Un autre Frédéric Beigbeder

Dans cet essai éclairant, Arnaud Le Guern dévoile d’autres faces plus cachées de ce grand littéraire.

« J’ai voulu écrire un roman gonzo sur sa vie et sur son œuvre, faire passer en fraude du roman dans cette figure imposée qu’est la biographie. Ce n’est pas une biographie journalistique; c’est une flânerie en liberté.» Ainsi s’exprime l’écrivain Arnaud Le Guern à propos de Beigbeder, l’incorrigible, un essai très personnel sur l’un des personnages phares du monde littéraire français. Un personnage bien plus complexe qu’il n’y paraît. Car, sous ses dehors de noceurs et de provocateur, il demeure un passionné de littérature, un remarquable romancier et un homme élégant. Rencontre avec l’auteur de ce roman gonzo.

Arnaud Le Guern, qu’est-ce qui vous a incité à écrire sur Frédéric Beigbeder?

Une commande d’une de mes éditrices préférées qui avait aimé mon livre sur Vadim et mon roman Adieu aux espadrilles. Elle avait envie de faire réaliser une biographie de Frédéric Beigbeder; elle a pensé que j’étais la bonne plume pour évoquer la vie et l’œuvre de Frédéric. Moi, ça m’a permis de prolonger une partie de plaisir. Le plaisir de mes premières lectures de vieil adolescent des romans de Frédéric et le plaisir des rencontres que j’ai pu avoir plus tard avec lui (déjeuners, soirées, conversations, etc.)

Quand et comment vous êtes vous rencontrés?

La première rencontre avec Frédéric c’était il y a cinq ou six ans, lors d’un Prix

Arnaud Le Guern (à gauche) ici en compagnie des excellent écrivains Franck Maubert (au centre) et Cyril Montana, à Paris.

de  Flore. J’étais particulièrement grisé donc on s’est peu vus. Il avait aimé mon livre sur Paul Gégauff; on s’est rencontré réellement lors d’un déjeuner agréable, et on s’est revus assez fréquemment. Et j’ai édité ses Conversations d’un enfant du siècle chez Grasset.

Comment le définiriez-vous?

C’est un homme élégant, cultivé, un feu follet manière Drieu. Un homme d’ombre et de lumière; de la nuit et des jours. C’est un homme à la fois très drôle et très mélancolique. C’est un très grand critique littéraire. Et c’est un homme dont la plus grande qualité (et peut-être le plus grand de ses défauts) est qu’ il n’en fait toujours qu’à sa tête. Il ne suit que la ligne de ses plaisirs. Cela constitue une grande partie de son charme.

Qu’est-ce qui vous fascine chez lui?

Ce que j’aime tout particulièrement chez lui c’est que tout passe par les mots, donc par la littérature. Frédéric est un fêtard, un noceur, un homme d’excès comme Paul-Jean Toulet, mais il est avant tout un écrivain. J’ai voulu remettre Frédéric Beigbeder au centre de la maison littérature.

Quel est, selon vous, le livre de l’œuvre de Frédéric Beigbeder qui restera comme incontournable?

Le premier qui me vient en tête c’est Un roman français. Un beau texte mélancolique et une plongée en enfance. Si je peux en ajouter un deuxième ce serait Premier bilan après l’Apocalpyse qui donne beaucoup de cartouches littéraires pour affronter l’époque.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Frédéric Beigbeder, l’incorrigible, Arnaud Le Guern, éd. Prisma; 297 p.; 19,95 €.

 

Fascinant Maurice Ronet

Jean-Pierre Montal consacre un passionnant essai à ce comédien, écrivain, peintre et réalisateur, sorte de dandy sulfureux et séduisant qui marqua le cinéma des sixties et des seventies.

Trente ans après sa disparition, Maurice Ronet (1927-1983) revient dans l’actualité. En témoigne, le très bel essai Maurice Ronet, Les Vies du feu follet, que lui consacre Jean-Pierre Montal, cofondateur des éditions Rue Fromentin. Un peu moins connu qu’Alain Delon, Ronet, plus mystérieux, plus ombrageux, symbolisa, pourtant, une manière de virilité du cinéma des Trente glorieuses (Ascenseur pour l’échafaud, Le feu follet, etc.), une sorte de dandy de l’extrême. Un mystère, Maurice Ronet? Sans aucun doute. Il fascinait d’abord, avant de séduire: «À l’époque, il était un peu considéré comme un beau jeune premier», confie Jean Douchet qui le connut au cœur des années cinquante. «Ce qui frappait tout de suite, c’était son intelligence. Cela a peut-être perturbé sa carrière. On n’aime pas trop qu’un acteur soit intelligent!». Et Serge Gainsbourg, en août1968, se méfie de son charme, quand Jane Birkin tourne La Piscine, de Jacques Deray, avec Ronet et Delon: «Si l’un des deux touche à Jane, je les descends avec ça…», menaçait le Serge. «Ce n’est pas tellement Delon qui me fait peur, mais Ronet… Celui-là, avec son air de ne pas y toucher!»

