Philippe Tassart : « On est un festival atypique ! »

 

Philippe Tassart est fier de faire jouer les Insus dans le cadre du festival Rétro C Trop.

Les Beach Boys.

Patron de la société Ginger, créateur du festival Rétro C Trop (24 et 25 juin, au château de Tilloloy), Philippe Tassart explique comment il s’y prend pour faire jouer les plus grands.

Philippe Tassart, quels seront les artistes programmés à cette deuxième édition de Rétro C Trop ?

Nous sommes parvenus à convaincre Les Insus que nous voulions déjà inviter l’an passé car le titre du festival est issu d’un morceau de Téléphone : « Métro, c’est trop ! ». Les Stranglers seront là également ; il s’agit de la formation de Jean-Jacques Burnell, bassiste français. Il y aura aussi Sarah Olivier, une fille avec qui on a déjà travaillé et qui était en première partie des Insus au Zénith d’Amiens. C’est une Parisienne qui fait une musique assez barrée ; être la chanson contemporaine, le jazz et le reggae. C’est une bête de scène. Elle sera accompagnée par Steven Harrison qui était le contrebassiste de Sons of the Desert. C’est un peu ma famille. On a aussi Blue Öyster Cult,  qui est toujours en activité et qui ne donnera que deux dates en France. A la programmation du samedi également : Wilko Johnson, célèbre guitariste de Dr. Feelgood. Ceci c’est juste pour le samedi.

Comment vous y prenez-vous pour parvenir à réunir à la même affiche les Beach Boys et tous des grands groupes mythiques ?

C’est un travail de très longue haleine. Ca prend environ six à sept mois, surtout pour un festival naissant comme le nôtre car c’est seulement notre deuxième édition. Nous parvenons à proposer cette programmation grâce à notre tissu relationnel bâti depuis de nombreuses années en Picardie avec des groupes internationaux. Nous avons bon nombre de contact avec des groupes en direct ; nous traitons directement avec les artistes. Il nous arrive de travailler avec des sociétés françaises qui nous aident bien. C’est important de se positionner à l’échelon international car on est un festival atypique. On ne fait pas la même chose que les autres. Les Stranglers, personne ne les a. J’ai envie de faire plaisir à des gens qui ont une culture musicale ; des gens qui aiment la musique avec passion. C’est mon cas. C’est mon cas ; c’est pour ça que j’ai fondé ce festival. Il n’est pas destiné à des gens qui ont forcément 20 ans, bien que… On s’aperçoit que la jeunesse aime les groupes qui ont 50 ou 60 balais parce qu’ils représentent l’histoire de la musique. Un gamin qui joue de la musique aujourd’hui s’est forcément inspiré un jour ou l’autre de ces groupes-là. Nous avons accueilli énormément de jeunes au cours de la première édition du festival.

Parmi les groupes qui constituent cette belle affiche, quel est celui ou ceux qui vous font le plus rêver ?

