Patrick Besson : « Je lis très peu les articles politiques »

                  Il donne peu d’interviews. Surtout quand il s’agit de presse, de journalisme, de République et de politique. Long entretien avec le célèbre Hussard rouge.

Quel regard portez-vous sur le rôle de la profession de journaliste avant, pendant et après un conflit, une guerre ?

Patrick Besson : Auparavant, les journalistes, dans les conflits, servaient à la propagande de l’état, à l’exception de quelques journaux d’opposition qui étaient très rares et minoritaires. Le but est de mentir sur l’état des guerres. En gros, c’est un rôle lamentable. Cet état de fait a été sauvé par des gens courageux, des esprits exceptionnels, qui, souvent, ont donné leurs vies car ils s’étaient approchés trop près de la vérité, trop près du feu. Les récits de guerre sont rarement intéressants, mais quand ils le sont, ils le sont vraiment. Je pense au reportage qu’a fait Hemingway en 1944 quand il a pris le bar du Ritz (comme quoi il n’y a pas eu une résistance énorme…). Il était très myope ; il était gros. Les Allemands étaient déjà partis. Sinon, je crois qu’il n’y serait pas arrivé.

Robert Capa également.

Les photographes et les cameramen, c’est un autre problème. Ils ont la fausse impression qu’ils sont protégés par leur appareil. Comme ils voient à travers une image qu’ils fabriquent, ils pensent que c’est un spectacle, que c’est loin. Alors qu’ils sont souvent trop près. C’est comme ça qu’ils se font buter, les cameramen et les photographes. Le seul conflit que j’ai vu de près (en dehors de ma vie conjugale), c’est l’ex-Yougoslavie. Ce que j’y ai vu ne m’a donné une très bonne opinion des reporters. Je me souviens d’un reporter de FR 3 qui m’a dit : « Moi je suis musulman ; je chargerai les Serbes car je suis musulman. » Je lui dis : « Et tu me dis ça à moi ? ». Il répond : « Oui, tu vas le répéter mais ça n’a pas d’importance… » Tout ça pour montrer quel degré d’impunité ont certains journalistes par rapport à des événements parce qu’ils savent que ce qu’il faut penser est plus important que ce qu’il est juste de penser. Je n’ai pas une idée très haute des reporters de guerre. Je pense qu’une guerre, la seule façon d’être au plus près de la vérité, c’est de la faire, c’est d’être devant. Et pour être devant, il est préférable d’avoir une arme qu’un appareil photo. Les seules personnes qui connaissent la guerre sont celles qui l’ont faite. En plus de ça, les reporters de guerre vont d’un conflit à l’autre, comme quand tu vas d’une plage à une autre. Ce qu’ils savent du pays et des enjeux, c’est très limité. Ce sont les grandes lignes qu’on leur a tracées au journal, en leur disant, plus ou moins,  ce qu’il fallait qu’ils écrivent. Du coup, le travail qu’ils font sur le terrain – sauf quelques exceptions qui connaissent vraiment la situation – ce n’est pas vraiment intéressant.

Vous êtes allé en Serbie. Vraiment sur le terrain. Vous y êtes allé de votre plein gré ?

Oui, comme ça. J’aimais bien ces gens. (J’étais payé par l’état pour espionner les Serbes de Bosnie ; c’est comme ça que j’ai pu acheter mon château en Touraine. –Rires -) Des copains me disaient : « Viens à Cannes, à Monte Carlo… » Je leur ai répondu : « Non, je vais en Serbie, c’est bien plus marrant ! ».

Que représente pour vous le mot « liberté de la presse » ?

