François Long, des Rabeats : « Le frisson absolu ! »

Le bassiste des Rabeats est ravi de reprendre l’album « Sgt. Pepper’s » sur scène, et notamment au festival Rétro C Trop, qui aura lieu ce weekend (24 et 25 juin), à Tilloloy, dans la Somme.

François Long, qu’est-ce que ça vous fait de reprendre sur scène l’intégral de cet album mythique qu’est « Sgt. Pepper’s » ?

Ca me fait super plaisir car c’est un monument de la musique pop. C’est aussi une réponse à Pet Sounds, des Beach Boys.  Et ce disque des Beatles est surtout une carte blanche, un permis de tuer ; ils ont ouvert plein de chemins dans le domaine de l’enregistrement en studio. Ils ont utilisé des techniques méconnues jusque-là, ou si ce n’est par quelques grouillots qui rêvaient de travailler derrière les manettes et qui, grâce aux Beatles, se sont retrouvés derrière les manettes (Geoff Emerick, pour ne pas le nommer). Ce disque est un pas de géant qui a été fait dans la conception d’un album.

Sur scène, il y a un orchestre symphonique avec cuivres, bois, cordes, etc. Qu’est-ce que ça change pour vous, Rabeats, qui êtes habitués à jouer en quatuor comme les Beatles ?

On entend enfin des arrangements que nous avions dans la tête.

Et c’est magnifique ?

Oui, tout à fait. C’est le frisson absolu.

Est-ce plus compliqué pour jouer ?

Non, ce n’est pas plus compliqué mais ça n’est pas simple. De notre part, une adaptation a été nécessaire.  Là, on laisse la place à des instruments dont on n’a pas l’habitude.  Franchement, je trouve que ça le fait !

Y a-t-il un tuba ?

Non mais il y a un sax baryton et un violoncelle qui descend dans les graves. Il faut du grave !

Quel est le morceau de Sgt. Pepper’s qui vous parle le plus ?

Ce n’est peut-être pas mon morceau préféré, mais à jouer et en matière de difficultés à reproduire sur scène, c’est « Being for the Benefit of Mr. Kite! »

Et vos collègues et amis des Rabeats ?

Chacun a son propre morceau fétiche…. Il y a aussi un morceau que je chante et que je joue au sitar c’est « Within You Without You », de George Harrison. C’est un autre domaine ; ce n’est pas qu’une instrumentation classique ; c’est de la musique indienne avec des structures biens particulières, des tempos bien particuliers. C’est la continuité de ce que faisait déjà quelques années avant, George Harrison. Je ne vais pas dire qu’il n’y a pas de surprise, mais la surprise, c’est aussi de le jouer avec un orchestre classique.

Pourquoi enchaîner sur scène sur l’album « Magical Mystery Tour » ?

Parce que ces deux albums sont sortis tous deux en 1967.

The Rabeats.

Ce sont deux albums assez différents, au final ?

Ils ne sont pas si différents mais je pense que Magical Mystery Tour est plus reposé ? Il est un peu moins fou. Le son est aussi un peu différent. Je ne sais plus si c’est Geoff Emerick qui bosse sur Magical Mystery Tour.  Lui, Geoff Emerick, c’est vraiment le preneur de son qui a permis aux Beatles d’apporter des idées totalement nouvelles et de les mettre sur bande.

Qui a réalisé les arrangements pour la scène ?

C’est le chef de l’orchestre de la formation classique ; il s’appelle Pascal Pfeiffer. Il est sur scène ; il joue du clavier, du piano, de l’harmonium, du synthé, etc. Il dirige la partie classique et quelques points névralgiques nous concernant ; une belle rencontre.

Comment les avez-vous rencontrés ?

Ils ont l’habitude, en Belgique, avec un orchestre symphonique beaucoup plus étendu, d’accompagner des groupes et des chanteurs ; ils sont de Liège. Ils font souvent des reprises d’Elton John.  La rencontre est récente ; ils nous ont contactés pour faire la même chose avec nous pour une soirée Beatles.  Ils voulaient arranger des morceaux sur lesquels il n’y a pas de cordes ni de cuivres.  Sur le moment, comme on tournait avec un autre spectacle, on a retardé l’échéance ; et nous est venu l’idée de Sgt. Pepper’s et de Magical Mystery Tour. On leur a alors exposé notre projet de reproduire ce qui avait été fait par des cordes et des cuivres à l’époque.  En respectant le plus possible l’arrangement d’origine. Ils ont dit OK.

