Le Bonjour de… Philippe Lacoche

L’étoile de la République

La Marquise et moi, marquis des Dessous chics, à bord de mon carrosse Peugeot 206, tiré par cinq magnifiques chevaux fiscaux, avons décidé de fêter la République, le soir du 13 juillet, dans la Picardie profonde. Direction Long: dans la douceur du soir, un air digne de L’Été finit sous les tilleuls, de notre écrivain préféré, le monarchiste Kléber

, nous avons croisé des enfants équipés de lampions. Nous avons regardé le feu d’artifice depuis le pont sur la Somme, devant un homme qui avait la nuque de Bertrand du Guesclin. Et nous avons terminé la soirée à L’Étoile en dansant un rock endiablé sur une chanson de Johnny. Vive la République! Et surtout, vive la France!

Loin des bruits du monde capitaliste

Un souhait : me trouver loin des bruits du monde. Du monde capitalisme, s’entend. Le monde tout court, je n’ai rien contre. Bien au contraire : les femmes, les animaux, les arbres, les poissons, la pêche, le rock’n’roll, la sieste, le vin bio (avec modération), quelques Marlboros light… tout ça, ma foi, lectrice fessue, est plutôt agréable. Mais l’ultralibéralisme, franchement ? Est-ce bien raisonnable. D’autant que, depuis quelque temps, celui-ci nous est servi tout chaud par un gouvernement dit de gauche. C’est à se tordre de rire. Emmanuel Macron, dans un gouvernement de gauche ? Mais de qui se moque-t-on ? Cette même espèce de fausse gauche sournoise, reptilienne, insupportable, vient de nous pondre le projet de loi El Khomri. Même Sarkozy n’aurait pas osé. Je pensais à mes oncles, à Tergnier, ma bonne ville cheminote et rouge, qui se souvenaient, tout émus, qu’au sortir de la guerre, les gaullistes et les communistes, anciens résistants pour la plupart, s’étaient donné la main pour tenter de construire un monde meilleur. On oubliait ces saloperies de nazis qui nous avaient pourri la France pendant des années ; on allait de l’avant. L’Etat, bien présent, rayonnait. Les entreprises nationales rayonnaient aussi. Aujourd’hui, il n’y a plus d’état ou presque. Cette espèce de fausse gauche voudrait nous faire croire qu’il n’y a qu’une alternative : l’économie de marché. Tu parles d’un discours de gauche ! De qui se moque-t-on ? Cette société me dégoûte ; ces basses trahisons me dégoûtent. Cet après-midi-là, une fois de plus, j’avais envie de me trouver loin des bruits du monde capitaliste. Je roulais dans ma Peugeot 206 verte. Je rêvais, caressé par une mélodie de Bowie, quand, devant moi, un cortège de lycéens, pancartes et banderoles au bout des bras. Cela me fit chaud au cœur. Je repensais à ma bonne ville de Tergnier, à mes copains, aux bistrots dans lesquels, quand on était bourrés, on chantait « L’Internationale », puis « La Marseillaise », sans manquer de balancer quelques insultes à l’endroit de l’indéfendable – et sournoise, sournoise comme la fausse gauche ultralibérale-, Europe de Maastricht. J’étais content de les voir, ces petits lycéens qui manifestaient contre le projet de loi El Khomri. Loin du monde, je l’étais quelques jours plus tôt, quand je courrai me réfugier au temple protestant de la rue Catelas, à Amiens, où l’excellent Jean-Pierre Menuge (flûte à bec) et son ensemble OrfeO 2000 donnait un concert de musique baroque intitulé Chez Monsieur de La Fontaine. Je fermais les yeux ; tu eusses pu penser que je priais, lectrice pétrie de sacré. J’eusse pu, pourquoi pas ? (Il est préférable de prier que de donner un blanc-seing à Macron.) Non, je faisais le vide. Abstraction du monde capitaliste dans lequel cette espèce de fausse gauche ultralibérale veut nous abandonner. Ca ne lui portera pas chance ; c’est certain. La patience des gens, des gens du peuple, ce peuple qu’elle ne connaît pas, a ses limites. Les indéfendables

Jean-Pierre Menuge en pleine action, au temple d'Amiens.

