. Pourtant c’était « Chaud ananas ». Après, celui qui veut m’attaquer l’orthographie comme il le veut. Pour moi, c’était la seule réponse qu’un humoriste puisse donner à l’autorité morale de ce pays qui, tout d’un coup, vous explique qu’on ne peut pas rire de « Chaud ananas ». Alors, comment se fait-il qu’Annie Cordy faisait « Chaud chocolat »? Elle était habillée en négresse avec de grosses babines, dans une tasse à café. Ca, ça ne choquait pas… Comment se fait-il que Michel Leeb se grattait sous les aisselles et disait : « Ce sont mes narines, c’est pas mes lunettes. » Où commence et où se termine la liberté d’expression?

Pensez-vous que la personne qui, il y a quelque temps, voulait faire interdire Tintin au Congo – car les Noirs y étaient moqués – avait raison?

Non; je suis pour la liberté d’expression, le problème c’est qu’il faut interdire Tintin au Congo car on interdit. Il faut, dans ce cas, tout interdire. Il faut interdire tout le monde… tous ces gens qui attisent la haine. La haine est une notion subjective; on peut ressentir de la haine en écoutant Jean-Jacques Goldman. Ou Johnny Hallyday. Ce n’est pas moi qui le dit, mais certaines personnes disent : « Johnny, il est con. Ah que! Ah que!… » Moi, je m’en fous; je ne le connais pas. A partir du moment où on interdit « Chaud ananas », il faut interdire Johnny Hallyday. C’est la moindre des choses.

Expliquez-moi le concept de la quenelle.

C’est né dans un spectacle… C’est devenu une sorte de mode; tout le monde se jette dans l’exercice de la quenelle. La quenelle, il y a plusieurs définitions : on en a jusque là. (N.D.L.R. : Dieudonné fait un geste assez évocateur avec son bras.)

Serait-ce phallique?

Oui, un peu. Ca peut vouloir dire : « Je vais te glisser une quenelle dans le fion. Dans le fion du système. » Là, c’est glisser la quenelle. Et puis, il y a aujourd’hui toute une compétition de maîtres quenelliers. Certains joueurs de foot qui ont marqué un but, font la quenelle. Maintenant, la quenelle avec ce geste-là, ne m’appartient plus.

Et ça vient de où cette idée de quenelle?

C’est chez moi; je me suis dit : « Tiens, on va leur glisser une petite quenelle. » Pourtant, ma femme est du Sud-Ouest, et on ne mange pas vraiment de quenelles. C’est une expression que j’ai trouvée… La quenelle, ce n’est pas très agressif. C’est mou; ce n’est pas méchant. Ca ne peut pas provoquer de lésion. J’ai trouvé que c’était une manière assez souple, assez humoristique…

Ce n’est pas une quenelle roccosiffredienne.

Voilà. On n’est pas dans un truc abrasif; on est dans un truc plutôt décontracté. C’est encore plus décontracté que le suppositoire. Pour peu qu’il y ait une petite sauce écrevisse avec…

Où en sont vos relations avec Marine Le Pen?

Je n’ai jamais eu de relations avec Marine Le Pen. Elle a dit que je n’étais pas sa tasse de thé. Je pense que Marine Le Pen a une vie politique, une entreprise politique et elle gère sa boutique.

Et avec Jean-Marie Le Pen?

Jean-Marie Le Pen, c’est un personnage assez infréquentable… Moi, je me suis battu contre lui pendant des années, et j’ai eu, après, l’occasion de le rencontrer. C’est devenu quelqu’un que j’ai plaisir à rencontrer. On a une relation amicale maintenant.

Partageriez-vous ses idées?

Non. Je n’ai jamais soutenu son parti. Mais c’est l’homme qui, à mon avis, a marqué vraiment l’Histoire. Il a été un épouvantail dans le champ de la politique. Et c’est intéressant car, finalement, il a tenu son rôle. Il a rendu service aux gens de pouvoir. Mitterrand en avait besoin pour gagner des triangulaires.

Mitterrand, ainsi, est parvenu à quasiment liquider le Parti communiste.

C’est ça… Jean-Marie Le Pen en a profité en tant de gérant de PME de la politique. J’espère qu’il aura l’occasion, un jour, de s’exprimer réellement sur son parcours, sur sa vie. C’est quelqu’un d’intéressant à écouter. Il est très différent de ce que les médias disent de lui.

Aimez-vous la littérature? Lisez-vous beaucoup?

Oui, mais j’ai de moins en moins le temps de lire.

Citez-nous quelques écrivains que vous aimez?

Evidemment Céline. Marc-Edouard Nabe a beaucoup de talent. Alain Soral. J’aime aussi la littérature orientale, libanaise par exemple. Les vieux classiques. J’aime bien les auteurs antillais. J’ai eu la chance d’en rencontrer beaucoup car j’ai eu la chance de faire partie du jury d’un prix littéraire d’Outre-Mer. J’aime

Dieudonné, dans son théâtre, à Paris.

Chamoiseau, Fanon, Césaire… J’aime aussi Garaudy.