Ce soir, au Théâtre du Gymnase, c’est la création ; la première en quelque sorte.  Il y aura trois dates ici. Puis, vous allez jouer à Rétro C Trop, grand festival. Qu’est-ce que ça représente pour vous ce concert ?

Déjà, on fait suffisamment peu de festivals pour que ce soit super plaisant.  A juste titre car, de plus, sont présents les Beach Boys. Donc il y a un lien entre ces musiques. C’est un réel plaisir de faire ça. Pour ma part,  je suis très content de pouvoir croiser Pretenders que j’adore et que je n’ai jamais vu sur scène.  Cela dit, je n’ai jamais vu les Beach Boys. Je pense qu’on va passer un bel après-midi et une bonne soirée.

Ensuite, vous enchaînerez sur une tournée. Où celle-ci va-t-elle vous mener ?

Pour l’instant, il y a des dates réparties dans toute la France.  Je pense qu’avec nos prestations parisiennes, cela va déclencher d’autres concerts. Cette tournée devrait commencer en octobre.

Y aura-t-il un crochet par la Picardie après Tilloloy ?

Cela fait trois ans que nous n’avons pas joué à Amiens.  Et on s’arrange toujours pour commencer par une date parisienne et terminer par une date amiénoise.  Pour le spectacle qu’on tourne actuellement (hors Sgt. Pepper’s), on n’a pas encore fait la date amiénoise.  On a hâte.

Il n’est donc pas impossible que « Sgt. Peppers » soit joué à Amiens.

Ce n’est pas impossible.  En tout cas, je ferai tout pour qu’on y aille.

                                         Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

Grandiose!

On connaissait le talent des Rabeats. Le jeudi 8 juin, lors de la première de la création de leur spectacle Sgt. Pepper’s (suivi de Magical Mystery Tour), au théâtre du Gymnase, à Paris, le quatuor amiénois a démontré qu’il était en mesure de donner dans le grandiose. Il fallait une bonne dose de culot aux Rabeats et à leur mentor Philippe Tassart, le Brian Epstein de Roye, pour oser reprendre sur scène les chansons de deux albums aussi mythiques que Sgt. Pepper’s et Magical Mystery Tour. Ils l’ont fait; ils ont réussi. N’en déplaise au grand spécialiste européen des Beatles, Jacques Volcouve, qui, au cours d’une récente émission sur France Inter, émettait des réserves sur les Fab Four amiénois. Sly, le chanteur principal, excelle, soutenu avec efficacité et subtilité par le batteur Flamm, le guitariste solo Marcello, et le bassiste François Long. Ce dernier nous donnera même un aperçu de son talent au sitar lors du morceau de George Harrison, «Within You Without You». Les costumes, les éclairages et la mise en scène sont superbes; l’accord est parfait avec le fabuleux orchestre symphonique (cordes, bois, cuivres) dirigé par Pascal Pfeiffer. La salle était pleine à craquer. (Beaucoup de très jeunes gens.) Et la salle se levait comme un seul homme et chantait en chœur «With a Little Help from My Friends», «Lucy in the Sky with Diamonds», «Getting Better», etc. C’était doux, fraternel. Pas seulement grâce au génie des Beatles. Mais aussi et surtout grâce au talent des Rabeats. Ph.L.

 

À SAVOIR

Rétro’C’Trop Samedi 24 et dimanche 25 juin, au château de Tilloloy, dans la Somme.

Samedi. 15h30, Sarah Olivier («C’est une bête de scène!» dit d’elle Philippe Tassart, le créateur de Rétro C Trop); 16h45, Wilko Johnson (ancien guitariste de Dr. Feelgood; un fantastique guitariste titulaire d’une main droite impressionnante); 18h30, Blue Öyster Cult (gang de rock et de heavy metal originaire de Long Island; il n’effectuera que deux dates en France); 20h15, The Stranglers (un quatuor mythique né dans les années punk, en 1974); 22h Les Insus (reformation de l’ancien groupe Téléphone).