Jean-Pierre Menuge en pleine action, au temple d’Amiens.

du Front national (engendrés par François Mitterrand) ne ricaneront pas toujours. Il y aura un vide, un de ces jours. Le peuple a horreur du vide. Il fonce droit devant car il a faim, car il en a marre qu’on le prenne pour un demeuré. Hollande, Valls, Macron, partez, partez, je vous en prie ! Vous ne nous méritez pas, nous peuple de France.

                                                      Dimanche 13 mars 2016

Les essuie-glaces d’un Français moyen sous le règne de François Hollande

Jérôme Leroy (à gauche) et Jérôme Araujo, rue des Lombards, une nuit d'hiver, à Amiens (Terre).

Jérôme Leroy (à droite) et Jérôme Araujo, rue des Lombards, une nuit d’hiver, à Amiens (Terre).

Il se met à pleuvoir sur le pare-brise de ma Peugeot 206. Mes essuie-glaces font un boucan d’enfer comme ceux des véhicules des gens de la classe dite moyenne sous le règne de François Hollande. On pourrait parler aussi parler des essuie-glaces de la voiture de Columbo mais… Mais non, l’écrivain lillois Jérôme Leroy, qui se trouve à mes côtés, lui, ne parle que du charme de l’hiver picard. Il doit penser à une nouvelle de Pierre Mac Orlan, à un roman d’Emmanuel Bove ou d’un récit d’Henri Calet. Comme c’est un homme modeste, il n’en dit pas plus. Nous descendons Jérôme Araujo, secrétaire général de la Maison de la culture qui, quelques instant plus tôt, avait ouvert les portes de ses locaux à l’Université populaire qui y organisait une conférence avec Jérôme Leroy. Thème : l’impact du roman noir sur la société. Voilà, tu sais à peu près tout, lectrice. Je pourrais m’arrêter là, aller me coucher. Je mettrai ce que dans notre jargon de la presse, il convient d’appeler un bouche-trou pour combler l’espace blanc qui pendouillerait comme un vieux marcel sale en dessous de ces lignes. Mais non : comme j’ai bon cœur, je continue lectrice de chair, ma fée fessue et mamelonnée comme un Maillol. Lors de sa conférence, Jérôme Leroy a d’abord rappelé la différence entre roman policier (anxiolytique et respectueux des institutions) et roman noir (anxiogène et qui se contrefout des institutions). Et, il parla avec bonheur de son excellent roman Le Bloc, sorti il y a quelques années, et qui met en scène Le Bloc Patriotique, un parti d’extrême droite qui ressemble fort à celui qui fut longtemps dirigé par un père avant que sa fille ne reprenne le flambeau. Comme le rappelle non sans humour Leroy, il y décrit une manière de Nuit des petits couteaux. La conférence était suivie de la projection du remarquable film Série noire, d’Alain Corneau, avec notamment Patrick Dewaere, sublime dans sa folie (les coups de tête qu’il donne sur le capot de bagnole sont réels et quand il semble à moitié assommé, il l’est réellement), et l’adorable Marie Trintignant, 16 ans, qui se met nue devant Dewaere, avec son corps velouté, tout en appétissantes rondeurs ; un corps pour lequel n’importe quel mec se damnerait et qui conduirait à ne plus jamais écouter la moindre mélodie de Noir Désir. Le film n’est pas bon ; il est sublime. Ensuite, Jérôme Leroy et moi avons parcouru Saint-Leu pour tenter de trouver un rade d’ouvert afin d’y réaliser une interview. Peine perdue. Il était plus d’une heure et nous étions lundi. Nous nous rabattîmes donc sur le bar de son hôtel où le jeune homme de service se mit à discuter longuement avec nous, nous proposant ses points de vue sur la littérature et la société. C’est passionnant. Passionnant, il l’était aussi le débat mené par Anne Martelle qui recevait Marc Lavoine qui, avec son dernier livre L’homme qui ment (Fayard) raconte sa famille dans les années soixante ; il dresse en particulier un portrait tout en tendresse de son père, communiste de banlieue, hâbleur et coureur de jupons                                                                                                Dimanche 22 février 2015.

