Miss.Tic, Mystic et pensées humides à Creil

         Je me suis rendu au Salon du livre de Creil, le weekend dernier ; cela devient une habitude. J’aime bien l’ambiance, l’immense salle qui, nue, doit être froide, et qui se réchauffe lorsqu’elle se drape de livres et de bandes dessinées. Un peu comme une dame qui, soudain, devient irrésistible avec ses dessous chics et son petit collier de perles de nacre. J’adore. Bon, arrêtons-nous là, lectrice, avide de confessions. Revenons au Salon de Creil. Le temps était gris et humide ; la pluie fouettait la surface de l’Oise. J’y retrouvais des amis chers : les écrivains Patrice Juiff et Valère Staraselski, la critique littéraire Alexandra Oury, et, bien sûr, Sylviane Leonetti, grande ordonnatrice de l’événement. Le midi, je déjeunai en compagnie de Miss.Tic, plasticienne, poète urbain, reine du pochoir et surtout de la phrase-slogan ramassée, percutante, jeux de mots hirsutes comme les crêtes des punks des Halles des eighties. Miss.Tic ne manque pas de charme. Très brune, ce jour-là elle ne portait pas son traditionnel béret. Nous parlâmes littérature, poésie, art. Je lui fis remarquer que son nom me rappelait la célèbre pâte rouge Mystic, qui imite le vers de vase et que j’utilisais, enfant, lorsque je pêchais dans les pattes d’oie du canal de Saint-Quentin, à Fargniers (Aisne).  Je la trouvais vive, attentive, curieuse et sensible. Un peu plus tard, elle fut interviewée par le Picard Vincent Josse qui, avant de retrouver Miss.Tic sur le podium, vint me saluer. (Je me souviens de notre rencontre à la Maison de la Radio lorsque j’avais réalisé son portrait ; à cause d’un souci de ligne de métro, j’étais en retard ; je me souviens aussi de sa patience. Je me souviens de beaucoup de choses, au fond, malgré mon grand âge, ma vie parfois dissolue d’ancien critique de rock et d’écrivain las et mélancolique, marxiste contemplatif comme un Walter Benjamin égaré dans les brumes picardes.) Avant de regagner Paris, Miss.Tic m’acheta un livre et souhaita que je lui dédicace. Je m’exécutai. J’hésitai à pasticher l’un de ses aphorismes : « Quand le train est passé, il faut le soir. » Je m’abstins ; il faut savoir s’abstenir parfois, quand les trains passent, qu’on ne les prend pas, qu’on reste sur le quai et qu’on attend la nuit. J’interviewai également Malek Chebel, c

Vincent Josse interviewe Mis.Tic, sur le podium du Salon du livre de Creil.

Vincent Josse interviewe Mis.Tic, sur le podium du Salon du livre de Creil.

alme, intelligent et sage qui présenta son livre L’inconscient de l’islam (CNRS Editions), essai pertinent qui révèle les contradictions d’un islam aux prises avec le monde actuel. Le samedi soir, je discutai longuement avec Jean-Claude Villemain, maire de Creil, devant une Leffe royale assez délicieuse et qu’il m’avait conseillée. Nous parlâmes des canaux (Creil traversée par l’Oise) ; il me confia que l’un de ses grands-pères était éclusier à Boran-sur-Oise. J’imaginai l’écluse. Je repensai au canal de Fargniers, aux pattes d’oie, au Mystic. Je m’égare trop souvent dans mes pensées. Est-ce pour cela que, le soir-même, malgré mon GPS je fus bien incapable de me rendre au bowling de Creil ? La fête du salon y était organisée. Je suis rentré à mon hôtel. Bowling : je repense à cette scène de La Truite, roman de Roger Vailland. Vailland né à quelques dizaines de kilomètres de Creil, à Acy-en-Multien. Je pense trop. Beaucoup trop.

                                                     Dimanche 29 novembre 2015.

 

 

Excellent roman autour du mystère d’un meurtre affreux

  Le Picard Patrice Juiff sort un nouveau roman magnifiquement construit et écrit. Richard, footballeur vedette, assassine son épouse de cinq balles à bout portant sans savoir pourquoi.

L'excellent écrivain et comédien Patrice Juiff, réside à Beauvais, dans l'Oise.

L’excellent écrivain et comédien Patrice Juiff, réside à Beauvais, dans l’Oise.

 

 

Comédien de télévision et de cinéma au talent indéniable, Patrice Juiff (qui réside dans l’Oise) est aussi un nouvelliste et un romancier très talentueux. (Longtemps, il confia à notre journal de succulentes nouvelles qui paraissaient le dimanche.) Son recueil de nouvelles La Taille d’un ange (Albin Michel, 2008), ne s’est-il pas vu décerner le prestigieux Grand prix de la nouvelle de la Société des gens de lettres? Patrice Juiff détient plusieurs qualités qui font le bon écrivain: il écrit bien, sec et court, sans graisse; il n’a pas son pareil pour raconter des histoires; il sait créer des atmosphères. Toutes ces qualités, une fois encore, on les retrouve dans son succulent dernier roman Tous les hommes s’appellent Richard. Il nous conte la vie – affreuse – de Richard, ancien footballeur professionnel, adulé des foules qui, un jour, tue sa femme de cinq balles à bout portant. En prison, il se demande toujours pourquoi il a commis ce meurtre abominable.

Il revisite son passé

Pour tenter de comprendre, il revisite son passé. C’est assez terrifiant. «Mes histoires s’articulent toujours autour de thèmes récurrents», explique-t-il. «L’un d’eux est celui du choix. Et du basculement qui en résulte. Un autre est celui de la fragilité de nos existences. Dans Tous les hommes s’appellent Richard, ils sont intimement mêlés. Comment un homme à qui tout avait apparemment réussi, sombre dans une dépression qui le poussera jusqu’à tuer sa femme, l’être qu’il aimait le plus au monde. Je me souviens avoir été plus que troublé par l’affaire Bertrand Cantat et celle de Marc Cécillon. Du jour au lendemain, nous pouvons tous nous faire rattraper par de lourds secrets, des blessures intimes dont nous n’arrivons pas toujours à conjurer les effets dévastateurs

La force de ce roman vient aussi du fait que jamais Patrice Juiff n’instruit à charge. Il relate les faits, commente peu. Tente, lui également, de comprendre. «Ce qui m’intéresse, c’est l’humain» convient-il. «Ce que nous sommes. Ce mystère qu’est l’homme et ce qui le gouverne. Dans chacun de mes livres, je n’essaie pas de me mettre à la place de mes personnages. Mais à côté. À hauteur de leur épaule. De voir ce qu’ils peuvent voir. De sentir et ressentir ce qu’ils peuvent sentir et ressentir en fonction de ce qu’il leur arrive. D’être honnête et sincère avec eux. De ne pas les trahir. Nous sommes tous pétris de la même pâte. Tous différents, les forces qui nous régissent sont les mêmes. Et puis tenter de comprendre l’autre, c’est aussi évidemment tenter de se comprendre soi-même. Mes références sont multiples, toutes romanesques. Mais je suis plus faulknérien qui proustien. Je dis toujours qu’il n’existe pas de monstre, mais des gens monstrueux. Qu’on ne naît pas monstrueux mais qu’on le devient. Hitler a été un enfant jouant avec ses camarades et un bébé qui pleurait dans les bras de sa mère quand il avait faim avant de devenir un des plus grands assassins de tous les temps. Tenter de comprendre les raisons qui mènent un homme à la déraison, c’est lui rendre son humanité et donc à sa vérité, sans pour autant justifier ses actes. C’est quand on connaît ou qu’on reconnaît un problème qu’on peut le résoudre. Sans cela nous sommes voués à l’échec. Nous sommes tous des Richard en puissance, aussi forts et aussi fragiles que lui. Il n’est pas inutile de se le rappeler.» Son prochain roman évoquera l’histoire de deux sœurs. En tant que comédien, il vient de tourner dans une série Sur les Quais, dont les deux prochains épisodes devraient être bientôt diffusés sur France 3.

 

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

Tous les hommes s’appellent Richard,¨Patrice Juiff, Ecriture; 217 p.; 17,95 €.

Nous devions manger des chocolats Mon Chéri

 

David Martin Angor (à droite)et Plexus Darius.

France Inter. La voix de François Morel se noue en évoquant la mémoire de son ami Georges Moustaki. Mon chat Wi-Fi, assis sur le buffet de la véranda, regarde le jardin mouillé. Il pleut; il fait froid. Ça dure depuis octobre dernier. La vie est belle. Mais Moustaki est mort. «Le Métèque». Ma mère avait acheté le 45 tours «Le Métèque», en 1969, au rayon disques du Prisunic de Tergnier, et l’avait offert à mon père pour Noël. On l’écoutait en boucle, à la maison; nous devions manger des chocolats Mon Chéri. Nous en mangions souvent, au moment des fêtes, en ces années-là. Sur France Inter, encore, un matin. Daniel Cordier, grand résistant, qui fut le secrétaire de Jean Moulin, évoque son parcours au côté du héros. Quelques jours plus tard, sur France 3, le film Alias Caracalla, relate son engagement exemplaire. Ce téléfilm s’inspire du livre éponyme que Daniel Cordier a publié, en mai 2009, chez Gallimard. Dans cette réalisation, l’écrivain Patrice Juiff, nouvelliste de notre journal, interprète un de Gaulle plus vrai que nature. En regardant ce film, je ne peux m’empêcher de penser à Drôle de Jeu, roman de Roger Vailland dans lequel, le grand romancier relate sa vision de la Résistance au côté, notamment, de Daniel Cordier (qu’il appelle Caracalla) et mon regretté ami Jacques-Francis Rolland, alors étudiant et responsable des Jeunesses communistes de Lyon. Cela me donne envie de relire Drôle de jeu. Il faudrait plus de temps dans la vie pour lire, aller à la pêche. Dormir. J’ai pris le temps de me rendre à Corbie pour assister au spectacle de la chroniqueuse de France Inter, Sophia Aram.Je ne l’ai pas regretté. Elle est drôle, Sophia. Si brune, pétillante, pimpante. Elle mange bio, comme Lys qui m’accompagnait. Dans la loge, je les ai laissé papoter sur des bienfaits des produits naturels. J’ai également pris le temps de transporter mon vieux corps à la Comédie de Picardie où David Martin Angor et Plexus Darius (par ailleurs guitariste des Beyonders) donnaient un concert. C’était frais et vif. Une pop acidulée avec des paroles en français bien écrites et, souvent, imbibées de spleen. Dans la salle, il y avait de jolies poulettes printanières. Et je suis rentré me coucher comme un vieux coq. Le lendemain matin, j’ai chanté à 5h53 dans mon bureau du Courrier picard. J’ai lustré ma plume et me suis mis à écrire.

Dimanche 2 juin 2013

Hitler était Juiff

 

Patrice Juiff : terrifiant en Hitler!

Bonjour, lectrice, ma fée bronzée, ma possession ambrée, mon habitude dorée. Le marquis est de retour de vacances, frais, rasé de près. Pour fêter l’événement, je te propose de faire une entorse à cette chronique afin de te combler. J’ai étiré la photographie qui l’accompagne pour accueillir la tronche incroyable du camarade Patrice Juiff, excellent écrivain, talentueux comédien qui, malgré son nom, n’hésite pas à imiter un petit peintre autrichien raté dont il n’est pas nécessaire de citer le nom afin de ne pas salir notre journal issu de la Résistance, ex et bien aimée coopérative ouvrière, qui a toujours combattu ses funestes résurgences. Cette série de photos, le Patrice me l’a fait voir, en juillet, au cours du salon Mers-les-Livres, à Mers-les-Bains. Nous étions entre copains: Catherine Petit, Bertrand de Saint Vincent, Michel Embareck, Alain Paucard, Valère Staraselski, Pierre Mikaïloff. Il faisait un temps épouvantable. Alors que nous tentions de signer nos livres sous les auvents, sur l’esplanade, à quelques dizaines de mètres de la plage, un rideau de pluie grise en empêchait de contempler les adorables villas mersoises. Pour nous divertir, Patrice nous montra la fameuse série de photos où il interprète différents personnages, dont cet inquiétant dictateur d’outre-Rhin. Il nous a également bien fait rire en se mettant dans la peau d’un type louche qui «collait» certains braves lecteurs près des stands. Ceux-ci, apeurés, subodoraient que ce type au regard torve et malsain allait leur faire un mauvais coup. Secoué par un fou rire irrépressible, Bertrand de Saint Vincent s’est promis d’écrire un one-man-show pour Patrice Juiff qui, je te l’annonce lectrice mon amour, deviendra sous peu l’un de nos nouvellistes picards avec Éléonore Lelong, Roger Wallet, Philippe Sturbelle, Patrick Poitevin-Duquesne. Bien venu au club, cher Patrice et encore bravo!

Dimanche 9 septembre 2012