Dimanche. 15h, The Rabeats; 16h45, Uriah Heep (groupe de rock influent au cours des seventies); 18h30, The Beach Boys (à l’instar des Beatles, la pop music leur doit tout); 20h15, The Pretenders (la sensuelle et si rock chanteuse Chrissie Hynde est de retour sur scène); 22h, Matmatah (ils ont enregistré leur nouvel album en Angleterre l’an passé).

Billetterie. Pass 2 jour: 95 €; pass 2 jours + camping: 115 €; billet samedi: 59 €; billet dimanche: 49 €.

Points de vente. Fnac et hypermarchés, www.ginger.fr; www.ticketmaster.fr; www.ticketnet.fr; www.fnac.com; www.digitic.com

Toutes les informations pratiques, notamment les mesures de sécurité, sur le site www.retroctrop.fr

 

 

  Blaise Cendrars, légionnaire dans la Somme

       Dans ses livres «J’ai tué», «L’homme foudroyé» et surtout «La Main coupée», il évoque Frise, puis Tilloloy où il a combattu avec bravoure.

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Blaise Cendrars a combattu à Frise et à Tilloloy.

Blaise Cendrars a combattu à Frise et à Tilloloy.

utobiographiques? Récits? Que sont au juste J’ai tué, L’Homme foudroyé et La Main coupée, ces livres de l’écrivain et poète Blaise Cendrars? Du légionnaire Blaise Cendrars faudrait-il dire, plutôt. Car il ne fit pas semblant, Cendrars. Dans J’ai tué (1918), il raconte comment il trucide un soldat allemand: «Je vais braver l’homme. Mon semblable. Un singe. Œil pour Œil, dent pour dent. À nous deux maintenant. A coups de poing, à coups de couteau. Sans merci. Je saute sur mon antagoniste. Je lui porte un coup terrible. La tête est presque décollée. J’ai tué le Boche. J’étais plus vif et plus rapide que lui. Plus direct. J’ai frappé le premier. J’ai le sens de la réalité, moi, poète. J’ai agi. J’ai tué. Comme celui qui veut vivre.» Une scène comme ça ne s’invente pas. Même quand on est écrivain, poète. Un grand écrivain, Cendrars en était un. Cette scène a dû se passer du côté de Frise où il était arrivé en novembre 1914 après s’être courageusement engagé, lui le Suisse né à La Chaux-de-Fonds le 1er septembre 1887, dans l’armée française. Affecté au 3e Régiment de marche de la Légion étrangère, son régiment devient quelques mois plus tard le 3e Régiment de marche du 1er Étranger. Puis, direction de Front de la Somme, Rosières-en-Santerre, d’abord, puis Frise. Blaise se retrouve bientôt à la tête d’un corps franc. Ses hommes et lui font des coups, des actions isolées. Ils parcourent les marais de la Somme à bord d’un bachot, vont même jusqu’à taquiner l’ennemi à l’intérieur des lignes allemandes. Cendrars raconte tout ça dans ce livre sublime qu’est La Main coupée. Il y évoque ses copains, ses frères de combats: «Ils étaient durs et leur discipline était de fer. C’était des hommes de métier. Et le métier d’homme de guerre est une chose abominable et pleine de cicatrices, comme la poésie», écrit-il. L’écriture, fut-elle fictionnée, reste le meilleur outil pour décrire l’atroce réalité. La Main coupée, à ce titre, est sublime, exemplaire; sans un gramme de lyrisme, d’apitoiement, de militantisme pacifiste, il parvient à décrire l’absurdité et l’horreur de cette saleté de guerre. Cette grande boucherie. Après les tranchées d’Herbécourt, puis le front de l’Artois, il arrive à Tilloloy en avril 1915. Il cantonne dans le parc du château. Tout cela, on le retrouve dans La Main coupée, avec les passages si émouvants de la mort de Rossi, «l’hercule de foire» qui mangeait comme quatre, éventré par une grenade; la mort de Lang, «le plus bel homme du bataillon», tué à Bus, écrabouillé par un obus. «Il y a BUS dans autobus et aussi dans obus…» Non, le poète Cendrars ne faisait pas semblant. Le 28 septembre 1915, il sera amputé du bras droit lors que l’attaque de la ferme Navarin, dans la Marne, près de Suippes. Dans le chapitre «Le lys rouge» de La Main coupée, il raconte comment, à Tilloloy il avait découvert, «planté dans l’herbe comme une grande fleur épanouie, un lys rouge, un bras humain tout ruisselant de sang, un bras droit sectionné au-dessus du coude et dont la main encore vivante fouissait le sol des doigts comme pour y prendre racine…» Pourtant, pas un coup de feu dans le secteur, pas un coup de canon. Prémonition? On ne le saura jamais. L’écriture, encore, vient au secours de la réalité pour décrire l’horreur. «Le lys rouge»? Cendrars, c’est beau comme du Rimbaud et son «Dormeur du val».

