Les beaux mots et les si belles fesses de Simone

 

Josiane Balasko, dans les loges, à la Comédie de Picardie, à Amiens.

Lorsque je suis allé saluer Josiane Balasko dans sa loge, elle était en train de manger un sandwich. A ses côtés, j’ai cru reconnaître son mari, George Aguilar, très bel acteur américain d’origine amérindienne. Josiane est fatiguée par le one-women-show qu’elle vient de donner à la Comédie de Picardie (La Femme rompue, de Simone de Beauvoir, dans une mise en scène d’Hélène Fillières) ; elle n’en reste pas moins souriante, agréable. Je ne peux m’empêcher de lui lâcher, d’emblée : « Votre Monologue, extrait de La Femme rompue, je n’avais pas du tout l’impression d’entendre un texte de Simone de Beauvoir ! C’était un vrai bonheur ! Ca aurait pu être écrit par un anarchiste de droite ou un communiste réactionnaire. » Elle sent bien que je me moque. C’est vrai, lectrice, mon amour, ma fée fessue, ma gloire, ma soumise, Simone de Beauvoir n’est pas mon écrivain préféré. Ce n’est pas son féminisme qui m’incommode ; loin s’en faut ! Ses combats étaient nobles, courageux, et nécessaires. Mais stylistiquement, non ; qu’y puis-je ? ce n’est pas ma tasse de Stella Artois. Comme l’a dit je ne sais plus trop qui, il y a chez elle, comme chez André Breton (sauf dans son sublime Nadja), un côté « style d’écriture cage à perruches ». En revanche, j’aime le style de son compagnon Jean-Paul Sartre qui, politiquement, s’est à peu près trompé sur tout, mais qui écrivait net et sec comme un Hussard. (Relis son recueil de nouvelles Le Mur, lectrice, ma cocotte en dentelles, en mules à pompons roses et en robe de chambre en pilou ; tu ne le regretteras pas. On dirait du Hemingway qui se serait saoulé la tronche avec Roger Vailland.) Mais, je dois le confesser humblement, j’ai craqué, il y a quelques années, sur une photographie de Simone nue, en train de se regarder dans la glace. J’ai rarement vu des fesses plus désirables, épanouies, gracieuses, rondelettes ; on en mangerait. A mon avis, cette photographie doit dater de l’époque au cours de laquelle, elle avait pour amant l’écrivain américain Nelson Algren, adaptée deux fois au cinéma avec des films aux titres révélateurs : L’Homme au bras d’or et La Rue chaude. (Les mauvaises langues prétendaient que Nelson n’avait pas seulement le bras en or, et chaude que la rue. Une chose est certaine : ce Rocco Siffredi des lettres US, grâce à ses assauts, procurait à Simone une mine splendide.) Sinon, le spectacle de Josiane était succulent. Seule un lit orange, elle hurle sa rage avec des mots violents, parfois amusants. « Laisser jaillir sa rage, son conflit intérieur, celui qui s’oppose à cette violente idée du bonheur que nous impose le monde, encore aujourd’hui dominé par les hommes. Pouvoir crier enfin, via le Monologue. Ce texte me bouleverse », confie le metteur en scène Hélène Fillières. C’est bien. C’est un grand texte, Balasko est une comédienne exceptionnelle. Et vive le combat des femmes, lectrice, ma fée fessue ! Même si je n’écrirai jamais de ma vie « écrivaine », « procureuse », « metteuse en scène ». Femmes, je vous aime. (Me voici devenu le Julien Clerc des Hauts-de-France. La vieillesse est un naufrage.)

                                                       Dimanche 12 mars 2017

 

Etang et tanche

         Les rentrées ne sont jamais très amusantes. J’avance place Gambetta, à Amiens, ma grosse tête de Ternois protégée par un parapluie. Il pleut. Ciel de jais. Je marche d’un pas résigné vers mon destin. Je pense à mes problèmes de pognon. Les gens qui ont des problèmes de pognon sont de plus en plus nombreux. On se demande bien ce que fabrique la sociale-démocratie-libérale et ses alliés, le capitalisme de brutes qui rend les riches de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, qui broie les beaux outils étatiques et fraternels construits par de Gaulle et les communistes au sortir de la guerre, sans oublier cette espèce d’Europe des marchés aussi navrante et allemande qu’une surprise-partie en Prusse orientale. Voilà, lectrice. Tu sais tout : ma rentrée est celle d’un gagnant, d’un winner qui veut en découdre dans cette belle compétition où le meilleur gagne (parfois) et où le beau, le ric

Une grosse brune, belle comme une mama italienne.