Magnifique article de Thomas Morales sur le recueil Les Dessous chics

Chères lectrices…

Thomas Morales, auteur du superbe article sur le livre Les Dessous chics, édité par La Thébaïde en partenariat avec Le Courrier picard

Thomas Morales, auteur du superbe article sur le livre Les Dessous chics, édité par La Thébaïde en partenariat avec Le Courrier picard

Les Chroniques picardes de Lacoche réunies

J’aime les écrivains de la pénombre, les crooners de province qui, chaque semaine, susurrent des mots tendres sur le ton de la confidence et de la bravade. L’exception française se niche dans cette relation fragile, essentielle, vitale entre celui qui écrit et celui qui lit. Deux solitudes éclairées par les mystères de la littérature. Depuis François Villon, la ballade est entendue ! Philippe Lacoche, hussard rouge de la lignée Roger Vailland/Jacques-Francis Rolland, tient une chronique régulière, « Les Dessous chics », dans le Courrier Picard où il exhale sa mélancolie cheminote, sa hargne rock et sa fibre aristo. Les Editions La Thébaïde ont réuni, pour la première fois, les exquis billets d’humeur de ce marquis vagabond sur la période 2005-2010. Enfermées dans leur HLM ou leur belle demeure, ses chères lectrices de la Somme, de l’Oise et de l’Aisne comme il les appelle, attendent, lascives, sa missive pleine de larmes, pleine de charme. Elles l’implorent même de les déshabiller d’une formule, oui mais pas trop vite, avec la langueur vespérale du Cardinal de Bernis. Cet enfant triste, héritier de Vialatte et Calet ne cache pas son dépit amoureux. Il a lu jusqu’au calice les réprouvés, ceux que l’Université et les médias méprisent depuis cinquante années. Chaque jour, il s’éloigne de notre époque qui fait la part belle aux imposteurs et aux falsificateurs. Un monde où le flirt et la littérature ne suffisent plus aux honnêtes hommes, n’a pas d’avenir raisonnable. Lacoche, pêcheur impénitent de chevesnes, se réfugie dans ses rêveries d’adolescents, se souvient de la silhouette d’une fillette à couettes, d’un roman de Kléber Haedens ou d’un film de Maurice Biraud. Il entretient la flamme d’une conversation imaginaire au fil de l’eau. Il évoque, à toutes les saisons de la vie, ses coups de cœur pour des groupes bruyants, des auteurs sensibles et des créatures évanescentes surgies de la brume picarde. Ce journaliste est un poète du quotidien qui sait extraire des terres ouvrières, des splendeurs de nostalgie. Ses émotions simples, les plus délicates à écrire, germent dans votre esprit. On ne se lasse pas de le suivre au gré de ses rencontres buissonnières, interviews dans la Capitale de quelques célébrités, virées nocturnes et expositions locales. Ce styliste élégant nous entraîne sur un chemin sentimental, improbable sentier où l’on croise aussi bien les Forbans, Yann Moix, Hervé Vilard, Jack Ralite, Patrick Eudeline que Michel Déon. Comment résister à la fragilité de quelqu’un qui crie « la littérature me rend fou » ? Nous avons trouvé-là un frère de papier. C’est la noblesse de la presse écrite régionale que d’ouvrir (encore) ses colonnes à quelques seigneurs de la plume. Partout en France, il existe de preux chevaliers, souvent incompris et moqués, qui ferraillent dans leur rédaction pour qu’un écrivain oublié lu jusqu’au petit matin ne tombe dans l’oubli. Ces résistants courent d’immenses risques professionnels car ils ne pissent pas de la copie, ils embellissent nos week-ends par quelques traits d’esprit. A Paris, trop souvent, les journalistes manquent de jus. Ils ont la prose sèche, le verbe claudiquant et la métaphore bancale. Gérard Guégan à Sud-Ouest, Christian Laborde à La Nouvelle République des Pyrénées ou Christian Authier dans l’Opinion Indépendante de Toulouse sont les derniers défenseurs d’un art d’écrire à la française. Pour les âmes sensibles, les caractères d’imprimerie n’ont pas perdu leur mystique. Philippe Lacoche, marquis d’ascendance communarde, chaussé de Doc Martens et roulant carrosse en Peugeot 206 possède la foi des premiers croisés. Ces textes d’une ferveur touchante nous accompagnent longtemps.

Thomas Morales

Les Dessous chics de Philippe Lacoche – Editions La Thébaïde –