François Long, des Rabeats : « Le frisson absolu ! »

Le bassiste des Rabeats est ravi de reprendre l’album « Sgt. Pepper’s » sur scène, et notamment au festival Rétro C Trop, qui aura lieu ce weekend (24 et 25 juin), à Tilloloy, dans la Somme.

François Long, qu’est-ce que ça vous fait de reprendre sur scène l’intégral de cet album mythique qu’est « Sgt. Pepper’s » ?

Ca me fait super plaisir car c’est un monument de la musique pop. C’est aussi une réponse à Pet Sounds, des Beach Boys.  Et ce disque des Beatles est surtout une carte blanche, un permis de tuer ; ils ont ouvert plein de chemins dans le domaine de l’enregistrement en studio. Ils ont utilisé des techniques méconnues jusque-là, ou si ce n’est par quelques grouillots qui rêvaient de travailler derrière les manettes et qui, grâce aux Beatles, se sont retrouvés derrière les manettes (Geoff Emerick, pour ne pas le nommer). Ce disque est un pas de géant qui a été fait dans la conception d’un album.

Sur scène, il y a un orchestre symphonique avec cuivres, bois, cordes, etc. Qu’est-ce que ça change pour vous, Rabeats, qui êtes habitués à jouer en quatuor comme les Beatles ?

On entend enfin des arrangements que nous avions dans la tête.

Et c’est magnifique ?

Oui, tout à fait. C’est le frisson absolu.

Est-ce plus compliqué pour jouer ?

Non, ce n’est pas plus compliqué mais ça n’est pas simple. De notre part, une adaptation a été nécessaire.  Là, on laisse la place à des instruments dont on n’a pas l’habitude.  Franchement, je trouve que ça le fait !

Y a-t-il un tuba ?

Non mais il y a un sax baryton et un violoncelle qui descend dans les graves. Il faut du grave !

Quel est le morceau de Sgt. Pepper’s qui vous parle le plus ?

Ce n’est peut-être pas mon morceau préféré, mais à jouer et en matière de difficultés à reproduire sur scène, c’est « Being for the Benefit of Mr. Kite! »

Et vos collègues et amis des Rabeats ?

Chacun a son propre morceau fétiche…. Il y a aussi un morceau que je chante et que je joue au sitar c’est « Within You Without You », de George Harrison. C’est un autre domaine ; ce n’est pas qu’une instrumentation classique ; c’est de la musique indienne avec des structures biens particulières, des tempos bien particuliers. C’est la continuité de ce que faisait déjà quelques années avant, George Harrison. Je ne vais pas dire qu’il n’y a pas de surprise, mais la surprise, c’est aussi de le jouer avec un orchestre classique.

Pourquoi enchaîner sur scène sur l’album « Magical Mystery Tour » ?

Parce que ces deux albums sont sortis tous deux en 1967.

The Rabeats.

Ce sont deux albums assez différents, au final ?

Ils ne sont pas si différents mais je pense que Magical Mystery Tour est plus reposé ? Il est un peu moins fou. Le son est aussi un peu différent. Je ne sais plus si c’est Geoff Emerick qui bosse sur Magical Mystery Tour.  Lui, Geoff Emerick, c’est vraiment le preneur de son qui a permis aux Beatles d’apporter des idées totalement nouvelles et de les mettre sur bande.

Qui a réalisé les arrangements pour la scène ?

C’est le chef de l’orchestre de la formation classique ; il s’appelle Pascal Pfeiffer. Il est sur scène ; il joue du clavier, du piano, de l’harmonium, du synthé, etc. Il dirige la partie classique et quelques points névralgiques nous concernant ; une belle rencontre.

Comment les avez-vous rencontrés ?

Ils ont l’habitude, en Belgique, avec un orchestre symphonique beaucoup plus étendu, d’accompagner des groupes et des chanteurs ; ils sont de Liège. Ils font souvent des reprises d’Elton John.  La rencontre est récente ; ils nous ont contactés pour faire la même chose avec nous pour une soirée Beatles.  Ils voulaient arranger des morceaux sur lesquels il n’y a pas de cordes ni de cuivres.  Sur le moment, comme on tournait avec un autre spectacle, on a retardé l’échéance ; et nous est venu l’idée de Sgt. Pepper’s et de Magical Mystery Tour. On leur a alors exposé notre projet de reproduire ce qui avait été fait par des cordes et des cuivres à l’époque.  En respectant le plus possible l’arrangement d’origine. Ils ont dit OK.