                                                       PHILIPPE LACOCHE

Alice Botté et sa brûlée n’ont pas vieilli

        «Ma Stratocaster, je l’appelle ma Brûlée car elle a cramé dans un local de répétition. Je la considère comme mon membre fictif.» Samedi soir, Alice Botté, l’un des meilleurs guitaristes français actuels, était sur scène au côté de Thiéfaine au Rétro C Trop Festival, à Tilloloy, près de Roye, dans la Somme. Et sa sacrée Brûle était entre ses doigts d’or. Il la quittait pour rejoindre le manche d’une vieille Gretsch de 1961 et une Gibson SG conçue sur mesure par un luthier. Alice Botté ne manque pas de métier. Ce Nancéien – comme CharlElie Couture qu’il a longtemps accompagné – a joué avec ce dernier dès 1979. On le retrouve notamment sur le troisième album de Couture, Pochette surprise (Island, 1980). Avec CharlElie, il a fait de la scène, du studio. D

Alice Botté, l'un des meilleurs guitaristes français actuels.

Alice Botté, l’un des meilleurs guitaristes français actuels.

ès le début des années 80, il avait créé son groupe, Les Fonctionnaires, en compagnie de Tom Novembre, le frère de Couture. En 2003, il avait rencontré la femme de sa vie, Barbee, chanteuse, auteur-compositrice avec qui il crée le groupe Berline. Il produit également des groupes indépendants, compose des musiques de pub (notamment pour Chanel). Mais, surtout, il est de toutes les fêtes musicales avec Thiéfaine, sur scène et en studio. Ses influences? Hendrix, on s’en doutait. «C’est en l’écoutant que j’ai eu envie de faire de la musique», explique cet autodidacte qui avoue ne pas lire la musique. Il cite aussi Neil Young, King Crimson, Can, Brian Eno et «pleins de trucs expérimentaux comme Pierre Henry ».             «Chez Hendrix, j’aime son sens de la liberté», dit-il. «Après l’avoir écouté, je me suis mis à triturer les sons. Paradoxalement, je n’écoute pas beaucoup de guitaristes. J’ai besoin d’être libre…»

Son autre passion : la lecture. Il adore Stefan Zweig, Céline, Camus, Lautréamont. «La littérature, c’est une porte qui s’ouvre; j’ai besoin de ça.» Mais, même s’il ne le dit pas, sa vraie passion, c’est aussi et surtout La Brûlée, sa chère Fender Stratocaster avec laquelle il a enflammé, samedi, la scène du Rétro C Trop, de Tilloloy, où Blaise Cendrars, l’un des écrivains les plus rock de la littérature avait combattu en 1915. Normal qu’il ait donné le meilleur de lui-même, Alice Botté, hier soir; il y avait dans l’air des parfums de littérature.

PHILIPPE LACOCHE

Le rêve d’enfant de Philippe Tassart

LES FAITS

Créateur de Ginger, organisateur du prestigieux festival Rétro C Trop, à Tilloloy, Philippe Tassart est né à un kilomètre du château de Tilloloy.

Il organise les 25 et 26 juin, le festival Rétro C Trop avec Scorpions, Thiéfaine, Ten Years After, Mike Sanchez, ZZ Top, Jethro Tull, Steve’n’Seagulls et Ben Miller Band.

 

Quel est la programmation exacte du festival Retro C Trop ?