Evidemment, ce sont les Beach Boys car, une fois encore, on touche ici à l’histoire de la musique. L’an dernier, j’ai produit le concert du cinquantième anniversaire de la carrière de Donovan, à l’Olympia, et j’ai rencontré à nouveau les Beach Boys la semaine dernière à l’Olympia. On a longtemps parlé de cette histoire de la musique au cours de laquelle les Beach Boys étaient les concurrents directs des Beatles. Les Beach Boys ont créé un certain style de musique qu’on écoute encore aujourd’hui et qui était tellement en vogue dans les années 1960. Les Beatles s’en sont inspirés pour écrire Sgt. Pepper’s. Ils se sont surtout inspirés de l’album Pet Sounds. Ma grande fierté, c’est donc de faire venir les Beach Boys. Et c’est derniers disent qu’ils ont été influencés par Revolver. Donc, la boucle est bouclée. Mon autre grande fierté, c’est d’être parvenu à faire jouer les Rabeats qui sont des artistes avec lesquels je travaille depuis vingt ans. Donc, je parviens ici à mélanger l’histoire des Beatles (à travers les Rabeats) et celle des Beach Boys. Sur scène, les Beach Boys expliquent bien, entre chaque morceau, l’histoire de leur groupe. Ils racontent notamment qu’ils sont tous partis en Inde, ce grâce à Donovan qui les a emmenés. Ils sont allés à la rencontre de la méditation transcendantale  et la rencontre du sitar, de Ravi Shankar. Mon autre fierté, c’est de faire venir les Insus, donc Téléphone, sur cet événement. On a tous démarré dans le métier avec Téléphone car on a le même âge. Ils sont, en fait, un poil plus vieux que nous. J’ai commencé par être DJ. Si je ne passais pas trois morceaux de Téléphone, ce n’était pas une bonne soirée. Je reviens au fameux Rex, de Roye, et à la boîte de Gury. Je suis très fier d’être parvenu à redynamiser ce coin du Santerre et du Trait vert, et à refaire de la musique dans ce coin.  Le Rex et la boîte de Gury n’existent plus. Il n’y avait donc plus de musique rock. Quand on y regarde d’un peu plus près, ce que je programme aujourd’hui ce sont les musiques que je passais quand j’avais 20 ans. Je n’ai pas tellement changé. Ce que je fais aujourd’hui c’est ce que je faisais quand j’étais DJ. Et pouvoir programmer les vrais groupes que je programmais sur mes platines de DJ, c’est juste un rêve. C’est génial !

Le château de Tilloloy est un lieu très historiquement ; c’est aussi le lieu de votre enfance.

Je suis issu du milieu agricole local. Maes grands-parents étaient des paysans qui allaient payer leur fermage à la comtesse d’Hinnisdal. Il y avait déjà un lien avec ma famille depuis très longtemps. J’ai toujours adoré cet endroit. J’y vais depuis que je suis tout petit. Il y a toujours un truc magique qui se produit quand on rentre dans le château. Il y a une grandeur, une architecture, une histoire. C’était le monument historique le plus proche du lieu où je suis né. Je regrette vraiment d’avoir mis autant de temps pour me lancer dans cette aventure. Si je m’y étais mis plus tôt, le festival aurait aujourd’hui plus d’années. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. C’est un retour à mes racines, en quelque sorte. Un retour vers les gens que j’aime. Des gens qui m’ont donné ma chance. Comme Jeannot et Marie, du Rex. Je suis content, aujourd’hui, de travailler juste en face d’où j’ai démarré car j’ai fait, cette année, la programmation du théâtre de Roye. La culture revient dans ce pays.

Blaise Cendrars, écrivain et poète, a combattu au château de Tilloloy (il en parle notamment dans son récit La Main coupée). Vous ne citez pas dans la promotion de ce festival. Pourtant, sa vie était très rock’n’roll, ce avant l’heure. Pourquoi ?

On n’est pas du tout dans cette esthétique littéraire. On est très loin de tout ça. Si j’organise d’autres événements dans ce château, pourquoi ne pas imaginer une thématique autour de Cendrars, avec ses influences, et les influences qu’il a eues sur les autres ?

Exemple : Bernard Lavilliers qui a toujours adoré Cendrars.

Exactement. Il y a effectivement quelque chose à faire mais ce n’est pas ce que j’ai voulu réaliser avec Rétro C Trop.

Les temps sont durs avec les attentats. Vous avez certainement dû renforcer la sécurité aux abords et à l’intérieur du festival.

J’ai envie de dire que j’en ai marre qu’on parle des attentats. Le lendemain de ceux de Manchester, il n’y a jamais eu autant de concerts donnés pour dire aux gens : « Allez-vous faire foutre, nous on aime la culture, et le reste on s’en fout. »

Cependant toute la population y pense.