Ce soir, au Théâtre du Gymnase, c’est la création ; la première en quelque sorte.  Il y aura trois dates ici. Puis, vous allez jouer à Rétro C Trop, grand festival. Qu’est-ce que ça représente pour vous ce concert ?

Déjà, on fait suffisamment peu de festivals pour que ce soit super plaisant.  A juste titre car, de plus, sont présents les Beach Boys. Donc il y a un lien entre ces musiques. C’est un réel plaisir de faire ça. Pour ma part,  je suis très content de pouvoir croiser Pretenders que j’adore et que je n’ai jamais vu sur scène.  Cela dit, je n’ai jamais vu les Beach Boys. Je pense qu’on va passer un bel après-midi et une bonne soirée.

Ensuite, vous enchaînerez sur une tournée. Où celle-ci va-t-elle vous mener ?

Pour l’instant, il y a des dates réparties dans toute la France.  Je pense qu’avec nos prestations parisiennes, cela va déclencher d’autres concerts. Cette tournée devrait commencer en octobre.

Y aura-t-il un crochet par la Picardie après Tilloloy ?

Cela fait trois ans que nous n’avons pas joué à Amiens.  Et on s’arrange toujours pour commencer par une date parisienne et terminer par une date amiénoise.  Pour le spectacle qu’on tourne actuellement (hors Sgt. Pepper’s), on n’a pas encore fait la date amiénoise.  On a hâte.

Il n’est donc pas impossible que « Sgt. Peppers » soit joué à Amiens.

Ce n’est pas impossible.  En tout cas, je ferai tout pour qu’on y aille.

                                         Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

Grandiose!

On connaissait le talent des Rabeats. Le jeudi 8 juin, lors de la première de la création de leur spectacle Sgt. Pepper’s (suivi de Magical Mystery Tour), au théâtre du Gymnase, à Paris, le quatuor amiénois a démontré qu’il était en mesure de donner dans le grandiose. Il fallait une bonne dose de culot aux Rabeats et à leur mentor Philippe Tassart, le Brian Epstein de Roye, pour oser reprendre sur scène les chansons de deux albums aussi mythiques que Sgt. Pepper’s et Magical Mystery Tour. Ils l’ont fait; ils ont réussi. N’en déplaise au grand spécialiste européen des Beatles, Jacques Volcouve, qui, au cours d’une récente émission sur France Inter, émettait des réserves sur les Fab Four amiénois. Sly, le chanteur principal, excelle, soutenu avec efficacité et subtilité par le batteur Flamm, le guitariste solo Marcello, et le bassiste François Long. Ce dernier nous donnera même un aperçu de son talent au sitar lors du morceau de George Harrison, «Within You Without You». Les costumes, les éclairages et la mise en scène sont superbes; l’accord est parfait avec le fabuleux orchestre symphonique (cordes, bois, cuivres) dirigé par Pascal Pfeiffer. La salle était pleine à craquer. (Beaucoup de très jeunes gens.) Et la salle se levait comme un seul homme et chantait en chœur «With a Little Help from My Friends», «Lucy in the Sky with Diamonds», «Getting Better», etc. C’était doux, fraternel. Pas seulement grâce au génie des Beatles. Mais aussi et surtout grâce au talent des Rabeats. Ph.L.

 

À SAVOIR

Rétro’C’Trop Samedi 24 et dimanche 25 juin, au château de Tilloloy, dans la Somme.

Samedi. 15h30, Sarah Olivier («C’est une bête de scène!» dit d’elle Philippe Tassart, le créateur de Rétro C Trop); 16h45, Wilko Johnson (ancien guitariste de Dr. Feelgood; un fantastique guitariste titulaire d’une main droite impressionnante); 18h30, Blue Öyster Cult (gang de rock et de heavy metal originaire de Long Island; il n’effectuera que deux dates en France); 20h15, The Stranglers (un quatuor mythique né dans les années punk, en 1974); 22h Les Insus (reformation de l’ancien groupe Téléphone).

Dimanche. 15h, The Rabeats; 16h45, Uriah Heep (groupe de rock influent au cours des seventies); 18h30, The Beach Boys (à l’instar des Beatles, la pop music leur doit tout); 20h15, The Pretenders (la sensuelle et si rock chanteuse Chrissie Hynde est de retour sur scène); 22h, Matmatah (ils ont enregistré leur nouvel album en Angleterre l’an passé).

Billetterie. Pass 2 jour: 95 €; pass 2 jours + camping: 115 €; billet samedi: 59 €; billet dimanche: 49 €.