Le samedi 25 juin, on ouvre les portes à 15 heures. Les premiers concerts démarrent à 17 heures, avec Mike Sanchez, un Anglais, qui était venu au festival de country de Berck il y a une dizaine d’années ; on l’adore. Il joue de temps en temps en France ; c’est une sorte de Jerry Lee Lewis anglais ; c’est à tomber par terre. Pour l’anecdote, il sera accompagné de Steven Harrison qui était le contrebassiste de Sons of The Desert. (Il est aussi le contrebassiste de Sarah Olivier qui a fait les premières parties des Insus à Amiens et à Rouen.) Ensuite se produira Ten Years After ; il reste deux musiciens de la formation initiale. Alvin Lee est mort il y a quelques années. C’est un groupe mythique qui a joué à Woodstock. Il vient de faire une tournée en France en passant par Paris et quelques belles salles. Ensuite, Thiéfaine sera sur scène ; ce sera son unique date en Picardie de sa nouvelle tournée. Ca fait vingt ans qu’on travaille avec lui ; on adore ce monsieur, son écriture, sa gentillesse, son indépendance médiatique. Scorpions jouera vers 22 heures. Le batteur a été remplacé par celui de Motorhead. On aura une pensée pour Lemmy qu’on avait fait venir au cirque d’Amiens et que j’avais pressenti pour faire ce festival. Le lendemain, le dimanche 26 juin, on ouvre les portes à midi ; on a prévu la restauration dans tout le festival. Il y a aura trois food truck américains qui vont faire du burger. Il y aura un stand de restauration thaï ; un autre de nourriture française traditionnelle. On démarrera les concerts à 16 heures, avec Ben Miller, groupe américain (la première partie de la tournée de ZZ Top), suivi de Steve’n’Seagulls qui est un groupe finlandais qui reprend des morceaux d’AC/DC de manière un peu folk et déjantée. J’ai découvert ce groupe-là il y a quatre ans. Je les ai contactés. On n’avait pas encore travaillé, mais on s’est vu au Printemps de Bourges ; ce sont des gens extraordinaires. Puis il y aura Jethro Tull, avec Ian Anderson, le leader. Et ZZ Top à la fin. Ils sont toujours là ; la veille, ils joueront à Glastonbury, le plus gros festival européen. Ce sera leur date unique dans le Nord de la France.

En dehors de la restauration, y aura-t-il d’autres stands ou attractions sur le festival ?

Des commerçants vendront des tee-shirts, des objets vintage. Il y aura aussi une exposition de peinture d’un artiste nommé Bruno Leclerc. Pendant des années, il s’est occupé d’importer des voitures américaines à Amiens. Il est devenu passionné des Etats-Unis. (Il en revient.) Il peint de manière très réaliste, notamment la route 66. On a l’impression de voir des vieilles bagnoles ancrées dans le temps, dans les années 50. Il possède une magnifique Cadillac qu’il amènera sur le site. Il y aura aussi un brocanteur… Au total : une quinzaine de stands. Mais le festival reste un festival de musique. Les stands apportent une petite touche personnelle.

Pourquoi avoir choisi ces groupes ?

C’est vraiment un coup de cœur. Si je suis venu à Tilloloy, c’est que je suis né à un kilomètre de là, dans le village de Grivillers. Mes parents étaient agriculteurs ; j’ai grandi là-bas, au milieu de rien. J’étais le seul enfant dans le village ; j’ai grandi là jusqu’à l’âge de 16 ans. Très vite, j’ai eu besoin d’aller chercher autre chose. J’étais passionné de musiques. J’ai fréquenté les chorales du coin. Je me suis retrouvé un jour dans la boîte de Jeannot, Le Penny, à Gury. Et je me suis dit : « Il faut que j’amène mes disques là. » On s’est bien entendu avec James qui était le Dj de l’époque. Il me laissait passer des disques en fin de soirée. J’en ai passé de plus en plus. Et James a pris sa retraite de Dj ; il avait fait ça pendant des années. Jeannot m’a embauché pour finir les quelques années du Penny avant qu’il ouvre le Rex, à Roye. (J’y suis resté de 1984 à 1989.) On avait ouvert dans l’optique de faire du DJ et des concerts. On a organisé 300 concerts avec Jeannot : Washington Dead Cats, La Souris Déglinguée, Little Bob Story, les King Size, Les Sentinels, Gamine, etc. Le projet était très ambitieux pour un privé. Jeannot m’a donné le goût d’organiser des choses en étant indépendant. Sans aide aucune, le Rex a éprouvé des difficultés à pérenniser les

Philippe Tassart, fondateur de Ginger, organisateur du festival Rétro C Trop, qui aura lieu, samedi et dimanche prochains, au château de Tilloloy, dans la Somme, dans le canton de Roye.