C’est vrai, mais arrêtons d’y penser car ça pénalise nos métiers. Ca retire des gens des salles. La fatalité existe. Malgré tous les systèmes de sécurité qu’on pourra mettre en place, on ne pourra jamais arrêter un fou. Il aura toujours une idée pour détourner ces systèmes. Evidemment, nous avons mis en place des systèmes de sécurité renforcés depuis le 13 novembre ; cela fait partie d’une demande du ministère de la Culture et du ministère de l’Intérieur. A ce propos, j’ai participé aux premières réunions de sécurité. Dès le surlendemain des attentats, je faisais partie d’une équipe d’une centaine de personnes, ce sur le plan national. Il faut arrêter de parler de ça ; ça fait peur aux gens.

Comment vont les Beach Boys, malgré leur grand âge ?

Franchement, beaucoup de gens me disaient… enfin, me parlaient de Brian Wilson… J’ai eu l’occasion de voir les deux concerts. D’un côté, j’ai vu une oeuvre ; celle de Pet Sounds. C’est tellement bien joué, mais sans âme, sans cœur, sans vitalité. Ensuite, je suis allé à l’Olympia voir les Beach Boys, et j’ai passé deux heures debout, à danser avec les gens. Leur musique est très vivante ; ils enchaînent les tubes, reviennent sur des musiques plus difficiles. Ils font des petits hommages aux Beatles, à Chuck Berry. Il y a plein d’anecdotes sur leur passé. J’ai adoré ce concert à l’Olympia. Ils ont la niaque ; ils courent dans tous les sens. Ce n’est pas du tout le cas de Brian Wilson qui est derrière son clavier ; il ne se passe rien ; il est fatigué.

Avec une telle programmation, comment faites-vous pour vous en sortir financièrement ?

Non, je ne m’en sors pas. La première année a été un investissement. On savait qu’il nous faudrait plusieurs années pour rentabiliser un festival comme celui-là. On est dans une stratégie sur trois ans. La première année était déficitaire ; on espère que cette année ne le sera pas.  On espère recouvrer nos investissements sur trois ans.

Quel est le coût de l’investissement cette année ?

Un budget d’un million d’euros. Pour un privé, c’est énorme car nous ne bénéficions d’aucune aide publique. Il n’y a quasiment aucun festival en France de cette envergure qui soit supporté par une entreprise privée. Ma femme et moi, on met notre vie en jeu tous les jours.

L’investissement est-il plus important que celui de l’an dernier ?

Il est de 300 000 euros supérieur à celui de l’an dernier. Cette année il est d’un million ; l’an passé, il était de 700 000 euros.

Comment vous est venue l’idée de cette programmation 2017 ?

Je n’ai pas envie de dire que j’ai du talent, mais… je pars sur des gens disponibles, des gens qui me touchent.  Des gens qui aient été déclencheurs à un moment dans l’histoire de la musique.  Et j’essaie de les convaincre de venir.

Ce ne sont donc que des coups de cœurs. Vous n’avez, au fond, pas de stratégie.

Il n’y a pas de stratégie. En fait, les deux têtes d’affiche sont vecteurs d’un moment et d’une époque. Je n’allais pas faire baba cool autour des Insus et de Téléphone ; j’ai cherché un peu du côté du punk rock des Stranglers qui jouaient à la même époque que Téléphone. Wilko Johnson a été l’une des influences des Who, Who qui ont influencé Téléphone. Wilko Johnson est un ami de Roger Daltrey ; Téléphone sont fans des Who.

Dernière question : pourquoi vous êtes-vous laissé pousser la moustache ?

Dans le bus, quand on rentrait d’Arcachon, et on savait qu’on allait venir jouer Sgt. Pepper’s au Théâtre du Gymnase, j’ai lancé : « Bon, les gars, on se laisse tous pousser la moustache pour Sgt. Pepper’s. » Chacun des quatre musiciens et moi, avons laissé pousser la moustache pour Sgt. Pepper’s. Michel Orier, aujourd’hui directeur de la musique à la Radio France, nous a appelés pour qu’on joue Sgt. Peppers (qu’on a créé ici, au Théâtre du Gymnase), à FIP en direct, le 21 juin, ce dans le cadre d’une magnifique exposition sur Sgt. Pepper’s, exposition qui se trouve dans les locaux de la Maison de la radio. On a fait Affaire sensible qui est une belle émission. Michel Orier était présent et les Rabeats. Pour nous, c’est la consécration ; les gens qui pensaient que les Rabeats ne feraient qu’un feu de paille, que ça ne marcherait jamais, etc., Le nombre de journalistes, de médias, de radios, qui nous ont craché à la gueule, en nous disant : « Comment osez-vous reprendre les Beatles ? ». Aujourd’hui on va jouer à France Inter.  On est fier de ça.