Points de vente. Fnac et hypermarchés, www.ginger.fr; www.ticketmaster.fr; www.ticketnet.fr; www.fnac.com; www.digitic.com

Toutes les informations pratiques, notamment les mesures de sécurité, sur le site www.retroctrop.fr

 

 

Paris, le Golf Drouot, Régine, Florence…

        J’adore Paris. C’est banal, je sais, mais c’est comme ça. Je m’y sens chez moi. Est-ce le fait que du côté de ma mère, mes ancêtres étaient des Parisiens purs jus? Mon arrière-arrière grand-père possédait une petite imprimerie, rue de Vaugirard. On murmure qu’Émile Zola venait y faire fabriquer certains de ses livres. Ma mère, aujourd’hui encore, éprouve un plaisir intense à sortir des petites cuillères en argent. «Émile Zola s’en est servi pour boire le café», dit-elle. Légende? Pas si sûr. Un frère de mon arrière-grand-mère était peintre; il était aussi, dit-on, bien copain avec le créateur de Germinal. Quant au frère de mon arrière-grand-mère, Parisien lui aussi, il fit la guerre du Tonkin. On dit encore qu’il abattit un tigre – d’un coup de fusil – qui devait avoir la dalle et qui avait jeté son dévolu sur les quatre ou cinq soldats qui étaient en train de disputer une partie de cartes. Légende? Pas si sûr car mon arrière-grand-père décéda d’une crise de paludisme (quand j’emploie le mot paludisme, je pense au formidable acteur Robert Le Vigan, collaborateur notoire, crapule indéfendable, sale type qui pratiqua la délation, ami de Céline, adhérent du Parti populaire français de Doriot, picard puisque né à Bresles, dans l’Oise; Le Vigan qui, justement incarne Goupi Tonkin

A la place du Golf Drouot : une plaque, juste une plaque; c’est déjà ça…

dans Goupi Mains-Rouges, l’un des meilleurs films français, œuvre de Jacques Becker; Le Vigan: une gueule génial, un comédien hors pair; le talent brut, souvent, n’a pas de moral; voyez Céline; voyez ce vieux colin froid au cœur sec de Paul Morand). Paris, donc. La marquise et moi, nous sommes allés voir la première de la création du spectacle Sgt. Peppers, des Rabeats, au Théâtre du Gymnase. Il faisait doux comme dans le cœur d’une figue fraîche abandonnée sur un mur de pierres chaudes sur l’île de Syros. (J’ai de ces images parfois! Je suis à moitié fou!) La marquise portait une adorable petite robe légère qui mettait ses formes généreuses en valeur. Nous étions bien, à boire des verres en terrasse. Philippe Tassart, le Brian Epstein des Rabeats, nous rejoignit; je l’interviewais. Puis j’interviewais le bassiste François Long, l’un des mecs les plus adorables que je connaisse. Puis ce fut le concert. Grandiose. Génial. Je ne pouvais m’empêcher de songer à mon premier amour, Régine, qui me fit découvrir ce disque chez elle. Elle était si blonde, si mignonne avec ses yeux bridés, ses pommettes hautes, ses couettes de lolita. J’en étais fou. Fou, je le devins, six mois plus tard lorsqu’elle me quitta, moi le gringalet, pour un type d’un mètre quatre-vingts. Je pense que je ne m’en suis jamais vraiment remis. Ensuite, nous sommes allés baguenauder sur les grands boulevards, du boulevard Bonne-Nouvelle jusqu’à la station Richelieu-Drouot. Je n’ai pu résister: je suis allé me recueillir devant la plaque en hommage à mon cher Golf-Drouot, aujourd’hui dispuru, où, tout jeune journaliste à la pige chez Best, je couvrais, tous les vendredis soirs, le tremplin des groupes français. Mon copain Yannick Langlard (que je surnomme Ulrich dans mon roman Tendre Rock) m’accompagnait; nous buvions plus que de raison. C’est là aussi que je vis la dernière fois Florence, une ex-petite amie, que je surnomme Clara dans mon autre roman Des rires qui s’éteignent. Un an plus tard, elle mourrait du sida. J’avais envie de pleurer. Me retins très fort.. Je n’allais tout de même m’effondrer devant la marquise. Un Ternois, ça ne pleure pas. Ou si peu.

                                                 Dimanche 18 juin 2017.

 

L’élégante mélancolie de François Long

  Cet album, magnifique et poignant, de François Long, n‘est pas né par hasard. Il est né d’une nécessité après la souffrance générée par la perte d’êtres chers. Explications.