Philippe Tassart, fondateur de Ginger, organisateur du festival Rétro C Trop, qui aura lieu, samedi et dimanche prochains, au château de Tilloloy, dans la Somme, dans le canton de Roye.

concerts. Ils se sont arrêtés. J’ai préféré alors continuer dans ma voie qui était d’organiser des concerts. Je suis parti à Amiens ; j’ai créé une association ; j’ai bossé avec la Lune des Pirates. En 1989, j’ai organisé mon premier concert seul, avec les Négresses vertes, puis La Mano Negra. Et de fil en aiguille j’ai créé une boîte qui est devenu Ginger et qui fait aujourd’hui 250 concerts par an. Donc, le clin d’œil avec ce festival c’est un retour là où j’ai commencé. Et aussi un rappel musical ce qu’on programmait au Rex et au Penny. Ces groupes-là, je les ai connus grâce à Jeannot. Il y a vraiment une résonance locale. Il a fallu que je tienne compte des gens qui étaient en tournée à ce moment-là, et de ce que j’avais envie de faire. Ca s’appelle Rétro C Trop car, à un moment, on a pensé que les Insus allaient peut-être venir sur le festival. Ca n’a pas pu se faire, cette année en tout cas ; on a pris Scorpions à la place. Mais ZZ Top, Jethro Tull, Ten Years After et Thiéfaine, sont vraiment les piliers de ce que nous jouions au Rex. C’était quatre ou cinq morceaux par groupe par soir. Le château de Tilloloy, j’y vais chaque année le 1er Mai, pour cueillir du muguet, ce depuis que je suis enfant. C’était avec mes parents et mes grands-parents. Une sortie traditionnelle ; on avait la chance d’y aller car le lieu était fermé au public. Depuis que je suis devenu organisateur de spectacles (depuis presque 30 ans), j’ai toujours eu envie de faire quelque chose au château de Tilloloy. J’ai certes attendu, mais on y est aujourd’hui.

C’est un rêve en quelque sorte ?

Oui, tout à fait ; il n’y a aucun calcul autre que la passion et le rêve, même s’il y a une donnée d’équilibre financier à atteindre car je suis indépendant et privé. C’est une boucle dans ma vie ; j’avais besoin de faire ce truc-là, à cet endroit-là.

C’est aussi l’aboutissement d’une carrière.

C’est vrai ; je n’ai plus 20 ans. Je voulais passer à autre chose, élaborer un autre projet ; on l’a tenté au stade, à Amiens, pendant deux ans. On a été éjecté du stade car on nous a dit que l’endroit n’était pas fait pour y organiser des concerts. Pendant dix ans, je n’ai plus rien fait dans le coin ; j’ai d’autres festivals à droite, à gauche. J’ai monté pendant dix ans un festival de country à Berk qui a très bien marché. A cela s’ajoute de gros concerts en plein air, notamment à Chartres avec 30 000 personnes. On voulait revenir dans le coin ; c’était le lieu.

Cela a-t-il été facile d’utiliser le château pour ce festival ? C’est un lieu privé. A qui appartient-il ?

A Mlle d’Andigné qui est la nièce de la comtesse d’Hinnisdäl. Quand, j’étais enfant, j’amenais les petits-enfants de Mme d’Andigné à l’école à Roye. On passait par le château tous les matins. Ce lieu est vraiment ancré en moi depuis que j’ai 5 ans.

Blaise Cendrars a combattu au château de Tilloloy ; il l’évoque longuement dans La main coupée. Cela résonne-t-il en vous ?

Oui, c’est un lieu historique de notre région. On a beaucoup de respect pour des gens qui font perdurer le patrimoine ; c’est un peu la même chose dans la musique. Je suis plus passionné des choses qui se sont faites dans les années 50 à 70 que de ce qui se fait aujourd’hui. Ce patrimoine musical est merveilleux ; à l’instar des vieilles pierres, je trouve merveilleux que des privés parviennent à entretenir un tel patrimoine et de le faire passer dans l’histoire. Ils ne bénéficient pas d’aide. Ils sont obligés de louer leur château ; donc à l’a loué, comme il est loué, parfois, à d’autres organisations (mariages, séminaires, etc.) Grâce à ça, le lieu peut continuer à vivre et ne pas se détériorer.