Je ne sais pas en quelle mesure la presse peut être libre. Il est un fait que si tous les journaux appartiennent à l’état, la presse ne peut pas être libre. Si elle appartient au grand capitalisme, elle est un petit peu plus libre, mais elle n’est pas libre non plus. En gros, aujourd’hui tous les journaux appartiennent à des milliardaires qui ne vont pas défendre les intérêts des classes populaires. Leur intérêt c’est que les classes populaires travaillent pour eux. Donc dans les deux cas, je ne sais pas trop ce que liberté de la presse veut dire. « Liberté », j’ai une petite idée ; « presse », j’en ai une autre. Mais « liberté de la presse », ça m’échappe. Pour moi, chaque personne en se levant doit défendre la liberté. Elle doit dire ce qu’elle pense ; elle doit mettre ses pensées en action. La première chose qu’on se doit à soi-même, c’est d’être libre. C’est le travail de chacun ; la liberté de la presse ne va tomber du ciel. La liberté non plus. C’est à nous de la fabriquer tous les jours ; c’est un combat sans cesse recommencé. Dans certains pays, cela a conduit à la mort, à l’emprisonnement. Il y a différentes sortes de morts et d’emprisonnements. Dans certains pays, on peut se retrouver mort sans être réellement mort. L’étouffoir fonctionne bien dans certains pays. La démocratie a un outil très perfectionné qui lui permet de se débarrasser des gêneurs sans les tuer. Je pense à l’autodestruction, à la retraite… Encore une fois, la liberté, c’est un combat quotidien qui doit être mené par tous, en permanence. En essayant de ruser pour survivre pour continuer de se battre. Il y a toujours un moment où ça casse.

Qu’est-ce qui vous paraît le plus dangereux ? Une liberté de la presse limitée par l’état, ou une liberté de la presse limitée par l’argent  et le capitalisme?

Dans une certaine mesure, vu ce que j’écris, je ne suis pas sûr quand dans le système communiste (alors que je suis communiste), ou fasciste, ou religieux, je ne suis pas certain que je pourrais écrire ce que j’écris. Pour moi, pour écrire ce que je pense, c’est le système dans lequel on vit qui permet le plus de liberté. En Iran, en Arabie-Saoudite ou au Rwanda, je ne pourrais pas écrire ce que j’écris. Peut-être quand dans la presse latino-américaine, l’expression est plus libre. Même à Cuba, ou aux Etats-Unis, je ne vois pas comment j’y arriverais… Aux Etats-Unis, on est passé à un stade ultra-moraliste… Peut-être que ça passerait – ce que j’écris – grâce à l’humour. Car les Américains sont très sensibles à l’humour. Peut-être qu’ils me laisseraient faire et dire… en même temps, il y a toujours un danger à passer pour original, iconoclaste, anticonformiste. Ca t’isole complètement. Moi, je ne me sens ni iconoclaste, ni original, ni anticonformiste. Je me sens complètement normal, sincère, droit. Aujourd’hui, quelqu’un qui dit des choses de façon différentes, on le met dans une case… Ca été le cas de Nabe, de Dieudonné… C’est le rôle de l’anticonformiste. C’est le rôle du mouton noir, du bouc émissaire. Après, on dit : « Regardez, on est démocrate… » Sauf qu’on fait passer à la télé, un mec original entouré par vingt mecs qui ne le sont pas. Le mec original a donc l’air tout seul et fou. C’est comme un slalom spécial ; il faut aller très vite, et tourner très vite devant la borne, pour ne pas être arrêté, ni catalogué. C’est un travail ultra complexe.

Est-ce que vous avez l’impression que le journalisme accompagne réellement, voire enrichisse, la réflexion politique ?

En fait, je n’ai pas d’avis car je lis très peu les articles politiques. Ca ne m’intéresse pas ; je trouve que c’est creux. Un an après, on ne sait de plus de quoi ça parle. La politique politicienne, ce n’est pas ce que je lis dans la presse. Je lis les papiers sur l’économie, car je trouve ça important. En gros, les économistes, c’est un peu comme les médecins. Ils sont obligés de lire les chiffres ; ils ne glosent pas les pensées de Vall

Patrock Besson se livre au cours d'un long entretien.