Ce disque est poignant d’un bout à l’autre. Il est beau, apaisé, sans colère, sans rage, mais terriblement mélancolique. D’une mélancolie poignante comme celles de quelques grands artistes :  Nick Drake, Alan Wilson (de Canned Heat), Neil Young. François est un élément fort de l’excellent groupe les Rabeats ; il n’est pas que cela. Derrière la basse Höfner de McCartney, se cache un poète, un artiste qui cherche, qui lance des poignées d’étoiles de larmes dans la nuit à la recherche d’un père et d’une mère qu’il vient de perdre. Et à qui il aurait voulu dire encore plus : « Je vous aime. » Explications.

Comment est né cet album ? Où, quand et avec qui a-t-il été enregistré ?

La perte d’êtres chers m’a incité à écrire de nouveaux morceaux. Light Years From Home devait être un EP de trois ou quatre titres. Et, au final, il y en a sept dont un titre composé initialement pour l’album précédent, titre qui sera la toute première collaboration avec Elise Marianne dont le talent d’écriture et la voix aura permis de le sauver !  Elise participera à l’élaboration de trois autres titres. Sur cet album, on retrouve mes fidèles amis Flamm et Simon Postel aux batteries sur trois titres. Je me suis chargé du reste, voix, guitares, basses, claviers, programmations et mixage. Maxence Collart et Bérenger Nail ont masterisé le tout. Et comme pour le premier album, j’ai demandé à mon photographe préféré, Lwood de me faire la photo de la pochette.

« Je ne lui avais jamais dit « je t’aime »… » François Long

Expliquez-nous le titre Light years from home ? C’est un titre très stonien pour le fan de Beatles que vous êtes.

2000 light years from home! J’adore ce titre des Stones. Une facette pas super connue de ce groupe. Avec l’album Their Satanic Majesties Request, les Stones sortent leur Sgt Peppers. Il n’y a qu’un pas entre les Beatles et les Stones. Et en fin de compte, je ne suis pas beaucoup plus Beatles que Stones, je suis plutôt les deux ! À des années lumières d’ici, donc. Une façon d’illustrer l’éloignement définitif de personnes que j’aime plus que tout.

Il recèle une couleur assez sombre. Pourquoi ?

Initialement, je travaillais sur une suite à The Seven Others. Mais de récents événements m’ont inspiré bien autre chose. Le décès de mon père m’a profondément affecté… Une douleur terrible. Un vide. Puis, David Bowie est parti. Un autre vide, artistique celui-là. Il nous manque terriblement. Quelques mois plus tard, Maman est décédée. Une période difficile depuis mai 2015…

Est-ce que ce côté sombre peut s’expliquer par la poignante chanson «

La pochette du disque de François Long. Superbe photo.

», destinée à votre père défunt ?

Avec tous ces tristes événements, ce nouvel album ne pouvait pas être joyeux. J’ai d’abord écrit « The Damage is Done », que l’on peut traduire par « le mal est fait », chanson dédiée à ma mère pour qui la maladie d’Alzheimer a fait qu’elle ne s’est pas même rendue compte que Papa était parti… J’ai écrit « The Man I Love » pour mon père, me rendant compte que je ne lui avais jamais dit « je t’aime ». Ça ne se faisait pas, sûrement… Faites-le, ça ne coûte rien. C’est juste de l’amour et on en a tous besoin…

A quels artistes, chanteurs et groupes avez-vous pensé en composant ce disque ?

David Bowie, sans aucun doute. Il est pour moi l’artiste avec un grand « A ». L’artiste pluriel qui a poussé l’art, que ce soit la musique, l’écriture, la mode, l’esthétique, tout, simplement plus loin. Il expérimentait, repoussait sans cesse les limites. Un pionnier, un découvreur de talents, un guide.

Sly d’un côté ; vous de l’autres. Est-ce à dire que le groupe les Rabeats inspire ses membres et les conduise vers des albums solo ?

Je ne pense pas qu’il y est de liens directs entre nos projets solo et les Rabeats. Nous faisons notre truc, chacun dans notre coin. C’est simplement par envie, voire une nécessité légitime, d’exposer ce qu’on a en tête à un moment donné.

Quels sont vos projets ?

Je travaille sur un troisième projet, voire même un quatrième. Et simultanément, je mets tout en œuvre pour que je puisse jouer mes titres en concert, seul en acoustique ou accompagné pour une formule plus proche des albums.

                                                                   Propos recueillis par

                                                                   PHILIPPE LACOCHE

Light Years From Home, François Long. CD sept titres. (www.francoislong.fr/infolightyearsfromhome)

 

Sly, des Rabeats, l’homme qui voulait parler Beatles

 Le chanteur-guitariste des Rabeats sort un remarquable album solo. Du travail d’orfèvre, des mélodies sublimes. Carrément magnifique !

