Pour conquérir «son» bonheur!

L’écrivain amiénois Laurent Aileway sort un «Petit guide de survie à l’usage de mes enfants».

L’écrivain amiénois Laurent Aileway sort, aux éditions Edilivre, un court essai, original et pertinent, intitulé Petit guide de survie à l’usage de mes enfants. Et il a choisi de le sous-titrer: (Et de tous ceux qui pourraient en avoir l’utilité). Son but: «inciter à la réflexion et à l’introspection.» Il y parle de liberté, de la vie, de la mort, de la morale, du sexe, de Dieu, mais aussi de Bach, de Baudelaire et de Serge Reggiani. Nous l’avons rencontré.

Laurent Aileway, pourquoi avoir écrit ce Petit guide de survie à l’usage de mes enfants?

J’ai écrit pour tenter de donner à mes enfants des outils qui leur permettront de vivre aussi libres et heureux que possible. S’il y a dans ce petit guide bien plus de questions que de réponses ou de recettes toutes faites, c’est parce que je suis intimement persuadé que le bonheur et la liberté ne peuvent être offerts en kit, et que c’est à chacun de conquérir « son » bonheur et « sa » liberté. Le livre, à travers la résolution de l’énigme proposée en quatrième de couverture,  a pour ambition d’amener mon fils et ma fille à cela, en les rendant curieux, en les incitant à se forger leurs propres opinions, en les encourageant à se soumettre le moins possible aux idées reçues ou toutes faites sans avoir au préalable décidé qu’elles étaient conformes à ce qu’ils pensent être juste.  Enfin (et peut-être surtout), ce livre est aussi une manière de dire à mes enfants que je les aime.

Comment le qualifieriez-vous : essai, récit philosophique, etc.?

Essai, oui sans doute. Récit philosophique, pourquoi pas car au fond nous philosophons chaque fois que nous nous interrogeons. Mais on pourrait aussi dire « truc », « machin », tas de mots, ou d’idées, ou de pensées. J’ai toujours un peu de mal à qualifier quoi que ce soit. Toute qualification, pour être un tant soit peu exacte, nécessite une foule de précisions. Ceux qui liront le livre le constateront dans le chapitre qui parle des mots, à travers l’exemple du mot « table ». Ce mot, qui est pourtant un des plus simples qui soit, recouvre déjà une foule de possibilités qui le rendent ambigu.

A vous lire, on a l’impression que le monde ne se porte pas très bien. Mais vous gardez cependant une bonne dose d’espoir. Qu’est-ce qui vous fait encore espérer?

Il me semble effectivement que le bonheur est encore trop peu répandu dans le monde et que les problèmes environnementaux, l’économie, les tensions qui existent un peu partout peuvent légitimement inquiéter.  Ce qui me fait espérer, c’est que l’homme est doté d’un esprit qui le rend libre. Il est capable d’agir sur son destin et donc sur celui du monde. Il peut être objecté que le désir de pouvoir, le désir de possession, l’avidité le guident trop souvent et qu’en se soumettant à ces trompeuses sirènes il crée les conditions de son propre malheur et de celui de ses semblables. Certes. Mais il reste libre et comme dit Jean-Louis Aubert, peut-être que « Demain sera parfait ». Allez, je le concède, après demain, si vous voulez.

Vous embrassez plusieurs thèmes forts : la liberté, la vie, la mort, l’amour, la morale, le sexe, Dieu, etc. Quel celui qui vous paraît le plus important?

Celui qui les englobe tous auquel on peut peut-être donner le nom de « nature » ou « d’univers ». Tous ces thèmes que je traite ne sont au fond que des aspects d’une même chose, qui tient dans une respiration ou un battement de cils. Des aspects de « ce qui est ». J’aime penser parfois que la nature est « amour » (ou l’inverse) … mais c’est un point de vue que je concède être un peu « barré » !

Quels vos auteurs de chevets?

La couverture du livre de Laurent Aileway.

Lao tseu, Tchouang tseu. Baudelaire. Alexandre Jollien. Joël de Rosnay. Pierre Perret. Les Beatles, qui proclament « Let it be ». Plein d’autres. Et sans doute une foule que je n’ai pas lus et que j’aurais dû lire.

A quels auteurs avez-vous pensé en écrivant votre guide?

A aucun auteur en particulier, mais tous ceux qui m’ont un jour ou l’autre fait réagir et réfléchir sur ceci ou cela en m’éclairant de leurs pensées étaient là. J’ai aussi voulu évoquer à travers des textes, sans les citer vraiment, la musique, la peinture, la poésie, car il y a aussi des réponses à trouver dans ces univers-là.

