Sublime, tout simplement !

                                     «Near Death Experience», dernier film de Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec Michel Houellebecq, est un film hors-norme, poétiquement désespéré. Et très politique.

À l’image de certains films de Jodorowsky, d’Arrabal ou de Buñuel, Near Death Experience, dernier film de Benoît Delépine et de Gustave Kervern, ne laissera personne insensible. On aimera ou on détestera. Dans la réaction, il est certain que le tiède d’y aura pas de place. Car c’est un film hors norme, à la fois poétique et philosophique, très politique mais sans matraquage de messages, un saccage en règle de la société ultralibérale et de ses conséquences indéfendables sur l’humain. Ce film est magnique, sublime, prenant, génial car il est d’une sincérité désarmante. L’écriture du monologue – écrit à quatre mains par Delépine et Kervern – lu en off par Michel Houellebecq est d’une force incroyable (il méritait publication sous la forme d’un livre). Il en va du même des dialogues. La lenteur de l’œuvre est digne des meilleurs pages de Patrick Modiano. Et Houellebecq – qui a refusé d’écrire une seule ligne du monologue et des dialogues, préférant faire l’acteur – se révèle un très grand comédien. Que nous racontent-ils, Gus et Benoît? Les prérégrinations de Paul (Michel Houellebecq), employé dans une plate-forme téléphonique de France Télécom, en plein burn -out. Un vendredi 13, après le journal télévisé de Jean-Pierre Pernau

Benoît Delépine au cours de la conférence de presse, à l'Hôtel Bellevue, à Lille.

Benoît Delépine au cours de la conférence de presse, à l’Hôtel Bellevue, à Lille.

t sur TF1, vers 13 heures, après avoir terminé le cubitainer de rosé, décide de tout plaquer: famille, maison, boulot. Il endosse son maillot Bic, grimpe sur son vélo et roule, parfois en danseuse, dans la montagne où il compte bien en finir avec sa vie pourrie par un capitalisme odieux, et un ultralibéralisme aux ordres d’un rendement économique quasi fasciste. La tête de Houellebecq – «un vrai sans dents» dont une certaine sociale démocratie molle et bobo pourrait bien se moquer, qui n’a plus de dents sur la mâchoire supérieure et refuse de porter un dentier — oscille entre celle de Céline et d’Artaud. L’un des premières scènes où on le voit attablé devant sur Ricard est digne d’Emmanuel Bove. La désespoir dans ce qu’il a plus cru; du jus de dépression noir comme un conte d’Edgar Poe. Sa façon de tenir sa clope entre le majeur et l’annulaire. «Je suis mort. Je n’avais jamais fait de sport car je n’aime pas perdre. J’ai fait du vélo car j’ai du cholestérol.». Il voudrait passer à l’acte, sauter dans le vide. Il rencontre un braconnier-vagabond, dispute avec lui une partie de billes avec des petits coureurs. «Mais toujours ils meurent, les petits coureurs», eût-il pu dire, phrase que tous les nostalgiques de Trente glorieuses, comprendront. Il reconstruit sa famille avec des pierres. S’adresse à eux. À ses enfants, il dit: «Mieux vaut un père mort qu’un père sans vie.» Il s’adresse à son grand-père: «Avant, on était vieux. On ne nous demandait pas d’atteindre des objectifs, d’être un homme viril, de manger équilibrer» Il y a des gens sur terre qui se disent de gauche, et qui hurlent qu’ils aiment les entreprises, qu’ils sont des libéraux. Il y en a d’autres comme Delépine, Kervern et Houellebecq qui hurlent, eux, qu’on fait fausse route. Qu’il faut aller voir ailleurs, dans une manière de folie rimbaldienne. Triste? Certainement pas. Ce film désespéré est plein d’espoir pour un monde meilleur. Les artistes, les vrais, ont bien plus à dire que les politiques carriéristes de tout bord. Near Death Experience: sublime, tout simplement.

 

PHILIPPE LACOCHE

 

Un DVD et deux Cds pour les Rabeats

 Bel objet! Les Rabeats sortent, dans la même pochette, deux CDs live et un DVD, sous le nom de Live at the Fémina Theater, Bordeaux. Les Rabeats ne copient pas bêtement les Fab Four; ils s’approprient, investissent, habitent chansons, personnages, ambiances et concept. Résultat: «A tribute to the Beatles» pas comme les autres. Les autres, en fait, ne sont pas très nombreux à travers le monde. Grâce à de nombreux passages sur les radios et télévisions (TF1, France 2, Paris Première, LCI, Oui FM, Europe 1, etc.) et des articles enjoués dans la presse nationale et régionale («J’ai vu les Beatles!», lançait Télérama; «Les Rabeats, plus célèbres que les Beatles?» s’interrogeait Le Populaire du Centre; «Mieux qu’un juke-box, un spectacle vivant», se réjouissait Libération), les quatre Amiénois se sont forgé une belle réputation de talentueux interprètes et de bons professionnels. Le DVD et les CDs rappellent qu’ils distillent aussi un feeling à toute épreuve. Rappelons que le 11 janvier 2013, ils seront à l’Olympia. Comme leurs illustres prédécesseurs en des temps antédiluviens.

Ph.L.

The Rabeats – A tribute to the Beatles – Live at the Fémina Theater, Bordeaux.2 CDs et un DVD- Ginger Production.