    Quel est le titre de

Sly, des Rabeats.

Sly, des Rabeats.

cet album ?

Sly : San Fairy Ann.

    Pourquoi ce titre ?

Un de mes meilleurs amis, qui est londonien, que j’ai connu quand j’étais à Londres, un jour, nous étions au téléphone et on s’amusait se donner des expressions de nos langues mais dans l’autre langue. Je lui ai demandé de m’envoyer la liste de toutes les expressions françaises que les Anglais tous les jours. Il commence à me dire : « A la mode », « Femme fatale », « Je ne sais quoi », etc. et un moment il me dit « San fairy Ann »… Je lui réponds que ce n’est pas français. Je lui demande comme il écrit ça : il me répond : « San fairy ann »… Je lui dis : « Non, Paul, ça ce n’est pas français. Qu’est-ce que ça veut dire ? » Il me répond : « It doesn’ matter… avec son accent british. » En fait, il voulait : « Ca ne fait rien. » « San fairy ann », ça veut dire « Ca ne fait rien » ; les Anglais l’utilisent aussi. C’est un peu désuet. Ca date de la première guerre mondiale. Les soldats britanniques qui sont arrivés sur le sol français, on anglicisé plein d’expressions pour mieux comprendre ce qu’ils lisaient. J’ai trouvé ça magnifique. Moi, le Frenchy qui chante en anglais, fan d’Angleterre, je me suis dit qu’il y avait un lien direct puisque c’est un mot qui nous est revenu mais réécrit en anglais. A noter que ce disque est dédié à Hubert Mounier, le chanteur de l’Affaire Louis Trio avec qui j’ai fait ses deux derniers albums.

Vous disiez que vous aviez vécu à Londres. C’était quand et combien de temps y êtes-vous resté ?

Dans les années 90. J’y suis resté un an sans revenir. Depuis, j’y vais revoir mes amis. Là-bas, j’étais prof de français et je faisais également de la musique. Et quand je suis revenu, j’avais la ferme intention de devenir musicien. J’étais aussi parti en Angleterre avec l’intention de parler Beatles. C’était juste avant les Rabeats.

Quels sont les titres chansons ?

Il y a quinze plages et quatorze chansons. Le premier morceau s’appelle « Once upon a time ». « Il était une fois » ; c’est une petite intro qui amène sur la deuxième chanson qui s’appelle « When I was Superman ». Car j’ai été Superman mais c’est fini. L’idée, c’est que quand on est gamin, on est le roi du monde. Et puis, plus on avance, plus on s’aperçoit que non. Cette chanson raconte ça. C’est le regret de cette sensation d’être Superman. Mais j’y crois encore un peu. (N.D.L.R. : il bombe le torse et exhibe un magnifique tee-shirt à l’effigie de Superman.) Après il y en une qui s’appelle « When you father me ». Là, c’est le contraire. « Quand tu me feras ça ». J’ai fait un truc qui n’existe pas. J’ai pris des noms communs que j’ai transformés en verbes. J’ai envoyé ça à mon pote Paul pour lui demander si ça marchait. Il m’a répondu : « Carrément ! C’est super bien trouvé. » J’étais tout fier. J’ai écrit cette chanson quand ma femme était enceinte ; elle attendait ma fille, c’était il y a trois ans et demi. Ca veut dire « Quand tu me feras papa ». « I will rock you ». Rock, c’est le rock’n’roll mais ça veut dire aussi « bercer ». Pour toute cette chanson, j’ai pris des trucs : « If you sky me ». « Tu me cieles » ; ça ne veut rien dire. « Si tu me cieles, I wil bird you », « Je te oiserai ».

Et les autres chansons ?

“Round’n’round” (Kevin Price/Sly),  “Put on the light” (Sly), “Come on” (Sly), “Time” (Fiona Cox/Sly), “Radar for your love” (Paul Howell/Sly), “Love song” (Paul Howell/Sly), “I wouldn’t like to be me” (Sly), “Burning inside” (Sly), “Hey darlin’” (Sly), et “I can’t help falling in love with you” (connue par Elvis Presley). Au début de la dernière chanson, on entend pendant quelques secondes Hubert qui chante « Cinderella ».
Ce disque est une autoproduction. Comment pourra-t-on se procurer le disque matérialisé ? Et sur le net, quelle sera la procédure à effectuer pour l’écouter ?

Le disque objet, nous allons l’avoir bientôt. On va le mettre en place dans les magasins habituels à Amiens. Le disque-objet sera presque anecdotique parce qu’aujourd’hui c’est un peu moins prisé par le public.