Comment avez-vous travaillé pour rédiger ce livre? Et en combien de temps l’avez-vous écrit? A-t-il nécessité beaucoup de recherches?

J’ai l’idée de ce livre depuis plusieurs années. De temps en temps, je notais une idée, un thème dans un cahier. Tout cela a mûri lentement et un jour je me suis mis au clavier et à partir de ce moment, il m’a fallu à peu près un mois pour obtenir une première version. Curieusement, je ne me suis reporté au cahier que je remplissais depuis des mois qu’après avoir terminé.  Tout était là. Ensuite, je me suis relu. Il m’a encore fallu quelques mois pour décider que j’avais terminé. Presque à regrets car face aux thèmes traités, je pense que l’on n’a jamais vraiment terminé et à chaque relecture, il y a toujours un moment où je me dis que j’aurais dû ajouter ceci, préciser cela. Il faut bien un jour pourtant placer un point final. A-t-il nécessité beaucoup de recherches ? Oui et non. Non, car je n’ai eu que peu à chercher de la documentation. Oui, s’il est question des recherches qui sont celles que permettent chacun des livres que nous lisons, chacun des films que nous voyons, chacune des rencontres qui s’offrent, chacun des instants que nous vivons, car chaque instant (ou presque) peut être enrichissant.

Vos enfants l’ont-ils lu? Et qu’en ont-ils pensé?

Mes enfants, comme beaucoup de ceux de leur génération, sont plus attiré par les écrans que par les pages des livres. Je resterai donc modeste et je dirai qu’ils l’ont plus parcouru que lu.  Mais c’est heureux, car je suis un fan inconditionnel de Daniel Pennac qui dans son livre Comme un roman, qui est un plaidoyer pour la lecture, a défini les droits imprescriptibles du lecteur dont les quatre premiers sont « le droit de ne pas lire, le droit de sauter des pages, le droit de ne pas finir un livre, le droit de relire« . De plus je ne suis pas très malin car j’ai conclu le livre en les incitant à le poser pour « rejoindre les moments heureux qui les attendent quelque part« .  Il reste que ce petit guide nous a donné et nous donnera encore l’occasion de parler d’une foule de choses quand ils y reviendront. Quant à savoir ce qu’ils en ont pensé, ils le diraient sans doute mieux que moi, mais au-delà de toute autre chose, j’espère tout de même que le fait que leur père ait voulu écrire pour eux leur a donné un petit instant de bonheur.

Avez-vous d’autres livres en projet?

Oui. Un autre livre qui parlera du bonheur d’une autre manière, car je n’en ai pas terminé avec ce sujet. Cependant, il est encore un peu tôt pour en parler.

                                                      Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE
Petit guide de survie à l’usage de mes enfants (Et de tous ceux qui pourraient en avoir l’utilité), Laurent Aileway; Edilivre; 94 p.; 11 €.

 

 

 

Le cabaret des amours mortes

     

Les Sea Girls à la sortie du spectacle.

Les Sea Girls à la sortie du spectacle.

