Du rock sur les planches de Deauville

Gilles Leroy (à droite), Philippe Labro, Philippe Augier, maire de Deauville, Jérôme Garcin.

 Le salon Livres et Musiques de Deauville est l’un des événements les plus conviviaux de l’Hexagone. Je m’y suis rendu, une fois de plus, avec entrain et bonne humeur. J’ai enjambé le pont de Normandie, au-dessus du port du Havre. Un ciel incertain, digne de ceux que l’on contemple dans les toiles d’Eugène Boudin. Quelques gouttes de pluie, puis l’embellie , soudaine, apaisante. Deauville, c’est un peu une Biarritz normande. Des villas blanches, ou de pierre meulière. Des jardinets mouillés où s’ennuient des buis odorants et des lauriers plus mélancoliques que roses. Les plaques des voitures sont parisiennes. On se croirait à Paris en bord de mer. Patrick Modiano eût aimé. Je fonce à la remise du prix de la ville de Deauville, attribué à Gilles Leroy pour son livre Nina Simone, roman, paru au Mercure de France. Il s’agit d’une biographie romancée de la chanteuse, née en Caroline du Nord en 1933. Au cocktail, je salue Jérôme Garcin, président du jury, discute longuement avec le journaliste-écrivain François Bott, membre du jury. On parle de Roger Vailland, de Paul Morelle, critique littéraire et dramatique au Monde des livres que dirigea François pendant des années. Je papote aussi avec Michka Assayas, journaliste à Rock & Folk et à Libération, auteur du Nouveau dictionnaire du Rock. Le soir, coup de fil de Christian Laborde qui vient d’arriver dix heures de train pour effectuer le voyage de Pau à Deauville. Il est en compagnie du batteur Francis Lassus avec qui il donnera, le dimanche, son spectacle Nougaro par mont et par mots, une sorte de long monologue qui fait revivre, non sans émotion, les textes de Claude Nougaro, supportés par les frissons de batterie et les riffs de guitare de Francis Lassus. On rigole ; on cause. Il me parle de L’Idiot international, de Jean-Edern Hallier, mort à Deauville justement, d’une crise cardiaque. L’Idiot réunissait des plumes acerbes et talentueuses : Edward Limonov, Patrick Besson, Benoît Duteurtre, Michel Déon, Morgan Sportès, Frédéric Beigbeder, Arrabal, Marc-Edouard Nabe, etc. Je voulais interviewer Dominique Tarlé, pour son exposition Photographier les Rolling Stones  (photos réalisées en été 1971 dans le Sud de la France, dans la cave de la villa Nellcôte, de Keith Richards, à Villefranche-sur-Mer, lors de l’enregistrement d’Exile on Main Street. Impossible. Il ne cessait d’être accaparé par des fans de son travail, mais surtout par des fans de Stones. Je me contentais donc de contempler la beauté sensuelle et irradiante, si seventies, d’Anita Pallenberg, ex-compagne de Keith. Et d’écouter des anecdotes de Tarlé pendant la visite guidée. Je me demandais aussi si Brian Jones, l’ancien amant d’Anita, était venu à Deauville. En 1971, il était mort depuis deux ans.

                                                              Dimanche 27 avril 2014

J’écoute une radio bolchevique

 

Jean-Christophe Polien, photographe. Juin 2013.

Marine Le Pen est en train de devenir aussi amusante que son père, ce grand humoriste. Elle qui, jusqu’ici, donnait plutôt dans le sérieux, se lâche enfin. Ce matin-là, sur les ondes de ma radio nationale préférée, elle estime que France Inter est une radio bolchevique. Je suis mort de rire. Si au moins, ça pouvait être vrai. Merci, chère Marine Le Pen, de m’avoir éclairé. Pourquoi, me demandais-je, moi, le pourfendeur des bobos, le maltraiteur de la sociale démocratie libérale, méfiant – en accord avec tous les anciens FTP communistes de Tergnier (paix à leurs âmes de hussards rouges!) – par rapport à l’Europe allemande, je continue à écouter avec un vif plaisir France Inter? France Inter est une radio bolchevique. C’est le très européen Bernard Guetta qui va être content de travailler au kolkhoze. T’inquiète, Bernard. On n’est pas encore sur le point de reconstruire le mur de Berlin. La jungle capitaliste se porte à merveille en Russie. L’Allemagne est toujours une et indivisible, au grand désespoir de ceux qui, à l’instar de François Mauriac, l’aimaient tellement qu’ils étaient très heureux qu’il y en eût deux. France Inter, une radio bolchevique! Elle est bien bonne celle-là. Quand, je ne ris pas devant ma radio bolchevique, je fais des rencontres intéressantes. Jean-Christophe Polien, 48 ans, photographe indépendant, m’a téléphoné, l’autre jour, de la part de mon copain le journaliste-écrivain et critique de rock Pierre Mikaïloff. «Je viens de m’installer près d’Amiens. Je recherche des gens qui m’autoriseraient à les photographier à la fois chez eux et dans leur activité. Des artistes, des quidams, des musiciens, un peu de tout…» Je lui ai ouvert mon carnet d’adresses. Jean-Christophe est photographe depuis vingt ans. Il a œuvré notamment pour Télérama, Libération, Rock &Folk, le Times, etc. Il aime le rock’n’roll et les cheminots. Ça rapproche. Il est en train de photographier les cheminots retraités de la cité du Château, à Longueau. Son actuel projet des portraits intimes est né de l’idée des éditions du Bouquet, à Paris. Le livre sortira début 2014.Les personnes intéressées pour se faire tirer le portrait peuvent le contacter au 0677175714 (jeanchristophe.polien@gmail.com). Et puisque c’est le jour, vive la République, lectrice! Forte et sociale (Et un peu bolchevique aussi.)

Dimanche 14 juillet 2013