A quoi ressemblera ce CD ?

Ce sera un disque qui sera glissé dans la pochette ; en couverture, il aura une photo moi ; la photo est de Raphaël Villatte, un photographe amiénois.

Y aura-t-il un livret avec les textes dans le CD ?

Non. Il y aura juste les crédits, quelques remerciements. En dématérialisé, ce sera sur iTune, Deezer… je ne suis pas connaisseur de tout ça, mais je vais le devenir. (Rires.)

Vous aviez réalisé d’autres albums auparavant. Quand et leurs titres ?

L’avant-dernier était en français. Je ne regrette rien, mais je me sens plus à l’aise pour chanter en anglais. Je ne parviens pas à dire pourquoi. C’est comme si je disais que je me sens plus à l’aise à la guitare qu’à la basse. C’est quelque chose de physique. Le précédent disque s’appelait Les Pensées magiques. Il est sorti il y a quatre ans. Avant encore, il y avait un groupe qui s’appelait Avril 67 (la date de sortie de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band). Ce disque était donc réalisé par ce groupe. C’était il y a dix ans. En même temps, il y a l’aventure Rabeats.

Comment avez-vous conçu le présent disque ?

Je fais des chansons de façon un peu compulsive. Je me réveille ; je pense à quelque chose. Ca m’amène à une suite d’accords, une mélodie, mais tout ça mentalement. Sans jouer. L’erreur à ne pas faire c’est se dire : « Je vais m’endormir, je m’en souviendrai demain matin. » En fait, on  ne se souvient de rien ; donc il faut se lever. La plupart du temps, c’est la nuit. Je prends mon iPhone et une guitare sèche ; je fais très peu de bruit pour ne pas réveiller les autres. Je chante ; je chantonne la ligne de basse pour avoir l’harmonie. Et le matin, quand je suis en train de prendre mon café, je me dis : « Tiens, au fait. J’ai enregistré un truc cette nuit. » Donc j’y retourne. J’écoute mon iPhone ; et là c’est parti. Cette fois, j’ouvre l’ordinateur avec le studio d’enregistrement. Je plante une première piste témoin. Je fais une guitare acoustique en même temps dans le même micro. C’est cette piste témoin qui me permettra d’empiler les idées.

Dans un texte vous racontez que vous avez écrit les chansons de ce disque au bord du lit, à l’hôtel, guitare sur les genoux.

Exactement.

Vous auriez pu appeler ce disque : Sur mes genoux.

Tout à fait ; je n’y ai pas pensé.

Ce disque est très Brit Pop ; il y a un côté Beatles, mais pas trop. A quels groupes pensiez-vous quand vous avez composé ces belles mélodies ?

Je fais beaucoup de footing. Et j’écoute de la musique en même temps. Il y a des associations qui se créent entre les musiques et les chemins de verdure, des odeurs… Quand je rentre chez moi, je ne pompe pas ce que j’ai entendu, mais je recrée l’atmosphère. D’ailleurs quand je les réécoute, je sais exactement à quel endroit j’ai pensé à cette mélodie, et j’ai les odeurs qui viennent avec. J’ai vu un nouveau truc à la télé ; un mec qui s’est fait implanter un ordinateur dans le cerveau avec ça, il voit les couleurs des sons. Ca fait sens car on est tous comme ça : on a tous des couleurs, des lumières qui nous rappellent des choses qui restent imprimées en nous.

Pourriez-vous revenir sur quelques chansons essentielles de ce disque ? Quel est le thème général de ce disque ? Y a-t-il un engagement ?

Il n’y a pas d’engagement dans le sens politique ou sociétal. Je ne suis pas fait pour ça. Je m’intéresse plus aux sensations, aux angoisses, ou dire son amour aux autres, ses joies… Je me suis fait aussi écrire des textes par des amis anglais ou irlandais. Dont mon ami Paul Howell et Fiona Cox m’a également écrit un texte. Elle allait souvent au Goodness, l’un des pubs d’Amiens où elle a été serveuse. Elle adore la musique. Je lui envoyé une de mes chansons qui s’appelle « Time » ; elle a écrit les paroles. Un autre mec à qui j’ai demandé un texte, c’est Kevin Price que j’avais croisé sur un bateau de croisière sur lequel nous jouions avec les Rabeats. Il m’a dit qu’il écrivait des summer songs ; des chansons pour l’été. Je lui ai dis que je voulais une summer song. Il m’a écrit le texte de la chanson qui s’appelle « Round’n’round ». Les autres textes, je les ai écrits.

Qui vous accompagne sur le disque ? D’où viennent-ils ? Et qui a procédé aux arrangements ?