Jacques Volcouve, spécialiste des Beatles, a un peu allumé les Rabeats, au cours de cette même émission.

J’ai envie de dire à Jacques Volcouve que les Rabeats font de la musique vivante, et que lui, il enterre les Beatles dans des cartons. Il a été méchant ; c’est ridicule. Il dit que sa collection, elle est dans des cartons. Quel intérêt ? L’intérêt de la musique, c’est d’être jouée. On vient de voir Rover – qui est artiste exceptionnel – va reprendre l’intégralité de Sgt. Pepper’s. Comment un monsieur comme Jacques Volcouve peut-il nous dire qu’on n’a pas le droit de jouer des morceaux des Beatles ? On en fait une interprétation qui est celle des Rabeats. On essaie de se rapprocher de l’original comme les faisaient Karajan et comme d’autres grands interprètes de la musique classique.

Propos recueillis par

                                         PHILIPPE LACOCHE

 

Jean-Félix Lalanne rend  la guitare humaine

Créateur du spectacle «Autour de la guitare», il sera au Zénith d’Amiens le 3 novembre en compagnie de prestigieux artistes. Entretien.

Les progrès de la technologie – cette fée vacharde qui, souvent, nous crée beaucoup de soucis – ont parfois du bon. Plutôt que de parler longuement de l’immense talent du guitariste Jean-Félix Lalanne, écoutons-le sur le site du Courrier picard. Il nous donne à entendre et à voir une version jazzy et sautillante de «Jeux interdits». Tout est là : la précision de la main gauche, les doigts, jamais démonstratifs ni bêtement rapides pour rien, qui virevoltent, élégants, sur le manche de la guitare; la main droite dont le pouce est équipé d’un médiator noir, qui pince, caresse, harmonise, main de harpiste, pour nous donner l’élixir émotionnel de ce morceau interprété par Narciso Yepes.

Passionné

Grand guitariste, Jean-Félix Lalanne? C’est indéniable. Il est également passionné fou de cet instrument. Pour lui rendre hommage, il a créé le spectacle Autour de la guitare, qui réunit quelques-uns des meilleurs guitaristes du moment. On pourra les entendre sur la scène du Zénith d’Amiens le 3 novembre prochain. «L’artiste principal, c’est la guitare», annonce tout de go Jean-Félix Lalanne. L’idée de monter ce spectacle lui est venue en 1999. À la salle du Réservoir, à Paris, il invite des guitaristes de tout style – jazz, blues, rock, flamenco, etc. – à venir s’exprimer sur scène lors de bœufs mémorables. Succès immédiat. Il a déjà un pied dans le monde de la chanson, ce qui lui permet d’inviter Goldman, Le Forestier, De Palmas, Zazie, etc. «J’ai eu envie d’en faire un spectacle.» Il appelle son ami Jean-Louis Boris. Le 28 novembre 2000 a lieu le premier Autour de la guitare, à l’Olympia. Bien vite, il se rend compte que ce sont les instrumentaux qui sont le plus applaudis. Après l’Olympia, la création est accueillie au Casino de Paris, au Palais des Sports et dans d’autres lieux; elle y rencontre le mêm

Jean-Félix Lalanne, il y a peu, dans les locaux du Courrier picard, à l'occasion de l'interview.

Jean-Félix Lalanne, il y a peu, dans les locaux du Courrier picard, à l’occasion de l’interview.

e engouement. Chanteurs, guitaristes, humoristes se retrouvent sur les planches pour fêter la six cordes (ou la douze, ou la quatre car la basse n’est rien d’autre qu’une guitare à grosse voix). Chaque année: succès renouvelé.