Patrock Besson se livre au cours d’un long entretien.

s, sur Cécile Duflot… On s’en fout. La politique politicienne ne m’intéresse pas. Je pense qu’on pourrait tenter de supprimer la politique, en tout cas lui donner moins de place dans les médias. Là tout d’un coup parce qu’il y a un con qui va remplacer dans un ministère de con, on ne parle plus que de ça… On s’en fout de savoir qui va remplacer machin ou machine… Peut-être qu’au fond, quand on va chercher très loin, c’est important… Mais pour moi, la rentrée littéraire, c’est plus important. Les expos qu’il va y avoir, c’est plus important ; les inventions, c’est plus important. On ne connaît même pas le nom du mec qui a inventé le tire-bouchon.

Quel regard portez-vous sur deux conflits que vous connaissez bien : ceux de l’ex-Yougoslavie, et ceux du Rwanda ?

Pendant les guerres, tout le monde est injuste, et tout le monde ment. Et tout le monde commet des crimes. Evidemment, on ne peut pas comparer Hiroshima et Auschwitz, mais quand même, Hiroshima, c’est bien dégueulasse. C’est vrai que ce sont les nazis qui ont commencé, mais quand même… Hiroshima, c’était un crime de guerre caractérisé. 150 000 civils assassinés le même jour avec une bombe que plus personne n’a osé depuis utiliser… C’est difficile d’avoir un avis dans un conflit ou un autre car, ou bien,  on n’a pas d’intérêt dans le conflit et là on est trop loin. Ou bien on a des intérêts amicaux, politiques, sexuels, littéraires, culturels, ou ethniques, et là on est trop près. En ce qui concerne les conflits en ex-Yougoslavie, en gros, les Serbes se sont fait baiser. Mais c’est un peu de leur faute parce qu’ils ont mal joué. Quant au Rwanda, effectivement il y a eu un génocide. Les Hutus ont massacré les Tutsis. C’est indiscutable. C’est aussi que depuis vingt ans, le Rwanda est une dictature. Mais c’est une dictature qui fonctionne bien. Personne ne peut l’ouvrir ; personne ne peut rien dire contre Kagamé, n’empêche que c’est un des pays d’Afrique qui marchent le mieux. Et c’est vrai que pendant quatre siècles, les Tutsis, les bergers, ont dominé et exploité les Hutus qui étaient des cultivateurs. Personne ne donne la raison, mais c’est quatre siècles de haine des opprimés Hutus contre les Tutsis. Mais d’un autre côté, je ne vois pas comment on peut justifier le génocide d’un million de personnes… Et aussi, ce qui s’est passé, c’est que le FPR  de Kagamé, en 1994, il occupait un tiers du Rwanda depuis plusieurs années. Et sur les tiers qu’il occupait, les gens avaient été massacrés ou expulsés. Il y avait un camp de concentration, un camp de regroupement où vivaient les Hutus qui avaient été chassés de leur terre par les Tutsis. Et les Hutus qui venaient les voir, se disaient si les Tutsis reviennent ça va être notre tour. Après l’attentat organisé par Kagamé, ils ont vu que la guerre recommençait, ils se sont dit : « Il faut exterminer les Tutsis . » Ce qui était  monstrueux, aberrant, et surtout une faute politique énorme. Mais ça se sont des choses qu’on n’explique pas ; pour les gens qui passent dans la rue, là, place de Clichy, ils te diront : « Les Serbes ont massacré les Bosniaques ; les Tutsis ont massacré Hutus. » Ils s’arrêtent là ; ils pensent à autre chose, à leur bite, à leur compte en banque, à leur bagnole ; ils n’iront jamais chercher ce qui s’est passé avant, ce qui s’est passé à côté. Moi, il me semble que notre rôle à nous, quand on peut le faire, c’est d’expliquer les choses. Ni justifier, ni excuser, mais juste expliquer. On a toujours cru que le régime soviétique tenait grâce au KGB, mais non, il tenait grâce aux écrivains et aux journalistes. C’est eux qui faisaient la propagande ; ils étaient très bien traités contrairement à ce qu’on peut croire. Les journalistes et les écrivains, n’importe lequel, et toi et moi, si on sortait un livre là-bas, on en aurait vendu des millions. Après ça, on dit : « Vous êtes communiste ? Ouais… » On aurait notre datcha, notre bagnole, nos vacances… c’était comme ça qu’ils étaient traités les écrivains et les journalistes en Union soviétique. On a l’impression que parce qu’il y a eu dix dissidents, tous les journalistes et tous les écrivains étaient des dissidents. Pas du tout ; ça a été des collabos. Comme d’autres ont été des collabos pendant l’Occupation. Ce n’est pas une profession de courage ; c’est le contraire. C’est la profession des lâches. (Rires.)