Une grosse brune, belle comme une mama italienne.

he, le fort gagnent (toujours). Trêve de plaisanterie. Soudain, mon morale remonte d’un cran : je me mets à penser aux parties de pêche que je faisais, quelques jours plus tôt, après m’être fait mordre la main à sang (infection, antibiotique ; j’ai échappé de peu au billard !) par mon chat Wi-Fi qui, effrayé par l’énorme chien du voisin, se trouvait en panique, la queue énorme (à rendre jaloux Rocco Siffredi), bavant, crachant, jurant. Je me suis dit : il va se jeter sur le cabot (très gentil, il faut le reconnaître mais impressionnant car de la taille d’un poney) et lui crever les yeux. Je commets alors une erreur : je tente de l’attraper au lieu de le menacer avec un bâton ou lui balancer un seau d’eau afin qu’il recouvre ses esprits. Résultat : il m’a mordu avec une puissante de tigre. Voilà : où en suis-je, lectrice, ma fée sensuelle ? Oui, mes parties de pêche à l’étang du comité d’entreprise du Courrier picard, à Argoeuvres. J’ai adoré. Par une belle fin d’après-midi, j’ai capturé un brochet alors que je remontais ma ligne lestée d’un vif (un petit gardon). Par une soirée pluvieuse, j’ai chopé une énorme tanche qui dépassait le kilogramme. Avant cela, j’avais cassé une première fois ma ligne (montée trop finement avec un hameçon de 18), puis une deuxième fois (avec une ligne plus forte équipée d’un hameçon de 12), broyé net, avec au bout d’une manière de monstre puissant comme Mike Tyson. La troisième fois fut la bonne. Après un dur combat, je remontais la jolie brune, une mémère rondouillarde, sapée comme une princesse avec sa robe couleur de tabac brun. Je m’empressais d’envoyer une photographie de ma prise, via mon portable, à mon copain écrivain Franck Maubert, pêcheur devant l’Eternel. Il me répondit ces jolis mots : « Magnifique dans sa belle livrée d’un tailleur anglais. Quelle élégance! » Je repensais alors aux écrivains-pêcheurs : Hardellet, Hemingway, René Fallet. C’est tout de même plus poétique que de penser au pognon.

Dimanche 6 septembre 2015

La crampe de l’écrivain

 

L'écrivain Cyril Montana (à droite) et le peintre Stéphane Billot, originaire de Ham, dans la Somme.

La crampe de l’écrivain. Ce n’est pas une légende, lectrice des Dessous chics, lectrice de mes livres. La crampe, je l’ai eu au poignet droit, vers 17 heures.Depuis le matin, à 9h30, je dédicaçais mon dernier roman pour les critiques littéraires, membres de jurys de prix, etc. À chaque fois, je façonne, tente de ne point me répéter, esquisse un trait d’humour, une vanne, une vacherie, une invitation dissimulée à celles à qui je souhaiterais parler de Tergnier entre quatre yeux ou entre deux draps. À la fin, crevé, lessivé, on se demande pourquoi on fait tout ça, pourquoi on écrit des romans, des chroniques? Pour le blé? Même pas. J’aimerais bien mais je ne me fais pas d’illusion. Je dois faire réparer le toit de ma véranda qui fuit comme le foie de Bukowski. Quand on place des casseroles sur le carrelage, par temps d’orage, je charrie Lou-Mary: «Tu verras, bientôt, je décrocherai le prix Roger-Nimier: quelques milliers d’euros!». Le toit continue à fuir. Et elle rigole, la Lou-Mary. Les filles rigolent souvent quand je leur parle. Je suis habitué. Lorsque j’ai reposé le stylo, j’ai téléphoné à mon copain Cyril Montana, le meilleur nouvelliste de France (lis, lectrice, celle, coquine, érotique, émoustillante, qu’il a donnée à notre journal cet été), le type le plus sympa de Paris. Et beau gosse avec ça: il est le compagnon de la chanteuse Anggun. On a bu un canon fraternel au Sarah Bernhardt; on n’a pas vu le temps passer. Et j’avais rendez-vous avec ma copine, l’adorable Martine Grelle, du Centre national des Lettres (CNL), au bar La Fourmi, place Pigalle. Le Cyril m’a prêté un casque et m’a transporté, à l’heure dite, sur son scooter 125cm3.Quel bonheur de slalomer entre les bagnoles dans l’air glacial de décembre, à Paris, sous les guirlandes. Depuis que j’ai sorti mon recueil de nouvelles Scooters (Le Rocher, 1994), je n’avais pas refait de scooter. Ensuite, j’ai foncé à deux pas de là, au Petit Moulin, 37, rue Fontaine, où Stéphane Billot, artiste originaire de Ham, assurait le vernissage de sa très belle exposition de peintures. Lou a donné un concert. Cyril Montana est venu nous y retrouver. Je l’ai photographié en compagnie de Stéphane. Et dehors, dans le froid, on a reparlé de la littérature, de nos bouquins. «Parce qu’on ne sait rien faire d’autre», eût dit Daniel Darc, le Rocco Siffredi de l’âme.

Dimanche 8 janvier 2012.