Son rêve: tourner en province

«Mon rêve, c’était de tourner en province mais c’était difficile car il s’agit d’un spectacle éminemment collectif.» Aujourd’hui, c’est chose faite. La première date aura lieu le 9 octobre au Zénith de Caen, le 30 octobre à celui de Dunkerque, le 31 octobre à celui de Lille, et le 3 novembre, à celui d’Amiens. L’affiche? Elle est splendide: sept guitaristes attitrés et onze chanteurs-guitaristes-artistes invités. On peut citer notamment Larry Carlton, Robben Ford, Christopher Cross, Johnny Clegg, Ron Thal (ex-guitariste du groupe Guns N’Roses), John Jorgenson, Paul Personne, Axel Bauer, Dan Ar Braz, Michael Jones, etc. «Il est hors de question que les artistes viennent jouer, faire leur show et repartent dans les loges», explique Jean-Félix. «Nous sommes tous, tour à tour, leaders et accompagnateurs. Notre but: construire trois heures de spectacle. Nous jouons tous à peu près le même temps, mais pas en même temps; juste par groupe de trois ou quatre. Il y a aussi des moments solos, plus intimes. Nous proposons des couleurs différentes, des tableaux différents. Ça reste plus un spectacle qu’un simple concert de guitares… Mais j’aime bien mettre la guitare au centre de ce spectacle. Le tout est conçu comme un vrai show. La guitare est prétexte à un rassemblement humain. C’est ça qui fait que l’événement est un succès.»

Autodidacte

Son parcours est celui d’un autodidacte: Jean-Félix Lalanne commence à jouer de la guitare – à l’oreille – à l’âge de 11 ans. Il est doué: un premier concert solo à 13 ans, découvre le picking, rencontre le regretté Marcel Dadi. Il entre au Conservatoire de Marseille. «Je possédais une gourmandise d’apprendre toutes les techniques», avoue-t-il. «Dès que j’entendais quelque chose, je voulais le reproduire. J’aime la variété des sons au sens premier du terme.» Il possède aujourd’hui une vingtaine de guitares, acoustiques et électriques (Fender, Martin, Gibson, etc.) «Je ne suis pas collectionneur; je les utilise selon mes besoins.» Il est en grande connivence avec le luthier français Lâg qui lui a fabriqué une guitare. Ses guitaristes préférés? Ils sont nombreux. Il cite cependant «avec gourmandise» Mark Knopfler, «il joue comme on chante»), Jeff Beck ( «pour son jeu aux doigts; un truc très chaud»), Chet Atkins… Ses yeux s’allument quand il parle des autres guitaristes. Modeste. Et passionné jusqu’au bout des doigts.

PHILIPPE LACOCHE

 

A savoir :

«Autour de la guitare 2015» spectacle de Jean-Felix Lalanne avec Robben Ford, Larry Carlton, Christopher Cross, Johnny Clegg, Ron Thale, Paul Personne, Axel Bauer, Dan Ar Braz, Norbert Nono Krief, Michael Jones.  Mardi 3 novembre, 20 heures, au Zénith, à Amiens. Rés. 03 22 47 29 00; http://www.nuitsdartistes.com.

Mireille Mathieu : authentique, gaulliste et française

             L’ambassadrice de la chanson à l’étranger donnera un concert au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, le samedi 15 novembre. Elle aime aussi Dire Stra

Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l'Oise, à 20h30.

Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise, à 20h30. (Photo : AFP).

its et les Pink Floyd.  Elle a répondu à nos questions.

Comment expliquez-vous que votre cote de popularité n’a jamais cessé auprès du grand public ?

Mireille Mathieu : Je viens de chanter à l’Olympia, puis en Belgique, puis à Lyon, etc., c’était extraordinaire. Un accueil superbe ! L’accueil du public vient peut-être du fait que finalement on me voit peu. Il y a aussi le fait que je suis française et fière de l’être. Je suis authentique et je suis moi-même. Il m’arrive aussi de chanter dans la langue du pays dans lequel je me produis. C’est important. J’ai même fait un florilège des chansons que j’interprète dans des langues étrangères.