J’ai adoré, l’autre soir, à la Comédie de Picardie, à Amiens, Les Sea Girls, La Revue, un spectacle conçu et interprété par Judith Rémy, Prunella Rivière, Delphine Simon et Agnès Pat’. C’était tout simplement délicieux. Une manière de spectacle de cabaret à l’ancienne, mais totalement foutraque, dadaïste, allumé. Elles chantent, dansent, se moquent d’elles-mêmes, exhibent non seulement leurs jolies cuisses mais aussi leurs faiblesses. De grandes didiches qui m’ont bien sûr rappelées Lou-Mary, mon ex-petite amie, chanteuse, danseuse, comédienne et meneuse de revues de cabarets. Il me revenait à l’esprit La Belle Epoque, cabaret de Briquemesnil, près d’Amiens, dans lequel, longtemps, elle officia. Le rire strident et entraînant de Jean-Louis, le patron des lieux. Le buste d’Elvis Presley, près du bar auquel j’aimais m’accouder en dégustant (dégustant ? est-ce bien sûr ?) une bière sans alcool. Les odeurs de magrets de canards et de bons petits plats si français servis aux clients. Et les odeurs des produits de maquillages, dans les loges. Maquillages des danseuses et de ma grande didiche, Lou. Et c’était les tours du magicien et la partie dansante animée par l’ami Tony. Oui, en contemplant les Sea Girls, tout me remontait à la tête. Les trajets en voiture à travers la campagne désolée et rousse, l’automne. Rousse comme une fille. Les autocars qui déversaient les clients, adhérents de comités d’entreprises, personnes âgées, etc. Un dimanche après-midi d’hiver, j’avais entraîné Patrick Eudeline à la Belle Epoque ; il avait été subjugué. Et, à la Comédie de Picardie, quand l’ami Nicolas Auvray me glissa à l’oreille que Prunella Rivière n’était autre que la fille de l’immense parolier Jean-Max Rivière, je me mis de nouveau à rêver. Jean-Max Rivière est l’auteur de perles comme « La Madrague » (Brigitte Bardot), « A présent tu peux t’en aller » (Richard Anthony, adaptée de « I only want to be with you »), « Un petit poisson, un petit oiseau » (Juliette Gréco) et le lumineux et superbe « Il suffirait de presque rien » (Serge Reggiani). J’ai voulu aller la féliciter, lui parler aussi de son père. Mais, comme je suis une sorte de vieux benêt, je me suis trompé de danseuse. « Non, ce n’est pas mon papa ; Jean-Max Rivière, c’est le papa de la grande danseuse qui est là-bas », me répondit avec amusement et douceur, la fille, fruit de mon erreur. Mais il était déjà trop tard ; elle était en conversation. Prunella, j’espère que vous lirez ces quelques lignes ; j’eusse préféré vous les dire de vive voix, mais, parfois, la vie sépare ceux qui devraient se rencontrer. Il suffisait que presque rien… En revanche, je n’ai pas résisté au plaisir d’aller saluer Dani Bouillard, excellent guitariste qui jouait en live tout au long du spectacle en compagnie du percussionniste Guillaume Lantonnet. Dani Bouillard, qui utilisait une  guitare très sixties, avait un son génial et une main gauche (accords renversés, vibrato naturel) éblouissante. Un très grand guitariste. Et quand il interpréta la chanson « Mon cousin », brûlot hilarant de Pierre Vassiliu, je me mis à repenser à La Belle Epoque. Lou et Tony le chantaient en duo. C’était avant ; il y a un siècle.

Dimanche 17 janvier 2016

Dame Felicity Lott aime « le champagne » de la langue française

 

La charmante et délicieuse Felicity Lott sera, ce jeudi soir (9 juillet 2015) au festival de Saint-Riquier.

La charmante et délicieuse Felicity Lott sera, ce jeudi soir (9 juillet 2015) au festival de Saint-Riquier.

La grande chanteuse soprano anglaise, très francophile, sera en concert au festival de Saint-Riquier, ce soir, jeudi.

Elle adore la France et ne s’en cache pas. Elle chante avec délicatesse et un immense talent les plus grands compositeurs français sur les scènes des plus grands opéras. Une très grande dame au charme indéniable.  Elle a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

Enfant et adolescente, vous avez appris le piano et le violon. Finalement, vous avez opté pour le chant, à l’âge de 12 ans. Pourquoi ?

J’ai toujours chanté, bien avant de commencer à jouer du piano. A l’âge de deux ans, j’ai enregistré et gravé un petit disque avec deux chants de Noël que j’ai offert à ma grand-mère. C’est ma mère qui m’avait emmenée dans un studio de Cheltenham où je suis née. Je possède toujours ce petit disque en vinyle. Il comprenait deux chansons dont « Away in a manger ».

On dit de vous que vous êtes « la plus francophone des sopranos britanniques ». Qu’est-ce qui vous attire tant dans notre pays ?

Tout m’attire dans votre pays. La langue française d’abord. Et puis j’ai visité le pays quand j’avais 12 ans. Lens d’abord car j’ai une cousine qui habite dans le Pas-de-Calais. Ensuite je suis allée à Annecy car Cheltenham est jumelée avec cette ville. Il s’agissait d’un échange. J’avais 15 ans. J’apprécie aussi la culture, la poésie et la musique française je ne connais pas encore à ce moment-là. J’ai également été assistante d’anglais dans le lycée mixte de Voiron, près de Grenoble où j’ai suivi des  cours avec un très bon professeur de chant, ce qui a changé ma vie. J’avais 21 ans. Mes 21 ans, je les ai fêtés à Voiron.

Grenoble, était-ce par hasard ou pour Stendhal ? Et avez-vous aimé cette ville ?