Quels sont, parmi les livres que vous avez écrits, ceux que vous conseilleriez à vos lecteurs qui s’intéressent aux guerres qui secouent ou qui ont secoué le monde ?

Il y a mon livre sur le Rwanda et le Congo sorti en 2009, Mais le fleuve tuera l’homme blanc, chez Fayard (on peut le trouver en Point-Seuil).  Et puis il y a Contre les calomniateurs de la Serbie (chez Fayard)qui rassemble tous les textes que j’ai écrits  sur le sujet pendant presque dix ans. Ces textes ont paru dans la presse française ou la presse serbe.

Pourquoi avoir sorti le roman La Mémoire de Clara, au Rocher ? Comment l’idée vous est-elle venue ?

J’avais signé, pour une belle somme, chez Plon pour une bio de Carla Bruni, et je me suis rendu compte qu’il ne lui était rien arrivé. Elle a défilé, puis elle a chanté, puis elle a épousé un président. C’est complètement banal ; je me suis dit : « Qu’est-ce que je vais raconter ? » On m’a dit que c’était une super idée. Et comme je pense que je suis con, et que les autres doivent avoir raison, tout le temps. Et je me suis rendu que les autres avaient tort. Ou alors, ils sont encore plus cons que moi. Alors, j’ai cherché. Je me suis dit, comment je vais faire ? Il fallait que je rende l’argent ? Là, ça je n’ai jamais pu le faire. Comme Serge Benamou dit dans La Vérité si je mens II. « Moi rendre de l’argent ? Tu peux me couper les doigts, les couilles… » Alors, je me suis dit que j’allais écrire un roman. C’est parti en vrille, un peu. Je me suis dit : un roman ils ne vont pas le publier, ils vont le refuser. Et puis moi, j’ai gardé l’argent. J’ai donc fait un roman, un roman le plus libre  possible; je me suis dit : « Je m’en fous, il ne paraîtra pas. » Je trouvais que le livre était super mais  hyper scandaleux, j’ai cherché longtemps un éditeur ou une structure qui pourrait le sortir. Je voulais le faire chez un petit éditeur de Montreuil. Au départ, il m’a dit : je n’ai rien à perdre. Mais quand il a lu le manuscrit. Il m’a dit : « Ah, ça va être difficile ! ». Je me suis rendu compte que les gens qui n’avaient rien à perdre, avaient plus à perdre que les gens qui ont quelque chose à perdre. Un mec du Rocher m’a dit que ça le faisait marrer. Et les gens qui l’ont lu depuis que le livre existe sont morts de rire. En même temps, j’étais content car c’est la première fois qu’on me refuse un livre depuis des siècles. Je me suis : « Il est peut-être bon celui-là ! ». (Rires…)

                                           Propos recueillis par Philippe Lacoche.

 

Un Ovni signé Cyril Montana, fils de hippies, quadra qui ne veut pas vieillir

 

De gauche à droite : Cyril Montana, Nicolas Rey et Patrick Besson, écrivain. Paris. Février 2012.

On connaît le talent de romancier et de nouvelliste de Cyril Montana. Le voici de retour avec un roman par nouvelles très original et inclassable. Vivement recommandé. Il s’en explique.