La complicité de Gégauff

Ses parents étaient comédiens. Il s’est laissé happer par le goût familial à l’endroit de cette profession, mais à sa manière, c’est-à-dire sans avoir l’air d’y toucher. Il ne fit rien pour «y arriver», passa à côté de courants porteurs sur le plan artistique, notamment celui de la Nouvelle vague. «Il faudra la naissance d’une complicité avec Paul Gégauff, auteur du scénario de Plein soleil, pour qu’il incarne une figure marquante, mais tout en continuant une carrière en Espagne et en Italie», comme le note Noël Simsolo dans son Dictionnaire de la Nouvelle vague (lire notre article dans ce même cahier, en page X). Également peintre, écrivain et réalisateur, Ronet signa notamment l’adaptation cinématographique de Bartelby, d’Herman Melville. Archétype de l’élégance et de la séduction, Maurice Ronet, excellent acteur, dandy sombre, marqua son époque. Ce livre enquête permet de mieux le connaître. C’est une excellente chose.

PHILIPPE LACOCHE

« Maurice Ronet, Les Vies du feu follet», Jean-Pierre Montal, éd.Pierre Guillaume de Roux. 174 p.; 20 euros.

Le dandy surdoué du cinéma

 Avec style et panache, Arnaud Le Guern dresse le portrait du scénariste, dialoguiste et écrivain Paul Gégauff, personnage sulfureux au destin fracassé.

 Roman? Essai? Chronique? Éditeur, journaliste et écrivain de grand talent, Arnaud Le Guern mélange allègrement les trois genres dans son dernier ouvrage magnifiquement – et si justement – intitulé Une âme damnée, Paul Gégauff. Il y dresse un portrait sans apprêt de Paul Gégauff (1923-1983), scénariste, dialoguiste, acteur, réalisateur et écrivain, «le dandy surdoué du cinéma français» des sixties et des seventies.

Ami de Françoise Sagan, de Maurice Ronet et de Roger

Arnaud Le Guern, romancier, essayiste, éditeur, admirateur des Hussards.

Vadim, dilettante hyper actif, il a le profil parfait du hussard et du noceur (alcool en grande quantité, tabac, femmes à volonté, belles voitures et dolce vita).Pourtant, c’est aux très sérieuses éditions Minuit qu’il commence par publier. La dite Nouvelle Vague, il prend un malin plaisir à la brocarder, voire à l’humilier, ce qui ne l’empêche pas de travailler avec Eric Rohmer. Mais c’est avec Claude Chabrol qu’il donnera le meilleur de son talent notamment dans Les Biches, Que la bête meure et Une partie de plaisir. Également avec le célèbre More, film culte de l’après 68, de Barbet Schoeder. Il mourra en Norvège, poignardé par sa très jeune épouse. Une fin qu’il aurait pu écrire dans l’un de ses scénarios.

Arnaud Le Guern alimente son récit avec des passages autobiographiques. Il analyse sa passion pour Gégauff; il raconte comment il écrit ce livre, évoque ses pérégrinations sur les traces du scénariste en compagnie de missK., son amour.

Tout cela est beau, frais, terriblement bien écrit et séduisant. Toujours léger; jamais pesant. Le Guern maîtrise son sujet avec panache, tend sa prose, cerne son personnage. Ce n’est jamais une traque. Juste une manière de virée, de bringue menée tambour battant.

Il nous donne à humer les dessous d’une époque flamboyante, folle, où nombreux sont ceux qui se sont brûlé les ailes. Paul Gégauff était de ceux-là.

PHILIPPE LACOCHE

«Une âme damnée, Paul Gégauff», Arnaud Le Guern, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 186 pages, 19,50 euros.

Toutes sur le blog d’Arnaud Le Guern

Le blog de l’écrivain et critique littéraire Arnaud Le Guern est un régal.

Il aime les hussards, les déclassés, les décavés.

En un mot, les meilleurs. Il écrit merveilleusement bien. Pour toutes ces bonnes raisons, lectrice, mon amour, ma soumise, mon faucre, jette toi sur ce blog. Il se présente en ces termes : « Qui je suis ? Un grand rien percuté par la berline saoule de mes émotions. Artistocrate échoué, clodo célinien en haillon Armani, intellectuel de gôche, fanatique de la foi, pistoléro de l’art quasimodesque, socialo suicidé, dandy destroy, détrousseur du tout social, idiot inutile, coco fascistoïde, terroriste de basse-fosse, pouilleux sans Dieux, ni maîtres – sauf les miens !-, franc tireur jamais partisan, derviche blasphémateur, Zorro au cœur qui pleure, qui flambe, fada de la peau. Qui je suis ? Un festival de noms d’oiseaux qui tire ses cartouches usées sur les névroses du jour. »

Lis également ses livres, lectrice. Tu vas te régaler. Son prochain sera consacré à Paul Gégauff. Une preuve que Le Guern a du goût.

Arnaud Le Guern : écrivain, critique littéraire, brillant styliste et homme de goût.

Ph.L.

http://braconnages.blogspot.com/