Ce festival sera-t-il reconduit l’an prochain ?

Oui ; il s’agit d’un investissement très lourd pour nous. On souhaite le pérenniser. Cette année, c’est la thématique américaine et allemande ; on a envie de proposer d’autres thématiques, toujours rétro. Par exemple, pourquoi ne pas faire un truc plus anglais l’an prochain ? Plus mods avec Elton John, Paul Weller, les Jams (s’ils se reforment), Oasis (s’ils se reforment). Mes rêves les plus fous seraient McCartney ou Gilmour mais c’est du domaine du rêve car on  n’a pas les moyens, tout seul. Sauf si demain, on parvient à décrocher des aides publiques ou privées. Il est évident que ce festival va grandir, et qu’on a une capacité d’accueil très importante.

Propos recueillis par

                                                 PHILIPPE LACOCHE

Michel Butor fait monter une fille sur scène

De gauche à droite : Sylviane Léonetti, présidente du CR2L, Michel Butor, écrivain-poète, et Mirteille Béra, éditrice de Cadastre8Zéro.

    L’écrivain et poète Michel Butor était invité, le vendredi 11 avril dernier, par l’un de ses éditeurs, Cadastre8Zéro, à la Comédie de Picardie. Grâce, notamment à la DRAC Picardie, il a publié, en 2011, un livre intitulé Autour de Michel Butor, Opération Marrakech 2, El Maqam, Tahnaout, dont il a lu des extraits. L’ouvrage contient de courts poèmes, des proses, de haïkus, dont celui-ci qui m’a bien plu : « Dans le lac asséché/les hameçons des cactus/ rêvent l’envol des poissons ». C’est joli. Michel Butor a parlé avec le public. Une fille s’est levée ; elle a posé une question du milieu de l’auditoire. Comme elle était un peu loin, il lui a dit : « Je suis sourd. Désolé. Venez sur scène ! » La fille est montée sur scène ; elle a posé sa question. Butor l’a comprise. Il a longuement répondu. C’est bien un poète qui fait venir les filles sur scène. Je me suis dit que j’aurais dû faire poète ; c’est bien mieux qu’écrivain ou que journaliste. En revenant au journal, je suis monté sur mon bureau, et j’ai demandé à une consoeur, jeune, une stagiaire, de me rejoindre sur mes hauteurs. Elle m’a regardé avec un drôle d’air, a refusé, puis elle est partie en courant. Peut-être est-elle partie prévenir la direction. Ce n’est pas certain car je suis toujours en poste ; la directrice des ressources humaines ne m’a pas encore convoqué, ce qui est plutôt bon signe. Tout ça à cause de Michel Butor. Je fais un métier dangereux, lectrice. Je monte sur les bureaux pour prendre de la hauteur. Un jour, je me fracasserai le crâne. Cette chronique s’interrompra ; on passera à autre chose. C’est la vie. J’ai bien aimé quand Butor a parlé de Blaise Cendrars et  de La Prose du Transsibérien. Je me suis mis à rêver, confortablement assis sur le velours des fauteuils de la Comédie de Picardie. Je pensais à Cendrars, dans les tranchées creusées dans le parc du château de Tilloloy, puis dans celles Frise. A Tilloloy, son copain Rossi, se fit écrabouiller par un obus alors qu’il dévorait sa gamelle, dans son trou. Puis, ce fut son copain Lang, « le plus bel homme du régiment », qui se fit écrabouiller. On retrouva ses moustaches accrochées à l’enseigne du coiffeur de village de Bus si mes souvenirs sont bons. Il venait de monter dans un petit autobus pour partir en permission. « Dans autobus, il y a bus »,  commente Cendrars. Il raconte tout ça dans son plus roman, L’Homme foudroyé. Je rêvais, confortablement assis sur le velours des fauteuils de la Comédie de Picardie. Je ne fais pas un métier si dangereux que ça, tu sais lectrice.

                                      Dimanche 20 avril 2014.