 

Cyril Montana a du talent. Et du succès. A juste titre la critique littéraire et les – nombreux – lecteurs s’étaient émus et avaient applaudi à la lecture des savoureux Malabar Trip (Le Dilettante 2003; J’ai lu, 2006), Carla on my mind (quel joli titre! Le Dilettante 2005; J’ai lu 2008) et La faute à Mick Jagger (Le Dilettante 2008; J’ai lu 2010). Il aurait pu continuer dans cette veine, l’épuiser, s’épuiser lui-même. Mais point. Il est vaillant, le Cyril. Et sincère. Alors, celui qui avait écrit, en juillet 2011, une succulente et érotique nouvelle pour notre journal, nous donne aujourd’hui un roman singulier, très différent de sa production habituelle. Il s’en explique.

 

Votre dernier roman, Je nous trouve beaux, est un peu un Ovni. Assez différent en tout cas de votre précédent livres. Pourquoi cette démarche?
La raison est très simple: après la parution de mon troisième roman La faute à Mick Jagger, j’en ai écrit un quatrième qui m’a été refusé par tous les éditeurs que j’ai sollicité. Après un an et demi de travail, j’avoue que j’ai été assez désoeuvré. Je ressentais la même chose que lorsque, adolescent, j’ai fait une chute de cheval : un traumatisme, avec l’intime conviction qu’il faut vite remonter sur un canasson pour ne pas en être dégouté à vie. C’est ainsi que je me suis mis à écrire les tranches de vie d’un même personnage: Romane Grangier. Cela permet d’écrire des histoires courtes et d’avoir à chaque fois un résultat et un plaisir immédiat, puisque chaque chapitre a sa propre trame tout en faisant partir d’un tout. Alors que lorsque j’écris une seule et même histoire, c’est bien plus astreignant, et le véritable résultat n’apparait qu’à la fin. J’avais juste besoin de me faire plaisir en écriture plus vite

Peut-on parler, à son sujet, de roman par nouvelles?
Je ne dirais pas par nouvelles, mais par tranches de vie. Puisqu’il s’agit de la vie quotidienne d’un seul et même personnage, Romane Grangier, au sein de sa famille, de son boulot, de ses amis, etc. Et même si nous n’avons pas à proprement parler de trame historique, nous retrouvons des situations et des personnages chapitre après chapitre.

Votre narrateur est fils quarantenaire, fils de hippies. Serait-ce un peu vous?

Je suis effectivement fils de hippie, quadra avec des enfants et une femme que j’aime; mais tout n’est pas exactement moi. Ainsi les parents qui sont présents dans le roman ne sont pas du tout les miens, même s’ils sont aussi hippies. Et puis fils de hippie, ça veut tout dire et rien dire, il y a mille et une façons d’être hippie, et tout autant de manière aussi d’élever ses enfants. C’est moi sans l’être, cela représente ce que j’ai été et ce que je suis, et comme nous le rappelle Camus en appendice « on voit parfois plus clair dans celui qui ment, que dans celui qui doit vrai ».

On le sent coincé entre son adolescence dont il est nostalgique, et sa vie de père de famille qu’il voudrait mieux assumer, n’est-ce pas?

Tout à fait exact, et c’est en ce sens, que Je nous trouve beaux possède une partie générationnelle, dans cet aspect adulescent qu’incarne le personnage principal Romane Grangier. Aujourd’hui, il existe une génération de quadras qui jouent aux jeux vidéos, font du skate l’hiver et du surfe l’été sur les plages. Avec une volonté farouche de ne pas sombrer dans les stéréotypes du quadra, installé, mur, sérieux, limite ennuyeux, etc. Cette envie de garder intacte la fraîcheur de l’enfance, que le groupe Stupeflip résume très bien dans son morceau Stueflip vite !!! « il est ou le petiot que t’étais?, tu l’as séquestré, baillonné, ligoté! » (http://www.youtube.com/watch?v=PdaAHMztNVE)

Préserver une candeur juvénile, une soif d’apprendre, de rencontre, curieux, rester tout simplement en vie, à l’écoute !

La grand-mère est un bien joli personnage. Comment l’avez-vous composé? Part-il d’une réalité?