Garaudy qui était très apprécié par l’ultra-gauche…

Oui, j’étais tout à fait dans ce mouvement. J’appréciais ses positions sur la Palestine, sur l’Afrique du Sud. Et moi qui suis un homme de théâtre, je lis tous les classiques. J’aime également beaucoup Audiard. J’aime sa poésie urbaine; c’est extraordinaire! J’ai également eu la chance d’être très copain avec Claude Nougaro. Personnellement, je n’ai pas le temps d’écrire; j’écris des spectacles mais ce n’est pas pareil. Une fois que j’ai écrit mon spectacle, j’ai un an pour le peaufiner. Alors que livrer une oeuvre, comme ça, je ne l’ai jamais fait. J’ai beaucoup d’admiration pour le travail des auteurs. Je me dis : quel boulot ! Nous, on défend notre texte; on l’a au bout de la 300e représentation. On a gommé toutes les aspérités; on tient quelque chose d’une efficacité redoutable; alors qu’un texte… L’écriture, c’est un vecteur de la pensée qui est le plus accessible, le plus facile à réaliser. Pour un créateur. Monter un spectacle, monter sur scène, ce n’est pas évident; c’est plus compliqué. J’aime bien la poésie, aussi.

Quels sont les poètes que vous appréciez?

Les poètes orientaux. Plus jeune, j’aimais Rimbaud. J’adore la musique (ma mère aimait beaucoup la musique). Ferré, c’était puissant… C’est dommage car la poésie n’a pas de réalité économique dans le monde du spectacle. A la télé, ça ne marcherait pas. Pourtant, on l’a étudiée à l’école; on y a été sensibilisés.

La poésie revient un peu grâce au slam et le rap.

Je suis d’accord. Il y a des trucs extraordinaires. En trois ou quatre minutes, on nous entraîne dans un autre univers. Moi, j’ai choisi le rire pour m’exprimer. En cette période de crise, on sent que c’est très important. Les gens ont une relation au rire qui a vraiment évolué. Après guerre, on rigolait en mangeant dans les cabarets… Et là, les gens ont besoin de rire pour évacuer un stress, une pression… On le voit avec le succès des spectacles humoristiques en France. Ces spectacles ont dépassé ceux des chanteurs. Tant mieux pour ceux qui, comme moi, croient au rire. On peut avoir dans une période comme la nôtre, la responsabilité d’apaiser les choses. Des les exciter, je ne pense pas; on ne part faire la guerre en riant. Certains prétendent que mon humour pourrait énerver… non… je ne le pense pas. Si vous venez voir le spectacle, vous verrez que ce n’est pas du tout le cas. Il n’y a jamais eu de bagarres…

Comment définiriez-vous votre public?

Ce n’est pas à moi d’en parler; il faut le voir. Il est de toutes origines. C’est drôle d’avoir dans une même salle des femmes voilées à côté de gens avec des croix, des gens d’un certain âge… il y a de tout…

Revendiquez-vous toujours une certain laïcité républicaine?

Le rêve de la laïcité, de la république, évidemment, j’ai grandi avec. Il fait partie de mon histoire, ce rêve. Mais qu’est-ce qu’il a donné? La moitié de ma famille est africaine. Qu’est-ce qu’a fait la République dans les territoire d’Afrique qui étaient contrôlés par les Lumières? Croyez-moi bien que les Lumières ne brillaient pas fort en Afrique.

Il y avait aussi des gens comme Victor Schœlcher.

Schœlcher récupère sur son nom seul… C’est un peu comme de Klerk et Mandela. Schœlcher, il n’a pas arrêté l’esclavage à lui tout seul. Ce sont les esclaves qui se sont libérés par eux-mêmes qui se sont affranchis. Par exemple à Nantes, il y a une place Schœlcher.

Vous pensez que c’est excessif?

Non, mais il n’y a même pas une impasse Toussaint-Louverture. Or, le héros noir de la traite nègrière, c’est lui. C’est lui qui est né esclave et qui va libérer Haïti. C’est très compliqué. C’est comme si on disait, en France, qu’on allait prendre un Allemand pour parler de la Résistance. Il y avait de bons Allemands, même des très bons.

Les premiers Résistants étaient des Allemands.

L’abolition de l’esclavagisme est avant tout dû à la volonté des Noirs. S’ils avaient voulu rester esclaves, il n’y aurait pas eu beaucoup de résistance. Mais comme toujours, les bénéfices de ces combats sont revenus à un Blanc franc-maçon. Ceci dit, la franc-maçonnerie doit porter des valeurs tout à fait intéressantes. Schœlcher avait fondé, au départ,une sorte de club de réflexion philosophique. Et, avec le temps, c’est devenu un organe de pouvoir. Comme toute religion car la franc-maçonnerie est une religion au sens latin du terme. Le pouvoir corrompt tout, toute organisation.

Vous avez en vous un côté très libertaire.

Oui, oui. On peut difficilement me classer. Je trouve que le classement n’est pas possible quand on est un artiste. Et pour moi, musulman et chrétien, c’est la même chose… Je le pense sincèrement. Je me considère comme un islamo-chrétien.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE