Jours tranquilles à Andilly

Patrick Modiano, écrivain. 2012.

Rouler sous la neige vers Andilly, dans le Val-d’Oise en écoutant Hunky Dory, de David Bowie. Est-ce cela, le bonheur? Je me le suis demandé lors de ce déplacement. Il y a deux banlieues: l’une très urbaine, seventies, bétonnée; l’autre, mystérieusement verdoyante, avec ses villas planquées dans des bois maigrelets, des maisons de maîtres quasi abandonnées, avec des portiques et des toboggans recouverts par les volubilis et autres plantes grimpantes. Là, point de végétation, mais la neige. On se serait cru dans un roman de Patrick Modiano. Andilly. Le nom aussi. Jours tranquilles à Andilly. Si Henry Miller n’avait pas déjà écrit le succulent Jours tranquilles à Clichy, j’en aurais fait le titre d’une nouvelle ou d’un roman. J’eusse pu y raconter une histoire louche, sur fond de guerre d’Algérie, de porteurs de valises. Mais j’ai déjà conté ça dans l’un de mes romans. À part que l’histoire se déroulait en Auvergne dans l’une des villes les plus françaises de France: La Bourboule. Recouverte de neige. Comme Andilly. Je venais de découvrir cette localité du Massif Central que le progrès et la technologie ne semblaient avoir atteinte. Les épiceries sentaient la saucisse sèche et les tripoux; des boulangeries sentaient le pain. Les skieurs, manières d’ombres, de revenant élégants et hâlés, semblaient venir tout droit des années cinquante. Survivants de la guerre. Survivant pour combien de temps? Eux aussi seront rattrapés; nous le serons tous. Parfois, quand des amis me parlent de leurs vacances lointaines, dans les îles, sous les cocotiers, moi je rêve à La Bourboule. Un rêve floconneux. Certainement qu’un jour, je rêverai de la neige d’Andilly. On rêve tous de quelque chose. À quoi rêvait Paul Thomas Anderson quand il a réalisé Le Master, film magnifique, sublime, très fort, qui, dit-on, s’inspire des débuts de la scientologie, cette secte bubonique. La confrontation de deux solitudes: Philip Seymour Hoffman, remarquable en gourou, et Joaquin Phoenix, ancien combattant du Pacifique, revenu alcoolique et halluciné, façon Le Vigan. J’ai adoré, dans un tout autre registre, Paulette, avec l’exquise et très fine Bernadette Laffont, en retraitée, lassée de ses problèmes de fric, qui se fait dealeuse de shit. Vu également au Gaumont Le Minotaure, film de danse en 3D proposé par la compagnie Arts’Fusion, clin d’œil à Cocteau qui eût pu tourner Orphée, à… Andilly.

Dimanche 3 février 2013

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La pâte à vertige de Modiano

« L’herbe des nuits », dernier livre du romancier, lutte, une fois de plus, contre le temps qui passe et contre l’oubli, avec, en filigrane, l’affaire Ben Barka.

 

Patrick Modiano sur les traces de certains acteurs de l’affaire Ben Barka.

Tu vois le type devant, de dos, en imper gris, c’est Modiano», chante l’excellent Vincent Delerm dans la très belle chanson «Le baiser Modiano». Certainement, faudrait-il l’écouter en boucle lorsqu’on lit L’herbe des nuits, dernier roman de l’auteur de Villa triste. Que dire d’autre? Une fois de plus, c’est sublime, délicat, renversant de sensibilité, de finesse. On est aspiré par Modiano comme par un siphon. Siphon du temps qui passe, qui coule, qui s’écoule, qui dévale sur les pierres de l’oubli. C’est terrible, Modiano: ses romans donnent le vertige. Ils ont l’air tout doux, en apparence, mais ils font peur, un peu comme ceux d’Emmanuel Bove et de Georges Simenon. Ils ont quelque chose de paisiblement effrayant. Comme l’angoisse sous-jacente, l’inquiétude du pauvre petit homme minuscule devant le temps qui fuit dans l’océan de l’Éternité. Et surtout, surtout, devant le tsunami de l’oubli.

Que nous dit-il ici? (Mais, au fond, est-ce si important que ça de savoir ce qu’il nous raconte? Ce qui compte c’est cette pâte littéraire, cette pâte à vertige, cette manière de came intense dont il nous nourrit.) Il nous conte une histoire d’amour, celle de Jean (une sorte de double de l’auteur) et de Dannie. En filigrane: l’affaire Mehdi Ben Barka. Nous sommes vraisemblablement en1965, quelque mois avant l’affaire de l’enlèvement et la disparition de l’homme politique marocain, principal opposant socialiste au roi Hassan II. Faut-il voir derrière les personnages de ce roman de Modiano les protagonistes de l’affaire: les truands Georges Figon, Georges Boucheseiche (ancien collaborateur de la Gestapo, devenu membre actif du SAC), la comédienne Anne-Marie Coffinet (qui fut la maîtresse de Figon), Mohamed Oufkir (ancien officier de l’armée française, devenu bras droit d’Hassan II), Antoine Lopez, dit Savonnette, informateur du SDECE (Service de renseignement français)? Peut-être… Et que viennent faire dans le roman les ombres du poète Tristan Corbière et de Jeanne Duval, la Vénus noire de Charles Baudelaire? Juste des ingrédients qui participent au vertige. Il faut se laisser aller, se laisser happer. Ne pas chercher à comprendre comme en face toute œuvre d’art. Car Modiano, bien plus qu’un romancier, est un artiste.

PHILIPPE  LACOCHE

«L’herbe des nuits», Patrick Modiano, Gallimard, 178 p.16,90 euros.

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Je ne posséderai jamais de coffre-fort

Arnaud Le Guern, avec ma pomme (en pull, avec un gros ventre).

 Reçu du cabinet de communication Thomas Marko & Associés et d’une de ses zélées représentantes (Marjorie Rousseau ou Julie Verzotti, je ne sais plus laquelle, mais je suis ravi de mettre en lumière ces filles de l’ombre): une bouteille de Jack Daniel’s dans son coffret «all black».En effet, pour la première fois de son histoire et à l’occasion de la Fête des Pères 2012, la marque légendaire du Tennessee met en scène le coffre-fort de son fondateur, Mr Jack Daniel’s, dans un coffret inédit. Jack Daniel’s dirigeait la distillerie avec son neveu, Lem Motlow. Celui-ci, très matinal, avait pour habitude d’ouvrir le coffre-fort. Un matin de1903, Jack arriva avant son neveu et tenta d’ouvrir le fichu coffre. Pas moyen: il avait oublié la combinaison. Très en colère, il donna un coup de pied dans le coffre, se cassa l’orteil. La blessure se transforma en gangrène cinq ans plus tard. Il en mourut. C’est affreux. D’où l’idée du coffret-coffre qu’on m’a envoyé. Comme je ne peux pas le goûter, je vais tenter de me souvenir. Je me souviens d’un soir d’hiver, de1979.Un copain, Fabrice Portemer, dit Gaëtan, dit le Petit Prince de Vouël, était venu me rendre visite. J’avais débouché une bouteille de Jack, et posé sur la toile cirée de la table de la cuisine de mes parents trois verres à moutarde: un pour Féline, ma petite fiancée, un pour Gaëtan, un pour moi. Il faisait déjà nuit. Noël n’était plus loin. C’était encore merveilleux car je n’étais pas très loin de l’adolescence, donc de l’enfance. Gaëtan travaillait à la SNCF. Moi je commençais à L’Aisne Nouvelle. Féline portait un petit manteau à carreaux. Je l’embrassais dans l’Ami 6 grenat de mes parents. C’est bon de se souvenir quand on est presque vieux. L’ami Arnaud Le Guern, excellent écrivain et talentueux éditeur conseil, boit-il du Jack Daniel’s? Je n’en sais rien. Je sais qu’il boit du Chablis et qu’il aime mes romans mélancoliques qu’il défend avec ardeur auprès des éditeurs. Dans mes romans, je parle souvent de Gaëtan, le Petit Prince de Vouël, et de Tergnier, ma ville cheminote. Et peu de Paris (comme Patrick Modiano), et jamais des États-Unis d’Amérique (comme Jean-Paul Dubois).C’est pour ça que je ne serai jamais riche et ne posséderai jamais de coffre-fort (comme Jack Daniel’s).

Dimanche 10 juin 2012.

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Musique au Point : le bon son de Patrick Besson

 Il y a un ton Besson, une sorte de rythme indicible dans son style. Avec ce recueil des chroniques données au Point, c’est le bretteur qu’on retrouve. Avec délice.

 Il y a une musique Besson, comme il y a une musique Modiano. Pas la même, bien sûr, bien que, dans certains de ses romans les plus intimes, les plus nostalgiques (Ah! Berlin, Lettre à un ami perdu, Accessible à certaine mélancolie, La Maison du jeune homme seul, etc.), il y développe une manière de mélancolie (d’où l’un de ses titres), toute en retenue et très pudique, qui pourrait l’apparenter au créateur de Villa triste. Comme les plus grands du siècle dernier (Roger Nimier, Kléber Haedens, Jacques Laurent, Roger Vailland, etc.), l’inspiration de Patrick Besson est double: celle du désenchantement et du détachement léger d’une part; et celle de la polémique du bretteur, mâtinée d’un humour inouï, rarement égalé et d’un sens aigu de l’autodérision d’autre part.(La force de Besson, c’est qu’il sait aussi se moquer de lui-même.) La première inspiration nous dévoile le romancier; la seconde, le chroniqueur, le journaliste percutant qui rythme sa prose de formules décapantes, sortes de beats irrésistibles. Besson est rock’n’roll. Style sec, souvent très marrant comme un riff de Keith Richards sur une adaptation de Leiber-Stoller. Et ça sonne. Il faut goûter à son dernier livre Au Point, Journal d’un Français sous l’empire de la pensée unique, recueil de ses chroniques données au célèbre journal. C’est un régal.

«Vicieux comme des vieilles filles»

Il y a deux façons de lire cet ouvrage: de la première à la dernière ligne (ce qui nécessite du temps car c’est un pavé de 953 pages!), pour percevoir l’Histoire qui s’insinue entre les lignes, la geste littéraire et les aventures bessonniennes plus personnelles; ou picorer comme dans un paquet de bonbons. Dans les deux cas, le plaisir sera au rendez-vous. Et on rigole. Quelques formules: Noël Mamère qui devient Noël Samère «car il a un nom trop lacanien. Ce n’est pas possible qu’un type pareil s’appelle ma mère. C’est une insulte à toutes les mères»; sur l’Irak, à l’endroit des Anglais et des Américains: «Quand on aime, on ne compte pas les morts»; sur la télévision et particulièrement sur Karl Zéro: «Sur les barricades de l’Audimat, ils ont conquis le droit de payer l’impôt sur la fortune»; sur les auteurs: «les écrivains, c’est vicieux comme des vieilles filles». On peut aussi apprécier la chronique qu’il nous donne à lire sur le magnifique album de Carla Bruni, Quelqu’un m’a dit (depuis qu’elle est devenue la première dame de France, plus personne n’ose dire que c’est un excellent disque), ses pages sur Limonov, si justes, si vraies. Et ce portrait touchant de Raffarin, si éclairant et, sous le rire, si sensible: «Ce qui me touche chez lui, c’est ce qui me touchait chez mon père: il invente ses gestes, force sa voix, improvise ses mouvements. On dirait qu’il cherche à vivre.» Qu’importe Raffarin; c’est la voix de Patrick Besson qui sourd ici. C’est drôle et triste comme du Bove ou du Calet.

PHILIPPE LACOCHE

 

«Au Point, Journal d’un Français sous l’empire de la pensée unique»,

Patrick Besson, Fayard, 953 pages, 26 euros.

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Coïncidences, jolie chanteuse, cheveux salés et Martin Nimier

Gaëlle Martin, charmante chanteuse de The Branks, sur la scène du Grand Wazoo, à Amiens.

