J’étouffe !

                                            

Gaspard Royant : la classe!

Gaspard Royant : la classe!

    Pourquoi te mentirais-je, lectrice, mon amour, ma fée fessu, ma soumise ? Cette chronique est un peu compliquée à rédiger. Why ? Because, je suis en train de la rédiger ce lundi 29 décembre, à exactement 10h24, que j’ai un bout de Sparadrap sur le pouce gauche, et un autre sur l’index droit (résultat de mes compétences pour le ménage que je n’avais pas fait depuis semaines ; je me suis énervé ; j’ai astiqué ; j’ai fait tomber plein de trucs ; me suis blessé avec un balai au manche métallique ; j’ai saigné comme un franquistes sous les balles républicaines du côté de Teruel, en 1936), que l’actualité ne me gâte pas (rien d’intéressant entre les fêtes en matière culturelle ; plus intéressant en matière cultuelle), et que je viens de me rendre compte, tout en rédigeant, non de Zeus !, que ce texte paraîtrait le dimanche 4 janvier 2015. Et je ne t’ai même pas souhaité mes vœux, lectrice pourtant désirée, puissamment convoitée. Donc, bonne année 2015. Beaucoup de plaisir, d’amants, de joie, de rock’n’roll. Que faire d’autre que de se souvenir. C’est ce que je sais mieux faire, moi qui ne comprends pas le présent, et encore moins l’avenir ; moi qui suis un homme du passé. Je me suis donc plongé dans les recoins de ma mémoire ; j’ai ouvert une enveloppe dans laquelle je conserve précieusement les tickets de cinéma, de concerts, etc. Bref, toutes ces salles dans lesquelles, le marquis des Dessous chics va se pavaner, fier comme un paon. ? Qu’en ai-je retiré, au hasard ? Les films Lawrence d’Arabie, de David Neal, la version restaurée, vue sur grand écran. Sublime. Dans la cour, délicieux film de Pierre Salvadori, avec le couple de l’année : Catherine Deneuve et Gustave Kervern. Deux automnes trois hivers, de Sébastien Betbeder, avec un Vincent Macaigne ébouriffé de talent. Jimmy’s Hall, de Ken Loach, émouvant, presque aussi émouvant que Pride, de Matthew Warchus, les homos qui viennent en aide aux mineurs gallois contre l’horrible et indéfendable Thatcher. Mr. Turner, de Mike Leigh, une suite de tableaux sur grand écran ; un grand film sur un immense peintre. La Famille Bélier, d’Eric Lartigau, of course, délicieux film populaire, magnifiquement écrit avec de grands comédiens. Bird People, de Pascale Ferran, film audacieux, gracieux, poétique et aérien. Party Girl, de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis, qui,  grâce à ses atmosphères prolétariennes, m’a rappelé Tergnier. La prochaine fois je viserai le cœur, de  Cédric Anger, avec un fantastique Guillaume Canet, dans le rôle du gendarme Lamare, issu du livre d’Yvan Stefanovitch, ne pouvait que me passionner. J’ai adoré le concert de Gaspard Royant et de The Swinging Dice, à la Lune des Pirates, un soir de novembre. Un rhythm’n’blues superbement efficace, coloré et rutilant comme la guitare de Bo Diddley. Quoi d’autre encore ? Plein de choses, lectrice amoureuse. Trop peu de place dans cette chronique. Mon projet pour 2015 : demander de l’espace dans la page Expressions : j’étouffe !

                                                      Dimanche 4 janvier 2015

 

 

 

Le froid sec de l’hiver de Saint-Quentin en 1971

Jacques Darras, écrivain poète, traducteur, universitaire. Février 2012.

J’aime beaucoup la ville de Saint-Quentin. J’y ai longuement séjourné, puis vécu. Séjourné (le mot est-il bien approprié? Il recèle un côté dilettante qui, comme le gros chat de la maison d’édition du même nom où j’ai édité mes premiers livres, me convient), de1970 à1975, comme élève au lycée Henri-Martin. J’avais refusé d’aller au lycée Gay-Lussac, à Chauny – où mon père et ma sœur aînée avaient été, eux-mêmes, élèves -, pour échapper à l’apprentissage de l’allemand, et me jeter comme un soldat républicain sur un combattant franquiste lors de l’attaque de Teruel, sur l’espagnol. Ah, l’espagnol! Quel bonheur! 1971.C’était l’époque où les musiques brésiliennes, sud américaines et latines caressaient le rock de leurs regards de velours noir. Mlle Vergnioux, notre professeur d’espagnol en seconde, nous avait fait apprendre une chanson de Paco Ibanez, «Como tù». Je me souviens de ce drôle d’hiver. Il faisait froid comme aujourd’hui. Un froid sec, picard, comme seule la rue d’Isle, irradiée par des courants d’air glacials et solaires, sait en produire. Nous la remontions, mon copain Paco, Jean-François Le Guern, que je surnomme Juan dans mon roman La Promesse des Navires (Flammarion, 1998; un fort beau cadeau de Noël lectrice, ma fée fessue consumériste) pour nous rendre au lycée et nous enfermer dans une salle de classe du lycée pour y répéter la chanson «Como tù» que nous devions interpréter en cours d’espagnol à l’occasion des fêtes de fin d’année. Le froid sec de cet hiver 1971-72. Le goût des bières brunes que nous ingurgitions en grand nombre au Café central, dans le haut de la rue Emile-Zola. (Existe-t-il toujours?) Habité.Jeune journaliste à L’Aisne nouvelle (1979-1983), j’habitais rue des Bouloirs avec Féline, mon ex-épouse. C’est dire, lectrice, que j’étais ravi de me rendre au salon du livre de Saint-Quentin, il y a peu. J’avais comme voisine la mignonne et vingtenaire Salomé Berlemont-Gilles, fille d’une conseillère municipale socialiste, qui vient de sortir un adorable petit livre, Argentique, dans la collection Plein feu, de chez Lattès. Nous avons beaucoup parlé. Littérature (des hussards et des autres).Littérature encore, l’autre soir, à la librairie du Labyrinthe où je suis allé interviewer Jacques Darras qui publie un livre sur la Picardie en compagnie de la photographe Chantal Delacroix. Il a dû parler de Saint-Quentin, Jacques, dans son ouvrage. Pas fait attention.

Dimanche 15 décembre 2013