En fait, le disque, je l’ai enregistré tout seul, sauf une chanson. Je me suis pris pour le Lenny Kravitz d’Amiens ; sauf la batterie car j’en suis bien incapable et ça me fait bien plaisir d’enregistrer avec Flamm. Une chanson a été enregistrée par Christophe Deschamps, le batteur star français et Dan Westin, un batteur qu’on voit très peu. (N.D.L.R. : en fait, il plaisante car c’est le nom qu’il donne à sa boîte à rythmes !) Les musiciens qui m’accompagnent sur scène sont des potes (c’est comme au tennis, je ne peux jouer qu’avec des potes). Avec eux, j’ai enregistré le dernier titre, « A rock of mine » qui est un single à part ; le texte est également écrit par Paul Howel. Ces musiciens sont donc Chicken, c’est Nicolas Poulet (Chick’N : poulet !). Jul Laurenson que j’ai rencontré 2005 à Fréjus. Je m’ennuyais ; je vais boire une bière dans un bar. Et j’entends les patrons qui se plaignent de ne pas avoir de monde à leur terrasse. Je vois un petit ampli Fender et un petit micro. J’ai ma guitare à l’appartement. Je leur dis : « Si vous voulez, on la remplit la terrasse ; vous me payez en bières ; ça me va très bien. » Pour le fun, je prends donc le petit ampli Fender et je branche le petit micro dedans. Et je commence à chanter tout seul, sur la terrasse qui se remplit. Jul Laurenson s’assoit et me dit : « C’est chouette ce que tu fais. Demain on va faire un tour en bateau. Tu viens ? » Notre amitié a commencé comme ça. J’ai appris par la suite qu’il était guitariste. Il était parisien ; aujourd’hui il habite Amiens car il est venu me rejoindre. C’est également lui qui joue avec moi dans un groupe qui joue du U2. Et, bien sûr, il y a Flamm qui se définit comme un batteur organique. La batterie et lui, c’est un seul animal. Cinq membres indépendants. Il y a également Philippe Messiot ; on avait commencé le groupe à quatre sans clavier. Mais sur mon album, il y en a, du mélotron, du clavier, de l’orgue… ca me manquait ; on se croise avec Philippe. On parle de musique, et je me rends compte qu’on parle de la même chose, et je ne le savais pas. Je lui confie que je cherche quelqu’un de discret et lui confie aussi que le musiciens que je compte recruter risque de s’ennuyer car il n’aura pas grand-chose à faire. Il y a un dilemme. Il me répond : « Je comprends mais moi, j’aime ne pas faire grand-chose, ou du moins, avoir l’air de ne pas faire grand-chose. »  Je lui dis : « Top là ! On y va. » Il m’envoie toutes les ambiances musicales, tous les sons que j’aime mettre sur les intros… des cris d’oiseaux… Philippe Messiot est la gentillesse à 100% ; la fiabilité. J’ai découvert un mec épatant ; il va super vite à tout comprendre…

Effectuerez-vous une tournée promotionnelle pour ce disque ? Et le concert de lancement du CD à Abbeville aura lieu quand ?

Ca approche, ce sera le vendredi 21 octobre, à l’espace Saint-André.

Pourquoi à Abbeville ?

C’est à nouveau une coïncidence ; on a fait les plateaux France Bleu, le printemps dernier. Le principe consiste à jouer quatre compositions et deux reprises. Ca s’est très bien passé avec le public ; la mairie d’Abbeville était représentée. Ils me disent : « Il faut faire quelque chose ; c’est chouette ; est-ce que vous avez un album ? ». Je réponds qu’il est quasiment prêt. Ils m’ont proposé d’attendre octobre pour qu’on fasse la sortie à Abbeville ; j’ai dit OK.

Il y aura d’autres dates ?

Oui, il y en aura d’autres, mais rien de confirmé ; donc je préfère ne rien dire.

Quels sont vos projets ?

Les Rabeats : plus on joue, plus on est content. On a joué ce week-end. A chaque fois qu’on se retrouve la magie reprend en quelques seconds.

Et ça ne vous empêche pas d’avoir vos projets parallèles.

Au contraire ; ça nous permet de les faire. Ca nous laisse du temps et ça nous fait faire des rencontres. Mon copain François Long, bassiste des Rabeats, sort lui aussi un album (N.D.L.R. : Light Years From Home ») ; je l’ai écouté avec lui dans le tour-bus ce week-end. Dans le silence. Je l’ai trouvé touchant. François a perdu ses deux parents en un an, d’où la pochette.  Ca m’a mis les larmes aux yeux. Il y a une chanson particulièrement touchante, pour son père, « The man I love (for Paddy) » qui est un petit bijou. C’est une chanson très étrange ; il a une voix pas comme d’habitude. Sur cette chanson, il s’est passé quelque chose, c’est sûr.