Quels sont les temps forts que vous retenez de vos cinquante ans de carrière ?

Le Jeu de la chance, le 1er novembre 1965. Le fait aussi d’avoir pu chanter tout en haut de la Tour Eiffel. Il fallait des autorisations délivrées par un comité. C’était présenté par Stéphane Bern. Il y a de cela environ deux ans. Autre moment fort : ma rencontre avec Jean-Paul II. Je suis catholique. Cela m’a impressionné. Il avait une force dans les yeux, une détermination. Cette rencontre s’était effectuée dans le cadre d’une audience privée avec ma maman ; il y a de ça une dizaine d’années.

Vous êtes restée absente un certain temps de la scène. Qu’avez-vous fait pendant ce temps ?

J’ai effectivement été absente pendant neuf ans. Aujourd’hui, je suis de retour sur scène pour fêter mon jubilé, mes cinquante ans de carrière. Pendant ces neuf ans, j’ai voyagé et chanté à travers le monde. Le public m’apprécie ; il m’aime. Une personne, à l’étranger, m’a dit qu’elle avait le français grâce à mes chansons. Cela m’a fait très plaisir. Notre langue est si belle.

Vous êtes en quelque sorte l’ambassadrice de la chanson française à l’étranger. Comment expliquez-vous ce fait ? Pourquoi vous ?

Je suis restée authentique. Je chante en français. Il existe des artistes qui font dans le genre anglo-saxon. Je ne les critique pas mais ce n’est pas mon truc. Si vous allez chanter à l’étranger, le public vous attend comme artiste français. Avant, les chanteurs interprétaient beaucoup d’adaptations anglo-saxonnes ; il y en a beaucoup moins maintenant.

Que représente la France pour vous ?

Je suis gaulliste. Avant la France était sur un piédestal ; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je me demande parfois si les Français se rendent compte de notre savoir-faire. Dans l’Oural, on enseigne le français. Il y a aussi notre gastronomie, nos fromages. Je ne fais pas de politique mais, au final, on a tous quelque chose du général de Gaulle. Il avait un nom magnifique ; c’est ça, la France !

Qu’écoutez-vous ? Quels sont vos goûts musicaux ?

J’aime les Pink Floyd, Lady Gaga, Lionel Richie, Edith Piaf, la Callas, Dire Straits…

Lisez-vous et quoi ?

Je lis peu car je n’ai pas le temps. Exemple : je ne vais pas tarder à repartir chanter en Russie. Je manque de temps pour lire.

Parmi les nombreux duos que vous avez faits, quels sont ceux qui vous ont marquée ?

Ceux avec Julio Iglesias, avec Patrick Duffy, avec Paul Anka, etc. En fait, tous m’ont marquée. C’est toujours un plaisir de chanter en duo. On a des voix différentes. Une complicité s’instaure. C’est toujours gratifiant et enrichissant.

Vous serez le samedi 15 novembre au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise. Quelle formation vous accompagnera ? Et quel sera votre répertoire ?

Je serai en compagnie de mes quatorze musiciens, de mes choristes, des techniciens son, etc. J’interpréterai à la fois des anciennes chansons et des nouvelles chansons, dont celles qui figurent sur mon dernier triple CD, Une vie d’amour.

Connaissez-vous la Picardie ?

Ma mère est de Rosendaël et de Lille. Je connais plus le Nord de la France mais pas encore la Picardie.

Quels sont vos projets ?

Je prépare une chanson pour Noël pour l’Allemagne. Puis, je repartirai à Moscou. L’an prochain, j’effectuerai une grande tournée en Allemagne et en Russie.

                                                     Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

 

Le désir d’être Viviant

« Une mise à nu littéraire et politique, où tout conflue vers le désir d’être vivant », est-il écrit en quatrième de couverture du roman d’Arnaud Viviant.

Arnaud Viviant, journaliste, écrivain. 2013.

