Les coups de coeur du marquis…

Les vertus de Ray Davies

Comment ne pas aimer les Kinks? Comment ne pas aimer Ray Davies? Impossible. Sens aigu de la mélodie, harmonies acidulées, textes d’une justesse et d’une poésie incomparables. Les Kinks, fils de prolos, furent les parangons d’un rock british racé, aristocratique, manière de hussards rouges car Ray Davies n’a jamais eu la langue dans sa poche quand il s’agissait de décrire la dureté de la condition ouvrière, notamment au sortir de la guerre. Nos bons amis Fridolins et leurs bombes maudites n’avaient pas fait de cadeau à nos alliés britanniques. Ce disque est beau et bon comme tout ce que fait Ray Davies depuis des lustres. Certes, il sonne plus ricain que british; cela ne retire rien à son charme. Ph.L.

Americana, Ray Davies. Sony Music.

 

Ciel gris de mai et trois Ray de lumière

Roger Wallet, écrivain, et Dorine Durbise, institutrice à Drucat-le-Plessiel, près d'Abbeville.

         Je tape cette chronique avec «Waterloo Sunset», des Kinks, dans la tête. Nous sommes en mai. Ciel d’étain. Cela me rappelle mars1973; j’étais à Londres. J’étais allé voir Chicken Shack au Marquee. Il faisait ce temps-là. Dans une interview accordée à notre confrère John Preston, dans  The Telegraph, l’excellent acteur britannique Terence Stamp raconte que son frère Chris, manager des Who, connaissait très bien Ray Davies. Ce dernier écrivit la  chanson «Waterloo Sunset» en pensant à Terence et à sa petite amie du moment,  Julie Christie.Et ça donne ça : «Terry meets Julie/Waterloo Station/Every Friday night…» En sortant du cinéma Gaumont, à Amiens, Lys me faisait remarquer cette étonnante correspondance: nous avions vu en début d’après-midi, Song for Marion, film émouvant, beau et limpide, où excelle Terence Stamp. L’Angleterre ouvrière que j’aime tant. En soirée, nous sommes allés voir Sous surveillance, puissant et passionnant long-métrage de Robert Redford (sur les militants radicaux auteurs d’attentats contre la guerre du Vietnam) avec Julie Christie. La boucle était bouclée. J’adore ces coïncidences. Pourquoi est-ce que j’aime les Kinks à ce point? Certainement parce que les frères Davies, fils de prolos, auraient pu être les héros d’un roman de Roger Vailland. Quand les bergers deviendront des princes… Le rêve communiste. Les Davies ont une élégance aristocratique à l’image des chansons sublimes qu’ils nous ont données. Roger Wallet aime-t-il les Kinks? Certainement. Je suis allé le saluer, l’autre soir, au carmel, à Abbeville où il procédait à une lecture à l’issue d’un atelier d’écriture qu’il a réalisé dans les écoles de Drucat-le-Plessiel et de Cambron. Sur la route du retour, mon autoradio m’apprenait la mort de Ray Manzarek, l’organiste des Doors. Sous le ciel de mai, de plus en plus gris, je pensais, cette fois, à «Light my fire» avec cette introduction lumineuse de Ray aux claviers. D’autres images dans ma tête. J’ai envie de faire demi-tour, d’aller revoir mon ancienne maison de la rue Pierre-Sauvage, à Abbeville, dans laquelle j’écoutais les deux Ray (Davies et Manzarek).Un autre Ray (Défossé) m’avait prêté sa maison pour qu’elle héberge mes amours naissantes avec une très jeune femme. C’était en mai 2002; il faisait un temps magnifique.
                                                              Dimanche 26 mai 2013

A mon enterrement, toutes les femmes que j’ai fait rire

A mon enterrement, toutes les femmes que j’ai fait rire

Mon printemps sera littéraire ou ne sera pas. Il l’est. Une fin d’après-midi de printemps. Librairie Martelle. Anne Martelle, avec son talent intervieweuse, s’entretient avec mon écrivain blond préféré, Isabelle Marsay, à propos de son excellent essai sur Jean-Jacques Rousseau (Le Fils de Jean-Jacques, Gingko, 2012).Je salue la jeune femme, lui fais quelques compliments sur son joli de cuir rouge qui lui donne un air de Ray Davis en jupes. Elle rit. Qu’est-ce que j’aurais pu faire rire les filles au cours de ma fichue vie. À mon enterrement, je voudrais qu’elles soient toutes là, pliées en deux devant mon cercueil, et qu’elles fassent une chaîne d’union des femmes rieuses. Mes copains, qui résident au cimetière de Tergnier, riront à leur tour. Ce sera épatant. Un grand fou rire tandis que les wagons de trains de marchandise se tamponneront dans le triage. On lira, s’il vous plaît, un passage du Manifeste du parti communiste, de Karl Marx, et je m’en irai boire une eau de vie de prune serbe avec mon bon copain Jean-Jacques Brochier, rédacteur en chef du Magazine littéraire, qui me manque. Mais je n’en suis pas encore là, lectrice intéressée, cupide, qui rêve d’hériter ma gigantesque bibliothè

Isabelle Marsay en compagnie de deux lectrices, à la librairie Martelle, à Amiens.Isabelle tout de rose vêtue. Comme l'une de ses lectrices.

que. La preuve, la semaine dernière, je suis allé faire le zouave au cocktail de Service littéraire, le magazine de François Cérésa, au 122, situé 122, rue de Grenelle, à Paris. J’y ai vu (ou revu) des copains ou des écrivains que j’admire: Philippe Vilain, Alain Paucard, Bernard Morlino, François Cérésa, Jean-Michel Lambert (le juge Lambert de l’affaire Grégory), etc.À Philippe Vilain, j’ai dit le plus grand bien de son dernier roman et lui confié que j’avais éprouvé autant de plaisir qu’à la lecture de L’irrévolution et de La Dentellière, de Pascal Lainé. J’ai tapé juste puisque de Philippe adore ces deux romans remarquables. Paucard a chanté des chansons coquines et d’antan, et raconté des histoires drôles, le tout sous le regard de filles et de dames terriblement attirantes. Je suis resté sage car et j’ai filé dormir à ma garçonnière du boulevard Voltaire car le lendemain, je prenais le train aux aurores pour le salon du livre de Montaigu. Là-bas, sous un joli soleil presque maritime, j’ai fait le fou en compagnie de d’Annick Geille avec qui – après avoir évoqué la mémoire de Bernard Frank – nous avons décidé de nous fiancer. Pour l’héritage, lectrice cupide, tu attendras!

Dimanche 15 avril 2012.