J’aime les coïncidences. C’est mon côté André Breton, Nadja, sublime roman du pape totalitaire du Surréalisme. L’été dernier, alors que mon histoire amoureuse présentait déjà quelques signes de faiblesse, j’avais invité une très jolie dame blonde – de mon âge cette fois-ci, c’est-à-dire encore jeune – sur la côte picarde. C’était août. Il pleuvait à seau. Nous étions bien, trempés comme des soupes. Observateur, je contemplais, intrigué, les gouttes s’incruster dans son épaisse chevelure claire. e trouvais ça émouvant. J’avais envie d’y introduire ma langue, là, entre deux mèches, afin d’y recueillir cette sève que je pressentais salée. (Je retrouve ma sensualité d’étalon; c’est bon signe.) Je l’entraînais donc à l’Hôtel des Tourelles, au Crotoy. Et, comme à mon habitude – «Ta sale habitude!», finissent par me dire mes femmes, mes maîtresses lorsqu’elles me quittent- je tentais de l’éblouir en lui sortant ma science littéraire sur les Hussards que j’adore: Déon, Laurent, Haedens, Nimier. J’étais en train de prononcer le nom de Roger Nimier, quand un monsieur à la table d’à-côté se retourne, se présente à nous. «Je suis Martin Nimier, le fils de Roger Nimier.» «Vous êtes donc le frère de Marie», demandais-je, pataud. «Oui.», Incroyable. Nous parlâmes. Il pleuvait. La dame blonde aux cheveux salés me regardait différemment. J’étais bien. Coïncidence encore, il y a peu, à la maison de la presse de la galerie des Jacobins, à Amiens, où je dédicaçais mon dernier roman. J’étais absorbé par la lecture des Cahiers de l’Herne consacré à Patrick Modiano. L’ami Jean-Paul Baronnet, fou de littérature, arrive, me dit qu’il a connu un vieux médecin qui a soigné le grand Patrick et son regretté petit frère, Rudy, dans les années cinquante, à Jouy-en-Josas. «Ne serait-ce pas le Dr Poucet ?», tentai-je. «Je viens de lire un texte, il y a dix minutes, dans la revue, écrit par le Dr Poucet que je ne connaissais pas.» Jean-Paul, lui aussi, me regarde différemment. L’autre soir, au Grand Wazoo, aucune coïncidence, mais le plaisir d’écouter le groupe Branks, portée par la très jolie, appétissante et flamboyante Gaëlle Martin.Vu également le bon groupe de funk Tchiklala, du chanteur François-Jean, graphiste, qui, au début de mes amours avec Lou-Mary, l’avait prise nue, en photo, dans sa baignoire pour la pochette de son premier album. Nostalgie.

Dimanche 12 février 2012

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Un après-midi d’hiver, à Beauvais, avec Flavienne Rolland

Flavienne Rolland, un jour d'hiver, dans un café de Beauvais.

 Tu connais, lectrice amie, copine, camarade de jeu, maîtresse potentielle, mon goût pour les pèlerinages. Il m’arrive depuis quelque temps de revenir à Beauvais. Dans cette ville, j’ai débarqué en mai1983, comme reporter, à l’agence du Courrier picard, qui, à l’époque, se trouvait rue du Docteur Gérard. Des locaux antédiluviens, des portes qui fermaient mal, verrouillées par des clés squelettiques, manières de clous de charpentier. Je me souviens des bruits des vitrines, fines, qui vibraient quand les automobilistes faisaient vrombir leurs moteurs. Nous développions nos pellicules argentiques dans une pièce qui empestait le fixateur. Pour nous remettre, nous allions assécher des demi pression dans un bar qui se trouvait en face. Nous y retrouvions nos confrères du Parisien et de L’Oise Libérée, de vieux baroudeurs qui avaient couvert toutes les guerres du journalisme de proximité. Des grands reporters du minuscule avec des trognes à la Blaise Cendrars et à la Kessel, au pastis à 10heures du matin. Lorsque nous sortions du bistrot, la tête dans les étoiles, les effluves de l’usine Spontex nous enivraient un peu plus, puissants éthers urbains qui me défonçaient en rêves baudelairiens. À Beauvais, je suis allé rendre visite à Flavienne Rolland, qui fut l’épouse de mon ami Jacques-Francis Rolland, décédé en 2008, magnifique écrivain, Résistant, ami de Roger Vailland. J’ai retrouvé Flavienne par un bel après-midi d’hiver dans un bistrot du centre ville. Nous avons parlé pendant trois heures sans interruption. Cette dame délicieuse se souvient de tout. Du Saint-Germain des années cinquante où l’intrépide Jacques-Francis l’entraînait, des caves de jazz, de Patrick Modiano, de la mère de ce dernier, de Jean-Luc Godard. De ce Paris d’après-guerre qui me fascine, comme tout ce qui n’est plus. Elle me parla de Jean Cau qui fut l’ami de la mère de Modiano. Sourit quand je lui confie que j’ai interviewé Marie Modiano, aujourd’hui chanteuse, qu’elle a connue toute petite. Je la regarde. Je repense à mon copain Jacques-Francis. À leur maison de Silly-Tillard que j’avais découverte un jour de1984.Dans nos locaux de la rue du DrGérard, Maurice Lubatti, chef d’agence m’avait dit que le Rodrigue de Drôle de Jeu, c’était lui.Qu’il fallait que j’aille l’interviewer. Qu’on allait bien s’entendre. Il ne croyait pas si bien dire.