Propos recueillis par

                                 PHILIPPE LACOCHE

 

 

François Long, bassiste des Rabeats, sortira un album solo cet été

Francois Long, guitariste-bassiste des Rabeats.

    J’étais en train de travailler sur l’interview de John Steel, batteur historique, fondateur, avec Alain Price, Chas Chandler, Hilton Valentine et Eric Burdon, du groupe mythique les Animals. Ce sont eux qui ont donné au British Blues Boom ses lettres de noblesse. Quand François Long, alias Dip, bassiste et choriste des Rabeats, a appelé pour me dire qu’il avait son premier album à me faire écouter, je savais que je ne serais pas dépaysé. On s’en doute, François est fan des Beatles. Mais il adore également Paul Weller et les Jam, David Bowie, les Who et quelques autres pointures, bien inspirées par les divines sixties façon anglaise. Je ne fus pas déçu. Intitulé The Seven Others, l’album de François, qui comprend une dizaine de chansons, a été travaillé avec soin. Et patience. Il a mis trois ans à le réaliser, «car notre planning avec les Rabeats est chargé», confie-t-il, modeste. Il a fait toutes les parties de guitare, de basse, les programmations, les synthés. Il s’est fait aider par ses copains des Rabeats (l’incontournable Flamm, à la batterie, Marcel, à la guitare, et Sly, aux chœurs), mais aussi par Simon Postel (batterie), Sylvain Paré (batterie), Florent Elter (guitare), et Christophe Deschamps (célèbre batteur qui a notamment joué avec Voulzy et Goldman; «je l’ai contacté car c’est un fan de Keith Moon et de Ringo Starr»). Il est également question d’une invitée de marque sur le disque, mais cela reste à confirmer. Le résultat est d’excellente facture. Des chansons amples, fortes, à la fois puissantes et subtiles, taillées dans une pop-rock des plus convaincantes. Les mélodies sont là, présentes, entraînantes; les arrangements sonnent sans être entêtants. Tout est finement dosé. De l’excellent travail. Tous en anglais, les textes «s’inspirent de la vie quotidienne et des discussions que j’ai pu avoir sur les réseaux sociaux», explique-t-il. Ils évoquent aussi des rencontres: celle de Gail Ann Dorsey, la bassiste de Bowie, rencontrée en octobre 2011, à Amiens quand Lenny Kravitz préparait ses concerts, et celle de Paul Weller, la même année, tout à fait par hasard, dans les rues de Londres. «Ça a duré trois minutes, mais j’ai eu l’impression que ça durait des heures: je suis un fan de ce mec!». Un single, «Afraid», titre de la première chanson de l’album sortira sur le net en juin; le disque complet suivra, prévu en juillet. Des concerts? François y songe sérieusement, «mais rien n’est encore réellement décidé pour l’instant». Il prend son temps; ça lui va bien. Son excellent album prouve qu’il a raison.

                                       Dimanche 9 mars 2014

Un DVD et deux Cds pour les Rabeats

 Bel objet! Les Rabeats sortent, dans la même pochette, deux CDs live et un DVD, sous le nom de Live at the Fémina Theater, Bordeaux. Les Rabeats ne copient pas bêtement les Fab Four; ils s’approprient, investissent, habitent chansons, personnages, ambiances et concept. Résultat: «A tribute to the Beatles» pas comme les autres. Les autres, en fait, ne sont pas très nombreux à travers le monde. Grâce à de nombreux passages sur les radios et télévisions (TF1, France 2, Paris Première, LCI, Oui FM, Europe 1, etc.) et des articles enjoués dans la presse nationale et régionale («J’ai vu les Beatles!», lançait Télérama; «Les Rabeats, plus célèbres que les Beatles?» s’interrogeait Le Populaire du Centre; «Mieux qu’un juke-box, un spectacle vivant», se réjouissait Libération), les quatre Amiénois se sont forgé une belle réputation de talentueux interprètes et de bons professionnels. Le DVD et les CDs rappellent qu’ils distillent aussi un feeling à toute épreuve. Rappelons que le 11 janvier 2013, ils seront à l’Olympia. Comme leurs illustres prédécesseurs en des temps antédiluviens.

Ph.L.

The Rabeats – A tribute to the Beatles – Live at the Fémina Theater, Bordeaux.2 CDs et un DVD- Ginger Production.