C’est un livre souvent drôle, parfois noir, même très noir. À l’image de la vie. C’est un vrai roman et c’est bien. Même si l’on sent, au fil des pages, qu’Arnaud Viviant y a mis beaucoup de lui. Beaucoup. Un récit? Non. Belfond, son éditeur, a écrit Roman sur le livre. C’est qu’il devait être d’accord avec ça, Arnaud Viviant. Et, si c’est le cas, il a eu raison. Car grâce à sa construction, son ton, son rythme, ce texte est un vrai roman. Après tout, quand Céline écrit Voyage au bout de la nuit, c’est sa vie qu’il triture, qu’il malaxe, qu’il reconstruit parfois, souvent. On s’en fiche, au fond. La vie de Viviant? L’intérêt c’est que l’Arnaud soit parvenu à faire un beau petit objet littéraire, vif comme un lapin à l’ouverture de la chasse, nerveux. Assez cinglé. Que nous conte-t-il? La vie d’un drôle de zigue, d’abord passionné de rock (il le fut Arnaud Viviant, ancien critique à Best, à Libération, aux Inrockuptibles, etc.), puis de littérature. Le narrateur devient critique littéraire au fil des rencontres. Au Masque et la Plume, notamment. (Comme l’est l’auteur.) Il se promène dans Paris à scooter, file, rapide, boit sec. Et lit. Énormément. Et c’est bien là le mérite de ce roman: c’est un hymne, mine de rien, à la littérature. On y apprend que François Bon s’était acheté sa machine à écrire un samedi après-midi de novembre1977, une machine Olympia rouge vif pour 340francs, «geste par lequel l’ingénieur qu’il était encore passait la main à l’écrivain».On y croise Sébastien Lapaque, «bon catholique, bon, critique, œnologue, père de six enfants, élevé chez les curés»; un Sébastien Lapaque que le narrateur admire. On y croise aussi Sartre («à l’ombre duquel vous pouviez timidement vous inventer une vie», Debord, Bayon qui «écrivait de magnifiques articles-fleuves sur le rock qu’il peaufinait des jours durant avant de les envoyer au desk d’un geste rageur et dépité». Et quelques autres. Il se souvient même que le 9avril1978, à Tours, le pont Wilson, «que tous les Tourangeaux appelaient avec révérence le Pont de pierre», s’écroulait. Viviant devait être dans cette ville à ce moment-là. Il devait écouter les punks. Et déjà lire comme un fou. Ce livre, oui, est un bel hymne à la littérature; il est servi par un rythme rock’n’roll. C’est très agréable.

PHILIPPE LACOCHE

«La vie critique», Belfond, 188 p.; 17,50 euros.

Un DVD et deux Cds pour les Rabeats

 Bel objet! Les Rabeats sortent, dans la même pochette, deux CDs live et un DVD, sous le nom de Live at the Fémina Theater, Bordeaux. Les Rabeats ne copient pas bêtement les Fab Four; ils s’approprient, investissent, habitent chansons, personnages, ambiances et concept. Résultat: «A tribute to the Beatles» pas comme les autres. Les autres, en fait, ne sont pas très nombreux à travers le monde. Grâce à de nombreux passages sur les radios et télévisions (TF1, France 2, Paris Première, LCI, Oui FM, Europe 1, etc.) et des articles enjoués dans la presse nationale et régionale («J’ai vu les Beatles!», lançait Télérama; «Les Rabeats, plus célèbres que les Beatles?» s’interrogeait Le Populaire du Centre; «Mieux qu’un juke-box, un spectacle vivant», se réjouissait Libération), les quatre Amiénois se sont forgé une belle réputation de talentueux interprètes et de bons professionnels. Le DVD et les CDs rappellent qu’ils distillent aussi un feeling à toute épreuve. Rappelons que le 11 janvier 2013, ils seront à l’Olympia. Comme leurs illustres prédécesseurs en des temps antédiluviens.

Ph.L.

The Rabeats – A tribute to the Beatles – Live at the Fémina Theater, Bordeaux.2 CDs et un DVD- Ginger Production.