Philippe Lacoche

Dimanche 22 janvier 2012.

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The Voïd : des dandys poivrés

 

De gauche à droite : Arthur Dorémus, Arthur Quehen et Maxime Dheilly.

 The Voïd, groupe pop d’Amiens, sort un excellent album qui doit beaucoup au St Peppers.des Beatles, mais aussi et surtout à lui-même. Un régal.

Les bons groupes, chanteuses et chanteurs sont nombreux en Picardie. Les bons disques sont plus rares. Celui que vient de sortir The Voïd, élégant quintet d’Amiens, en est un. Qui sont-ils?Arthur Quehen, 20 ans, étudiant en cinéma, claviers; Arthur Dorémus, 20 ans, étudiant en lettre, basse, piano, chant; Maxime Dheilly, 22 ans, étudiant en philosophie, guitare et chant; Emmanuel Domont, 20 ans, étudiant en lettres, guitare, basse, vocaux; Timothée Mourier, 20 ans, étudiant en communication, batterie. Le groupe existe depuis cinq ans, mais sous sa forme actuelle seulement depuis six mois. A son origine : la rencontre d’Emmanuel, Arthur D.et Maxime. Ils se trouvent pas mal de points communs. Musicaux surtout. Notamment une manière de passion pour les Beatles, époqueSgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.Ces jeunes dandies ont du goût. Et cette, comment dire? influence, fascination, passion, se ressent, bien sûr, sur leur The Quest of Absolute, leur CD qui, disons-le tout de go, frise le sublime. Car ces petits jeunes gens intelligents, proprets et cultivés y développent un talent étonnant qui, souvent, s’éloigne des Fab Four. Ils reconnaissent l’apport des génies de Liverpool. Mais ils n’ont rien de clones. Leur influence est là, certes, mais elle n’a rien d’étouffante, et les Voïd n’en loupent pas une pour s’échapper vers d’autres sentiers : ceux des divins Kinks, de Jules and The Polar Bears, de Procol Harum et de quelques autres immenses oubliés de l’école de Canterbury (premier Soft, Kevin Ayers).Et surtout, surtout, ils savent être eux, sonner avec sincérité, habiter leurs chansons comme ce grand allumé de Modiano sait habiter sa littérature quand il court après ses fantômes dans un Paris qui n’est plus. The Voïd est The Voïd. Point barre. «On essaie de créer quelque chose. On s’appuie sur le modèle des Beatles mais nous ne sommes pas des copies des Beatles», disent-ils. Les vocaux de ce disque sont magnifiques, précis, envoûtants. Les parties de basse, un vrai régal (Dorémus ou Domont? On ne sait pas trop; entretenons le mythe comme c’était le cas dans les middle sixties quand il s’agissait de reconnaître les coups de grattes de Keith Richards et de Brian Jones. A ce sujet, Domont est, justement, un peu le Brian Jones des Voïd. Dandy, lunaire, très littéraire, capable de vous parler de Nimier, de Jacques Laurent ou de Stendhal. Ça fait plaisir dans ce monde de brutes.) Dans le même esprit, la photo sépia de la pochette est délicieusement sixties, oeuvre de Guillaume Eggniton, photographe amiénois qui vit en Chine. Lou Ken, humoriste bosseur et très communicant, qui a pris en main la carrière de The Voïd, annonce qu’après avoir créé son label (Ovid Records) pour le présent disque, espère bien signer d’autres artistes. Sera-t-il leur Brian Epstein ? Why not?

PHILIPPE LACOCHE

The Voïd. The Quest of Absolute.Ovid Records. Contact : 0608997092. management@thevoid.fr

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