A ce moment-là, j’étais Voiron. Je suis allée à Grenoble pour mes cours de chant. J’ai même chanté dans le chœur du Conservatoire pour l’ouverture des Jeux Olympiques, en 1968. J’ai toujours l’hymne olympique, chez moi,  dans tiroir. En fait, c’est la montagne que j’aimais. C’était tout nouveau pour moi, tout ça…

Vous avez interprété notamment Haendel, Mozart, Strauss, Offenbach, Gounod, Reynaldo Hahn, Fauré, Chausson, etc. Lequel préférez-vous et pourquoi ?

Impossible à dire ; ça fait partie du charme de la vie : pouvoir apprécier tous ces compositeurs, et interpréter des choses aussi différentes. La seule chose qui les rassemble c’est l’importance qu’ils attachent à la parole. Le livret est important pour moi. J’ai commencé par Mozart,  puis Strauss… dans l’œuvre de Strauss on se demande si c’est le texte est plus important que la musique. Ou l’inverse. C’est l’ensemble qui créé la magie ; quand le compositeur met en musique, c’est ça qui bouleverse. J’adore la poésie française : Victor Hugo, Vigny, Verlaine, Apollinaire, Eluard. J’ai découvert de nombreux poètes grâce à la musique.

Votre accompagnateur préféré au piano est Graham Johnson. Parlez-moi de lui, s’il vous plaît.

Nous nous sommes rencontrés quand nous étions étudiants à la Royal Academy of  music, à Londres ; il est extraordinaire. C’est  une encyclopédie vivante incroyable ! Il possède une très grande culture. C’est un autodidacte. Il est né en Rhodésie; il est venu en Angleterre quand il avait 17 ans ; il est curieux de tout. De la littérature aussi. Il aime beaucoup la musique française (il a écrit un livre sur Fauré). Par ailleurs, il a écrit  trois tomes immenses sur les lieder de Franz Schubert. Il aime également  la poésie allemande. Il a fait de très nombreux récitals.

En 1996, vous avez été anoblie par la reine du Royaume-Uni. Qu’avez-vous ressenti ?

Je pense que j’étais très fière ; c’est le prince Charles qui présidait la cérémonie. Cette distinction, c’est un peu comme la Légion d’honneur. Un remerciement de l’état ; oui, j’étais très fière mais ma maman encore plus…

Vous êtes née à Cheltenham, cinq ans après Brian Jones, fondateur des Stones. L’avez-vous connu ou croisé ?

J’étais en classe avec sa sœur, Barbara, un peu plus jeune que moi. A cette époque, j’étais très studieuse ; je chantais dans le choeur de l’église. Et je dois avouer que j’étais plus Beatles que Rolling Stones.

Vous avez souvent défendu l’opérette, genre trop sous-estimé. Pouvez-vous m’en parler ?

C’est en faisant La Belle Hélène que j’avais vraiment découvert l’opérette ; avant j’avais fait La Veuve joyeuse. Ces musiques apportent le sourire. Je viens de lire un article à Offenbach ; l’auteur disait qu’il n’appréciait pas. C’est dommage pour lui. Je trouve que les traductions des textes des opérettes françaises font perdre le « champagne » de la langue.

En dehors de la musique classique, l’opérette et l’opéra, aimez-vous d’autres musiques ?

J’aime beaucoup les quatuors, la musique du piano solo, et celle des grands orchestres. J’adore Serge Reggiani (je l’ai vu deux ou trois fois en concerts). Je n’ai pas encore osé reprendre ses chansons…. J’ai un peu peur… J’ai chanté une fois « L’Hymne à l’amour », d’Edith Piaf. Avec ces voix-là, c’est très difficile à faire ; Brel j’adore. J’aime sa façon de prononcer les textes…

Qu’allez-vous interpréter au Festival de Saint-Riquier.

Je viens avec des musiciens extraordinaires que j’ai rencontrés en Inde. Ensemble, nous avons fait un concert à Genève. A Saint-Riquier, nous allons interpréter une partie de la IVe symphonie, et trois lieder de Mahler ; « La chanson perpétuelle », de Chausson ; des mélodies de Hahn, et trois petits airs d’Offenbach.

Profiterez-vous de ce déplacement pour découvrir la Baie de Somme ?

Ce sera malheureusement un déplacement express. Je tourne beaucoup. La semaine dernière, j’étais à Mont-de-Marsan en compagnie de Lambert Wilson et de la pianiste Jacqueline Bourgès-Maunoury. Je serai à Paris demain (N.D.L.R. : mardi 7 juillet), puis à Saint-Sauveur-en Puisaye, à la maison de Colette.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE