Il pleut sur l’Art déco

       

Francis Crépin, en pleine action, à l'hôtel de ville de Saint-Quentin.

Francis Crépin, en pleine action, à l’hôtel de ville de Saint-Quentin.

Il pleut toujours dans mes chroniques. Je n’y suis pour rien ; c’est comme ça. Il pleuvait donc, ce samedi-là. En compagnie de Lys, j’étais allé à la découverte de l’Art déco, à Saint-Quentin. Notre guide n’était autre que Francis Crépin, carillonneur de la ville. Francis, j’ai fait sa connaissance il y a fort longtemps, à la fin des années soixante-dix. J’étais jeune journaliste à L’Aisne Nouvelle. Plaisir, pour moi, d’arpenter cette ville où j’ai fait des études secondaires, au lycée Henri-Martin. Je découvrais avec un vif plaisir l’Art déco, certes. Mais cette pluie, ce vent, ce ciel bas. Il ne me faut pas grand-chose pour que mon esprit s’égare et se sauve, saute de branche en branche, de souvenir en souvenir, comme un sansonnet effrayé par un matou affamé. Dès la place de l’Hôtel de ville, j’avais l’impression de croiser des fantômes. Jean-François Le Guern, dit Paco, celui que j’appelle Juan dans La promesse des navires, marchant d’un pas vif vers le lycée, en 1971. Aux pieds, il a les mocassins qu’il a achetés au magasin chic de la ville : Marchandise. Je les revois, ses mocassins. « Tout cuir », disait-il avec fierté. Il venait de descendre du bus qui l’avait conduit de Harly, où il résidait (son père était ouvrier chez Motobécane) jusqu’à la station qui devait se trouver en haut de la rue d’Isle, peut être rue de la Sellerie. Je ne sais plus bien. On oublie tout avec le temps qui passe. Au croisement, il y avait une guérite avec un policier qui faisait la circulation. Sa présence m’intriguait. A Tergnier, ma ville, il n’y avait pas de policiers dans des guérites, au milieu des carrefours. De Tergnier, j’en venais. J’avais pris le Dijonnais de 7h21. La gare de Saint-Quentin ; je remontais la rue d’Isle. Paco me rejoignait donc place de l’Hôtel de ville. Il devait pleuvoir. Il pleut toujours dans mes chroniques. Nous foncions vers le lycée. Il commençait à militer à l’Alliance des jeunes pour le socialisme (AJS). Je me souviens des noms des leaders lycéens : Michel Melki (devenu comédien ; nous sommes amis sur Facebook), Agisson, Barbier (qui s’était fait casser la figure par un royaliste, ombrageux mais joyeux, excessif mais sympa ; il n’avait pas apprécié que Barbier, gauchiste, le chatouillât sur ses inclinations peu républicaines), Caullier, Barkerzad. L’AJS sentait 68 à plein nez. Moi, je venais de Tergnier-Quessy-Cité la Rouge, plus Marx que Cohn-Bendit. Je ne savais pas encore ce qu’était l’Art déco ; je le croisais pourtant tous les jours à Saint-Quentin, mais aussi à Tergnier. Toutes ces villes écrabouillées par nos bons amis d’Outre-Rhin, reconstruites dans ce style. J’ai photographié Francis Crépin devant le portrait du carillonneur à la brasserie du Carillon. J’avais également photographié Pascal Lainé, un jour de 2003, à la faveur d’une conférence qu’il avait donnée au lycée technique, pour y parler de son romans La Dentellière. J’ai lu quelque part que Lainé n’aimait plus ce livre avec lequel il avait obtenu le Goncourt en 1974 et qui avait porté ombrage à ses nombreux autres livres. Moi, je l’adorais, ce bouquin dans lequel il pleuvait si souvent. Comme dans mes chroniques.

Dimanche 28 février 2016.

 

L’étang de Merlieux, le dindon crétin et la fraternité ferroviaire

La Fête du livre du Merlieux est un rendez-vous incontournable. Je m’y rends régulièrement depuis que le maire de l’époque, Daniel Corcy, eut la bonne idée de créer l’événement, sous le marrainage de Régine Deforges. Souvent, il coule sur ce mignon village axonais, une belle lumière automnale. C’était le cas le weekend dernier. J’y ai retrouvé de nombreux copines et copains. Jacques Béal (qui sortira, sous peu, un nouveau roman aux Presses de la Cité) et Hélène, sa compagne. Jacques signait ses livres au côté de Gilles Paris qui a donné une nouvelle au Courrier picard l’été dernier. Étaient également Didier Daeninckx (nous sommes arrivés exactement au même moment dans la vaste pâture qui sert de parking), le très joyeux et facétieux Alain Paucard (qui publiera, sous peu, Tartuffe au bordel, au Dilettante, un livre truculent, politiquement incorrect et rabelaisien), le fraternel Yves Couraud, ma camarade de longue date la conteuse Catherine Petit, l’excellent Valère Staraselski, la talentueuse Noëlle Châtelet, le très moustachu Léo Lapointe, etc. Dès le matin, Alain Paucard nous chanta du Presley et de vieilles chansons françaises et coquines. J’ai déjeuné avec Catherine Petit et Noëlle Châtelet (tarte au maroilles, cochon de lait et haricots verts). Pour digérer, nous avons fait une longue promenade autour du magnifique étang, avant de découvrir la ferme pédagogique (où je me suis fichu de la poire d’un dindon assez bruyant et agressif) et les aquariums qui recèlent des poissons d’eau douce. En fin d’après-midi, après avoir félicité Joy Sorman pour ses jolis yeux, j’ai été invité à participer à une rencontre autour des cités cheminotes. Celle de Laon, en particulier qui vient de faire l’objet d’une pièce de théâtre, œuvre d’Olivier Gosse, et de la publication d’un livre aux éditions Christophe Chomant, de Rouen.

Gilles Paris (à gauche) et Jacques Béal, très complices.

En2011, Axothéa, Fédération des troupes de théâtre amateur de l’Aisne, avait engagé un travail de mémoire sur la cité des cheminots de Laon, dont la finalité était la création d’une pièce de théâtre à partir d’un recueil de paroles… Quelques extraits furent lus sur place. Et c’était très réussi. Je ne pouvais m’empêcher de penser à la cité des cheminots de Quessy-Cité, près de Tergnier où est né mon père. Fraternité ferroviaire. Économat. Émotions.

Dimanche 7 octobre 2012.