 

La grand-mère est très importante dans ce roman, tout comme elle l’était dans La faute à Mick Jagger et cette partie est totalement autobiographique. Il s’agit donc du départ de ma grand-mère dont j’avais besoin de parler, mais sans entrer dans le pathos, toujours en tâchant de garder une distance qui ouvre à une tendre nostalgie. C’est aussi l’occasion pour notre personnage de s’interroger sur ses quarante ans, et à sa manière, sur le temps qui passe. Encore une fois sans s’appesantir en étant larmoyant, mais toujours dans un registre décalé et si possible drôle.

Vieillir, est-ce difficile pour l’écrivain que vous êtes?

Je vais vous étonner, mais plus j’avance dans le temps et plus je suis heureux. Je n’ai d’ailleurs jamais été aussi heureux qu’aujourd’hui, et pour rien au monde je souhaiterais avoir de nouveau vingt ans, période de doutes, d’errements affectifs, la fac, pas la fac, pas terrible pour moi cette période avec le recul. Alors bien sûr, il m’arrive de me sentir en décalage quand je me retrouve entouré de gens plus jeunes que moi, ou qu’on me donne du « Bonjour monsieur! » au lieu de « Salut ça va , toi? ». Mais finalement ce qui m’intéresse c’est que ma vie m’apporte ce dont j’ai besoin. Et cela se résume facilement, être entouré avec ma femme, mes enfants, des projets, des livres intéressants à lire, des amis avec qui je me sens bien, et des fous rire avec celle que j’aime à deux heures du mat dans la cuisine, par exemple… Ou alors pourrais je vous citer Patrick Besson: « Il faut être jeune. Être vieux, c’est ridicule et le ridicule, c’est mal. » (Un état d’esprit, Fayard)

Vos auteurs préférés?

Salinger, Boris Vian, Patrick Besson, Frédéric Beigbeder, Molière, David Foenkinos,  Charles Bukowski, Céline. Mais ceci dit, si ça ne vous embête pas trop, j’aimerais vous parler des derniers livres que j’ai aimé comme le Prix Renaudot obtenu par Scholastique Mukasonga pour Notre Dame du Nil (Gallimard), une évocation si précise et décrite avec une finesse et une justesse incroyable sur la vie d’un couvent de jeunes filles au Rwanda avant la terrible guerre civile qui a décimé des centaines de milliers de personnes. On y découvre les rapports très particuliers existants justement entre les Hutus et les Tutsis, et qui nous éclaire sur la suite des événements, mais vu de l’intérieur.

Et puis, il y a ceux que je dois lire et que je ne peux rater à aucun prix, Diderot, de Jacques Attali (Fayard), Je vais mieux, de David Foenkinos (Gallimard), L’amour sans le faire, de Serge Joncour (Flammarion). Je vous tiendrai au courant… (rires)

Sur quoi travaillez-vous actuellement?

Je commence à établir le plan de mon prochain roman prévu chez Albin Michel. Je suis également en discussion pour adapter La faute à Mick Jagger sur France Culture, et puis je projette de suivre une formation d’adaptation d’oeuvres littéraires au cinéma. En parallèle, j’écris une histoire pour enfant que je suis en train de travailler avec les élèves de la classe de ma fille Kirana. C’est vraiment génial de bosser avec des gosses. Je fais des réunions régulières avec eux pour leur demander leur avis, leurs suggestions, puis je repars, j’écris et je reviens les voir jusqu’à ce que nous ayons une histoire qui nous plaise. Je peux vous dire que c’est tellement revigorant, ils sont drôles, vifs, et vous donne une de ces énergies pour la journée, un vrai bonheur! Je vous ai dit, je n’ai jamais été aussi heureux! Pour finir, je suis consultant digital pour le LH FORUM (http://www.lhforum.com/) qui est un forum annuel, une plateforme de relations dont l’objectif est de promouvoir l’économie positive, une économie qui vise plus que le profit, et qui place l’homme et l’environnement dans ses objectifs. Bref des solutions aux maux qui gangrènent notre planète.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

« Je nous trouve beaux », Cyril Montana, Albin Michel, 187 p.; 15 euros.