Le chapeau et les péripatéticiennes comme lien social

 

David Gugenheim, bouquiniste (à gauche) et Eric Sampité, président de Dockyard, l'association la plus rock de Picardie.

Mercredi 7 décembre.14h32. Je marche d’un pas las, lent, lamentable, rue de la République, à Amiens. Je suis pâteux. La vieille, j’ai gobé un stilnox et un tranxène 10 qui, sur le coup, m’ont fait un bien fou. Mais, comme toutes les bonnes choses – le chocolat, l’amour tarifé, l’amour tout court, l’alcool, etc. – on finit par payer le lendemain. (Sauf l’amour tarifé qu’on paie tout de suite, sur place. À ce propos, lectrice, le marquis des Dessous chics est indigné par ce projet de loi scélérate qui voudrait faire condamner les clients de ces dames qui, depuis des siècles, exercent non seulement le plus vieux mais le plus beau métier du monde : procurer contre quelques euros du plaisir à ceux qui ne peuvent en avoir autrement. Par mesure de protestation, j’ai envie de leur accorder une visite de courtoisie. Moi, en bon républicain, jacobin, et patriote, qui suis pour l’ordre, je vais peut-être, le temps d’un orgasme, défier un projet de loi. Bandes de crétins: nous avons les plus belles filles publiques du monde, les plus gentilles. Péripatéticiennes, le marquis des Dessous chics vous aime, vous vénère. Même Elisabeth Badinter, pourtant féministe, a trouvé ce projet complètement abruti.) Oui, disais-je j’arpentais la rue de la République. Le vent est fou. Ça tombe bien, moi aussi. Mon chapeau s’envole. Un jeune homme, portable sur l’oreille droite, interrompt sa conversation pour courir après mon couvre-chef, l’attrape et me le rend avec un bon sourire. Voilà qui me réconcilie avec la race humaine. Le chapeau comme lien social. Réconcilié avec la vie, je le fus aussi, quelques jours plus tôt, en me rendant chez un nouveau bouquiniste, Chapeau melon et piles de livres, 11, rue des Lombards, à Amiens (0623245308; davidgugenheim@hotmail.com).David Gugenheim, 33 ans, de Lille, à Amiens depuis quatre, propose des livres d’occasion et des disques vinyles. Il y a des divans; on peut lire sur place en buvant un thé, un café, et en grignotant un cake. Sont prévus: expositions (dont celle des œuvres de Violaine Vieillefond, actuellement), des dédicaces, des ateliers d’écriture. Sur place, j’ai rencontré mon copain Éric Sampité, président de l’association DockYard, et j’ai acheté 45 degrés à l’ombre de Simenon, et racheté le chef-d’œuvre de Cendrars, L’homme foudroyé. Dépense 5 euros. Tu ajoutes 65 euros et tu peux te payer un escortman, lectrice délaissée.

Dimanche 11 décembre 2011.